Articles sur la santé

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Arnaud BASSEZ
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Message par Arnaud BASSEZ » sam. févr. 06, 2021 8:27 pm

Publié le 02/02/2021

Y-a-t-il une (brève) vie après la vie ?

Un des principes du prélèvement d'organes sur donneurs cadavériques est que le donneur doit être déclaré mort avant le début du prélèvement d'organes. Nous voici rassurés !

Mais les critères de mort varient selon les pays et ne sont pas toujours aussi clairs qu’en France où le diagnostic de mort cérébrale est exigé. Ailleurs, le prélèvement est le plus souvent possible après la détermination neurologique de la mort selon les critères standard de la mort cérébrale mais parfois également après la détermination de la mort sur le plan circulatoire. La réalisation de prélèvements suivant la constatation du décès « circulatoire » après retrait des mesures de maintien de la vie est devenue plus fréquente, et les critères utilisés pour déterminer le décès dans ce contexte ont beaucoup varié. Aussi, cet article s’il n’est pas bien adapté à la pratique française, nous éclaire sur ce qui se passe chez nos voisins.

Ne pas confondre urgence et précipitation

La plupart des protocoles relatifs au don d'organes après constatation de la mort circulatoire recommandent 5 minutes d'observation de l'apnée et de l'absence de pouls déterminée par le moniteur du cathéter artériel, ce temps d’observation variant de 2 à 10 minutes en pratique. Passée ce laps de temps, en l’absence de tentative de rétablissement de la circulation et alors qu’il n’y a pas de reprise spontanée de la circulation, l’arrêt de la circulation est considéré comme permanent et le prélèvement d’organes peut commencer. Or, la durée minimale de l'absence de pouls requise avant le don d'organe après le diagnostic de mort circulatoire n'a pas été bien étudiée.

Lacune que s’est proposé de combler une étude observationnelle prospective menée sur des adultes « décédés » après le retrait planifié des mesures de maintien des fonctions vitales dans 20 services de soins intensifs de trois pays (Canada, Tchéquie, Pays-Bas). Les patients devaient être surveillés pendant 30 minutes après la constatation du décès, pour détecter une éventuelle reprise de l'activité électrique et pulsatile cardiaque, qui était signalée prospectivement par les cliniciens au chevet des patients. La pression artérielle continue et le tracé ECG enregistrés ont été en revanche examinés rétrospectivement pour confirmer les observations faites au chevet des patients et pour déterminer s'il y avait eu d'autres reprises de l'activité cardiaque.

Aucun patient ayant eu une reprise d'activité cardiaque n'a repris conscience ou n’a survécu

Au total, 1 999 donneurs potentiels ont été identifiés et 631 ont été inclus dans l'étude. Une reprise de l'activité cardiaque, du mouvement respiratoire ou des deux, confirmée par l'ECG, a été signalée cliniquement chez 5 patients (1 %). L'analyse rétrospective de l'ECG et des courbes de pression artérielle de 480 patients a permis de retouver 67 cas (14 %) de reprise de l'activité cardiaque après une période d'absence de pouls, y compris les 5 cas signalés par les cliniciens de chevet. La durée la plus longue après une période d'absence de pouls avant la reprise de l'activité cardiaque a été de 4 minutes 20 secondes. Le dernier complexe QRS a coïncidé avec le dernier pouls artériel chez 19 % des patients. Aucun patient ayant eu une reprise d'activité cardiaque n'a repris conscience ou n’a survécu.

Cependant, la reprise transitoire du pouls a bien eu lieu, ce qui laisse supposer que les processus physiologiques de survenue de la mort somatique après l'arrêt des mesures de maintien de la vie peuvent inclure occasionnellement des périodes de cessation et de reprise de l'activité électrique cardiaque et l'activité artérielle pulsatile.

Les cinq dernières minutes

Cette étude soutient l'actuelle recommandation de respecter une période d'observation de 5 minutes requise par la plupart des protocoles avant de procéder au prélèvement d'organes après détermination de la mort sur le plan circulatoire. Elle confirme également qu’une activité électrique cardiaque se poursuit en l'absence d'activité cardiaque pulsatile et qu’il faut attendre l'arrêt de l'activité ECG pour déterminer la mort circulatoire…

Dr Bernard-Alex Gaüzère
Référence
Dhananiet S et coll. : Resumption of Cardiac Activity after Withdrawal of Life-Sustaining Measures. N Engl J Med., 2021;384:345-52. DOI: 10.1056/NEJMoa2022713



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Publié le 02/02/2021

Pallier la pénurie de FFP2 par des masques bi-filtres en élastomère ?

La pandémie de Covid-19 a souligné la nécessité d’équiper les soignants de masques faciaux. Cependant, la pénurie de masques N95 (FFP2) a amené à en prolonger l’emploi au-delà des recommandations du constructeur, tandis que l’augmentation de prix en rendait l’usage prohibitif. La première parade a été de restériliser et réemployer mais cette approche a montré ses limites. Aussi les auteurs de Pennsylvanie ont-ils cherché à remplacer les N95 par des demi masques P100 de protection respiratoire bi-filtres en élastomère, associés à des purificateurs d’air (avec système d’entrée d’air à 360 degrés).

Le matériel a été testé dans un réseau comportant 9 hôpitaux et 2 200 lits, en accordant la priorité aux équipes en contact avec des patients en phase aiguë de Covid-19 (bloc d’urgences, soins intensifs, anesthésie-réanimation). La direction infirmière a programmé des tests d’ajustement ; peu à peu, la disponibilité des matériels a été étendue aux soignants de phase 2 (radiologie, pharmacie), et, finalement, les masques ont été régulièrement désinfectés avant réutilisation et assignés à des soignants spécifiques.

Une réduction des coûts de 90 %

Dans chaque hôpital, un coordinateur a été chargé de former les équipes par des démonstrations (directives imprimées, vidéos, essai personnel, pose et dépose) avant distribution des P100. De même, les services de stérilisation ont été entraînés au démontage et remontage des masques, le tout sous la supervision d’un coordonnateur qui confirmait les connaissances de tout un chacun sur chaque stade du processus (nettoyage, désinfection, etc.)

Un test d’ajustement a été pratiqué sur 1 962 soignants (avec 1 840 succès) après démaquillage ou rasage de près (selon les sexes). Après réussite de la pose du masque, on a effectué des tests d’étanchéité au moyen d’une cagoule. En cas d’échec, on a essayé des masques de tailles différentes, ou on est revenu aux masques N95 et aux purificateurs d’air.

Dans une unité de soins intensifs de 18 lits, à pression négative, il a été calculé que le nombre moyen d’entrées par jour dans une chambre était de 87, soit 87 masques N95 par chambre et 1 566 pour les 18 chambres. Grâce aux P100, ce chiffre a été ramené à 0.

Compte tenu du fait que les filtres des P100 ne nécessitent qu’un changement par mois, en retenant le coût de 3 $ par masque N95 et de 20 $ pour un P100 (et 10 $ par cartouche), on constate une réduction de coût de 90 % par l’application de ces masques.

Dr Jean-Fred Warlin
Référence
Chalikonda S et coll. : Implementation of an elastomeric mask program as a strategy to eliminate disposable N95 mask use and resterilization: results from a large academic medical center. J Am Coll Surg 2020; 231: 333-338.
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Message par Arnaud BASSEZ » sam. févr. 06, 2021 8:29 pm

Publié le 01/02/2021

Mystère à Manaus

Manaus, métropole brésilienne de 2,2 millions d’habitants en plein cœur de la jungle amazonienne et de la pandémie de Covid-19 pose une énigme épidémiologique qui soulève des hypothèses inquiétantes pour le reste de la planète. Le Brésil fait partie des pays qui ont plutôt mal géré l’épidémie, mais Manaus s’est particulièrement distinguée par une politique de laisser-aller, plus subie que voulue : le virus a eu ainsi la plus grande latitude pour circuler assez librement, les autorités locales ayant jugé que la ville et ses habitants ne survivraient pas économiquement et socialement à un confinement. Les gestes barrières ont été préconisés avec plus ou moins de conviction, au point que globalement étaient réunis la plupart des facteurs propres à favoriser l’immunité de groupe. C’est ce qui, semble-t-il, est arrivé : une étude de séroprévalence effectuée en octobre 2020 chez des donneurs de sang a révélé que 76 % d’entre eux avaient été infectés par le SARS-CoV-2. Un chiffre rassurant qui semblait bien indiquer l’acquisition d’une immunité collective capable de protéger la population des attaques futures du virus.

Janvier 2021 : un rebond épidémique inattendu

Or, au cours du mois de janvier 2021, l’augmentation brutale et massive des hospitalisations pour cause de Covid-19 est venue déjouer tous les pronostics : en un mois, le nombre des admissions a été multiplié par six après être resté parfaitement stable et relativement bas pendant les mois (mai- novembre 2020) qui ont suivi la première vague de l’épidémie dont le pic s’est situé en avril 2020.

Mystère à Manaus ? Oui, ce rebond épidémique surprend et amène à formuler, pour l’expliquer, au moins quatre théories qui d’ailleurs peuvent se combiner tout en laissant la porte ouverte à d’autres hypothèses.

En premier lieu, il se pourrait que l’intensité de la première vague épidémique ait été surestimée et que l’immunité de groupe n’ait pas été finalement atteinte. De plus, les donneurs de sang ne seraient pas vraiment représentatifs de la population générale de la ville et il existerait des incertitudes sur la valeur réelle de la séroprévalence qui est susceptible de varier significativement d’un quartier à l’autre en fonction de la situation sanitaire locale le plus souvent médiocre.

Baisse de l’immunité de groupe et/ou émergence de variants

Autre hypothèse : il se pourrait que l’immunité individuelle développée au moins six mois auparavant ait commencé à décroître en décembre 2020 suffisamment pour s’éloigner de l’immunité de groupe. Les changements de comportement ont-ils aussi joué un rôle ? Cela semble peu probable, car la mobilité des habitants a plutôt diminué à la fin de l’année 2020.

En troisième lieu, faut-il y voir les effets des nouveaux variants du SARS-CoV-2 qui mettraient en échec l’immunité de groupe développée au contact du virus originel ? Trois lignées récemment détectées (B.1.1.7, B.1.351 et P.1) pourraient y prétendre du fait que chacune d’entre elles présente une constellation de mutations potentiellement importantes d’un point de vue biologique. Deux d’entre elles circulent activement au Brésil (B.1.1.7 et P.1) dont l’une (P.1) a été détectée le 12 janvier 2021 à Manaus.

Le génome de cette dernière lignée abrite au moins une dizaine de mutations intéressant les gènes qui codent pour la protéine spike, dont E484K et N501K et la lignée P.2 d’identification encore plus récente a un profil génétique qui n’inspire pas plus de confiance. Or ces génomes ont été détectés chez des patients réinfectés par le virus, alors même qu’in vitro, les mutations semblent bien réduire le pouvoir neutralisant des anticorps de convalescents. La valse des variants qui s’abat désormais sur le monde inspire à juste titre les plus vives inquiétudes, même si sa répercussion sur l’efficacité des vaccins n’est pas connue.

Des lignées nouvelles envahissantes et préoccupantes

Enfin, les lignées du SARS-CoV-2 qui circulent avec la deuxième vague de l’épidémie seraient plus aisément transmissibles que les lignées qui se sont manifestées lors de la première vague. La lignée P.1 a d’abord été identifiée à Manaus et dans une étude préliminaire, il semble bien qu’en décembre 2020, sur un effectif restreint (n = 31), elle corresponde à 42 % des génomes identifiés, alors qu’elle était absente entre mars et novembre 2020 au sein de 26 prélèvements. Sa transmissibilité est mal connue, mais elle serait élevée en raison de la présence de plusieurs mutations partagées avec les mutants identifiés au Royaume-Uni et en Afrique du Sud et déjà réputés pour leur contagiosité.

Ces lignées nouvelles de SARS-CoV-2 sont à l’évidence préoccupantes à Manaus comme ailleurs, car elles peuvent alimenter des rebonds épidémiques brutaux et pires que les précédents du fait de leur contagiosité accrue et de leur résistance potentielle à une immunité de groupe acquise au contact d’antigènes différents. Sans parler d’une mise en échec potentielle des vaccins qui arrivent actuellement sur le marché et d’une virulence supérieure à l’origine d’une mortalité supérieure à celle induite par les premières lignées du virus.

Angoisse et perplexité

L’expérience immunologique à ciel ouvert de Manaus incite à préciser le plus rapidement possible les caractéristiques génétiques, immunologiques, cliniques et épidémiologiques des nouveaux variants du SARS-CoV-2 qui plongent la planète dans la perplexité et l’angoisse, aucun pays n’étant à l’abri du scénario brésilien. La surveillance sérologique et génomique généralisée est plus que jamais à l’ordre du jour à un moment où la pandémie reprend du poil de la bête, aidée en cela par la flexibilité que lui offrent les nouveaux variants et leur résistance potentielle face à tous les moyens mis en œuvre dans l’extrême urgence pour la contrer. Le succès de la vaccination dans l’induction éventuelle d’une immunité de groupe pourrait être sérieusement remis en question si certaines des hypothèses suscitées par l’énigme de Manaus se confirmaient.

L’efficacité vaccinale se limiterait alors à protéger les sujets les plus fragiles ou les plus vulnérables ce qui permettrait d’éviter la saturation des hôpitaux. Ce ne serait déjà pas si mal en attendant de pouvoir faire mieux…mais le mystère plane encore sur la métropole amazonienne confrontée à un désastre sanitaire d’une incroyable ampleur qui renvoie aux ravages des grandes épidémies du passé…alors qu’il n’existait ni médicaments ni vaccination.

Dr Philippe Tellier
Référence
Sabino EC et coll. : Resurgence of COVID-19 in Manaus, Brazil, despite high seroprevalence. Lancet 2021 (27 janvier) : publication avancée en ligne.doi.org/10.1016/ S0140-6736(21)00183-5.
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Message par Arnaud BASSEZ » sam. févr. 06, 2021 8:34 pm

Publié le 03/02/2021

Les (obscures) négociations entre l’Union Européenne et les laboratoires

Bruxelles, le mercredi 3 février 2021 – Entre préférence européenne, souci d’économie et lourdeur administrative, les difficiles négociations entre l’Union Européenne et les laboratoires pharmaceutiques pour l’achat de vaccin se dévoilent peu à peu.

Le divorce est entamé entre l’Union Européenne et AstraZeneca. Ce lundi, la Commission Européenne a indiqué qu’elle allait désormais principalement miser sur le vaccin du laboratoire Pfizer et de la firme allemande BionTech, dont elle a commandé 75 millions de doses supplémentaires. Cette décision intervient quelques jours après que AstraZeneca ait annoncé qu’il ne pourrait livrer que 25 des 100 millions de doses « promises » à l’Union Européenne pour le premier trimestre 2021. Face à la colère de Sandra Gallina, directrice générale de la Santé de la Commission, le président du laboratoire britannique assure qu’il a respecté son contrat avec l’Union Européenne, qui l’engage uniquement à « faire de son mieux » pour livrer l’Europe en vaccin.

Un bras de fer juridique qui pousse de plus en plus de parlementaires européens et d’associations à demander aux institutions européennes de lever le voile sur les négociations, jusque-là secrète, avec les laboratoires européens, au nom de la législation européenne sur l’accès au public des documents européens. Le médiateur européen a même ouvert une enquête pour « manquement à l’obligation de traiter les demandes d’accès public au document ». La pression commence à porter ses fruits puisque la Commission a déjà rendu public deux contrats, cependant en partie caviardée : celui avec le laboratoire allemand Curevac et celui avec AstraZeneca (pourquoi seulement ces deux-là ?).

Une usine à gaz administrative

Des premières révélations qui ont permis aux journalistes du Monde de refaire en partie l’histoire des négociations européennes sur les vaccins, dans un article publié ce mercredi. Démarré en juin dernier, le processus de négociations est parti d’une idée simple et louable : négocier ensemble l’achat des vaccins, afin d’éviter une concurrence interne entre les États membres et permettre aux pays les plus pauvres de l’Union d’avoir accès au vaccin. Mais entre la théorie et la pratique, il y a souvent un gap important et la négociation s’est rapidement transformée en une véritable usine à gaz. Aux institutions européennes classique, dont la direction générale de la Santé européenne, ce sont rajouté une kyrielle de commissions et de groupes de travail, certains communs à toute l’Union (comme le comité de pilotage pour l’achat des vaccins), d’autres ne regroupant que les États les plus importants.

Selon la plupart des observateurs, les négociateurs européens ont souvent été guidés plus par des préoccupations économiques que scientifiques. Ainsi, le vaccin d’AstraZeneca est rapidement devenu le chouchou de la Commission, en raison de son prix extrêmement bas (1,78 euros la dose contre 14,83 euros pour le vaccin Moderna) alors qu’il était loin d’être le vaccin le plus prometteur selon la plupart des scientifiques. Le 14 août, le laboratoire anglais est le premier à signer un contrat avec l’Union, pour 300 millions de doses.

Une stratégie européenne discutable

Une certaine préférence européenne semble également avoir guidé les négociateurs. Ainsi, le contrat passé avec Sanofi pour 300 millions de doses le 18 septembre « fait figure d’ovni » selon les journalistes du Monde, alors que les premières données sur le vaccin français étaient déjà à l’époque peu encourageantes. A l’inverse, les laboratoires Moderna et Pfizer, dont les vaccins ont les meilleurs résultats aujourd’hui, ne signent leur contrat avec l’Union Européenne que début novembre.

Les négociateurs justifient ce choix d’avoir favoriser les laboratoires européens. Selon eux, il s’agissait du seul moyen de s’assurer un approvisionnement rapide en vaccin, alors même que le Royaume-Uni et les Etats-Unis avaient, dans leurs contrats avec les laboratoires, signés des clauses empêchant l’exportation des vaccins produit sur leur sol. Mais le récent couac relatif au vaccin AstraZeneca semble révéler que ce choix n’était pas nécessairement le bon.

L’article du Monde révèle également comment les négociations ont été fortement ralenties par des débats liés à la responsabilité juridique des vaccins en cas d’effets secondaires. Officiellement, l’Union Européenne refusait que les laboratoires soient exonérés de toute responsabilité, comme c’est le cas aux Etats-Unis. En réalité, les négociateurs européens semblent avoir cédé sur ce point, puisque le contrat avec le laboratoire AstraZeneca stipule qu’il sera exonéré de toute responsabilité dès lors qu’il prouvera qu’il a fait « ses meilleurs efforts » pour assurer la sécurité du vaccin.

Au final, si l’Union Européenne a certes réussi à négocier de meilleurs prix que les Etats-Unis ou Israël, c’est peut-être au prix, justement, d’un moins bon approvisionnement en vaccin et d’une certaine incohérence dans les candidats retenus. Les dirigeants européens devront tirer les leçons de ces erreurs dans leur probable prochaine négociation en vue d’acheter des vaccins russes et chinois.

Quentin Haroche


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Publié le 03/02/2021
Spoutnik V sur orbite ?

Après des effets de manche à l’Est et un scepticisme grandissant à l’Ouest voici une publication très attendue.

C’est l’utilisation d’un adénovirus recombinant qui a été choisie pour le vaccin russe (rAd), Gam-COVID-Vac (Spoutnik V). Celui-ci avait déjà montré un bon profil de sécurité et induit de fortes réponses immunitaires humorales et cellulaires chez les participants des essais cliniques de phase 1/2. Voici les résultats préliminaires sur l'efficacité et la sécurité issus de l'analyse intermédiaire de cet essai de phase 3 randomisé, en double aveugle et contrôlé par placebo dans 25 hôpitaux et polycliniques de Moscou (1).

Ont été inclus des participants âgés d'au moins 18 ans, présentant des tests de dépistages négatifs pour le VIH, les hépatites B et C, la syphilis, les SARS-Cov-2 (RT-PCR et sérologie) et sans antécédent de COVID-19 ou de contact avec une personne atteinte de COVID-19 au cours des 14 jours précédents. De plus chez les femmes en âge de procréer une méthode contraceptive efficace et un test de grossesse urinaire négatif étaient indispensables, les tests de dépistage de drogues et d'alcool devaient être négatifs et on ne devait retrouver aucun antécédent de réaction induite par un vaccin et aucune maladie infectieuse ou respiratoire aiguë dans les 14 jours précédant l’enrôlement. Les autres critères d'exclusion étaient les suivants : vaccination ou stéroïdes ou immunoglobulines dans les 30 jours précédents ; immunosuppression dans les 3 mois précédents ; allaitement ; syndrome coronarien aigu ou accident vasculaire cérébral dans l'année précédente ; tuberculose ou infections systémiques chroniques ; allergie ou hypersensibilité au médicament ou à ses composants ; néoplasies ; don de sang dans les 2 mois précédant l'inscription ; splénectomie ; neutropénie, agranulocytose, anémie sévère ou immunodéficience dans les 6 mois précédents ; forme active d'une maladie causée par le VIH, la syphilis ou l'hépatite B ou C ; anorexie ou déficit protéique ; tatouages importants au point d'injection ; antécédents d'alcoolisme ou de toxicomanie ; participation à tout autre essai clinique…

Plus de 20 000 Russes inclus

Les participants ont été répartis au hasard (3 pour 1) pour recevoir le vaccin ou le placebo, avec une stratification par groupe d'âge.

Le vaccin a été administré (0,5 mL/dose) par voie intramusculaire selon un schéma "prime-boost" avec un intervalle de 21 jours entre la première dose (rAd26) et la deuxième dose (rAd5), les deux vecteurs étant porteurs du gène de la glycoprotéine S complète du SRAS-CoV-2. L’objectif principal de l’étude qui était la mesure de la proportion de participants présentant une COVID-19 confirmée par PCR à partir du 21ème jour suivant la première dose, n’a été évalué que chez les participants qui avaient reçu deux doses de vaccin ou de placebo.

Les événements indésirables graves ont été évalués chez tous les participants qui avaient reçu au moins une dose au moment de la clôture de la base de données, et les événements indésirables rares ont été évalués chez tous les participants qui avaient reçu deux doses lors de la clôture de la base de données.

Entre le 7 septembre et le 24 novembre 2020, 21 977 adultes ont été assignés au hasard, soit au groupe vaccin (n=16 501), soit au groupe placebo (n=5 476). 19 866 qui ont reçu deux doses de vaccin ou de placebo et ont été inclus dans l'analyse du critère de jugement principal. Des comorbidités avec un risque connu de gravité de la COVID-19, étaient présentes chez environ un quart des participants.

À partir de 21 jours après la première dose de vaccin (le jour de la deuxième dose), 16 (0,1 %) des 14 964 participants du groupe vaccin et 62 (1,3 %) des 4 902 sujets du groupe placebo ont présenté une forme de COVID-19 symptomatique. L'efficacité du vaccin est donc de 91,6 % (IC 95 % : 85,6-95,2 %)… pour les formes symptomatiques.

Les courbes du taux d'incidence dans les deux groupes montrent que l'immunité requise pour prévenir la maladie symptomatique est apparue dans les 18 jours suivant la première dose. Cette protection a concerné toutes les tranches d'âge, y compris les personnes de plus de 60 ans, et les cas anecdotiques de personnes vaccinées mais infectées suggèrent que la gravité de la maladie diminue à mesure que l'immunité se développe.

Pas de détection régulière des formes asymptomatiques et sortie de l’essai des participants devenus asymptomatiques

Un test PCR a été effectué le jour de la deuxième dose (jour 21) pour le diagnostic des cas COVID-19 symptomatiques et asymptomatiques et les participants ne présentant pas de signes d'infection respiratoire ont été vaccinés avant la réception des résultats du test PCR. En cas de résultat positif au test PCR, les participants ont été classés comme asymptomatiques et n'ont pas été comptés comme des cas de COVID-19 dans l'analyse d'efficacité. Au cours de l'essai, à part la visite de dépistage et le jour de la deuxième dose, aucun autre test PCR n'a été effectué, sauf lorsque les participants ont signalé des symptômes de COVID-19.

Finalement, pas plus d’effets secondaires que les autres vaccins

La plupart des événements indésirables signalés étaient de grade 1 (7 485 [94,0 %] des 7 966 événements totaux). 45 (0,3 %) des 16 427 participants du groupe vaccin et 23 (0,4 %) des 5 435 participants du groupe placebo ont présenté des événements indésirables graves dont aucun n'a été considéré comme associé à la vaccination. Quatre décès ont été signalés au cours de l'étude (trois [<0,1 %] des 16 427 participants du groupe vaccin (à fortes comorbidités) et un [<0,1 %] des 5 435 participants du groupe placebo), dont aucun n'a été considéré comme lié au vaccin.
La charrue avant les bœufs : un vaccin déjà largement utilisé avant cette publication

Denis Y. Logunov et coll. concluent que cette analyse intermédiaire de phase 3 a donné des résultats prometteurs et que parallèlement à la mise en œuvre de multiples essais cliniques (Russie, Belarus, Émirats arabes unis, Inde), le vaccin a déjà été mis en circulation en Russie principalement dans les populations à risque, chez les personnels soignants et les enseignants. En date du 23 janvier 2021, plus de 2 millions de doses avaient déjà été administrées. Enfin, sont annoncées des recherches pour un régime à dose unique du vaccin, et cette perspective est vraiment très intéressante.

Quelques réserves

Pour le rédacteur de cet article du JIM (B-A G), il est incompréhensible que des tests RT-PCR n’aient été effectués (hormis systématiquement à J 21) que lorsque les participants ont développé des symptômes de la Covid, soit bien moins souvent que chez des joueurs de football professionnels ! En conséquence, l'analyse de l'efficacité ne porte que sur les cas symptomatiques et n’a donc pas répertorié systématiquement les cas asymptomatiques. Pire, en cas de résultat positif au test PCR, les participants ont été classés comme asymptomatiques et n'ont pas été comptés comme des cas de COVID-19 dans l'analyse d'efficacité, majorant ainsi artificiellement le taux d’efficacité annoncé de 91 %. Ce point ne semble pas avoir été relevé par les deux signataires enthousiastes de l’éditorial paru dans le Lancet (2). Des recherches complémentaires sur les cas asymptomatiques et la transmission s’avèrent donc nécessaires pour mieux évaluer l’efficacité réelle du vaccin. Néanmoins, l’objectif de protéger contre les formes modérées à sévères semble atteint.

Notons que 2 000 personnes de plus de 60 ans ont été incluses dans l’essai Spoutnik qui semble efficace dans cette tranche d’âge, alors que le débat fait rage pour le vaccin d’AstraZeneca qui n’en avait inclus que moins de 500 dans son essai de phase 3, d’où son rejet par l’Allemagne, l’Italie et la France (2/02/2021) pour vacciner les personnes âgées.

Signalons enfin qu’aucune donnée n’est fournie sur l’efficacité de Spoutnik sur les virus variants.

A la suite de cette publication du Lancet, l’Allemagne s’est officiellement proposée pour aider les Russes à préparer le dossier d’homologation auprès de l’Agence Européenne des Médicaments.

Les vaccins à vecteur adénoviral : qu’est-ce ?
Selon l'OMS, 64 candidats-vaccins sont en phase évaluation clinique (dont 13 en phase 3) et 173 en phase d’analyses précliniques. Parmi eux plusieurs vaccins à vecteur adénoviral.

Leur sécurité a été largement étudiée et des thérapeutiques à base de vecteurs adénoviraux sont déjà utilisées en clinique. Les antigènes délivrés par un vecteur adénoviral sont connus pour induire une immunité cellulaire et humorale après une seule dose. En outre, l'utilisation de deux doses donne une réponse immunitaire durable et de longue durée. Bien que les vaccins à vecteur adénoviral puissent induire des réponses immunitaires dirigées contre les composants du vecteur et atténuer celles induites par l'antigène, la vaccination hétérologue prime-boost avec deux vecteurs différents (comme dans le cas de Spoutnik) permet de minimiser cet effet. De plus, l'utilisation de deux sérotypes différents, qui sont administrés à 21 jours d'intervalle, vise à surmonter toute immunité préexistante contre l'adénovirus dans la population.

Ces vaccins ne nécessitent pas d'adjuvant et peuvent donner une bonne immunité après une seule dose. Leur robustesse physique est censée permettre un stockage à des températures d'environ -18 °C, ce qui est réalisable pour de nombreuses chaînes d'approvisionnement. L'inconvénient des vaccins recombinants à base d'adénovirus est qu'ils nécessitent des doses importantes, généralement 1010 ou 1011 particules, ce qui entraine des exigences importantes en matière de fabrication et de quantification pour le déploiement à l'échelle mondiale.


Dr Bernard-Alex Gaüzère
Références
1.Logunov D.Y. et coll. Safety and efficacy of an rAd26 and rAd5 vector-based heterologous prime-boost COVID-19 vaccine: an interim analysis of a randomised controlled phase 3 trial in Russia. The Lancet. Publication avancée en ligne le 2 février 2021 https://doi.org/10.1016/ S0140-6736(21)00234-8
2.Ian Jones, Polly Roy. Editorial : The Lancet. https://doi.org/10.1016/ S0140-6736(21)00191-4



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Message par Arnaud BASSEZ » mar. mars 09, 2021 8:07 pm


Publié le 09/03/2021

Le groupe A (et AB) rendrait plus vulnérable vis-à-vis de la Covid-19

Alors que les personnes du groupe O sont un peu protégées vis-à-vis du SARS-CoV-2, celles des groupes A et AB pourraient au contraire être plus vulnérables. A l'échelle de notre génome, de récentes études d'association ont identifié le locus responsable de l'expression du groupe sanguin ABO, comme l'un des plus importants prédicteurs génétiques du risque d'infection par le SARS-CoV-2. Bien que des études antérieures et ultérieures corroborent ces résultats, des données supplémentaires n'ont pas permis d'observer une association entre groupe sanguin ABO et infection par le SARS-CoV-2. Il est possible que des anticorps anti-groupe sanguin puissent également influencer l'infection par le SARS-CoV-2 du fait de la présence d'antigènes du groupe sanguin ABO à la surface du virus. Toutefois, ces anticorps peuvent être trouvés chez des individus de plusieurs groupes sanguins (par exemple, les anticorps anti-groupe sanguin B sont présents à la fois chez les individus du groupe sanguin A et du groupe sanguin O) et pourraient donc ne pas expliquer entièrement la propension des individus du groupe sanguin A, en particulier, à présenter un risque accru d'infection par le SARS-CoV-2.

Des mécanismes non élucidés

Dans cette étude, chaque domaine de liaison (RBD) du SARS-CoV-2 aux récepteurs de nos cellules a été cloné et purifié. Le RBD du SARS-CoV-2 a été incubé avec des cellules T HEK293 qui expriment l'enzyme de conversion de l'angiotensine 2 (ACE2), ou avec des hématies, puis détecté avec un anticorps anti-His (Anti-His-Tag mAb-Alexa Fluor 647) et soumis à une analyse cytométrique de flux. L'anticorps anti-A a également été utilisé pour détecter l'antigène A sur les hématies du groupe sanguin A. La liaison de la RBD aux puces à glycanes a été détectée par un anticorps anti-His, puis l'image a été générée par un scanner de puces.

Bien que la protéine de pointe S puisse faciliter l'entrée dans les cellules grâce aux interactions bien connues entre sa RBD et l'ACE2, il est possible que la RBD du SARS-CoV-2 interagisse avec d'autres molécules de l'hôte, y compris les antigènes des groupes sanguins, ce qui pourrait contribuer à la susceptibilité à la maladie. En particulier, la RBD du SARS-CoV-2 présente des caractéristiques structurelles générales similaires à celles des galectines, une ancienne famille de protéines de liaison aux glucides exprimées chez tous les métazoaires.

L'alignement des séquences a révélé des similitudes de séquence entre la RBD et l'ACE2 et les galectines humaines. Comme il a été démontré que les galectines présentent une grande affinité pour les antigènes de groupe sanguin, les auteurs ont ensuite examiné si la RBD du SARS-CoV-2 pouvait présenter une reconnaissance similaire des antigènes de groupe sanguin en examinant la liaison de la RBD avec des hématies isolées d’individus de groupe sanguin A, B ou O.

Des antigènes ABO de type I sur les cellules épithéliales respiratoires et de type II sur les hématies

En plus des antigènes du groupe sanguin ABO exprimés sur les hématies, appelés antigènes du groupe sanguin ABO de type II, des antigènes ABO de type I sont également exprimés sur divers autres tissus de l'organisme, y compris l'épithélium respiratoire mais sont subtilement, quoique fondamentalement différents de leurs homologues de type II en raison d'une configuration de liaison distincte entre l'avant-dernier résidu de galactose et la N-acétylglucosamine (type I, β1-3 ; type II, β1-4). Étant donné la voie d'infection aéroportée, le SARS-CoV-2 pourrait avoir développé une préférence spécifique pour les types d'antigènes ABO de type I exprimés le long des cellules épithéliales respiratoires. L’utilisation de puces à glycanes a permis d’élucider les spécificités fines des liaisons et de prédire avec précision les interactions avec de nombreux types de cellules.

Pas d’affinité particulière du virus pour les hématies du groupe A

Il en ressort que le domaine RBD du SARS-CoV-2 ne se lie que faiblement aux hématies humaines de tous types et ne montre aucune préférence pour les hématies du groupe sanguin A ou autres. En revanche, il se lie facilement aux cellules T HEK293 exprimant l'ACE2, et l'anticorps anti-A se lie également aux hématies du groupe sanguin A. Ainsi, la liaison significative de la RBD du SARS-CoV-2 aux structures du groupe sanguin A trouvées sur les hématies du groupe sanguin A humain ne semble pas contribuer à l'augmentation de la probabilité d'infection par le SARS-CoV-2 chez les individus du groupe sanguin A.

Des études antérieures ont démontré l'association entre l'expression du groupe sanguin ABO et l'infection par le SARS-CoV, de mécanisme encore inconnu. Bien que SARS-CoV et SARS-CoV-2 ne partagent que 73 % de leurs identités, ils présentent la même préférence de liaison au glycane ABO pour l'antigène A exprimé dans les voies respiratoires.

D’autres études pour confirmer ou infirmer

Toutefois, comme ces résultats ne démontrent pas de manière définitive que le groupe sanguin A « contribue » directement à l'infection par le SARS-CoV-2 et d’autres études sont certainement nécessaires pour approfondir ces premiers résultats et notamment pour confirmer que l'expression ABO influence l'adhésion du virus à différentes régions des voies naso-pharyngées et respiratoires, l'infection réelle de ces cellules de manière indépendante ou dépendante du récepteur ACE2, ou la stabilité globale du virus le long de la surface muqueuse.

En plus d'influencer potentiellement les interactions entre le SARS-CoV-2 et les cellules hôtes, l'impact de l'expression de l'antigène ABO sur les niveaux de facteur Von Willebrand pourrait également influer sur survenue des complications thromboemboliques.

Quoi qu’il en soit, les personne appartenant au groupe O (42 % en France) ont tout intérêt à continuer d’appliquer les gestes barrière pour se protéger, et celles des groupes A (45 % en France) et AB (4 % en France) à ne pas céder à la panique ou à la déprime.

Dr Bernard-Alex Gaüzère
Référence
Wu SC et coll. : The SARS-CoV-2 receptor-binding domain preferentially recognizes blood group A. Blood Adv. 2021;5 (5):1305-1309. doi:10.1182/bloodadvances.2020003259.

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Publié le 11/12/2020
Contre la Covid-19, O rhésus moins

Il est admis que le groupe sanguin O tend à protéger contre l’infection respiratoire à SARS-CoV-2. Selon des travaux non publiés, le statut rhésus négatif (RH-) pourrait également être protecteur.

Du fait de des incertitudes persistantes à propos de ces associations, G Ray et collaborateurs ont mené un travail, basé sur l’analyse d’une cohorte de population, dans le but d’évaluer la fréquence des infections à SARS-CoV-2 et des formes graves de Covid-19 en fonction des groupes sanguins ABO et RH. Il s’agit d’une étude rétrospective, réalisée dans la province canadienne de l’Ontario, dans laquelle sont tenus plusieurs registres donnant accès à de multiples données d’ordre médical et permettant une centralisation des informations recueillies. Ont été concernés tous les individus ayant eu une détermination de leur groupe sanguin entre Janvier 2007 et Décembre 2019, puis qui, dans un temps ultérieur, ont été testés par polymerase chain reaction (PCR) pour rechercher l’ARN viral du SARS-CoV-2 entre le 15 Janvier et le 30 Juin 2020. L’objectif essentiel de l’étude était de déterminer la survenue d’une infection à SARS-CoV-2, définie par un test PCR positif. Le second était de préciser la fréquence d’un événement composite combinant formes graves de la Covid et décès. Une forme grave était définie par une admission en soins intensifs, une hospitalisation de 7 jours minimum, la survenue d’une nécrose myocardique ou d’une pneumonie virale dans les 14 jours précédant ou suivant la date de positivité du test PCR. L’analyse porte sur leur fréquence dans chacun des groupes sanguins, sur la comparaison groupe O vs tous les autres, sur la comparaison RH- vs RH+ ainsi que sur celle O- vs les autres groupes ABO. Les auteurs de la publication ont calculé les risques relatifs (RR) ainsi que les différences absolues de risque (ARD), ajustées à l’âge, au sexe, au lieu de domicile, aux comorbidités et autres antécédents médicaux majeurs dans les 5 années précédentes.

Il a aussi été procédé à une stratification en fonction de l’âge, avant et après 70 ans. Diverses analyses additionnelles tiennent compte de la possibilité de tests faux négatifs et du fait que les personnes ayant eu la détermination de leur groupe sanguin peuvent différer de la population générale.

Entre 2007 et 2019, une détermination de groupe sanguin a été effectuée chez 2 659 328 individus ; 2 432 151 n’ont pas, secondairement, eu de tests de laboratoire pour rechercher une infection à SARS-CoV-2 durant la période d’observation. Au total, la cohorte d’étude est composée de 225 556 personnes avec 36,3 % de sujets de groupe A, 14,9 % de groupe B et 44,3 % de groupe O. Le pourcentage de RH- se situe à 13,1 %. L’âge moyen était de 53,8 ans. On note 29 % d’hommes dans la cohorte. Treize à 15 % des personnes de l’ensemble avaient souffert d’une cardiopathie,11 % étaient porteurs d’une insuffisance rénale chronique, 21 % étaient anémiés et 27 à 29 % avaient un cancer. On retrouvait également 18 % d’asthme, 13 à 17 % de broncho pneumopathie chronique et 10 à 11 % de défaillance cardiaque. Les cas de démences, de diabète ou d’hypertension étaient aussi très fréquents.

Probabilité de 2 % d’être infecté pour les 0-, plus de 4 % pour les B-

Parmi les sujets de groupe O-, la probabilité d’avoir contracté une infection à SARS-CoV-2 s’est révélée minime, se situant à 2,1 % (intervalle de confiance à 95 % IC : 1,8- 2,3). A l’inverse, la probabilité la plus forte est retrouvée pour le groupe B-, à 4,2 % (IC : 4,0- 4,5) %. Le RR ajusté d’infection est plus élevé pour le type AB que pour le type A, calculé à 1,15 (IC : 1,03- 1,20) ou pour le type B, à 1,21 (IC : 1,13- 1,29). Le RR pour le type O se situe à 0,95 (IC : 0,91- 1,01). Quand la comparaison porte sur le groupe O vs l’ensemble des autres groupes le RR s’établit à 0,88 (IC : 0,84- 0,94) avec une ARD à – 3,9/ 100 (IC : -5,4 à – 2,5). Le statut RH – a aussi un effet protecteur contre les infections à SARS-CoV-2 avec un RR ajusté à 0,79 (IC : 0,73- 0,85), une ARD à – 6,8/ 1 000 (IC : - 8,9 à – 4,7). La protection la plus forte est observée dans le groupe O- avec un RR à 0,74 (IC : 0,66- 0,83) et une ARD à -8,2/1 000 (IC : -10,8à -5,31). Des analyses stratifiées en fonction de l’âge révèlent que l’impact des groupes O, RH- et O- est plus marqué chez les sujets jeunes que chez les plus de 70 ans.

On dénombre, au sein de la cohorte d’étude, 1 328 formes graves de Covid -19 ou de décès. Les pourcentages les plus élevés sont notés parmi les groupes AB et B. Ces derniers sont significativement à plus grand risque d’infections sévères que ceux de type A (aRR : 1,21 ; IC : 1,04- 1,40 et ARD à 1,2/ 1 000 ; IC: 0,2- 2,2). Par contre, quand l’incidence des cas graves dans le groupe O est comparée à celle dans tous les autres, l’aRR est à 0,87 (IC : 0,78- 0,97) et l’ARD se situe à – 0,8/ 1 000 (IC : - 1,4 à – 0,6). En comparaison avec les sujets RH+, ceux RH- ont un aRR plus faible d’évènements composites graves, à 0,82 (IC : 0,68- 0,96). Le groupe O- ne semble pas bénéficier d’une protection complémentaire spécifique avec un RR à 0,84 (IC : 0,64- 1,07).

Ce travail, avec un nombre considérable de tets SARS-CoV-2 effectués, confirme donc que les types sanguins O et RH- sont associés à un moindre risque d’infections à SARS-CoV-2 et de formes graves ou létales de Covid-19. Plusieurs points forts sont à relever. Le dépistage du SARS-CoV-2 était très large, non limité aux seuls sujets symptomatiques. La possibilité de tests PCR faussement négatifs a été prise en compte dans des analyses additionnelles. Mais des réserves sont aussi à émettre. Il a pu exister un biais de sélection car la détermination ABO-RH a précédé le dépistage SARS-CoV- 2. Les sujets les plus fragiles ont pu décéder avant la réalisation du test de dépistage. On peut aussi émettre l’hypothèse que le sujets O ou RH- aient pu être moins symptomatiques et aient pu échapper au dépistage. Les résultats de ce travail recoupent ceux d’une étude chinoise qui avait retrouvé un OR non ajusté à 0,67 (IC : 0,60- 0 ;7) en comparant le type O vs les autres groupes et ceux d’autres publications qui avaient analysé la fréquence des intubations ou de la nécessité de ventilation artificielle en fonction du statut des groupes sanguins. Point à remarquer, l’enquête a été réalisée dans une province canadienne multi ethnique mais l’origine des participants n’a pas été déterminée, une recherche ultérieure étant à mener dans des sous populations particulières, peut être à plus haut risque. Le travail n’a pas, non plus, précisé l’incidence des thrombo embolies veineuses.

Or, il est connu que les sujets O ont un taux plus bas de facteur VIII et de facteur Von Willebrand.

En conclusion, le type O est associé à un moindre risque d’infection par le SARS-CoV-2 et à un moindre risque de survenue d’une forme grave de Covid-19 ou de décès. Une protection minime contre ce virus pourrait donc être apportée par le groupe sanguin O et, possiblement aussi, par le type RH-. On ignore si ces données peuvent influer sur la prévention ou la prise en charge thérapeutiques des infections à ce virus.

Dr Pierre Margent
Référence
Ray J G t coll. : Association between ABO and RH Blood Groups and SARS-COV-2 and Severe COVID-19 Illness.. Annals Intern Med. , 2020 ; publication avancée en ligne le 24 novembre. doi: 10.7326/M20-4511.

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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » sam. mars 20, 2021 12:41 pm

Newborn Antibodies to SARS-CoV-2 detected in cord blood after maternal vaccination
Paul Gilbert, View ORCID ProfileChad Rudnick
doi: https://doi.org/10.1101/2021.02.03.21250579
This article is a preprint and has not been peer-reviewed [what does this mean?]. It reports new medical research that has yet to be evaluated and so should not be used to guide clinical practice.



Abstract

Background Maternal vaccination for Influenza and TDaP have been well studied in terms of safety and efficacy for protection of the newborn by placental passage of antibodies. Similar newborn protection would be expected after maternal vaccination against SARS-CoV-2 (the virus responsible for COVID-19). There is a significant and urgent need for research regarding safety and efficacy of vaccination against SARS-CoV-2 during pregnancy. Here, we report the first known case of an infant with SARS-CoV-2 IgG antibodies detectable in cord blood after maternal vaccination.

Case presentation A vigorous, healthy, full-term female was born to a COVID-19 naïve mother who had received a single dose of mRNA vaccine for SARS-CoV-2 three weeks prior to delivery. Cord blood antibodies (IgG) were detected to the S-protein of SARS-CoV-2 at time of delivery.

Conclusion Here, we report the first known case of an infant with SARS-CoV-2 IgG antibodies detectable in cord blood after maternal vaccination.
Background

Maternal vaccination for Influenza and TDaP have been well studied in terms of safety and efficacy for protection of the newborn by placental passage of antibodies. Similar newborn protection would be expected after maternal vaccination against SARS-CoV-2 (the virus responsible for COVID-19). There is a significant and urgent need for research regarding safety and efficacy of vaccination against SARS-CoV-2 during pregnancy. Here, we report the first known case of an infant with SARS-CoV-2 IgG antibodies detectable in cord blood after maternal vaccination.
Methods

Maternal vaccination was provided to a COVID-19-naïve front-line healthcare worker with the Moderna mRNA COVID-19 vaccine, at gestational age of 36 weeks 3 days. A normal, spontaneous vaginal birth occurred 3 weeks after dose 1 of the Moderna vaccine. The product of this 39 week 3 days gestation was a vigorous, healthy, full-term girl with normal newborn nursery course and subsequent well-infant evaluation. Under aseptic conditions and along with standard cord blood sampling for newborn blood type and direct antiglobulin test (DAT) a cord blood sample was taken immediately after birth and prior to placenta delivery with 0.5mL drawn into a red-top tube for serum. The serum was sent for SARS-CoV-2 antibody test to the S-protein as performed by Labcorp. The mother, who has been breastfeeding exclusively, then received the second dose of the Moderna vaccine during the post-partum period per the normal 28-day vaccination protocol timeline.
Results

Cord blood antibodies (IgG) were detected to SARS-CoV-2 at a level of 1.31 U/mL. This Electrochemiluminescence Immunoassay (ECLIA) uses a recombinant protein representing the RBD (receptor-binding domain) of the S antigen for the quantitative determination of antibodies against SARS-CoV-21.
Discussion

Vaccination during pregnancy with TDaP and Flu is both well studied and formally recommended2-5. The COVID-19 Pandemic and subsequent EUAs for two mRNA vaccines have created significant need for active research regarding safety and efficacy in pregnant and lactating mothers, as well as their offspring6,7.

The novel mRNA vaccines theoretically will demonstrate similar safety in this population, including placental passage of protective antibodies. Natural SARS-CoV-2 infection, however, seems to confer lower than expected passage of antibodies to the fetus which may indicate newborns born to vaccinated mothers will remain at risk for infection8.

We have demonstrated that SARS-CoV-2 IgG antibodies are detectable in a newborn’s cord blood sample after only a single dose of the Moderna COVID-19 vaccine. Thus, there is potential for protection and infection risk reduction from SARS-CoV-2 with maternal vaccination. Quantification of the antibody response can help to determine the specific antibody titer and aid in longitudinal monitoring of the dynamics of the antibody response in individual patients. Protective efficacy in newborns and ideal timing of maternal vaccination remains unknown. Further studies will be needed to quantify the amount of viral neutralizing antibodies present in babies born to SARS-CoV-2 naïve mothers who are vaccinated prior to delivery. Additionally, the duration of antibody protection in this population is not yet known and serial total antibody measurements may be used to determine how long protection is expected which may help to determine when the best time would be to begin vaccination in newborns born to mothers who received a vaccine for SARS-CoV-2.

We urge other investigators to create pregnancy and breastfeeding registries as well as conduct efficacy and safety studies of the COVID-19 vaccines in pregnant and breastfeeding woman and their offspring.
References

1.↵Woo PC, Lau SK, Wong BH, et al. Differential Sensitivities of Severe Acute Respiratory Syndrome (SARS) Coronavirus Spike Polypeptide Enzyme-Linked Immunosorbent Assay (ELISA) and SARS Coronavirus Nucleocapsid Protein ELISA for Serodiagnosis of SARS Coronavirus Pneumonia. J Clin Microbiol. 2005 Jul;43(7):3054–3058
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2.↵ AJ Hardy-Fairbanks et al. Immune Responses in Infants Whose Mother Received Tdap Vaccine During Pregnancy. The Pediatric Infectious Disease Journal: November 2013 – Volume 32 – Issue 11 – p 1257–1260
CrossRefPubMedGoogle Scholar
3. T Walls et al. Infant outcomes after exposure to Tdap vaccine in pregnancy: an observation study. BMJ Open 2016;6:e009536.
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4. R Baxter et al. Effectiveness of vaccination during pregnancy to prevent infant pertussis. Pediatrics. 2017;139(5):e20164091
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5.↵ SB Black et al. Effectiveness of Influenza Vaccine during Pregnancy in Preventing Hospitalizations and Outpatient Visits for Respiratory Illness and in Pregnant Women and Their Infants. American Journal of Perinatology. 2004;21(6) p 333–339
CrossRefPubMedWeb of ScienceGoogle Scholar
6.↵Oliver S, Gargano J, Marin M, et al. The Advisory Committee on Immunization Practices’ Interim Recommendation for Use of Moderna COVID-19 Vaccine — United States, December 2020. MMWR Morb Mortal Wkly Rep 2021;69:1653–1656.
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7.↵Vaccinating Pregnant and Lactating Patients Against COVID-19. ACOG Practice Advisory, December 2020.
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8.↵Edlow AG, Li JZ, Collier AY, et al. Assessment of Maternal and Neonatal SARS-CoV-2 Viral Load, Transplacental Antibody Transfer, and Placental Pathology in Pregnancies During the COVID-19 Pandemic. JAMA Netw Open. 2020;3(12):e2030455.
Google Scholar


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Blood Type A Tied to SARS-CoV-2 Risks

By Marilynn Larkin

March 16, 2021
source: medscape

NEW YORK (Reuters Health) - Blood type A was associated with a greater risk of severe SARS-CoV-2 in one recent study and a higher risk of contracting the disease in another.

"The two studies are complementary," Dr. James Szymanski of Montefiore Medical Center and Albert Einstein College of Medicine in New York City, coauthor of one of the reports, told Reuters Health by email. "Our study adds support that blood group A may confer a higher risk, whereas the other study gives one possibility as to the 'how' part. That study provides evidence that the SARS-CoV-2 receptor binding domain (RBD) directly interacts with respiratory cells through the blood group A antigen."

"ABO blood type is a nonmodifiable risk factor, and current studies show the strength of the association as being limited," he noted. "Future studies need to prospectively confirm the association of ABO blood group with SARS-CoV-2 and further characterize the specific biological mechanisms that underlie it."

As reported in Transfusion, Dr. Szymanski and colleagues analyzed electronic health record data on close to 5,000 patients (mean age, 62; about 48% men) hospitalized or with an emergency department visit who received a positive nucleic acid test result for SARS-CoV-2 from March 10, 2020-June 8, 2020.

The all-cause mortality rate was 23%. To estimate overall risk by ABO type and account for the competing risks of in-hospital mortality and discharge, the team calculated the cumulative incidence function for each event. Cause-specific hazard ratios for in-hospital mortality and discharge were analyzed using multivariable Cox proportional hazards models to evaluate the effect of blood type after controlling for age, sex, body mass index, initial estimated glomerular filtration rate, and initial partial pressure of oxygen, as well as covariates.

Type A blood was associated with the increased cause-specific hazard of death among COVID-19 patients compared to type O (HR, 1.17) and type B (HR, 1.32).

Separately, Dr. Sean Stowell of Brigham and Women's Hospital in Boston and colleagues conducted a series of laboratory experiments to investigate the mechanism by which blood group antigens - particularly those of blood group A -might influence the risk for SARS-CoV-2 infection.

As reported in Blood Advances, the team studied the SARS-CoV-2 RBD protein, the part of the virus that attaches to the host cells. They assessed synthetic blood group antigens on respiratory and red blood cells found in blood groups A, B, and O and analyzed how the SARS-CoV-2 RBD interacted with each blood type.

They found that the RBD had a strong preference for binding to blood group A (but not to other blood types) on respiratory cells only, not red blood cells.

The team also tested whether the RBD of SARS-CoV, the virus that causes severe acute respiratory syndrome (SARS), had a similar preference, and indeed it did.

Like Dr. Szymanski, Dr. Stowell told Reuters Health, "whether blood group status truly influences the risk of SARS-CoV-2 infection or outcomes remains to be determined."

"There is no indication that patients should be managed differently because of their blood type," he said by email. "As our understanding regarding the possible influence of blood group antigens on SARS-CoV-2 infection grows, it may be possible in the future to leverage this information to develop strategies to reduce infection risk. However, many studies need to be done before it is clear whether such strategies may even be possible.

SOURCES: https://bit.ly/3vrZbDY Transfusion, online March 5, 2021, and https://bit.ly/3cuhrUI Blood Advances, online March 3, 2021.
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » dim. avr. 04, 2021 7:12 pm

A lire Évènements thrombotiques après le vaccin AstraZeneca : et si c’était lié a une réponse immunitaire discordante ?

A lire Detecting Rapid Spread of SARS-CoV-2 Variants, France, January 26–February 16, 2021

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Publié le 01/04/2021
10 000 lits de réanimation : un pis-aller plutôt qu’une véritable promesse ?

Paris, le jeudi 1er avril 2021 – Évidemment, et il ne s’y attendait sans doute pas, Emmanuel Macron n’a pas su convaincre hier ceux qui parmi les médecins et les professionnels de santé espéraient des mesures très strictes pour faire face à l’épidémie de Covid. Ces praticiens suivent il est vrai une logique très différente de celle du chef de l’État : quand ils espèrent une élimination de la circulation du virus (Zéro Covid, qui nécessiterait des mesures drastiques prolongées), le Président de la République a affirmé hier qu’il s’est toujours inscrit dans la perspective de « vivre avec le virus ».

D’ailleurs, hier, le Président s’est bien gardé cette fois de fixer aucun objectif chiffré pour garantir la levée des mesures que ce soit en termes de nombre de contaminations ou de patients en réanimation.

En bonne voie, mais doit prouver l’efficacité de ses efforts

Pour beaucoup d’autres praticiens, plus modérés, et qui ont pour principale préoccupation de voir les services de réanimation pouvoir accueillir dans de bonnes conditions (et non pas toujours dans les moins mauvaises conditions) tous les patients (et pas seulement les sujets atteints de Covid), tout en préservant l’équilibre éducatif, social, économique et psychologique, les mesures modérées d’Emmanuel Macron ont le plus souvent suscité une certaine adhésion. Des interrogations demeurent néanmoins quant à l’efficacité réelle du « confinement aéré » qui désormais s’impose sur toute la France, étant donné le manque de recul, mais la fermeture simultanée de toutes les écoles pendant trois semaines (dont deux de vacances), parce qu’elle permet à la fois d’espérer un véritable frein à la circulation du virus et de limiter les conséquences pédagogiques et sociales semble considérée comme une mesure juste.

Un emplâtre sur une jambe de bois

Il est un point cependant qui suscite plus de circonspection, voire de crispation, c’est l’annonce de la libération de 10 000 lits de réanimation, contre aujourd’hui déjà plus de 7000 (pour une capacité initiale autour de 5000). « En juillet déjà, Olivier Véran avait annoncé 12 000 lits possibles pour la rentrée. Mais il y a un vrai déficit en personnel. Je ne sais pas comment le président compte résoudre ce problème. Mettre des gens non formés à ces techniques ne serait qu’un emplâtre sur une jambe de bois », s’irrite dans la Croix Bertrand Dureuil, chef du service de réanimation du CHU de Rouen.

Formations accélérées, respirateurs et stocks de curare

Si 10 000 places de réanimation peuvent être dégagées en France, il ne s’agit nullement de 10 000 lits répondant aux mêmes standards de qualité et de sécurité qu’habituellement. En outre, ce n’est qu’au prix de déprogrammations majeures qu’un tel niveau peut être atteint. Des efforts ont cependant été réalisés depuis le printemps dernier. Concernant le matériel, les lits de surveillance continue et les lits de réveil peuvent effectivement être transformés en lits de réanimation. Les respirateurs artificiels nécessaires ne manquent plus aujourd’hui : 10 000 ont bien été produits en 50 jours par un consortium de quatre industriels (Air Liquide, PSA, Valeo et Schneider Electric) qui s’était fixé ce pari ambitieux au printemps dernier. Par ailleurs, des stocks de curare ont été réalisés, ce qui devrait permettre d’éviter que se renouvellent les inquiétudes de la première vague.

Formation accélérée

Demeure l’épineux problème des personnels. Chaque vague épidémique entraîne son lot d’appels aux renforts, en sollicitant notamment personnels à la retraite, étudiants ou professionnels ayant momentanément cessé leur activité. En novembre « 12 000 professionnels de santé se sont portés volontaires pour prêter main forte dans les Ehpad et les hôpitaux. Les étudiants en santé, et les professionnels en formation sont également mobilisés » avait indiqué le ministre de la Santé. Même si ce chiffre pourrait ne pas être aussi élevé aujourd’hui, une réserve non négligeable existe encore néanmoins. Cependant, pour ceux qui seront mobilisés en réanimation, impossible d’improviser. Là encore, la situation n’est pas aussi périlleuse qu’en mars. Des centaines de formation accélérée ont en effet été dispensées (12 000 hospitaliers ont été formés par la Société européenne de soins intensifs pour soutenir les équipes d’USI en novembre et décembre). La semaine dernière en Ile-de-France ont en outre débuté des sessions express de trois jours qui s’adressent aux infirmiers et à 1 200 étudiants. Placement des patients en décubitus ventral, installation d’une ventilation mécanique, préparation des seringues de curare : certains gestes essentiels sont enseignés. Bien sûr, ces formations ne sont pas optimales et beaucoup de médecins mettent en garde contre un risque de soins dégradés.

Des déprogrammations problématiques

Cependant, pour la plupart, le principal risque de ce déploiement de 10 000 lits de réanimation concerne la déprogrammation. C’est notamment la préoccupation du professeur Bruno Mégarbane (AP-HP, Lariboisière). Il faut dire que sur ce point, les chiffres de 2020 récemment dévoilés par la Fédération hospitalière sont inquiétants. « La déprogrammation n’est pas une solution sans conséquence grave (…) Un nombre très important d’interventions lourdes voire vitales ont été déprogrammées sans être rattrapées en cours d’année » a ainsi déploré Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF. Ainsi, 15 000 séjours en neurochirurgie et chirurgie du rachis n’ont pas été rattrapés, tandis que la transplantation rénale a reculé de 30 % « sans rattrapage notable ».

Ainsi, si 10 000 lits de réanimation pourront effectivement répondre si nécessaire à un nombre de patients encore plus élevé que lors de la première vague, afin notamment d’éviter le fameux « tri » qu’affirmaient imprudemment inéluctable quelques médecins, il ne s’agit nullement d’un véritable objectif vertueux mais plus certainement d’un pis-aller. Le gouvernement ne pourra pas faire l’impasse sur une véritable réflexion sur l’augmentation pérenne des capacités de réanimation de notre pays.

Aurélie Haroche

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La santé est un état précaire qui ne laisse augurer rien de bon.

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formateur AFGSU PARIS
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