Articles sur la santé

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Arnaud BASSEZ
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » sam. juin 27, 2020 2:20 pm

Publié le 26/06/2020
Il faut sauver le stéthoscope...de la Covid-19

C’est en 1816 que René Laennec (1781-1826) invente le stéthoscope et en 1817 qu’il décrit cet outil révolutionnaire appelé à devenir dans les deux siècles qui ont suivi la troisième main du médecin. Ce symbole des relations médecin-malade s’est adapté au fil du temps pour conserver une place centrale dans le diagnostic clinique alors que se succédaient les inventions et les progrès majeurs de la médecine moderne et post-moderne. Ses atouts indéniables ne sauraient cependant faire oublier sa fâcheuse réputation, celle de nid à microbes : l’épidémie de Covid-19 a braqué les projecteurs sur ce péché originel qui lui vaut d’avoir été source de conflits et de polémique au plus fort de l’action.

Que faire de son stéthoscope en sachant qu’en voyageant d’un thorax à l’autre il peut colporter bien des microbes pathogènes, outre le SARS-CoV-2 ? L’auscultation cardiaque et pulmonaire a-t-elle encore un sens au temps de l’imagerie non invasive triomphante et des tests biologiques ? Comment gérer cet outil dans toutes les situations cliniques, y compris en unité de soins intensifs (USI) où les constantes vitales semblent être la priorité bien devant la recherche de râles crépitants ou d’un galop protodiastolique pas si facile à percevoir dans le bruit de fond créé par la machinerie ambiante ? Comment désinfecter le stéthoscope en toute sécurité face à tous les germes existants ? Autant de questions auxquelles ont été confrontés les cliniciens avec autant de réponses variables bien évidemment d’un continent à l’autre, voire d’un pays à l’autre…

Le stéthoscope vecteur d’agents microbiens mais encore…

De longue date, comme le rappelle un article fort intéressant publié en preprint dans l’American Journal of Medicine, le stéthoscope a été un vecteur de microbes puissant, les niveaux de contamination qu’il offre étant voisins… de ceux des mains du praticien. De longue date, il a été recommandé de procéder à sa désinfection régulière et minutieuse mais, dans la pratique courante, force est de constater que rares sont les médecins qui suivent à la lettre ce conseil. De surcroît, les désinfectants mis à leur disposition ne peuvent avoir la prétention d’éliminer tous les agents microbiens qui peuvent incruster son diaphragme. Néanmoins, le SARS-CoV-2 a certes la vie dure au point de persister quelques heures sur de nombreuses surfaces de l’environnement mais il est plus sensible à l’alcool que bien des bactéries…

Les attitudes des uns et des autres ont pu diverger : certains ont abandonné ou moins utilisé leur stéthoscope par crainte de la contamination ou de la transmission du virus notamment en USI. La plupart n’y ont pas renoncé. Il y a certes matière à polémiquer sur le présent et le futur de cette icône de la médecine que l’on ne peut sacrifier sur l’autel de la Covid-19 et de la technique triomphante- autant le scanner que les tests biologiques- sans la moindre réflexion préalable. Le lien entre le malade et son médecin passe par un contact physique dont le stéthoscope est le plus souvent le vecteur primordial et c’est même là où il pêche. Par temps de pandémie, ce contact furtif chez des patients isolés et angoissés prend encore plus de relief en tant que pilier de l’examen clinique et témoin du savoir ou de la compétence du praticien.

L’alternative de l’auscultation à distance et de l’intelligence artificielle

En l’espace de deux siècles, en dépit des prouesses technologiques, le stéthoscope n’a que peu évolué dans ses principes de base et ce n’est pas l’avènement de l’échographie portable qui peut changer radicalement la donne. Un opérateur peu expérimenté muni de ces machines risque de faire plus d’erreurs que le clinicien qui n’a que ses trois mains dont le stéthoscope. L’auscultation n’a rien à envier à des prolongements techniques trop réducteurs pour répondre à la diversité et à la complexité des situations cliniques.

L’outil le plus intelligent qui soit ne remplacera jamais l’intelligence clinique faite d’expérience et de raisonnement élaboré au cœur de la relation médecin-malade, mais il peut s’intégrer dans une approche globale si sa maîtrise est pleinement assurée dans le cadre de la télémédecine. Cette dernière ne saurait être la panacée, même si les smartphones peuvent être pourvus d’applications qui permettent de visualiser et d’enregistrer les bruits du cœur pour mieux les transmettre : cette perspective donne une idée du potentiel de l’auscultation des temps post-modernes et de l’intérêt qu’il faut entretenir pour le stéthoscope aussi « high tech » soit-il.

Encore faut-il souligner que les performances diagnostiques de ces outils devenus « intelligents » sont encore à l’étude et qu’il ne faut pas brûler les étapes à coup d’algorithmes issus de l’intelligence artificielle: une bonne oreille est encore ce qu’il y a de mieux par temps de Covid-19 notamment, les merveilles du diagnostic et du pronostic élaborés automatiquement étant encore à venir.

Comment désinfecter son stéthoscope

Un bon stéthoscope s’avère précieux mais pour en revenir à nos microbes, il est clair qu’une auscultation sécurisée n’est pas concevable sans une désinfection de l’appareil, le complément logique du lavage des mains. La troisième main se doit d’être aussi propre que les deux autres, d’autant que la contamination de ces dernières joue à l’évidence un rôle primordial dans la chaîne. Mais les désinfectants utilisés ou utilisables ne semblent pas donner entière satisfaction compte tenu de la multiplicité des germes pathogènes, de leur durée de vie variable d’un support à l’autre et des techniques de nettoyage adoptées par le soignant, souvent erratiques et mal codifiées.

Leur observance est généralement faible et cela ne date pas d’hier : le manque de temps, l’oubli pur et simple ou l’absence d’accès aux moyens de désinfection sont autant de raisons invoquées par les soignants. De fait, nombre de praticiens confrontés à tant de problèmes ont préféré se passer de leur troisième main surtout en USI d’autant qu’avec les équipements de protection individuels, l’auscultation tend à devenir acrobatique. Les stéthoscopes jetables ne sont pas la solution compte tenu de la faible qualité de leurs performances acoustiques et du risque de transmission du virus par contamination du soignant.

Les agents désinfectants conventionnels actuels semblent avoir leurs limites, qu’il s’agisse de l’alcool, de l’eau oxygénée ou encore de l’eau de Javel diluée si l’on vise toute la communauté des agents microbiens : bactéries, virus, champignons etc. Le risque de propager des bactéries alcoolo-résistantes a été évoqué avec ces produits mais les virus ne sont pas concernés car ils sont sensibles au gel hydro-alcoolique. En pratique, un agent désinfectant virucide pas trop toxique pour la membrane du stéthoscope est à privilégier, les lingettes pouvant être utilisées après lavage des mains entre chaque patient. La désinfection doit être d’autant plus drastique que le lieu d’exercice est chargé en particules virales et l’on revient à l’USI où des recommandations spécifiques s’appliquent. En cabinet médical, il faut raison garder et recourir aux produits conseillés dans le cadre des bonnes pratiques.

D’autres planches de salut ?

Quelles sont les autres planches de salut ? Comme souvent, au travers de certaines avancées techniques : le nettoyage du diaphragme de l’outil par une exposition aux UV pendant une minute au moins ? Oui pour les bactéries … Le recours à un dispositif jetable protégeant le diaphragme du stéthoscope le temps d’une auscultation et fourni par un distributeur automatique sans qu’il soit besoin de toucher à quoi que ce soit ? L’idée est bonne au point que certains fabricants se sont penchés sur la question et que l’utilité du stéthoscope pourrait s’en trouver renforcée dans tous les lieux face à tous les germes, quels qu’ils soient.

Les progrès techniques à venir devraient permettre de surmonter le problème de la contamination potentielle par divers germes – pas seulement le SARS-CoV-2- et de développer le stéthoscope du futur appelé à devenir intelligent plus performant, plus sûr, plus adapté, tout en restant l’icône dont le médecin et le patient ont besoin pour optimiser leur relation.

La double facette technique et humaine du métier est incarnée par cet outil qui est présent sur la scène médicale depuis plus de deux siècles. Il n’est pas prêt de la quitter et la Covid-19 ne saurait changer la donne.

Dr Philippe Tellier
Référence
Rajiv S et coll. : Persistent Value of the Stethoscope in the Age of COVID-19. Am Med 2020: publication avancée en ligne. doi.org/10.1016/j.amjmed.2020.05.018.


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Publié le 26/06/2020
Le Conseil Constitutionnel valide le délit de non-respect du confinement

Paris, le vendredi 26 juin – Saisie par une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), le Conseil Constitutionnel a jugé la loi incriminant le non-respect du confinement conforme à la Constitution.

Le confinement est terminé depuis maintenant six semaines mais certains continuent d’en subir les conséquences juridiques. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, les forces de l’ordre ont procédé à 762 106 verbalisations pour non-respect du confinement, tandis que 1 733 personnes ont été placés en garde à vue pour le délit de violation répété du confinement, dont plusieurs ont été condamnés à des peines de prison ferme.
6 mois d’emprisonnement et 10 000 euros d’amende
En effet, l’article L. 3136-1 du code de la santé publique, voté le 24 mars dernier, punit de 6 mois d’emprisonnement et de 10 000 euros d’amende le fait de violer les mesures de confinement à plus de trois reprises en moins de 30 jours. Une durée d’emprisonnement qui n’a pas été choisi au hasard par le législateur : elle permet de juger les contrevenants selon la procédure accélérée de la comparution immédiate.

Certaines personnes poursuivies pour violation du confinement avaient placé leur espoir dans le Conseil Constitutionnel pour échapper à la sanction, mais les sages viennent de leur fermer la porte. Saisie par trois questions prioritaires de constitutionnalité (QPC), une procédure qui permet à tout justiciable de contester la constitutionnalité de la loi qu’on veut lui appliquer, le Conseil a jugé ce vendredi que la disposition du code de la santé publique respectait bien les droits fondamentaux garantis par la Constitution.

Une infraction suffisamment bien définie

Devant le Conseil, les avocats des prévenus avaient argué que le texte instituant le délit de violation du confinement violait le principe de légalité des délits et des peines, protégé par l’article 8 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui impose que les infractions soient définies précisément. Il était notamment reproché au texte d’utiliser des termes imprécis comme celui de « motif familial impérieux », laissant aux forces de l’ordre, selon Maître Raphael Kempf, « une marge d’appréciation qui contient un risque d’arbitraire ».

Rien de tout cela pour les membres du Conseil. Selon eux, tous les éléments constitutifs du délit sont strictement définis et « le législateur n’a pas adopté de dispositions imprécises ». Balayé également les reproches fait à la loi quand au respect du principe de la présomption d’innocence et des droits de la défense. Certes une personne peut être poursuivi pour violation du confinement sans avoir eu le temps de contester devant le juge ses trois verbalisations précédentes. Mais puisque le tribunal correctionnel pourra « apprécier les éléments constitutifs de l’infraction et notamment la régularité et le bien-fondé des précédentes verbalisations » l’argument est inopérant selon le juge constitutionnel.

Des TIG plutôt que la prison

Depuis le début du déconfinement le 11 mai, il n’est évidemment plus possible d’être sanctionné pour violation du confinement. Mais le texte reste en vigueur et pourrait être à nouveau appliqué en cas de nouveau confinement dû à une seconde vague épidémique. A Paris, le procureur de la république Rémy Heitz a ordonné aux parquetiers de requérir des peines de travaux d’intérêt général (TIG), si possible en milieu hospitalier, plutôt que des peines d’emprisonnement. La France est loin d’être le pays le plus sévère en la matière : au Chili notamment, actuellement frappé de plein fouet par l’épidémie de coronavirus, la violation des mesures de confinement est punie de 5 ans d’emprisonnement.

QH

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Les chiffres sont intéressants à comparer pour les revendications. D'un côté les médecins, dont la négociation est à part (on ne mélange les torchons et les mouchoirs en soie) et de l'autre, la plèbe des petites gens, des gueux; bref des soignants. D'un côté on a une augmentation de 300 euros/mois, de l'autre on passe à une augmentation de 1246 euros/mois (4x l'augmentation des soignants) en début de carrière pour les médecins déifiés, jusqu'à 3616 euros/mois pour les PH en fin de carrière, soit 12x le niveau demandé par les soignants !
Quand on sait que l'intérim interne à 500 euros la journée, à passer son temps sur son ordinateur à regarder le dernier épisode de l série à la mode, en pratiquent l'anesthésie en mode Bluetooth, n'est pas des plu fatigant, que les gardes sont particulièrement bien payées, que les IADE font tout pour une reconnaissance proche du néant absolu, on a de quoi l'avoir en travers de la gorge. Mais que voulez-vous, l'anesthésie est un acte MÉDICAL. et internet, les billets de train, les vidéos, la glande en salle de repos durant des heures, ça doit être aussi ça du temps MÉDICAL. Je ne peux pas comprendre, je ne fais pas partie du sérail. Toutefois je vous invite à lire la proposition de la SOFIA sur la profession IADE.(AB)



Publié le 26/06/2020
Les 6 milliards d’Olivier Véran n’ont pas apaisé la colère, bien au contraire

Mercredi, Olivier Véran a enfin dévoilé son jeu.

Après des semaines de mystère, il a révélé le montant global des hausses de salaires des soignants non-médicaux. Au total, six milliards d'euros seront à partager entre hôpitaux et EHPAD publics, mais aussi pour partie avec le secteur privé, soit environ 1,7 millions de salariés.

Pour exceptionnel qu’il soit, le chiffre ne semble pas avoir emporté la partie, il a peut-être même ravivé la colère.

300 euros brut contre 300 euros net

Les infirmiers semblent ainsi loin d’être satisfaits. Par exemple, le syndicat des cadres de santé, le SNPI (Syndicat National des Professionnels Infirmiers), s’indigne : « lorsque l’on est beaucoup à se partager un petit gâteau, chacun n’a que des miettes ! ».

Au-delà des aspects comptables, le syndicat s’inquiète également du calendrier. « Par ailleurs, le gouvernement précise dans son document du 19 juin que les revalorisations nécessitent un article de loi, à l’occasion du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), qui sera débattu à l’automne, et voté au plus tard en décembre. Il faudra ensuite la parution des textes réglementaires (décret et arrêté), les agents n’auront donc rien sur leur bulletin de paie avant fin décembre. Parler de hausse des salaires au 1er juillet est délétère car cela donne de faux espoirs aux soignants, souvent confrontés à une perte de revenus familiaux du fait de leur conjoints victimes de la crise économique », explique le patron de cette organisation, Thierry Amouroux.

Soulignons néanmoins que l’enveloppe prévue pourrait signifier une augmentation moyenne des personnels non médicaux d’environ 300 euros brut par mois.

Une revendication à 32 milliards

La CGT, quant à elle, enfonce le clou sur l’air du « compte n’y est pas » et de ce « n’est qu’un début, continuons le combat ».

L’organisation demande en effet pas moins de 32 milliards d’euros pour les rémunérations. Cette enveloppe comprend à la fois des mesures de « rattrapage de la perte de pouvoir d’achat » liée au gel des points d’indice « depuis 2000 » (14,4 milliards), une hausse de 300 euros net pour tous les soignants (8,7 milliards) et des hausses catégorielles évaluées à 9,1 milliards.

La CGT propose également la création de 100 000 emplois dans les hôpitaux et de 200 000 emplois dans les Ehpad, pour un total de 12,5 milliards d’euros, et un programme d’investissement hospitalier de l’ordre de 10 milliards d’euros par an.

Ces propositions, que le syndicat entend porter dans le cadre du "Ségur de la santé", sont "soutenables" jure la centrale syndicale…

Les médecins font entendre leur voix

Cette appréciation pourrait être d’autant plus discutée que même avec un tel niveau d’engagement financier, toutes les attentes pourraient ne pas être comblées. Ainsi, les syndicats de médecins hospitaliers ont appelé, jeudi 25 juin, à se joindre à la grève des soignants prévue mardi 30 juin, faute d’avancées sur leurs revendications salariales, évaluées à près de « 7 milliards d’euros ». En effet, aucune enveloppe n’a été mise sur la table pour les 100 000 médecins hospitaliers, qui font l’objet d’une négociation à part.

« Le préavis a été déposé par l’ensemble des organisations de personnels médicaux et non médicaux. Nous serons donc en grève ce jour-là » a annoncé lors d’une conférence de presse le président d’Action praticiens hôpital (APH), Jacques Trévidic. Parmi les organisations qui appellent à se mobiliser : l’APH (Action praticien hôpital), l’Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH), l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI) et le syndicat Jeunes médecins.

Rappelons que les médecins demandent une hausse mensuelle de 300 euros net pour les internes et une revalorisation des grilles salariales, portées à 5 000 euros net en début de carrière, contre 3 754 euros actuellement, et 10 000 euros en fin de carrière (contre 6 384 euros) pour les praticiens hospitaliers. Une réunion consacrée à la rémunération des médecins hospitaliers est d’ailleurs prévue lundi à 16 heures, en présence d’Olivier Véran.

F.H.

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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » lun. juil. 06, 2020 10:41 am

Publié le 02/07/2020
Bachelot et Touraine, presque sans masques !

Paris, le jeudi 2 juillet 2020 – A quoi sert un ministre de la santé (bis) ? Nous nous étions quittés mardi soir après l’audition d’Agnès Buzyn par la commission d’enquête parlementaire sur la gestion de la crise sanitaire en ayant appris que le ministre « n’a pas plus connaissance du niveau nécessaire en masques, que d’antidotes en gaz neurotoxique. Je n’ai pas à savoir la quantité, ni disponible, ni nécessaire, des dizaines voire de centaines de produits nécessaires à la gestion de crises sanitaires ». Même s’il apparaît en effet difficile pour un aussi haut responsable d’avoir une vision précise de l’ensemble des stocks de matériels nécessaires, certains éléments dans la démonstration d’Agnès Buzyn n’ont pas manqué de faire tiquer, quand il est apparu notamment que ses commandes ont été très restreintes ou qu’elle n’a jamais reçu les alertes émanant de Santé publique France (SPF) concernant l’état des stocks.

Un ministre ne compte pas les ampoules

Hier, auditionnée à son tour, le prédécesseur d’Agnès Buzyn, Marisol Touraine a confirmé : « Évidemment, une ministre ne va pas compter les ampoules. Elle s'appuie sur des personnes compétentes dans lesquelles elle place sa confiance ». Cependant, le ministre a d’abord semblé considéré que son mode de fonctionnement aurait empêché qu’à l’instar de l’administration Buzyn la réduction à peau de chagrin de notre stock de masques soit découverte au bord de l’épidémie. « Il y a une chaîne de commandement claire, on sait qui fait quoi, et une ministre prend des arbitrages. J'en ai pris moi-même », a-t-elle ainsi rappelé. Plus précise, elle a encore indiqué : « Les quantités de stocks remontaient au niveau de la Direction générale de la Santé une fois tous les 3 mois, il y avait des commandes de renouvellement qui étaient passées tous les ans ». D’ailleurs, le ministre de François Hollande peut certifier que le niveau d’approvisionnement a été maintenu pendant son quinquennat passant de 730 millions à 754 en mai 2017. Certes, mais disposait-elle d’éléments sur la qualité de ces masques qui un an plus tard se sont révélés pour la plupart inutilisables ? Ainsi interrogée par Eric Ciotti, Marisol Touraine est moins sûre d’elle : « On m'a dit qu'il n'y avait pas de date de péremption », observe-t-elle avant de se défendre : « Moi, je n'étais pas là, je n'étais pas dans les entrepôts… ». On comprend donc qu’il a été considéré que le stock ne devait pas être renouvelé mais renfloué : en cinq ans, 115 millions de masques ont été achetés par les équipes de Marisol Touraine.

Un ministre vérifie l’état des ampoules

Entre en scène, Roselyne Bachelot. Ici, le portrait du ministre est un peu différent. « Est-ce qu'être ministre, c'est être au courant de tout ? Oui. Quand on est en charge de l'État et d'un ministère, il faut tout connaître », assène-t-elle. Triomphante depuis que l’histoire semble lui avoir donné raison sur l’utilité de disposer d’un large stock de matériels de protection, le Roselyne Bachelot répond avec précision en ce qui concerne l’état des masques. « J'ai fait vérifier par le laboratoire national de métrologie et d'essai la validité du stock de masques parce qu'il ne suffit pas d'avoir des masques, il faut qu'ils soient en bon état », martèle-t-elle.

La disparition de l’EPRUS : la clé du mystère ?

Pourquoi ce même laboratoire n’a pas été sollicité avec la même sagacité au cours de la dernière décennie ? Une fois encore, les yeux se tournent vers Santé publique France (SPF) qui a été la cible des attaques feutrées d’Agnès Buzyn mardi. L’agence est une création de Marisol Touraine et a englobé les missions de l’ancien EPRUS (Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires). Bien sûr, l’ancien ministre de François Hollande défend sa réorganisation. Elle rappelle que « le paysage sanitaire était éparpillé » avec « parfois des doublons ». On se souvient en effet de la multiplication des structures qui ne facilitait pas la lisibilité. Cependant, concernant plus spécifiquement la disparition de l’EPRUS, Roselyne Bachelot déplore l'abandon d’un « outil remarquable » et assène : « Quand on mélange les contingences quotidiennes avec l’anticipation à long terme, les contingences quotidiennes l’emportent toujours ». De fait son analyse fait écho au témoignage devant la commission de François Bourdillon, directeur de SPF jusqu’en juin 2019 et qui avait évoqué les restrictions budgétaires de son organisme et suggéré que les commandes restreintes de masques (très en-deçà des besoins estimés) pouvaient être liées à des raisons économiques.

Infantilisation

Si les analyses de Roselyne Bachelot auraient pu conforter le rétablissement de son image auprès des professionnels de santé, ses propos concernant « l’infantilisation » de la société et des médecins ont fait resurgir, intactes, les anciennes rancœurs et animosités. Le ministre de Nicolas Sarkozy s’est en effet étonné que les médecins n’aient pas eux-mêmes pris le soin de constituer des stocks de masques et aient choisi de tout attendre de l’état. : « Les conseils départementaux, régionaux, municipaux, les médecins… Ils attendent quoi ? Qu'est-ce que c'est que ce pays infantilisé ? Il faut se prendre en main ! On attend que le préfet apporte des masques avec une petite charrette ? C'est cela aussi, la leçon qu'il faudra tirer… » a-t-elle déclaré, avant de souligner plus tard alors qu’Eric Ciotti lui reproche sa dureté vis-à-vis des médecins et lui rappelle la situation de pénurie « Évidemment que si on essaie de se procurer des masques au moment de la pandémie, il n’y en a nulle part ». Pour les médecins, l’affront est impardonnable.

L’enthousiasme très refroidi

Ainsi, Jean-Paul Hamon, qui était encore il y a quelques jours le patron de la Fédération des médecins de France (FMF) ironise : « Ça ne m’étonne pas qu’elle pense qu’on n’ait pas de masque, pas de blouse dans nos cabinets. Déjà en 2009 lors de la grippe H1N1, ses services pensaient que les médecins généralistes n’avaient pas de frigo dans leurs cabinets » a-t-il fustigé faisant référence au refus du ministre de l’époque de livrer des doses de vaccin aux médecins généralistes, s’inquiétant des conditions de conservation. « Roselyne Bachelot ferait mieux de se taire plutôt que de faire le clown devant la représentation nationale » a-t-il encore grondé refusant que l’on continue « d’infantiliser les médecins, de dire que ce sont des gens imprévoyants. Quand on s’est aperçus qu’on allait en avoir besoin, on a appelé nos fournisseurs habituels, mais il n’y avait rien, il n’y avait plus moyen de se fournir », résume-t-il.

En attendant Bertrand

Il semble que le Roselyne Bachelot, dont la cote de popularité avait pourtant spectaculairement progressé ces dernières semaines, ne parviendra jamais à retrouver le cœur des médecins.

L’audition aujourd’hui de Xavier Bertrand permettra de déterminer s’il s’agit du sort de tous les locataires de l’avenue Duquesne et surtout de poursuivre notre enquête sur le rôle du ministre de la Santé. En tout état de cause, ceux qui craignaient que le message d’ouverture quasiment identique de Marisol Touraine et de Roselyne Bachelot se refusant à « donner des leçons » donne lieu à des déclarations compassées, auront vite été rassurés par la teneur de leurs propos !

Aurélie Haroche

jim.fr

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Publié le 30/06/2020
Revalorisation de 300 millions : très insuffisante aux yeux des médecins hospitaliers

Paris, le mardi 30 juin 2020 - Le ministre de la santé, Olivier Véran a dévoilé, aux médecins hospitaliers, en fin d’après-midi hier, l’enveloppe qui sera consacrée à leurs revalorisations : 300 millions d’euros, en 2021, ce qui équivaudra à une augmentation d’environ 250 € brut mensuel.

Les indemnités de garde des internes augmentées de…10 € !

Dans le détail, pour les praticiens hospitaliers, l’indemnité d’engagement de service public pour les médecins ne faisant pas d’activité privée à l’hôpital sera augmentée de 20 %. Pour les praticiens ayant plus de quinze ans d’ancienneté, l’indemnité passerait ainsi de 700 à 900 euros bruts. Autre mesure sur la table : une revalorisation de 20 % du montant des gardes de week-end et de jour férié. « Cela devrait représenter 30 euros de plus sur une garde, qui passera à environ 200 euros brut » calcule un syndicaliste présent à la réunion.

Le temps de travail additionnel serait lui aussi mieux rémunéré. Une prime territoriale renforcée serait par ailleurs accordée aux praticiens faisant des remplacements dans un même groupement hospitalier. En outre, la suppression progressive des premiers échelons de praticien hospitalier, qui était déjà actée, sera accélérée.

Des propositions ont également été faites aux internes avec une revalorisation de 10 % des salaires de ceux de première et de deuxième année et de 5 % pour les suivantes, à partir de début 2021. Les indemnités forfaitaires pour les gardes de week-end devraient également être augmentées.

Léonard Corti secrétaire général de l’ISNI détaille : « Véran nous propose 150 euros brut mensuels à partir de 2021 sur deux ans, puis 75 euros brut les quatre années suivantes. Les indemnités de garde, soit quatorze heures trente de travail de nuit, seraient revalorisées de 10 euros ».

« Consternant »
A la sortie de la réunion, sur les marches du ministère, la formule consacrée proclamant « le compte n’y est pas » pouvait résumer la pensée des médecins ayant participé aux discussions.

« C’est consternant » a ainsi constaté à la sortie du Ségur, le Dr Jacques Trévidic, président de l’intersyndicale Action Praticiens Hôpital (APH).

« Ce n’est pas avec ça qu’on va retenir les médecins à l’hôpital public », peste-t-il. Il rappelle : « il y a aujourd’hui une différence de rémunération telle entre le privé, l’intérim et l’hôpital public qu’on ne peut pas espérer pourvoir avec si peu les 30% de postes de médecins aujourd’hui vacants dans les services hospitaliers. On va faire des contrepropositions à Notat et Véran mercredi. On n’envisage pas de signer un accord dans ces conditions ».

Dans un communiqué publié lundi soir, le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARE) va jusqu’à dénoncer la « trahison du Ségur de la santé » et affirme que, pour un médecin hospitalier, « il ne se passe pas une semaine sans apprendre le départ d’un ou de plusieurs collègues de son établissement ». Le SNPHARE met en avant le phénomène de « fuite pure et simple de l’hôpital public vers une herbe plus verte ailleurs : meilleures conditions de travail, mieux définies, moindre pénibilité de la permanence des soins, meilleures rémunérations, gouvernance plus souple et horizontale, reconnaissance ».

Reste que jeudi, veille de la clôture du Ségur de la santé, les syndicats de praticiens hospitaliers ont de nouveau rendez-vous avec Nicole Notat. D’ici là, ils espèrent faire monter la pression notamment à travers la mobilisation d’aujourd’hui.

Rappelons en effet que tous les personnels hospitaliers médicaux et paramédicaux sont appelés à une journée nationale de grève et de manifestation.

Mais à Paris, le défilé pourrait manquer de force puisque ce sont deux cortèges qui s’ébranleront de part et d’autre de la Seine, désunion syndicale oblige…

F.H.

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Publié le 01/07/2020
Ségur de la Santé : mobilisation en recul mais déception majeure
Paris, le mercredi 1er juillet 2020 - Les chiffres préliminaires avancés par les syndicats en amont de la mobilisation des personnels soignants hier suggéraient que la participation ne serait pas aussi importante qu’il y a quinze jours. De fait, les rassemblements ont été deux fois moins nombreux, tandis que les défilés étaient moins nourris. Ainsi, ils étaient moins de 2 000 à battre le pavé parisien, 200 à Bordeaux (contre 4 500 il y a quinze jours) ou 1 000 à Toulouse où l’on avait recensé 7 500 personnes mi-juin.

Prime Covid : la grogne monte

Cette mobilisation affaiblie n’a pas empêché les participants de marteler à nouveau leurs messages qui se sont concentrés sur les insuffisances des annonces du Ségur d’une part et, notamment en province, les inégalités de la prime Covid, d’autre part. Concernant les 6 milliards promis pour revaloriser les rémunérations des personnels non médicaux et les 300 millions avancés pour les médecins, les manifestants étaient unanimes. Non seulement ces sommes ne suffisent pas à satisfaire des revendications défendues depuis plusieurs mois, bien avant l’épidémie, mais surtout cette enveloppe ne permet pas de répondre aux difficultés structurelles de l’hôpital. Ainsi, l’absence d’annonces concrètes concernant les embauches suscite une inquiétude croissante. Parallèlement, de nombreuses banderoles dénonçaient les conditions d’attribution de la prime Covid, les critères de distinction entre les personnels recevant la prime entière et ceux ne percevant qu’un bonus limité sont fortement discutés.

D’ailleurs, outre les protestations, la CFDT vient de déposer un recours devant le Conseil d’État pour interroger les clés de répartition choisies par le gouvernement.

Vers un 14 juillet chahuté

Difficile de savoir si les appels répétés des syndicats influenceront le gouvernement qui semble déterminé à faire vite. Si Bruno Le Maire a assuré ce matin que les attentes, concernant notamment les moyens nécessaires pour restructurer l’hôpital, seraient entendues, on sait également que les discussions doivent être en théorie bouclées à la fin de la semaine afin de laisser le Président de la République présenter lui-même les arbitrages la semaine prochaine. A la veille d’un 14 juillet que les soignants ont de plus en plus la tentation de chahuter si de nouveaux engagements n’étaient pas confirmés.

Aurélie Haroche
jim.fr
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » sam. août 01, 2020 11:33 am

On ne peut plus rien dire, plus rien faire, plus rien penser, sans tomber sous une censure bien pensante totalement délirante. La preuve:(mais le délire n'est pas fini, il se poursuit bien ailleurs...)


Publié le 01/08/2020
Est-il dangereux pour un chirurgien d’exposer son anatomie ?

Paris, le samedi 1er août 2020 - La rétractation d’article est un acte symbolique fort, à travers lequel une revue ou des auteurs reconnaissent leur erreur, voire leur faute, intentionnelle ou pas. On sait que la rétractation d’article est loin d’être automatique, et ce défaut confirme sa valeur politique et stratégique, plus encore que son inscription dans une démarche éthique et scientifique. L’exemple cette semaine du Journal of Vascular Surgery confirme cette appréciation. Il y a une dizaine de jours, la revue remettait en avant dans son numéro du mois d’août un article préalablement publié en décembre proposant d’analyser la « prévalence de contenus non professionnels émanant de jeunes chirurgiens vasculaires sur les réseaux sociaux ». Dans cette petite digression estivale, tranchant avec les habituels articles sur les techniques chirurgicales et autres complications valvulaires ou thrombotiques, les auteurs se montraient plutôt critiques vis-à-vis des chirurgiens n’hésitant pas à adopter sur Instagram ou Facebook des « poses provocantes en bikini » ou à « consommer de l’alcool ».

Maillots de bain militants

Image

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que Twitter s’empare de cet article et en dénonce la misogynie intrinsèque ; les femmes semblant en effet prioritairement visées même si 32 % des profils internet étudiés seulement concernaient des chirurgiennes. Plusieurs dizaines de médecins, principalement des femmes et notamment aux Etats-Unis (mais quelques Françaises s’y sont également adonnées) ont en guise de représailles posté des photos en maillot de bains échancrés, parfois avec un appétissant cocktail à la main pour proclamer que l’on pouvait porter des bikinis, boire (modérément) en vacances et être un médecin compétent et sérieux.

Se méfier du miroir d’internet : une leçon à d’abord s’appliquer à soi même

Le succès rencontré par le mot dièse Medbikini a apparemment conduit les auteurs à la prise de conscience. Alors que la rétractation de l’article a été annoncée hier, l’un de ses principaux auteurs, Thomas Cheng s’est expliqué : « Nous sommes désolés d’avoir donné le sentiment de cibler les jeunes chirurgiens et d’avoir porté des jugements ». Le Journal of Vascular Surgery a pour sa part regretté que les responsables de l’étude aient utilisé des données sans obtenir l’autorisation des propriétaires des comptes et a sur le fond observé que les auteurs avaient échoué à mettre en évidence le poids des « préjugés conscients et inconscients » dans le choix des patients, quand ils découvrent la vie de leur médecin sur les réseaux sociaux. Même si la démonstration n’est en effet pas parvenue à éviter les maladresses et a plus certainement mis en avant les a priori des auteurs que ceux des patients, l’objectif premier était en effet de mettre en garde les chirurgiens quant aux effets potentiellement délétères de leur exposition sur internet, de plus en plus utilisés par les patients pour « évaluer » leur praticien.

Si on pourra donc déplorer cet exercice raté, mais se réjouir de la joyeuse réaction de nombreux médecins, on peut également regretter que contrairement à ce qu’avait imaginé un utilisateur de Twitter, cette étude n’ait pas été une expérience de psychologie destinée à examiner les réactions sur les réseaux sociaux… mais une étude prenant ses distances avec les réseaux sociaux !

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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » jeu. oct. 08, 2020 7:46 pm

Publié le 08/10/2020
L’immunité protectrice contre les coronavirus saisonniers est de courte durée

Une question clé non résolue dans la pandémie actuelle de Covid-19 est celle de la durée de l'immunité acquise. À ce jour, les preuves de réinfection par le CoV-2 du SRAS sont limitées. Une partie de la réponse à la question pourrait venir des observations colligées depuis des dizaines d’années sur les 4 coronavirus humains saisonniers génétiquement et biologiquement dissemblables - HCoV-NL63, HCoV-229E, HCoV-OC43 et HCoV-HKU1 - qui pourraient révéler des caractéristiques communes applicables à tous les coronavirus humains. Ces quatre-là appartiennent à deux genres taxonomiques distincts et utilisent des molécules réceptrices différentes avec un tropisme variable des cellules hôtes. Compte tenu de cette grande variabilité, une équipe hollandaise a émis l'hypothèse que les caractéristiques communes à ces 4 coronavirus saisonniers, comme la durée de l'immunité protectrice, sont représentatives de tous les coronavirus humains, y compris du SARS-CoV-2.

35 ans de suivi sérologique

Le but de cette étude était d'étudier la durée de la protection contre les réinfections saisonnières par les coronavirus, sur la base des tests sérologiques, car les taux d'anticorps restent élevés jusqu'à un an après l'infection. Ont donc été utilisés des échantillons de sérum provenant de l'étude de cohorte d'Amsterdam sur l'infection par le VIH-1 et le sida, qui suit les hommes adultes à intervalles réguliers depuis les années 1980, pour déterminer la fréquence des infections saisonnières par des coronavirus.

Une toute petite cohorte

Dix adultes en bonne santé, sans pathologie grave susceptible d’ influencer leur immunité, ont été sélectionnés. Hormis une interruption du suivi entre 1997 et 2003, les prélèvements sanguins ont eu lieu tous les 3 mois avant 1989 et tous les 6 mois ensuite. Afin de détecter les réinfections, l'augmentation des taux d’anticorps dirigés contre la région carboxyle (C) terminale de la protéine de la nucléocapside (NCt) - une région immuno-dominante de la protéine 4 structurelle de la capside du coronavirus - a été mesurée pour chaque coronavirus saisonnier. Cent un événements, allant de 3 à 17 par individu, ont été classés comme des infections à coronavirus.

Le délai de réinfection n'a été calculé que lors d'un suivi continu. La durée de ce délai se situait entre 6 et 105 mois. Il n'y a pas eu de différence statistiquement significative entre les durées des intervalles séparant les infections avec les différents virus (test de Kruskal-Wallis, p = 0,256), même si le nombre d'infections par le HCoV-HKU1 était faible et probablement sous-estimé, probablement en raison de la faible sensibilité du test ELISA HKU1-NCt-.

Une immunité protectrice de courte durée : 6 à 12 mois

Dans quelques cas, les réinfections sont survenues à 6 mois (deux fois avec le HCoV-229E et une fois avec le HCoV-OC43) et à 9 mois (une fois avec le HCoV-NL63), mais la plupart des réinfections ont souvent été observées après 12 mois. Pour les réinfections survenant dès 6 mois, il n’a pas été observé de diminution intermédiaire des taux d’anticorps entre les épisodes d’infections. Par contre, lors des intervalles de réinfection de plus de 6 mois, ont été objectivées des diminutions du taux des anticorps entre les infections. Les auteurs ont également conclu que le délai le plus court entre deux infections a été de 6 mois.

En théorie, les anticorps induits par les infections à coronavirus pourraient posséder de larges capacités de reconnaissance des coronavirus. Afin de le vérifier, un test ELISA supplémentaire a été effectué en utilisant la protéine complète de la nucléocapside (N) du SARS-CoV-2, y compris la région N-terminale, plus conservée entre les espèces, pour permettre la détection d'anticorps à large reconnaissance. Deux individus avaient des anticorps à large reconnaissance et chez l’un d’eux, ces anticorps ont persisté au cours des années suivantes mais sans assurer une large protection contre les infections ultérieures par le HCoV-NL63, le HCoV-229E et le HCoV-OC43.

Une étude sérologique unique à travers le temps…

… qui évite le biais d'échantillonnage des études épidémiologiques précédentes basées sur des protocoles de tests selon les symptômes. Les mois de juin, juillet, août et septembre montrent la plus faible prévalence d'infections pour les 4 coronavirus saisonniers, confirmant la prévalence plus élevée en hiver dans les pays tempérés. Le SARS-CoV-2 pourrait partager cette caractéristique dans la période post-pandémique.
Quid de l’immunité cellulaire ?
Il convient donc de faire preuve de prudence lorsqu'on s'appuie sur des politiques de santé qui exigent une immunité à long terme, conférée par la vaccination ou par une infection naturelle pour atteindre l'immunité collective. D'autres études ont montré que les niveaux d'anticorps neutralisants contre le SARS-CoV-2 diminuent au cours des 2 premiers mois suivant l'infection, en particulier après une légère infection. Allant dans le même sens, cette étude révèle une diminution similaire des anticorps anti-nucléocapside des coronavirus saisonniers. Cependant, les anticorps ne sont qu'un marqueur de l'immunité, qui est probablement aussi influencée par l'immunité à médiation cellulaire des lymphocytes B et T. Dans cette étude, ont été surveillées les réinfections, qui ne peuvent se produire que lorsque l'immunité protectrice (cellulaire et/ou humorale) est insuffisante.

Mauvaise augure

Les réinfections par infection naturelle se produisent pour les quatre coronavirus saisonniers, ce qui suggère qu'il s'agit d'une caractéristique commune à tous les coronavirus humains, y compris le SARS-CoV-2. Les réinfections se produisent le plus souvent 12 mois après l'infection, ce qui indique que l'immunité protectrice n'est que de courte durée.

Dr Bernard-Alex Gaüzère
Référence
Edridge AWD et coll. : Seasonal coronavirus protective immunity is short-lasting. Nat Med. 2020 Sep 14. doi: 10.1038/s41591-020-1083-1. PMID: 32929268


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Publié le 07/10/2020


Capacités de réanimation : rien n’a changé (et ne pouvait sans doute changer) en France depuis le printemps

Aujourd’hui, en Ile-de-France 40 % des patients admis dans les services de réanimation sont atteints de Covid-19. Le taux critique de 30 % pour considérer une région en zone d’alerte maximale est ainsi largement dépassé. L’occupation des lits de réanimation est en effet désormais le critère majeur de notre système d’alerte, suggérant que les capacités hospitalières normales demeurent toujours insuffisantes pour parer aux périodes de crise, même modérée.

Ce n’est pas la Covid qui crée le problème

Si protéger notre système de santé est un objectif dont la légitimé est reconnue par tous, quelles que soient les critiques formulées par les uns ou les autres contre les mesures adoptées et les stratégies choisies, certains s’interrogent : est-ce la violence de l’épisode épidémique qui met en péril l’hôpital ou souffre-t-il toujours d’une maladie chronique ? « Ce qui n’est pas normal, c’est que notre système soit dépassé, alors que nous ne sommes pourtant pas face à une maladie dont la gravité est particulièrement importante », remarquait ainsi sur France 2, samedi soir, le secrétaire général de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), Christophe Prudhomme. Ce dernier rappelait par ailleurs une énième fois que si notre pays disposait des ressources équivalentes à celles de l’Allemagne en nombre de lits de réanimation, la situation épidémique actuelle n’engendrerait nullement le même niveau d’inquiétude. Même analyse pour le professeur Yonathan Freund sur Twitter : « A présent, il y a une saturation des hôpitaux. Mais cette saturation n’est pas vraiment un phénomène nouveau. Et elle n’a pas attendu l’arrivée du COVID pour exister. (…) Il serait malvenu de dire que c’est le COVID qui crée ce problème, mais il est clair qu’il le met en lumière. On peut se sentir un peu vexé presque, que ce problème soit pris en compte par tout le monde aujourd’hui, alors que c’est si fréquent », constatait-t-il en ce début de semaine. Nous avions de fait rappelé en avril comment au cours des années précédentes les pics d’épidémie grippale avaient régulièrement conduit au déclenchement local du plan blanc et aux alertes de certains urgentistes (https://www.jim.fr/medecin/jimplus/post ... plus.phtml).

12 000 lits ? Une fausse promesse

Ces messages qui pourraient avoir été diffusés à la fin de l’hiver dernier suggèrent qu’en dépit des événements du printemps, les capacités de réanimation en France sont demeurées totalement inchangées. Pourtant, le ministre de la Santé, Olivier Véran a promis que 12 000 lits pourraient être disponibles. Ce chiffre supposerait en réalité une très large déprogrammation de toutes les autres activités et des effectifs supplémentaires, dont le ministère de la Santé reconnaissait dans une note publiée par la Haute autorité de santé en juillet et citée par Le Monde qu’ils ne « ne seront pas présents directement et ne peuvent pas être disponibles sur tout le territoire national en même temps ».

Moins de 5 000 lits au total en France

Ainsi, la réalité est que la France ne compte pas plus aujourd’hui que « 5 052 lits de réanimation » dont 10 % dans le privé, indique cité par le Figaro, le Pr Djillali Annane, chef du service de médecine intensive-réanimation à l'hôpital Raymond-Poincaré à Garches. L’Allemagne en compte 3,4 fois plus. En outre, sur ces 5 052 lits, à peu près 10 %, selon un rapport établi fin septembre par le Conseil national professionnel de médecine, ne peuvent être ouverts, faute de personnels suffisants. Ainsi, les marges de manœuvre sont très faibles, sauf une nouvelle fois à imposer des déprogrammations auxquelles les équipes médico-chirurgicales sont tout à fait opposées, compte tenu des dommages liés à ce type de décisions prises au printemps. Par ailleurs, les renforts si nombreux qui avaient permis l’augmentation des capacités au printemps sont exclus puisqu’un plus grand nombre de régions sont touchées (et une fois encore parce que les autres activités n’ont pas été réduites).

Eternel recommencement

Le même problème structurel qu’au printemps entraîne donc les mêmes effets. Interpellé hier par des professionnels de santé, lors de sa visite à la Fondation Rothschild (établissement de l’Assistance publique – hôpitaux de Paris), Emmanuel Macron a fait remarquer que la formation de personnels indispensables pour permettre l’augmentation du nombre de lits nécessitait du temps. Certes, les quelques mois depuis le pic épidémique du printemps étaient sans doute insuffisants pour apporter les réponses nécessaires (afin d’éviter des mesures de fermeture et de restriction très dommageables pour l’ensemble de la société). Et si des recrutements ont bien eu lieu, par exemple à Paris, à Marseille ou Lyon, ils restent trop peu nombreux pour répondre aux besoins. Une fois encore, il est possible que le gouvernement subisse en partie les conséquences des choix de ses prédécesseurs : la France comptait 1000 lits de réanimation supplémentaires il y a quinze ans. Cependant, sa faute est également de vouloir faire croire à une possible maîtrise de la situation en brandissant le chiffre de 12 000 lits, qui n’est qu’un trompe l’œil illusoire. Par ailleurs, on peut se demander si les mesures décidées dans le cadre du Ségur seront parfaitement adaptées pour répondre au mal systémique de l’hôpital, qui ne pourrait que s’aggraver avec le vieillissement de la population et sa vulnérabilité face aux différentes menaces infectieuses. En annonçant se relancer dans la bataille hier, le Collectif inter-hôpital semble répondre par la négative.

Aurélie Haroche


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Message par Arnaud BASSEZ » ven. oct. 30, 2020 6:30 pm

Publié le 24/10/2020

Devenir à court terme des mères infectées par le SARS-CoV-2 et de leur progéniture

Les données sur le pronostic des mères infectées par le SARS-CoV-2 et leur progéniture ne sont pas très nombreuses, et le risque d’une transmission materno-fœtale du virus n’est pas totalement exclu. Une étude observationnelle, publiée dans Pediatrics, rapporte le devenir à court terme de la plus grande cohorte de mères infectées par le SARS-CoV-2 et de leurs enfants.

Entre le 1er mars et le 10 mai de cette année, 149 mères infectées par le SARS-CoV-2 ont accouché dans quatre maternités de New-York, l’épicentre de l’épidémie de COVID-19 aux Etats-Unis. Les données concernant ces mères et leurs enfants (n = 152, dont 6 jumeaux) sont tirées des dossiers médicaux électroniques. L’infection des mères est prouvée par une recherche de coronavirus positive dans le nasopharynx, dans la semaine précédant l’accouchement dans 93 % des cas.

Assistance respiratoire pour 13 mères et pas de décès parmi les mères

La cohorte compte 60 % de mères symptomatiques (n = 89) et 40 % de mères asymptomatiques (n = 60). Le pourcentage de mères asymptomatiques est sous-estimé parce que les parturientes n’ont pas eu de recherche systématique du SARS-CoV-2 le premier mois de l’étude (il est en réalité proche de 85 %). Treize mères symptomatiques sur 89 (soit 15 %), ont eu besoin d’une assistance respiratoire ; 9 ont reçu de l’hydroxychloroquine et 25 une héparine de bas poids moléculaire. L’état respiratoire de 7 mères s’est aggravé à un point tel que 6 ont dû être intubées et que les 7 ont dû être césarisées avant 37 semaines. Globalement, un tiers des mères présentait des comorbidités : obésité, hypertension artérielle préexistante ou gravidique, diabète préexistant ou gestationnel, etc. Toutes les mères ont survécu. Le taux de césariennes a été de 24 % (pas de différence entre les 2 groupes de mères).

Aucun cas de transmission materno-fœtale dans la cohorte

Trois enfants sont mort-nés. Les 149 autres sont nés vivants, 10 % avant 37 semaines.

Presque tous les enfants nés vivants (140/149) ont eu une recherche de SARS-CoV-2 dans le naso-pharynx à H20 ± 10, et 58 % d’entre eux (87/149) une 2ème recherche à H55 ± 26. Une seule recherche a été positive : une 2ème recherche faite à J4 à un nouveau-né n’ayant pas bénéficié de précautions particulières car l’infection de sa mère a été connue avec retard. Il n’y a donc eu aucun cas patent de transmission materno-fœtale dans la cohorte.

Un enfant, un jumeau à la limite de la viabilité, est décédé en salle de naissance. Dix-huit enfants (soit 12 %) ont été admis dans une unité de soins intensifs néonatale [USIN], le plus souvent pour une détresse respiratoire (13/18 ; 5 ventilations mécaniques). Cent trente et un enfants (87 %) sont restés en maternité : deux tiers ont été immédiatement séparés de leur mère, et un quart soigné dans la chambre de la mère, avec une distanciation physique et des mesures d’isolement. Seulement 7 % des enfants ont été en contact direct avec leur mère, à la demande des parents ou après changement de la prise en charge des nouveau-nés en fin d’étude.

Tous les prématurés nés vivants sont issus de mères symptomatiques (taux de prématurés : 17 %).

Par comparaison avec ceux de mère asymptomatique, les nouveau-nés de mère symptomatique ont été plus fréquemment réanimés en salle de naissance (14% vs 3% ; p = 0,04) et admis en USIN (19% vs 2% ; p = 0,001). Ils sont les seuls à avoir souffert d’une détresse respiratoire, à une exception près, et à avoir eu besoin d’une ventilation mécanique.

Il n’y a eu aucun décès en USIN, mais 7 enfants étaient encore hospitalisés à la fin de la période d’étude.

Au total, dans cette cohorte, il n’y a eu aucun cas de transmission materno-fœtale et la morbidité néonatale a été circonscrite aux enfants de mères infectées symptomatiques.

Dr Jean-Marc Retbi
Référence
Verma S et coll. : Outcomes of maternal-newborn dyads after maternal SARS-CoV-2. Pediatrics 2020 ; 146 (4) : e2020005637


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Publié le 27/10/2020

Covid-19, et si l’on prenait de l’aspirine ?

Des complications thrombotiques ont été décrites chez 25 à 42 % des patients atteints de Covid-19. Des signes d'hypercoagulabilité sont objectivés par les tests de coagulation viscoélastique, ainsi que par des concentrations élevées de D-dimères et de fibrinogènes. Thrombose veineuse profonde et thrombose artérielle sont relativement fréquentes et, à l'autopsie, des mégacaryocytes et des thrombus riches en plaquettes ont été retrouvés dans le cœur, les poumons et les reins.

En outre, la microthrombose capillaire alvéolaire a été observée à un taux neuf fois plus élevé que chez les patients atteints de grippe et il semble qu'elle contribue aux lésions pulmonaires graves et à l'hypoxémie.

Jusqu’à ce jour, aucune étude n'avait tenté de déterminer si la simple aspirine pouvait conduire à un risque réduit de ventilation mécanique, d'admission en unité de soins intensifs et de réanimation (ICU) et de mortalité hospitalière.

Une étude de cohorte rétrospective et observationnelle a donc été réalisée chez des adultes admis dans plusieurs hôpitaux aux États-Unis entre mars 2020 et juillet 2020. Le critère principal était la nécessité de recourir à une ventilation mécanique. Les critères secondaires étaient l'admission aux soins intensifs et la mortalité hospitalière. Les rapports de risque ajustés ont été calculés à l'aide de modèles de risques proportionnels de Cox après ajustement pour les effets de la démographie et des comorbidités.

Moins de ventilation mécanique et d'admissions en Réanimation, réduction de la mortalité hospitalière

Quatre cent douze patients ont été inclus. Trois cent quatorze (76,3 %) n'avaient pas reçu d'aspirine, tandis que 98 patients (23,7 %) en avaient reçu au cours des 24 heures suivant leur admission ou des 7 jours précédant leur admission. L'utilisation de l'aspirine a été associée à un moindre recours à la ventilation mécanique (35,7 % aspirine versus 48,4 % non-aspirine, p = 0,03) et à moins d’admissions en ICU (38,8 % aspirine versus 51,0 % non-aspirine, p = 0,04), mais pas à une réduction de la mortalité hospitalière « brute » (26,5 % aspirine versus 23,2 % non-aspirine, p = 0,51). Après correction de 8 variables confondantes, cependant, l'aspirine a été indépendamment associée à une diminution du risque de ventilation mécanique (Hazard Ratio HR ajusté 0,56, intervalle de confiance à 95 % IC 95 % = 0,37 - 0,85, p = 0,007) d'admission en ICU (HR ajusté 0,57, IC 95 % = 0,31 – 0,90, p = 0,020) et de mortalité hospitalière (HR ajusté 0,53, IC 95 % = 0,31-0,90, p = 0,02). Il n'y a pas eu de différence en termes de survenue d'hémorragie majeure (p = 0,69) ou de thrombose manifeste (p = 0,82) entre les patients sous aspirine et les autres.

Des limitations à cette étude, mais néanmoins beaucoup d’espoir…

Le caractère observationnel et rétrospectif, la taille modeste de l’effectif limitent la généralisation et les possibilités de s’ajuster complètement aux facteurs confondants. Au minimum, 10 à 20 sujets devraient être inclus par variable indépendante dans un modèle de régression à variables multiples. Certes le modèle de risque proportionnel de Cox qui comprenait 187 patients sous ventilation mécanique et 9 variables indépendantes répond à l'exigence de taille minimale de l'échantillon de 10 à 20 sujets par variable incluse, mais est loin de la taille idéale de 40 sujets par variable, nécessaire pour atteindre la parcimonie idéale. En outre, les patients du groupe aspirine peuvent avoir reçu des soins médicaux différents en raison de leurs comorbidités accrues, d’où des biais de traitement ; le recours à d’autres molécules pouvant concourir à l'hypercoagulabilité tels que les contraceptifs oraux et l'hormonothérapie substitutive n’a pas été pris en compte ; l'imagerie pour la détection des événements thrombotiques était laissée à la discrétion des cliniciens et les marqueurs de l’inflammation n'ont pas été mesurés de la même façon chez tous les patients.

S’agissant d’une molécule simple, peu chère, facilement accessible dans le monde entier, ces résultats très préliminaires et très intéressants méritent d’être confirmés par un essai contrôlé randomisé suffisamment puissant.

Dr Bernard-Alex Gaüzère
Référence
Chow JH et coll. : Aspirin Use is Associated with Decreased Mechanical Ventilation, ICU Admission, and In-Hospital Mortality in Hospitalized Patients with COVID-19. Anesthesia & Analgesia, 2020 ; publication avancée en ligne le 21 octobre. DOI:10.1213/ANE.0000000000005292


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Publié le 28/10/2020
Tocilizumab dans la Covid-19 : la douche froide après l’orage…cytokinique

L’insuffisance respiratoire aiguë (IRA) qui caractérise les formes les plus sévères de la Covid-19 est liée sur le plan pathogénique à une réponse inflammatoire exacerbée qui fait évoquer un véritable orage cytokinique. La plupart des biomarqueurs de l’inflammation sont en effet au zénith, qu’il s’agisse de la CRP, de la ferritine ou encore de l’interleukine-6 (IL-6). Les taux sériques de cette dernière sont par ailleurs corrélés à autant de signes qui témoignent de la sévérité ou de la durée de la maladie : virémie prolongée, excrétion retardée de l’ARN viral dans les prélèvements nasopharyngés ou respiratoires, recours à la ventilation assistée et in fine surmortalité. Dans ces conditions, l’IL-6 a semblé jouer un rôle pathogénique suffisamment significatif pour que l’inhibition pharmacologique de cette voie suscite les plus grands espoirs dans le traitement des formes sévères de la Covid-19. Les études publiées, le plus souvent non contrôlées ou ouvertes ont abouti à des résultats contradictoires.

Un essai randomisé en double insu contre placebo

L’essai randomisé, mené à double insu contre placebo, dit BACC (Boston Area COVID-19 Consortium) Tocilizumab Trial, vient alimenter le débat, à défaut d’y mettre définitivement un terme, même si ses résultats ne sont guère encourageants. L’anticorps monoclonal a été administré à une phase relativement précoce de la maladie dans le but de freiner sa progression et d’éviter le plus possible le recours à l’oxygénothérapie et a fortiori à la ventilation assistée.

Ont été inclus des patients hospitalisés, tous atteints d’une forme sévère de la Covid-19, d’un syndrome inflammatoire exacerbé et d’au moins deux des signes suivants : fièvre (> 38°C), infiltrats pulmonaires ou nécessité d’une oxygénothérapie pour maintenir une SaO2 > 92 %.

Le tirage au sort a permis de constituer deux groupes (2 :1) dans lesquels en plus d’un traitement standard a été administré soit une dose unique de tocilizumab (8 mg/kg), soit un placebo. Le critère de jugement principal combinait recours à l’intubation endotrachéale ou décès. Les critères secondaires étaient au nombre de deux : détérioration de l’état clinique et arrêt de l’oxygénothérapie chez les participants qui en bénéficiaient à l’état basal.

Echec du tocilizumab sur tous les plans

Au total, l’essai a inclus 243 patients (âge médian 59,8 ans ; extrêmes, 21,7 à 85,4) dont 58 % d’hommes, 45 % d’Hispaniques ou de Latins. Le risque d’intubation ou de décès s’est avéré voisin dans les deux groupes (tocilizumab/placebo), le HR étant de 0,83 (intervalle de confiance à 95 % [IC] 0,38 à 1,81; NS). Il en va de même pour le risque d’aggravation, le HR étant de 1,11 (IC 95 %, 0,59 à 2,10 ; NS).

Au 14ème jour de l’étude, la maladie s’est aggravée chez 18,0 % des patients du groupe traité, versus 14,9 % dans le groupe placebo. A ce moment, la proportion de patients sous oxygénothérapie était voisine dans les deux groupes, soit 24,6 % versus 21,2 % (NS). Le délai médian avant l’arrêt de l’oxygénothérapie sous tocilizumab a été de 5,0 jours (IC 95 %, 3,8 à 7,6), versus 4,9 jours (IC 95 %, 3,8 à 7,8) dans l’autre groupe (NS).
Le manque de puissance statistique laisse subsister un espoir
Les résultats de cette étude contrôlée, menée à double insu contre placebo, selon les règles de l’art sont décevants : chez les malades hospitalisés en raison d’une forme sévère de la Covid-19, l’administration relativement précoce du tocilizumab ne diminue ni la fréquence du recours à la ventilation assistée, ni la mortalité. Elle ne prévient pas non plus l’aggravation de la maladie qui se reflète dans le besoin en oxygénothérapie.

L’inhibition pharmacologique de la voie de l’IL-6 qui a suscité des espoirs réels doit- elle être pour autant abandonnée ? Rien n’est moins sûr, car l’étude pour randomisée qu’elle soit manque de puissance statistique au point qu’il est difficile de conclure formellement. La largeur des IC95 %, quel que soit le critère d’efficacité est d’ailleurs l’indice qui signe ce manque de puissance… D’autres essais sont requis pour clore le débat.

Dr Peter Stratford
Référence
Stone JH et coll. : Efficacy of Tocilizumab in Patients Hospitalized with Covid-19. New Engl J Med 2020 ; publication avancée en ligne 31 octobre. DOI: 10.1056/NEJMoa2028836.



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Publié le 30/10/2020

Peut-être un nouveau souffle pour le diagnostic de la Covid-19

Les condensats d'air exhalé (CAE) (ou EBC exhaled breath condensate) correspondent à la solution obtenue par le refroidissement du gaz expiré où sont aérosolisés des fluides provenant des voies aériennes basses. Ainsi constituent-ils un milieu potentiel pour la recherche du SARS-CoV-2 et pourraient représenter une nouvelle approche à côté des prélèvements nasopharyngés.

Les gènes ciblés par la reverse transcriptase PCR (RT-PCR) pour la détection du virus de la Covid-19 sont principalement S (spike surface glycoprotein), E (small envelope protein), N (nucleocapsid protein) et ORF1ab (RNA dependant RNA polymerase). Dans les régions où la prévalence de la Covid-19 est élevée, l’OMS recommande que soit identifié au moins un des quatre gènes pour poser le diagnostic. Quand un faux-négatif de la RT-PCR sur prélèvement nasopharyngé est pressenti, il est recommandé de renouveler le test ou de rechercher le virus au sein d’autres prélèvements tels le liquide de lavage broncho-alvéolaire ou les aspirations trachéales. A cette approche quelque peu invasive, le recours aux CAE peut-elle constituer une alternative satisfaisante ?

Une petite série de 31 patients

C’est à cette question que répond une petite étude de cohorte dans laquelle ont été inclus 31 patients atteints de la Covid-19 et répartis en deux groupes selon les résultats positifs (n=16) ou négatifs (n=15) de la RT-PCR effectuée sur des prélèvements nasopharyngés. La RT-PCR réalisée sur les CAE pour les quatre gènes-cibles viraux (E, S, N et ORF1ab), a permis de détecter la présence du SARS-CoV-2 dans la majorité des cas (29/31, 93,5 %). Dans des CAE provenant de 14 témoins d’avant la pandémie, elle a été négative.

Dans le sous-groupe des faux-négatifs de la RT-PCR sur prélèvements nasopharyngés (n=15), l’analyse des CAE a été positive dans dix cas (66,6 %) lorsqu’elle a porté que sur les gènes E et S, 11/15 (73,3 %) quand seuls les gènes N et ORF1ab étaient visés. Avec les quatre gènes, la sensibilité dans ce sous-groupe a atteint 93,3 % (14/15).

Ces résultats qui portent sur une petite série peuvent être qualifiés d’encourageants. La RT-PCR sur condensats d’air expiré a l’avantage d’être non invasive, mais elle n’est utilisable en pratique que dans des milieux privilégiés où la technique, sans être d’une grande complexité, doit néanmoins être maîtrisée et validée. D’autres études sur une plus grande échelle sont nécessaires pour transformer cet essai pour le moins élégant…

Dr Philippe Tellier
Référence
Ryan DJ et coll. : Use of exhaled breath condensate (EBC) in the diagnosis of SARS-COV-2 (COVID-19). Thorax 2020 : publication avancée en ligne 23 octobre. doi.org/10.1136/thoraxjnl-2020-215705.
jim.fr


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« La question de l'origine du SARS-CoV-2 se pose sérieusement »
27.10.2020, par Yaroslav Pigenet
lire l’article sur le site du cnrs

Près d'un an après que l'on a identifié le coronavirus SARS-CoV-2, les chercheurs n'ont toujours pas déterminé comment il a pu se transmettre à l'espèce humaine. Le virologue Étienne Decroly fait le point sur les différentes hypothèses, dont celle de l’échappement accidentel d’un laboratoire.

Tandis qu’on assiste à une course de vitesse pour la mise au point de vaccins ou de traitements, pourquoi est-il si important de connaître la généalogie du virus qui provoque la pandémie de Covid-19 ?
Étienne Decroly1 : SARS-CoV-2, qui a rapidement été identifié comme le virus à l’origine de la Covid-19 est, après le SARS-CoV en 2002 et le MERS-CoV en 2012, le troisième coronavirus humain responsable d’un syndrome respiratoire sévère à avoir émergé au cours des vingt dernières années. On connaît désormais bien cette famille de virus qui circulent principalement chez les chauves-souris, et dont le transfert zoonotique provoque épisodiquement des épidémies chez l’humain. Il est donc crucial de comprendre comment ce virus a passé la barrière d'espèce et est devenu hautement transmissible d’homme à homme. L’étude des mécanismes d’évolution et des processus moléculaires impliqués dans l’émergence de ce virus pandémique est essentielle afin de mieux nous prémunir des émergences potentielles de ces virus, et pour élaborer des stratégies thérapeutiques et vaccinales.

Dès les premières semaines de la pandémie, alors qu’on ne savait encore pas grand-chose du virus, sa probable origine animale a très vite été pointée. Pourquoi a-t-on d’emblée privilégié cette piste, et a-t-elle été confirmée depuis ?
É. D. L’origine zoonotique des coronavirus, qui infectent près de 500 espèces de chauves-souris, était déjà bien documentée à partir des émergences précédentes. Dans la nature, des populations de chauves-souris partagent les mêmes grottes, et différentes souches virales peuvent alors infecter simultanément le même animal, ce qui favorise les recombinaisons génétiques entre virus et leur évolution. Certaines souches sont parfois aptes à franchir la barrière d’espèce.



En comparant les séquences génomiques d’échantillons viraux de différents malades infectés par SARS-CoV-2, on a observé un taux d’identité de 99,98 %, ce qui montrait que cette souche virale avait émergé très récemment chez l’humain. On a par ailleurs rapidement découvert que ce génome était à 96 % identique à celui d’un virus de chauve-souris (RaTG13) collecté en 2013 à partir de fèces de l’animal et dont les séquences ne sont connues que depuis le mois de mars 2020. Nous avons par ailleurs remarqué qu’une séquence de ce génome était totalement identique à un fragment de 370 nucléotides séquencé dès 2016 à partir d’échantillons collectés en 2013 dans une mine de la province du Yunnan, où trois mineurs avaient succombé à une pneumonie sévère.
SARS-CoV-2 ne descend pas de souches humaines connues et n’a acquis que récemment la capacité de sortir de son réservoir animal naturel.

En outre, en analysant les séquences des autres coronavirus humains connus, on ne relève que 79 % d’identité génétique entre SARS-CoV-1 et SARS-CoV-2, et seulement 50 % en ce qui concerne MERS-CoV. Pour faire bref, le SARS-CoV-2 est génétiquement plus proche de souches virales qui ne se transmettaient jusqu’alors qu’entre chauves-souris. Il ne descend pas de souches humaines connues et n’a acquis que récemment la capacité de sortir de son réservoir animal naturel qui est probablement la chauve-souris.


S’il est établi que la Covid-19 nous vient de la chauve-souris, pourquoi son origine reste-elle l’objet de controverses ?
É. D. Aucune épidémie liée à la transmission directe de la chauve-souris à l’homme n’ayant été démontrée à ce jour, on pense que la transmission à l’humain doit plutôt s’effectuer via une espèce hôte intermédiaire dans laquelle les virus peuvent évoluer puis être sélectionnés vers des formes susceptibles d’infecter des cellules humaines. Afin d’identifier cette espèce intermédiaire, on examine habituellement les relations phylogénétiques entre le nouveau virus et ceux provenant d’espèces animales vivant près de la région d'émergence ; c’est cette méthode qui a permis d’établir que la civette a été probablement l’hôte intermédiaire du SARS-CoV au début des années 2000, et le dromadaire celui du MERS-CoV dix ans plus tard. La découverte dans le génome de coronavirus infectant des pangolins d’une courte séquence génétique codant pour le domaine de reconnaissance du récepteur ACE-2, apparenté à celle qui permet à SARS-CoV-2 de pénétrer les cellules humaines, a un temps fait penser qu’on tenait un possible hôte intermédiaire, mais le restant de son génome est trop distant du SARS-CoV-2 pour être un ancêtre direct.



SARS-CoV-2 aurait ainsi pu résulter de recombinaisons multiples entre différents CoV circulant chez le pangolin et la chauve-souris, ce qui aurait conduit à une adaptation ayant rendu possible la transmission du virus à l’humain. La pandémie de Covid-19 proviendrait secondairement du contact avec l'hôte intermédiaire, éventuellement vendu sur le marché de Wuhan. Cette hypothèse pose cependant de nombreux problèmes. Tout d’abord à cause de la géographie : les échantillons viraux de chauves-souris ont été recueillis dans le Yunnan, à près de 1 500 km du Wuhan où a éclaté la pandémie. Ensuite pour une raison écologique : chauves-souris et pangolins évoluent dans des écosystèmes différents et on se demande à quelle occasion leurs virus auraient pu se recombiner. Et surtout, on note que le taux d’identité entre les séquences de SARS-CoV-2 et celles issues du pangolin n’atteint que 90,3 %, ce qui est bien inférieur aux taux habituellement observés entre les souches infectant l’humain et celles infectant l’hôte intermédiaire. Par exemple, le génome du SARS-CoV et celui de la souche de civette dont il descendait partagent 99 % d’identité.

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette séquence de reconnaissance du récepteur cellulaire et le mécanisme d’entrée du virus dans les cellules ?
É. D. Il faut pour cela revenir aux caractéristiques biologiques des coronavirus. Leur génome contient un gène S codant pour la protéine Spike, qui entre dans la composition de l’enveloppe du virus et donne aux coronavirus leur forme typique de couronne. La protéine Spike joue un rôle fondamental dans la capacité d’infection du virus car elle contient un domaine, appelé RBD, qui a pour caractéristique de se lier spécifiquement à certains récepteurs (ACE2) situés à la surface des cellules infectables : c’est l’établissement de cette liaison qui favorise ensuite la pénétration du virus dans la cellule. L’affinité du domaine RBD pour les récepteurs ACE2 d’une espèce donnée est un facteur déterminant de la capacité d’infection du virus de cette espèce. Chez l’humain, ce récepteur est largement exprimé et on le retrouve par exemple à la surface des cellules pulmonaires ou intestinales.



C’est en analysant les bases de données de coronavirus qu’il a été possible d’identifier que la séquence génétique codant pour le domaine RBD du SARS-CoV-2 était très proche de celle du coronavirus infectant le pangolin. Cette observation suggère que la protéine Spike du CoV infectant le pangolin a une bonne affinité pour le récepteur ACE2 humain, ce qui aurait pu permettre au virus de pangolin d’infecter plus efficacement les cellules humaines que le virus de chauves-souris. Toutefois, pour les raisons déjà évoquées, une majorité de chercheurs estiment désormais que le pangolin n’a probablement pas joué de rôle dans l’émergence de SARS-CoV2. L’hypothèse actuellement privilégiée est qu’il s’agit plutôt d’une évolution convergente et indépendante du domaine RBD dans les deux lignées virales.

Y a-t-il des indices pointant vers d’autres candidats au rôle d’hôte intermédiaire ?
É. D. Dans les zoonoses, les hôtes intermédiaires se retrouvent généralement parmi les animaux d’élevage ou sauvages en contact avec les populations. Or, en dépit des recherches de virus dans les espèces animales vendues sur le marché de Wuhan, aucun virus intermédiaire entre RaTG13 et le SARS-CoV-2 n’a pu être identifié à ce jour. Tant que ce virus intermédiaire n’aura pas été identifié et son génome séquencé, la question de l’origine de SARS-CoV-2 restera non résolue. Car en l’absence d'éléments probants concernant le dernier intermédiaire animal avant la contamination humaine, certains auteurs suggèrent que ce virus pourrait avoir franchi la barrière d’espèce à la suite d'un accident de laboratoire ou être d’origine synthétique.



Vous pensez que le SARS-CoV-2 est sorti d’un laboratoire ?
É. D. On ne peut éliminer cette hypothèse, dans la mesure où le SARS-CoV qui a émergé en 2003 est sorti au moins quatre fois de laboratoires lors d’expérimentations. Par ailleurs, il faut savoir que les coronavirus étaient largement étudiés dans les laboratoires proches de la zone d’émergence du SARS-CoV-2 qui désiraient entre autres comprendre les mécanismes de franchissement de la barrière d’espèce. Toutefois, pour l’instant, les analyses fondées sur la phylogénie des génomes complets de virus ne permettent pas de conclure définitivement quant à l’origine évolutive du SARS-CoV-2.

On dispose de trois grands types de scénarii pour expliquer comment SARS-CoV-2 a acquis son potentiel épidémique. Premièrement, il s'agit d'une zoonose. La Covid-19 est due au franchissement récent de la barrière d’espèce par le coronavirus. Dans ce cas, on doit retrouver un virus plus proche que RaTG13 dans une espèce domestique ou d’élevage. Pour rappel, ce n’est toujours pas le cas.
Deuxième scénario, il pourrait également s’agir d’un coronavirus différent de SARS-CoV ou de MERS-CoV, qui se serait adapté à l’humain il y a déjà plusieurs années, qui aurait circulé jusqu’ici à bas bruit, et qu’une mutation récente aurait rendu plus transmissible d’homme à homme. Pour étayer ce cas de figure, il faudrait pouvoir analyser les échantillons viraux de personnes décédées de pneumonies atypiques dans la zone d’émergence avant le début de la pandémie.
Enfin, il reste la possibilité que SARS-CoV-2 descende d’un virus de chauves-souris isolé par les scientifiques lors des collectes de virus et qui se serait adapté à d’autres espèces au cours d’études sur des modèles animaux en laboratoire ; laboratoire dont il se serait ensuite échappé accidentellement.

Cette dernière hypothèse ne risque-t-elle pas de conforter les discours complotistes sur la pandémie de Covid-19 ?
É. D. Étudier l’origine de SARS-CoV-2 est une démarche scientifique qui ne peut être assimilée à une thèse complotiste. De plus, j’insiste sur le fait que, tant qu’on n’aura pas trouvé l’hôte intermédiaire, cette hypothèse d’un échappement accidentel ne peut être écartée par la communauté scientifique.

À ce jour, les études scientifiques n’ont apporté aucun élément définitif qui démontrerait cette hypothèse ; il n’en demeure pas moins que des analyses plus approfondies sont nécessaires pour trancher. La question de l’origine naturelle ou synthétique du SARS-CoV-2 ne doit pas dépendre d’un agenda politique ou de logiques de communication. Elle mérite d’être examinée à la lumière des données scientifiques à notre disposition.
L’étude des mécanismes d’évolution impliqués dans l’émergence de ce virus est essentielle pour élaborer des stratégies thérapeutiques et vaccinales.

Nos hypothèses doivent également tenir compte de ce qu’il est actuellement possible de réaliser dans les laboratoires de virologie ; et du fait que dans certains laboratoires, la manipulation du génome de virus potentiellement pathogènes est une pratique courante, notamment pour étudier les mécanismes de franchissement de la barrière d’espèces.

Justement, de nombreux sites complotistes se réfèrent aux affirmations de Luc Montagnier qui explique que SARS-CoV-2 serait une chimère virale créée dans un laboratoire chinois entre un coronavirus et le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). Cette théorie est-elle sérieuse ?
E. D. Elle n’est en tout cas plus considérée comme telle par les spécialistes, qui en ont réfuté les principales conclusions. Néanmoins, elle part d’une observation tout à fait sérieuse et importante pour la compréhension du mécanisme d’infection de SARS-CoV-2 : Il a été découvert que le gène codant la protéine Spike contient quatre insertions de courtes séquences que l’on ne retrouve pas chez les CoV humains les plus proches génétiquement. Ces insertions confèrent probablement des propriétés remarquables à la protéine Spike de SARS-CoV-2. Des études structurales indiquent que les trois premières insertions sont localisées sur des domaines exposés de la protéine S et jouent donc probablement un rôle dans l’échappement du virus au système immunitaire de l’hôte.

La quatrième insertion est plus récente et fait apparaître un site sensible aux furines, des enzymes protéases produites par les cellules de l’hôte. Il est aujourd’hui clairement démontré que le clivage de Spike par les furines induit un changement de conformation favorisant la reconnaissance du récepteur cellulaire ACE2. S’interrogeant sur l’origine de ces insertions, des chercheurs ont affirmé dans une prépublication qu’au niveau de ces séquences, la protéine Spike de SARS-CoV-2 présenterait des similarités troublantes avec des séquences de fragments du virus VIH-1. Très critiqué pour ses faiblesses méthodologiques et ses erreurs d’interprétation, l’article a été retiré du site bioRxiv.



Cette hypothèse serait donc restée anecdotique si, en avril 2020, Luc Montagnier, prix Nobel de médecine pour ses travaux sur le VIH, ne l’avait relancée en proclamant que ces insertions ne résulteraient pas d’une recombinaison naturelle ou d’un accident, mais d’un vrai travail de génétique, effectué intentionnellement, vraisemblablement dans le cadre de recherches visant à développer des vaccins contre le VIH. Ces affirmations ont une nouvelle fois été réfutées par des analyses biostatistiques qui ont montré que les séquences similaires entre VIH et SARS-CoV-2 étaient trop courtes (10 à 20 nucléotides sur un génome qui en compte 30 000) et que cette ressemblance était vraisemblablement fortuite.

Cependant, devant la difficulté à comprendre l’origine de ce virus, nous avons conduit des analyses phylogénétiques en collaboration avec des bio-informaticiens et des phylogénéticiens. Leurs résultats montrent que trois des quatre insertions que l’on observe chez le SARS-CoV-2 se retrouvent chacune dans des souches plus anciennes de coronavirus. Notre étude indique de façon certaine que ces séquences sont apparues indépendamment, à différents moments de l’histoire évolutive du virus. Ces données invalident l’hypothèse d’une insertion récente et intentionnelle de ces quatre séquences par un laboratoire.



Reste la 4e insertion qui fait apparaître un site de protéolyse furine chez le SARS-CoV-2 absente dans le reste de la famille des SARS-CoV. On ne peut donc pas exclure que cette insertion résulte d’expériences visant à permettre à un virus animal de passer la barrière d’espèce vers l’humain dans la mesure où il est bien connu que ce type d’insertion joue un rôle clé dans la propagation de nombreux virus dans l’espèce humaine.

Comment sortir de cette incertitude ?
É. D. Le génome de SARS-CoV-2 est un puzzle combinatoire et les mécanismes de recombinaison des virus animaux ayant permis une telle émergence demeurent énigmatiques. Pour comprendre sa genèse, il est donc nécessaire d’intensifier la collecte d’échantillons chez des espèces sauvages ou domestiques. L’éventuelle découverte de virus animaux présentant une très forte similarité avec SARS-CoV-2 fournirait un élément décisif pour valider son origine naturelle. Par ailleurs, des analyses bio-informatiques plus poussées pourraient permettre de révéler des traces éventuelles de manipulation génétique, ce qui plaiderait à l’inverse pour une origine expérimentale.



Quoi qu’il en soit, que ce virus soit ou non d’origine naturelle, le fait même que la question puisse désormais être sérieusement posée nous contraint à une réflexion critique sur les outils et les méthodes de reconstruction de virus actuellement à l’œuvre dans les laboratoires de recherche, et sur leur usage potentiel dans des expériences de « gain de fonction ».

Mais ces outils ne sont-ils pas justement les seuls capables de nous permettre de comprendre et combattre les virus et les épidémies qu’ils entraînent ?
É. D. Certes, mais il faut bien comprendre qu’en quelques années, les paradigmes de la recherche sur les virus ont radicalement changé. Aujourd’hui, obtenir ou faire synthétiser une séquence génétique est à la portée de n’importe quel laboratoire : on peut en moins d’un mois construire de toutes pièces un virus fonctionnel à partir des séquences disponibles dans les bases de données. De plus, des outils de manipulation du génome rapides, bon marché et faciles à utiliser ont été développés. Ces outils permettent de faire des avancées spectaculaires, mais ils démultiplient aussi les risques et la gravité potentielle d’un éventuel accident, notamment lors d’expériences de « gain de fonction » sur des virus à potentiel pandémique.

Même s’il s’avère que la pandémie de Covid-19 est finalement le résultat d’une zoonose « classique », plusieurs incidents ayant conduit à des sorties accidentelles de virus depuis des laboratoires ont été documentés ces dernières années. Un des cas les plus connus concerne le virus Marburg, issu d’une contamination par des singes sauvages. La pandémie grippale de 1977 en est un autre exemple. Des études génétiques récentes suggèrent qu’elle aurait résulté de la sortie de laboratoire d’une souche virale collectée dans les années 1950. Et plus récemment, plusieurs sorties accidentelles de SARS-CoV étudiés dans des laboratoires ont été rapportées dans la littérature, même si elles n’ont heureusement donné lieu à aucune épidémie importante.



Les normes internationales imposent que la recherche, l’isolement et la culture de virus à potentiel pandémique, incluant les virus respiratoires, soient réalisés dans des conditions expérimentales sécurisées, avec une traçabilité irréprochable pour éviter toute transmission zoonotique. Toutefois, des accidents peuvent toujours se produire et il est important de se questionner sur la dangerosité potentielle des expérimentations notamment quand elles visent un gain de fonction ou d’infectiosité.

Prônez-vous un moratoire ou une interdiction de ces recherches ?
É. D. Je ne prône pas une interdiction pure et simple ; il ne s’agit pas de stériliser la recherche, mais de questionner plus strictement le rapport bénéfice/risque. Une conférence devrait peut-être être organisée pour évaluer la nécessité d’un moratoire ou d’une réglementation internationale plus adapté ?
Tant qu’on n’aura pas trouvé l’hôte intermédiaire, l'hypothèse d’un échappement accidentel ne pourra être écartée par la communauté scientifique.

Au vu des risques infectieux que les techniques d’étude des virus nous font aujourd’hui courir, la société civile et la communauté scientifique doivent au plus vite s’interroger sur la pratique d’expériences de gain de fonction et d'adaptation artificielle de souches virales dans des hôtes animaux intermédiaires. En 2015, conscientes de ce problème, les agences fédérales américaines avaient gelé le financement de toute nouvelle étude impliquant ce type d’expériences. Ce moratoire a pris fin en 2017. Ces pratiques à haut risque devraient, à mon sens, être repensées et encadrées au niveau international par des comités d’éthiques.

Enfin, les chercheurs de ces domaines doivent également mieux prendre en compte leur propre responsabilité dès lors qu’ils ont conscience des dangers éventuels que peuvent générer leurs travaux. Des stratégies expérimentales alternatives existent souvent pour atteindre les objectifs tout en limitant fortement les risques expérimentaux.

N’est-ce pas déjà le cas ?
É. D. En théorie, oui. Dans la réalité, on est souvent loin du compte, notamment car nous, les scientifiques, sommes insuffisamment formés sur ces questions. Et parce que le climat de compétition qui baigne le monde de la recherche engendre de l’expérimentation rapide et tous azimuts, sans réflexion approfondie sur ces questions d’éthique ou la dangerosité potentielle de leurs travaux.

Dans mes cours consacrés à l’ingénierie virale, j’ai l’habitude de présenter à des étudiants de Master cet exercice théorique : je leur demande d’imaginer un procédé procurant au virus VIH la capacité d’infecter n’importe quelle cellule de l’organisme (pas seulement les lymphocytes). Ces étudiants sont brillants, et la plupart sont en mesure de me proposer des méthodes efficaces, conduisant à la construction de virus chimériques potentiellement dangereux. Je donne ce cours depuis une dizaine d’années et les étudiants s’attachent exclusivement à l’efficacité de la méthode sans s’interroger une seconde sur les conséquences potentielles de leurs mises en œuvre.

L’objectif pédagogique que je poursuis est de les sensibiliser à ces problématiques et de leur montrer qu’on peut dans bien des cas construire des systèmes expérimentaux tout aussi efficaces et permettant de mieux contrôler les risques biologiques. il faut intervenir dès la formation, en formant les futurs biologistes à toujours questionner le risque et la pertinence sociétale de leurs travaux, aussi novateurs soient-ils. ♦

Pour en savoir plus:
Retrouver les origines du SARS-COV-2 dans les phylogénies de coronavirus
E. Sallard, et al. Médecine/sciences, 36 (8-9), 783-796 (2020).
Notes

1.
Directeur de recherche au CNRS au laboratoire Architecture et fonctions des macromolécules biologiques (CNRS/Aix-Marseille Université), membre de la Société française de virologie.
La santé est un état précaire qui ne laisse augurer rien de bon.

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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » jeu. nov. 05, 2020 8:30 pm

Publié le 05/11/2020
Covid-19 en réanimation : les leçons de la première vague

Gravité du syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA), pronostic, taux de mortalité et facteurs de risque de mortalité à 90 jours de la Covid-19 chez les patients admis en service de réanimation lors de la première vague… L’étude COVID-ICU, étude de cohorte prospective multicentrique menée dans 138 hôpitaux de France, de Belgique et de Suisse, nous éclaire au milieu du gué de cette deuxième vague qui frappe l’Europe.

Près de 5 000 patients de réanimation inclus

Du 25 février au 4 mai 2020, 4 643 patients (âge médian [IQR] 63 [54-71] ans et SAPS II 37 [28-50]) ont été admis en service de réanimation, parmi lesquels 4 244 ont pu être suivis pendant 90 jours après leur sortie du service de réanimation. Dès l'admission, l'oxygénothérapie standard, l'oxygène à haut débit et la ventilation non invasive (VNI) ont été nécessaires chez 29 %, 19 % et 6 % des patients, respectivement ; 2 635 (63 %) patients ont été intubés au cours des 24 premières heures, tandis que 3 376 (80 %) ont nécessité une ventilation mécanique invasive (VM) à un moment donné de leur séjour.

Les pressions médianes (IQR) positives de fin d'expiration et de plateau ont été respectivement de 12 (10-14) cmH2O et de 24 (21-27) cmH2O. La puissance mécanique transmise par la VM au poumon a été de 26,5 (18,6-34,9) Joules/min. Il a été recouru à la curarisation et au décubitus ventral chez 88 % et 70 % des patients intubés au jour 1, respectivement.

Une forte réduction de la mortalité au fil des mois

Une embolie pulmonaire et une pneumopathie acquise sous VMI ont été diagnostiquées chez 207 (9 %) et 1 209 (58 %) de ces patients. À J90, 1 298 / 4 244 (31 %) patients étaient décédés. Parmi les patients ayant nécessité une VMI ou une VNI le jour de leur admission, la mortalité à J90 a augmenté avec la gravité du SDRA à l'admission (30 %, 34 % et 50 % pour les SDRA légers, modérés et graves, respectivement) mais elle est passée de 42 % à 25 % au cours de la période d'étude.

Les premiers éléments prédictifs indépendants de la mortalité à J90 sont confirmés comme étant : l'âge avancé, l'immunosuppression, l'obésité morbide, le diabète, des composantes rénale et cardiovasculaire plus élevées du score SOFA, un rapport PaO2/FiO2 plus faible (NDLR : signe de SDRA plus grave), ainsi qu’un délai plus court entre la date de survenue des premiers symptômes et l'admission en service de réanimation.

Plusieurs limites à cette étude menée dans des conditions héroïques

Le système de santé était extrêmement sollicité, du moins en France, ce qui a pu influencer les critères d'admission en service de réanimation et les modalités de prise en charge. Les tests n'ont pas été normalisés d'un site à l'autre, ce qui a pu entraîner des erreurs de classification. Des données manquent pour certaines variables en raison du grand nombre de patients inclus en peu de temps et de l'activité clinique intense pendant la crise. C’est ainsi que le modèle multivariable n'a concerné que 51 % des patients de la cohorte en raison de ces données manquantes, ce qui peut expliquer, avec d'autres facteurs confondants résiduels, la baisse imprévue de la mortalité avant 14 jours de suivi, associée à la lymphopénie de base.

Mais une bonne nouvelle pour cette deuxième vague

Parmi plus de quatre mille patients gravement malades atteints de COVID-19 admis dans en service de réanimation, environ un tiers ont perdu la vie. Mais, probablement en raison d’une meilleure connaissance de la maladie et d’une amélioration de la prise en charge, la mortalité a diminué de 42 % à 25 % au cours de la période de l'étude.

Dr Bernard-Alex Gaüzère
Référence
COVID-ICU group, for the REVA network and the COVID-ICU investigators. Clinical Characteristics and Day-90 Outcomes of 4,244 critically ill adults with COVID-19: a prospective cohort study. Intensive Care Medicine(2020); DOI: 10.1007/s00134-020-06294-x

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Message par Arnaud BASSEZ » jeu. nov. 26, 2020 7:51 pm

Covid-19 : 15 % des formes graves de la maladie s’expliquent par des anomalies génétiques et immunologiques
Publié le 25/09/2020. Communiqués de presse

Pourquoi la réponse individuelle à l'infection par le virus SARS-CoV2 varie-t-elle autant d’une personne à l’autre ? Résoudre ce mystère permettrait d’identifier les patients à risque, d’anticiper et d’améliorer leur prise en charge et d’offrir de nouvelles voies thérapeutiques fondées sur une meilleure compréhension de la maladie. Des chercheurs de l’Inserm, d’Université de Paris et de l’AP-HP à l’Institut de recherche Imagine (hôpital Necker-Enfants malades AP-HP), et de l’Université Rockefeller et du Howard Hughes Medical Institute à New York en collaboration avec l’équipe dirigée par le Pr Guy Gorochov au Centre d’Immunologie et des Maladies Infectieuses (Sorbonne Université/Inserm/CNRS), ont pour la première fois répondu à cette question clé. L’équipe franco-américaine, dirigée conjointement par Jean-Laurent Casanova et Laurent Abel*, a identifié les premières causes génétiques et immunologiques expliquant 15% des forme graves de Covid-19. Les malades ont un point commun : un défaut d’activité des interférons de type I, molécules du système immunitaire qui ont normalement une puissante activité antivirale. Ces découvertes permettraient de dépister les personnes à risque de développer une forme grave, et de mieux soigner ce groupe de patients. Les résultats de ces travaux sont publiés dans la revue Science.

Dès le début de pandémie de Covid-19, le chercheur Jean-Laurent Casanova et son équipe ont mis en place un consortium international, COVID human genetic effort dans le but d’identifier les facteurs génétiques et immunologiques pouvant expliquer la survenue de formes graves de la maladie. Ils se sont intéressés à des patients atteints de ces formes sévères, dont certains patients inclus dans les cohortes French-Covid et CoV Contact promues par l’Inserm. En ciblant leur recherche sur des mécanismes spécifiques de l’immunité – la voie des interférons (IFN) de type I qui sont de puissantes molécules antivirales – les chercheurs ont mis en évidence chez certains patients des anomalies génétiques qui diminuent la production des IFN de type I (3-4% des formes graves). Chez d’autres patients, ils ont identifié des maladies auto-immunes qui bloquent l’action des IFN de type I (10-11% des formes graves). L’ensemble de ces découvertes expliquerait donc 15% des formes graves de Covid-19

Le premier article publié dans Science décrit ainsi des anomalies génétiques chez des patients atteints de formes sévères de Covid-19 au niveau de 13 gènes déjà connus pour régir la réponse immunitaire contrôlée par les IFN de type I contre le virus grippal. Des mutations de ces gènes sont la cause de certaines formes sévères de grippe. De façon étonnante, ces variants génétiques sont présents également chez des adultes qui n’avaient pas été particulièrement malades auparavant, notamment de la grippe. La principale conséquence de ces mutations est un défaut de production des IFN de type I. C’est par exemple ce qu’ont montré les laboratoires d’Ali Amara et Vassili Soumelis à l’Institut de Recherche Saint Louis à partir des cellules d’un patient porteur d’une mutation dans le gène IRF7.

Quel que soit leur âge, les personnes porteuses de ces mutations sont plus à risque de développer une forme potentiellement mortelle de grippe ou de Covid-19. Un moyen simple et rapide de détecter certains de ces sujets à risque pourrait être le dosage sérique des IFN de type I par la technique ultra-sensible d’ELISA digitale utilisée pour ce travail par l’équipe de Guy Gorochov au Centre d’Immunologie et des Maladies Infectieuses.

La prise précoce d’IFN de type 1 chez ces patients pourrait être une piste thérapeutique. Ces médicaments sont disponibles depuis plus de 30 ans et sans effets secondaires notables s’ils sont pris pendant une courte période.

Dans la seconde étude également publiée dans Science, les chercheurs montrent chez les patients atteints de formes graves de Covid-19, la présence à taux élevé dans le sang d'anticorps dirigés contre les IFN de type I des individus (auto-anticorps) et capables de neutraliser l’effet de ces molécules antivirales. Ces auto-anticorps sont retrouvés chez plus de 10 % des patients développant une pneumonie grave par infection au SARS-CoV2. D’une manière intéressante, ils ont pu être retrouvés bien avant la pandémie chez certains patients suivis de longue date à AP-HP.Sorbonne Université pour d’autres pathologies. Ils sont absents chez les personnes qui développent une forme bénigne de la maladie et sont rares dans la population générale. Leur présence empêche les IFN de type I d’agir contre le virus SARS-CoV2. La production de ces anticorps dirigés contre le système immunitaire des patients témoigne probablement d’autres altérations génétiques qui sont en cours d’étude. Ces personnes pourraient bénéficier d’une plasmaphérèse (prélèvement de la partie liquide du sang contenant notamment les globules blancs et les anticorps), ou d’autres traitements pouvant réduire la production de ces anticorps par les lymphocytes B.

L’analyse d’un échantillon contrôle de 1 227 personnes en bonne santé a permis d’évaluer la prévalence d’auto-anticorps contre l’IFN de type 1 à 0,33 % dans la population générale, soit une prévalence 15 fois inférieure à celle observée chez les patients atteints de formes sévères. Ces résultats laissent penser qu’il faut donc dépister la population générale afin de détecter ces anticorps.

« Qu’il s’agisse de variants génétiques qui diminuent la production d’IFN de type I pendant l’infection ou d’anticorps qui les neutralisent, ces déficits précèdent l’infection par le virus et expliquent la maladie grave. Ces deux publications majeures mettent donc en évidence le rôle crucial des IFN de type I dans la réponse immunitaire contre le SARS-CoV2 », concluent Jean-Laurent Casanova et Laurent Abel.

Une piste pour comprendre l’incidence de forme sévère chez les hommes et les plus de 65 ans

Dans la deuxième publication, sur les 101 patients présentant ces anticorps dirigés contre les IFN de type 1, 95 étaient des hommes. Cette proportion est supérieure à celle observée chez les patients atteints de formes sévères sans anticorps neutralisants. De plus l’une des 6 femmes chez qui la présence d’auto-anticorps a pu être détectée, était par ailleurs atteinte d’Incontinentia pigmenti, une maladie génétique due à une mutation d’un gène porté par le chromosome X, l’un des chromosomes qui distingue les males des femelles. Ces données suggèrent que la production de ces anticorps pourrait être liée au chromosome X.

Par ailleurs 49,5 % des patients testés positif pour ces anticorps avaient plus de 65 ans, contre 38 % dans le reste de la cohorte, ce qui laisse également supposer que la fréquence de ces anticorps augmente avec l’âge.

* Jean-Laurent Casanova dirige la génétique et l’immunologie expérimentale dans les deux branches, tandis que Laurent Abel dirige la génétique et l’épidémiologie mathématique dans les deux branches.

l’article original https://www.aphp.fr/contenu/covid-19-15 ... etiques-et

Contacts presse

Pour Imagine, Céline Giustranti, celine.giustranti@institutimagine.org, 06 70 90 99 98

Pour Université de Paris, Pierre-Yves Clausse, pierre-yves.clausse@u-paris.fr

Pour l’Inserm, presse@inserm.fr

Pour l’AP-HP : service.presse@aphp.fr – 01 40 27 37 22

Pour Sorbonne Université : Marion Valzy, marion.valzy@sorbonne-universite.fr - 01 44 27 37 13



Sources
Inborn errors of type I IFN immunity in patients with life-threatening COVID-19

Qian Zhang et al.

Science, 24 septembre 2020

https://science.sciencemag.org/lookup/d ... ce.abd4570.


Auto-antibodies against type I IFNs in patients with life-threatening COVID-19

Paul Bastard et al.

Science, 24 septembre 2020

https://science.sciencemag.org/lookup/d ... ce.abd4585.
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À propos de l’Institut Imagine : Premier pôle européen de recherche, de soins et d’enseignement sur les maladies génétiques, l’Institut Imagine a pour mission de les comprendre et les guérir. L’Institut rassemble 1 000 des meilleurs médecins, chercheurs et personnels de santé dans une architecture créatrice de synergies. C’est ce continuum inédit d’expertises, associé à la proximité des patients, qui permet à Imagine d’accélérer les découvertes et leurs applications au bénéfice des malades.

Ce travail a notamment été effectué en collaboration avec des équipes de l’Université de Lorraine, de l’Université Claude Bernard Lyon 1 et de l’Université d’Aix-Marseille.
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » mer. déc. 02, 2020 8:40 pm

Une dictature reste une dictature, âpre au mensonge, indigne de la planète. La Chine devrait nous rembourser les déficits engendrés par son manque de transparence !



Publié le 02/12/2020
Comment la Chine aurait dissimulé la gravité de l’épidémie
Wuhan, le mercredi 2 décembre 2020 – Un an après le début de l’épidémie de Covid-19 à Wuhan, des fuites de documents secrets révèlent comment le gouvernement chinois a tout fait pour dissimuler la gravité de l’épidémie.

7 février 2020 à Wuhan. Le docteur Li Wenliang décède de la Covid-19 à seulement 33 ans. Depuis plusieurs semaines, le médecin était intimidé par la police pour avoir « diffusé de fausses informations » et « perturbé l’ordre social ». Son tort : avoir alerté le public, dès le 30 décembre, sur la gravité de l’épidémie du nouveau coronavirus en train de se développer dans la région du Hubei. Si le médecin a depuis été réhabilité par le gouvernement chinois, son cas illustre la manière dont les autorités de Pékin ont tout fait, au moins jusqu’à début mars, pour dissimuler la gravité de l’épidémie et ses difficultés à la contenir.

Ce mardi, un après le début de l’épidémie à Wuhan (le premier patient connu a rétrospectivement été identifié le 1er décembre 2019), la chaine d’information américaine CNN révèle avoir en sa possession plusieurs documents secrets qui montrent les nombreuses techniques de dissimulation employées par Pékin. Des documents transmis aux journalistes américains par une source anonyme.

Une mystérieuse épidémie de grippe en décembre 2019

Les documents montrent tout d’abord que la Chine a dissimulé l’existence d’une importante épidémie de grippe dans la région du Hubei en décembre 2019, le nombre de cas étant 20 fois supérieur à celui des années précédentes. La ville de Yichang, près de Wuhan, semble avoir été particulièrement touché. Pour nombre des patients, les résultats des tests grippaux sont inconnus, ce qui peut laisser penser qu’ils étaient en réalité infectés par le Sars-Cov-2.

Les informations révélées par CNN mettent également en lumière le manque de préparation des services sanitaires chinois. Un audit réalisé en octobre 2019 souligne à quel point la Chine n’est pas prête à faire face à une épidémie. La Chine a notamment été prise de court sur le front des tests. Un document interne du ministère de la santé chinois datant du 10 janvier explique ainsi que les tests utilisés sont fortement imprécis, avec un taux de faux négatif compris entre 30 et 50 %. Les centres de dépistages chinois sont totalement débordés : en moyenne, il faut 23 jours entre le début des symptômes et la confirmation du diagnostic de Covid-19.

Enfin et surtout, les documents secrets révèlent l’écart important entre les informations révélés au public par le gouvernement chinois et celles qu’il avait à sa disposition. Ainsi le 10 février, Pékin indique que la Chine ne compte que 3 911 cas, alors que les documents internes en indiquent 5 918 au total. Ont notamment été exclus l’ensemble des sujets contaminés asymptomatiques. Même dissimulation sur les morts : le 7 mars, le pays déplore officiellement 2 986 décès contre 3 456 morts selon les documents secrets.

La chasse aux lanceurs d’alerte continue

Des dissimulations qui mettent à mal la version officielle de Pékin selon laquelle, grâce à sa gestion énergique, l’épidémie aurait été vaincue depuis la fin mars, sans aucun mort déploré depuis et seulement une poignée de cas. Le gouvernement chinois a évidemment toujours démenti toute dissimulation d’informations. Le 7 juin dernier, les autorités se félicitaient ainsi de sa transparence, signe de son « grand sens de responsabilité envers l’humanité ».

Utilisant les puissants moyens de sa police, les autorités chinoises continuent à pourchasser tous les lanceurs d’alerte qui osent remettre en question la version officielle d’une gestion rapide et efficace de l’épidémie. A Pékin, deux « activistes » attendent leur procès pour avoir « provoqué des troubles », les autorités leur reprochant d’avoir hébergé sur leur site Internet des informations censurés sur les débuts de l’épidémie à Wuhan. Quant au journaliste dissident Chen Qiushi, qui avait publié plusieurs reportages sur les hôpitaux démunis de Wuhan, il a été « mis au secret » depuis le 6 février dernier.

Nicolas Barbet

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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » jeu. déc. 31, 2020 8:31 pm

Depuis le début, si quelqu'un comprend la stratégie du gouvernement, merci de le signaler. Là on a le sentiment qu'il a peur d'un procès en freinant des quatre fer, alors que le vaccin est fiable (enfin d'après eux). Ou alors il s'agit d'une impréparation chronique dont nous avons la démonstration chaque jour depuis mars 2020. Soyons logique, soit nous voulons sortir de la crise et ce n'est pas en fermant les ciné et les restau qu'on va éradiquer le virus, soit on temporise et on se condamne à la mort économique définitive. Sera donc à vendre la France. Et qui pourrait racheter ? La Chine et sa réserve financière ? (réserves de change : $ 3 150.391 (juillet 2020) Allons encore un propos complotiste...


Publié le 31/12/2020
Vaccination : polémique sur la stratégie de l’escargot

Paris, le jeudi 31 décembre 2020 - Seulement 300 personnes environ ont été vaccinées contre la Covid-19 en France en quatre jours. Une stratégie de la lenteur assumée par le gouvernement mais de plus en plus critiquée.

Le week-end dernier, la quasi-totalité des pays de l’Union Européenne ont entamé leur campagne de vaccination contre la Covid-19, en utilisant le vaccin élaboré par le laboratoire américain Pfizer. Plusieurs pays européens ont fait le choix de démarrer en trombe pour vacciner le plus de personnes possibles et ce le plus rapidement possible. C’est le cas de l’Allemagne, où 78 000 personnes ont déjà été vaccinés, mais également du Danemark, du Portugal ou de la Croatie, pays qui ont déjà vacciné 0,2 % de leur population.

Tout le contraire de la France, qui n’a vacciné que quelques centaines de sujets depuis le début de la campagne de vaccination ce dimanche. A titre de comparaison, on vaccine autant en France en quatre jours qu’en Israël en…deux minutes. La France est pour l’instant le champion d’Europe de la lenteur. Les autorités sanitaires ont adopté une stratégie de vaccination particulièrement prudente : seule une trentaine d’Ehpad sont pour l’instant concernés par la campagne de vaccination et chaque personne dispose d’un délai de rétractation après avoir donné son consentement. Une politique désormais critiquée de toute part.

L’opposition vent debout contre la stratégie de vaccination

Ce mercredi sur les antennes d’Europe 1, le professeur de génétique Axel Khan s’est montré particulièrement critique sur la stratégie des autorités. Il l’a jugé « pas adaptée à une situation qui est très périlleuse » et dénonce une « très importante erreur stratégique ». Selon lui, en insistant sur les précautions prises et le suivi médical des personnes vaccinés, le gouvernement ne fait qu’accentuer la méfiance déjà importante des Français vis-à-vis des vaccins. Le professeur Bruno Megarbane, chef du service de réanimation à l’hôpital Lariboisière à Paris, a lui dénoncé un « protocole actuel trop lourd », critiquant notamment l’existence d’un délai de rétractation.

La polémique sur la stratégie de vaccination française a également pris un tournant politique. A droite comme à gauche, l’opposition se montre de plus en plus critique envers le gouvernement. Président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau évoque un « nouvel échec » du gouvernement après celui des masques et des tests, tandis que le député LR Robin Reda fustige « l’excès de confiance » du ministre de la santé Olivier Véran. A l’autre bord de l’échiquier politique, la députée PS Valérie Rabault exprime son incompréhension et juge la stratégie gouvernementale « pas assez positive et pas assez offensive ». De nombreux élus demandent également que des responsables politiques et notamment des maires se fassent vacciner en public, comme c’est le cas dans de nombreux pays étrangers, afin de redonner confiance à la population.

Fischer et Véran se défendent

Face à ces critiques, les autorités tentent de défendre leur stratégie. Désigné « M. Vaccin » par le gouvernement, le professeur Alain Fischer a tenté tant bien que mal d’expliquer la méthode française. Interrogé sur LCI ce mercredi soir, il a cependant reconnu des problèmes de logistique qui ralentissent le processus, notamment concernant l’approvisionnement des vaccins, expliquant, de façon surprenante, qu’il n’était pas un « expert en logistique ».

Le ministre de la Santé Olivier Véran continue lui d’assumer sa politique de prudence, qui s’expliquerait selon lui par le scepticisme important de la population française face au vaccin. « On préfère accumuler les preuves avant d’ouvrir massivement la vaccination aux Français » a-t-il expliqué aux journalistes du Parisien. Signe tout de même que les critiques ont quelque peu ébranlé les certitudes de l’exécutif, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a annoncé que la vaccination allait s’accélérer dès la semaine prochaine pour tenir l’objectif du million de personnes vaccinés d’ici fin février. Il se murmure que lors du conseil de défense de ce mardi, le Président de la République Emmanuel Macron aurait exprimé son mécontentement face à ce qui ressemble bien à un nouvel échec logistique pour le gouvernement.

Nicolas Barbet

---


Publié le 31/12/2020
Vaccination Covid en France : vers une étrange défaite ? [Tribune]


S’il est des moments où l’on ne peut se contenter d’être uniquement un commentateur. Celui-ci en est un.
Sidérés, comme un grand nombre de confrères, par les débuts misérables de la vaccination Covid dans notre pays nous nous devons de prendre la plume pour dénoncer ce qui pourrait augurer d’un nouveau fiasco qu’il faut tout faire pour éviter.

Quelles sont les données en notre possession en ce 31 décembre 2020 au matin pour le vaccin Pfizer ?

Quand le Royaume-Uni et Israël ont atteint environ 800 000 vaccinés (après il faut le dire un début anticipé par rapport à l’Europe continentale, le 8 décembre pour le Royaume-Uni par exemple), l’Allemagne 80 000, le Portugal 20 000, la France plafonne à 332 avec seulement quelques dizaines d’EHPAD concernés bien qu’elle ait reçu, à la même date, la même dotation de vaccins par habitants que ses partenaires européens !
Pour justifier ce gap inquiétant (et il faut bien le dire humiliant), nos autorités politiques et sanitaires, nous martèlent, comme à des enfants impatients, qu’il ne faut pas confondre vitesse et précipitation (sic) et que ces chiffres sont conformes aux plans établis.

En dehors de ce remake du Lièvre et la tortue, le gouvernement nous explique que cette lenteur est voulue et qu’elle se justifie par des précautions éthiques et médicales que nous serions donc les seuls à respecter : consentement éclairé des candidats à la vaccination avec délai de rétractation de 5 jours (comme pour un achat à crédit !) et consultation médicale préalable. En occultant le fait que le consentement est requis pour tout acte médical, que consultation et vaccination peuvent bien sûr être réalisées dans le même temps (comme c’est le cas par exemple pour la prévention de la grippe saisonnière pour des millions de nos concitoyens chaque année) et que ces précautions inusitées ne peuvent avoir comme effet que de renforcer la méfiance de la population (si l’on me laisse 5 jours pour réfléchir c’est bien que ce vaccin est dangereux !). De plus, même si le choix d’un consentement éclairé était la véritable explication de ce retard, il faudrait justifier le nombre ridicule d’Ehpad impliqués la première semaine car rien n’interdisait de demander simultanément leur consentement au million de personnes concernées.

Comment comprendre ce début de campagne qui n’en est pas une, qui n’est appuyée par aucune communication gouvernementale et surtout par aucun enthousiasme des responsables sanitaires ?

Comme on ne peut imaginer que cette lenteur soit due à un doute sur la sécurité d’un vaccin que l’on vient pourtant d’autoriser et que des millions de personnes ont reçu sans dommage immédiat dans le monde, la seule explication rationnelle est celle d’une impréparation logistique de l’administration française (temporaire ?) face à l’accélération non anticipée du processus européen d’autorisation du vaccin, avancé, on se le rappelle, d’une semaine.

Comme les masques jugés inutiles (voire dangereux !) jusqu’au moment où l’on a pu en disposer en nombre suffisant, comme les tests considérés comme superfétatoires au printemps avant que l’on ne les pratique larga manu, gratuitement et sans ordonnance, vacciner le plus rapidement possible comme cela est recommandé par nos partenaires européens sera considéré comme une attitude brouillonne jusqu’au jour où notre administration sera enfin prête à respecter son propre plan de montée en puissance.

Espérons-le, le plus vite possible. Mais, croyons que le pire n’est pas sûr et que dès la semaine prochaine, le gouvernement révisera sa stratégie vaccinale. Car chaque jour qui passe sans immunisation collective nous coutera des centaines de morts et des centaines de millions d’euros.

Dr Anastasia Roublev

source: Jim.fr
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » jeu. janv. 07, 2021 7:04 pm

Publié le 07/01/2021
Covid-19 : que se passe-t-il pour la microcirculation cérébrale ?

L’imagerie cérébrale in vivo chez les patients atteints de la Covid-19 révèle, en cas de troubles neurologiques, la présence d’anomalies affectant le réseau artériel et le parenchyme. C’est l’IRM au demeurant peu utilisée dans ce contexte qui est la plus riche en informations. Cependant, la corrélation entre les anomalies révélées par l’IRM et leur substratum histopathologique ou leur expression clinique est loin d’être évidente dans de nombreux cas.

Un effectif restreint étudié post-mortem à l’aide de trois techniques

Une lettre à l’éditeur publiée en ligne le 30 décembre 2020 dans le New England Journal of Medicine apporte des éléments qui clarifient quelque peu la problématique précédente. L’étude qui porte sur un effectif restreint a reposé sur l’IRM à très haute résolution spatiale (de l’ordre de 100 μm pour le cerveau entier et de 25 μm pour le bulbe olfactif, le champ magnétique utilisé étant de 11,7 Tesla. Cette technique a été appliquée post-mortem sur 13 cerveaux provenant de patients décédés de la Covid-19 (âge médian 50 ans) pour rechercher plus particulièrement des altérations significatives de la microcirculation cérébrale – ce qui a été le cas de 10 patients- en tentant de les associer à d’éventuelles anomalies histopathologiques. Une étude histopathologique conventionnelle a été seule à être utilisée chez 18 autres patients décédés de la même maladie.

Des anomalies multifocales de la microcirculation cérébrale visibles en IRM

L’IRM a révélé des hypersignaux ponctiformes dans 9 cas, en rapport avec des lésions de la microcirculation conduisant à une fuite de fibrinogène, confirmées par l’étude histopathologique notamment en imagerie par fluorescence. Un amincissement de la membrane basale des cellules endothéliales a par ailleurs été observé dans 5 cas grâce à une autre technique reposant sur les anticorps anti-collagène de type IV.

Dans dix cas, l’IRM a révélé des hyposignaux ponctiformes qui correspondaient à la présence de vaisseaux congestifs cernés par des fuites de fibrinogène, alors que l’architecture vasculaire restait relativement conservée. Enfin, les hyposignaux linéaires ont été attribués à des microhémorragies.

Rôle possible de la microglie en l’absence du virus

L’inflammation périvasculaire s’est avérée minime et aucune occlusion vasculaire n’a été mise en évidence. En revanche, des infiltrats macrophagiques, une hypertrophie des astrocytes et une activation de la microglie périvasculaire ont été décelés chez 13 patients. Des lymphocytes T CD3+ et CD8+ ont été, pour leur part, mis en évidence dans les espaces périvasculaires et les lumières artériolaires adjacentes aux cellules endothéliales chez 8 patients : cette réaction lymphocytaire pourrait bien avoir contribué aux altérations de la microcirculation.

Une activation de la microglie au contact de certains neurones a été détectée chez 5 patients ce qui plaide en faveur d’un phénomène de phagocytose neuronale -ou neuronophagie- dans certains territoires : bulbe olfactif, substantia nigra, noyau dorsal moteur du pneumogastrique ou encore du complexe médullaire Pre-Bötzinger lequel est impliqué dans la genèse de l’activité respiratoire spontanée.

Aucune trace du SARS-CoV-2 n’a été retrouvée dans l’ensemble des échantillons, quelle que soit la technique de détection utilisée : RT-PCR, séquençage de l’ARN viral, hybridation in situ ou encore immunocoloration. Ce qui ne veut pas dire que ce dernier ait été absent tout au long de l’évolution clinique : son élimination au moment du décès est une possibilité, sa présence à des taux indétectables une autre…

Cette étude transversale post-mortem qui porte sur un petit nombre de patients décédés de la Covid-19 révèle la présence de lésions multifocales de la microcirculation cérébrale dans la majorité des cas grâce à l’utilisation de trois techniques complémentaires : microscopie IRM, étude histopathologique et analyse immunohistochimique. Aucune trace du virus n’a été retrouvée. Ces résultats peuvent faciliter l’interprétation des IRM conventionnelles en pratique courante, notamment la signification des hyper- ou des hyposignaux ponctiformes ou linéaires. En revanche, ils n’ont pu être corrélés au tableau neurologique qui a précédé le décès.


Dr Philippe Tellier
Référence
Lee MH et coll. Microvascular Injury in the Brains of Patients with Covid-19. New Engl J Med 2020 ; publication avancée en ligne le 30 décembre. DOI: 10.1056/NEJMc2033369.

source Jim.fr
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » jeu. janv. 07, 2021 7:05 pm

Publié le 07/01/2021
Covid-19 : que se passe-t-il pour la microcirculation cérébrale ?

L’imagerie cérébrale in vivo chez les patients atteints de la Covid-19 révèle, en cas de troubles neurologiques, la présence d’anomalies affectant le réseau artériel et le parenchyme. C’est l’IRM au demeurant peu utilisée dans ce contexte qui est la plus riche en informations. Cependant, la corrélation entre les anomalies révélées par l’IRM et leur substratum histopathologique ou leur expression clinique est loin d’être évidente dans de nombreux cas.

Un effectif restreint étudié post-mortem à l’aide de trois techniques

Une lettre à l’éditeur publiée en ligne le 30 décembre 2020 dans le New England Journal of Medicine apporte des éléments qui clarifient quelque peu la problématique précédente. L’étude qui porte sur un effectif restreint a reposé sur l’IRM à très haute résolution spatiale (de l’ordre de 100 μm pour le cerveau entier et de 25 μm pour le bulbe olfactif, le champ magnétique utilisé étant de 11,7 Tesla. Cette technique a été appliquée post-mortem sur 13 cerveaux provenant de patients décédés de la Covid-19 (âge médian 50 ans) pour rechercher plus particulièrement des altérations significatives de la microcirculation cérébrale – ce qui a été le cas de 10 patients- en tentant de les associer à d’éventuelles anomalies histopathologiques. Une étude histopathologique conventionnelle a été seule à être utilisée chez 18 autres patients décédés de la même maladie.

Des anomalies multifocales de la microcirculation cérébrale visibles en IRM

L’IRM a révélé des hypersignaux ponctiformes dans 9 cas, en rapport avec des lésions de la microcirculation conduisant à une fuite de fibrinogène, confirmées par l’étude histopathologique notamment en imagerie par fluorescence. Un amincissement de la membrane basale des cellules endothéliales a par ailleurs été observé dans 5 cas grâce à une autre technique reposant sur les anticorps anti-collagène de type IV.

Dans dix cas, l’IRM a révélé des hyposignaux ponctiformes qui correspondaient à la présence de vaisseaux congestifs cernés par des fuites de fibrinogène, alors que l’architecture vasculaire restait relativement conservée. Enfin, les hyposignaux linéaires ont été attribués à des microhémorragies.

Rôle possible de la microglie en l’absence du virus

L’inflammation périvasculaire s’est avérée minime et aucune occlusion vasculaire n’a été mise en évidence. En revanche, des infiltrats macrophagiques, une hypertrophie des astrocytes et une activation de la microglie périvasculaire ont été décelés chez 13 patients. Des lymphocytes T CD3+ et CD8+ ont été, pour leur part, mis en évidence dans les espaces périvasculaires et les lumières artériolaires adjacentes aux cellules endothéliales chez 8 patients : cette réaction lymphocytaire pourrait bien avoir contribué aux altérations de la microcirculation.

Une activation de la microglie au contact de certains neurones a été détectée chez 5 patients ce qui plaide en faveur d’un phénomène de phagocytose neuronale -ou neuronophagie- dans certains territoires : bulbe olfactif, substantia nigra, noyau dorsal moteur du pneumogastrique ou encore du complexe médullaire Pre-Bötzinger lequel est impliqué dans la genèse de l’activité respiratoire spontanée.

Aucune trace du SARS-CoV-2 n’a été retrouvée dans l’ensemble des échantillons, quelle que soit la technique de détection utilisée : RT-PCR, séquençage de l’ARN viral, hybridation in situ ou encore immunocoloration. Ce qui ne veut pas dire que ce dernier ait été absent tout au long de l’évolution clinique : son élimination au moment du décès est une possibilité, sa présence à des taux indétectables une autre…

Cette étude transversale post-mortem qui porte sur un petit nombre de patients décédés de la Covid-19 révèle la présence de lésions multifocales de la microcirculation cérébrale dans la majorité des cas grâce à l’utilisation de trois techniques complémentaires : microscopie IRM, étude histopathologique et analyse immunohistochimique. Aucune trace du virus n’a été retrouvée. Ces résultats peuvent faciliter l’interprétation des IRM conventionnelles en pratique courante, notamment la signification des hyper- ou des hyposignaux ponctiformes ou linéaires. En revanche, ils n’ont pu être corrélés au tableau neurologique qui a précédé le décès.


Dr Philippe Tellier
Référence
Lee MH et coll. Microvascular Injury in the Brains of Patients with Covid-19. New Engl J Med 2020 ; publication avancée en ligne le 30 décembre. DOI: 10.1056/NEJMc2033369.

source Jim.fr
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » lun. janv. 18, 2021 3:18 pm

COVID-19 Nurse Wins $1 Million in Lottery

Ralph Ellis

January 14, 2021

in Medscape


Terri Watkins says it hasn't been easy working as a COVID-19 nurse in a long-term facility in Durham County, North Carolina.

But her life got a little easier this week when she received a phone call telling her she'd won $1 million in the North Carolina lottery.

"I thought that it was a scam," she said, according to a lottery news release. "I was a little upset actually! I thought that it was not real, couldn't be real. It's still something that I really don't believe, I'm still in some shock here."

She held the winning ticket among 513,000 tickets sold in the final $300,000,000 Supreme Riches second-chance drawing.

"I'm a nurse and I work in the COVID unit at a long-term care facility," she said. "Just seeing some of the things that I've had to see, I am very thankful. I had been praying for something to help me with this situation. It really is a great thing. I'm very blessed."

Watkins had the choice of receiving an annuity of $50,000 annually over 20 years or a $600,000 lump sum. She chose the latter and will pocket $424,000 after state and federal taxes are taken out.

"I'm just gonna take it slow and easy and figure out what I'm gonna do," Watkins said. "I would love a new home, but I've just got to take time and put it in the right place."
Gagner 1 million de dollars, préférer un versement forfaitaire de 600 000 dollars, qui, une fois les impôts d'État et fédéraux retirés, tombent à 420 000 dollars, soit 180 000 dollars de prélèvements, je me demande si 50 000 dollars sur 20 ans, ce qui fait 1 million de dollars n'aurait pas été mieux. Même avec les prélèvements fédéraux.
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » lun. janv. 18, 2021 7:12 pm

Publié le 18/01/2021
Après une Covid-19, l’immunité dure 8 mois (au moins)

La pandémie de Covid-19, due au coronavirus SARS-CoV-2, a affecté au 18 janvier 2021 plus de 95 millions de personnes dans le monde et est responsable du décès de 2 millions d’entre elles depuis son émergence à Wuhan en Chine en décembre 2019. Si l'affection est le plus souvent bénigne, voire asymptomatique, dans 90 % à 95 % des cas, elle peut entraîner chez les sujets âgés ou ayant des comorbidités une détresse respiratoire mettant en jeu le pronostic vital et nécessitant un transfert en soins intensifs voire en réanimation pour assistance respiratoire.

Des travaux de recherche intenses ont permis de mieux comprendre la physiopathologie de cette affection en mettant en évidence une évolution en deux temps caractérisée par une phase initiale surtout marquée par la réplication virale et suivie d'une deuxième phase où la réaction inflammatoire peut être exacerbée responsable du syndrome de détresse respiratoire évoqué plus haut. L'utilisation d'antiviraux le plus souvent au sein de protocoles thérapeutiques est évaluée dans la phase initiale de même que celle d'agents immunomodulateurs tandis que celle d'anti-inflammatoires au premier rang desquels les corticoïdes est recommandée dans la deuxième phase. Le développement de vaccins est l'objet d'une compétition intense et moins d'un an après le début de la pandémie plusieurs campagnes de vaccination utilisant en particulier des vaccins issus des nouvelles biotechnologies (ayant recours à l’ARN messager ou à certains vecteurs viraux) ont pu débuter. Alors que des publications ont montré l'efficacité pour diminuer la sévérité de l'affection et la charge virale de l'administration à des patients ayant une forme modérée d'anticorps spécifiques présents chez les patients en convalescence de la Covid-19 (Chen A et al. New Engl J Med 2020 edition avancée) -surtout si administrés précocement- et que ces données ont été à l'origine du développement d'anticorps monoclonaux testés actuellement au cours de la phase initiale, les auteurs de l'article dont il s’agit ici ont voulu préciser les caractéristiques de la réponse immune chez les patients ayant été atteints de la Covid-19.

Diminution des IgG anti-SARS-CoV-2 dès le 20e jour mais apparition de lymphocytes mémoire dès la convalescence et qui persistent au moins 240 jours

Les anticorps développés chez les patients infectés par le SARS-CoV-2 ont pour cibles principales la protéine spike du virus et les protéines de sa nucléocapside (NCP) ; ils apparaissent dès le 6e jour après la confirmation du diagnostic par PCR et ceux qui reconnaissent, sur la protéine spike, le domaine de liaison au récepteur cellulaire (RBD) sont neutralisants.

Toutefois la constatation de la très nette diminution des IgG anti-SARS-CoV-2 dès le 20e jour après le diagnostic a pu faire craindre une immunité humorale de faible durée.

L'apparition de lymphocytes T et B mémoire dès la période de convalescence a, au contraire, suggérè l'acquisition possible d'une immunisation sur le long terme et c'est ce qu'ont voulu préciser les auteurs de l'article qui se sont intéressés aux lymphocytes B mémoires (Bm).

Ces cellules Bm spécifiques du SARS-CoV-2 ont été caractérisées grâce à l'utilisation de tétramères recombinants des fragments RBD et NCP de SARS-CoV-2 marqués par fluorescence, cette technologie augmentant la spécificité de la détection. Ces cellules ont été retrouvées dans 36 échantillons provenant de 25 patients atteints de Covid-19 soit pendant la phase aiguë soit lors de la convalescence et persistent pendant au moins 242 jours ; leur présence était corrélée à celle des lymphocytes TFH circulants témoins d'une persistance d'activité des centres germinatifs ganglionnaires. Les cellules Bm IgM+ ont prédominé pendant les 20 premiers jours tandis que les cellules Bm IgG1+ augmentaient graduellement à partir du 26e jour. Les valeurs les plus hautes des cellules RBD-Bm et NCP -Bm spécifiques IgG1+ ont été observées au moins après 26 jours d'évolution.

Globalement, les cellules RBD- Bm spécifiques atteignaient leur valeur maximale entre 100 à 150 J après le début des symptômes ; les cellules NCP-Bm spécifiques augmentaient en nombre jusqu'au 150e J et ne diminuaient pas jusqu'au 240e J. Chez les patients ayant présenté une forme sévère de Covid-19, le nombre des cellules RBD -Bm et NCP-Bm avait tendance à être inférieur à celui observé chez les autres patients. Enfin, le nombre des cellules RBD-Bm spécifiques IgG+ était corrélé à celui des sous-populations de lymphocytes T : CD4+FH, CD4+FR et CD8+FH.

Cette corrélation et le fait que les cellules RBD-Bm spécifiques IgG+ exprimaient presque toutes le marqueur CD27 sont en faveur de l'existence d'une réponse immune de longue durée. A noter qu'une étude récente (pour laquelle la publication après comité de lecture est en attente) a montré également la présence de ces cellules lymphocytaires mémoires sur au moins 6 mois. (Dan JM BioRxiv 2020.2011.2015.383333).

Ainsi, si la recherche des anticorps anti-SARS-CoV-2 peut se négativer rapidement après infection par la Covid-19, cette étude montre la présence de lymphocytes B mémoires circulants détectés au moins pendant 8 mois après le début des symptômes. La recherche de ces cellules B mémoires par cytométrie en flux pourrait permettre la détection d'une réponse immune de type mémoire, de longue durée, qu'elle ait été acquise après infection naturelle ou après vaccination. Elle pourrait dans le futur être effectuée au sein de protocoles permettant d'en préciser la pertinence clinique.

Dr Sylvia Bellucci
Références
Hartley GE et coll. : Rapid generation of durable B cell memory to SARS-CoV-2 spike and nucleocapsid proteins in COVID-19 and convalescence. Science Immunology 2020:
5 :eabf8891 DOI: 10.1126/sciimmunol.abf8891

jim.fr


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Publié le 16/01/2021
Covid-19 : des recommandations pour la reprise du sport

Malgré la variabilité des règlementations et des pratiques sportives à travers l’Europe, l’EFSMA (European Federation of Sports Medicine Associations, Fédération européenne des associations de médecine du sport) a formulé des recommandations spécifiques sur la reprise du sport dans le contexte de la pandémie de Covid-19. Elle a également suggéré les explorations médicales à envisager le cas échéant, afin de rendre le retour au sport aussi sûr que possible. Si pendant la période de confinement l'exercice en extérieur reste (selon les pays) interdit ou tout au moins limité sans accès aux installations sportives, les mesures de distanciation doivent continuer à être respectées par la suite. Il convient de noter que la distanciation sociale est facilement mise en place pour certains sports (par exemple : le tennis, l'athlétisme, le golf…), alors qu’elle n'est pas toujours possible dans d'autres cas (par exemple : le football, le rugby, le basket-ball, la boxe…), d’où la nécessité d’une rigueur plus importante pour ces sports plus à risque afin d'éviter de nouvelles infections.

Une décision au cas par cas

L’EFSMA a distingué différents groupes de patients selon le profil de contact avec le coronavirus et la symptomatologie, avec des recommandations respectives pour chacun d’eux :

- Le premier groupe correspond aux individus sans symptômes ni signes, n'ayant jamais été testés positifs pour la Covid 19, et pour lequel l’EFSMA recommande une évaluation et une stratification des risques avant la reprise sportive au moyen de questionnaires compilant des données liées aux antécédents personnels et médicaux. La finalité en est d’identifier les sujets avec facteurs de risque, les sujets cas contact non testés positifs, ou ayant fréquenté des lieux à haut risque de transmission. La personne doit confirmer qu'elle ne présente aucun symptôme et cela doit être documenté.

L’épreuve d'effort peut être nécessaire dans certains sports en raison du « déconditionnement » lié à un arrêt de l’entrainement.

- Pour les individus du deuxième groupe (avec un test Covid positif sans aucun symptôme, ayant respecté une quarantaine), ils peuvent envisager une reprise après 14 jours d’isolement. Les explorations éventuelles peuvent inclure le recueil des antécédents médicaux, un examen physique, ainsi qu’un ECG et une évaluation de la fonction pulmonaire (si cliniquement indiqués).

- Concernant les personnes ayant présenté une Covid-19 avec des symptômes bénins (troisième groupe), n'ayant besoin que d'un traitement ambulatoire et d'une mise en quarantaine pendant 14 jours, elles peuvent reprendre le sport après cette période de quarantaine associée à une distanciation sociale stricte pendant 2 semaines en sus.

Un examen médical par un médecin du sport peut être pertinent, avec analyse des antécédents médicaux, examen physique, et test sanguin axé sur les marqueurs critiques voire ECG de repos. Une évaluation supplémentaire de la fonction pulmonaire et un test d'effort, une analyse des gaz du sang ainsi qu'une échocardiographie sont recommandés si les symptômes ont impliqué une insuffisance respiratoire ou cardiaque. Le retour au sport régulier est possible 3 à 4 semaines après le début des symptômes, sous surveillance médicale pendant 6 mois si des symptômes sont toujours présents (mais ne limitant pas le retour au sport).

- Les personnes présentant des symptômes modérés mais ayant reçu un traitement en milieu hospitalier (en raison de la présence d’un facteur de risque justifiant une surveillance accrue, (groupe 4) peuvent suivre la même procédure que pour le groupe 3 mais avec une batterie d’examens plus importante : ergométrie, analyse des gaz du sang et / ou spiroergométrie ; radio du thorax et (en fonction des résultats obtenus lors de l'hospitalisation) scanner du thorax (voire suivi par un pneumologue) ; examens cardiaques en fonction des antécédents médicaux/ symptômes / signes, voire cardio-IRM après consultation d'un cardiologue pour les cas les plus graves. Le délai de reprise du sport variera de 2 à 6 mois selon la gravité de l'atteinte respiratoire et / ou cardiaque.

- Pour les 2 derniers groupes, à savoir les patients avec des symptômes sévères et hospitalisés (y compris en soins intensifs sans respiration artificielle), et ceux présentant des symptômes sévères (réanimation et respiration artificielle), ils vont nécessairement suivre une rééducation et une réadaptation à l’effort. Le retour au sport se fera après plusieurs mois selon la gravité et l'exhaustivité de la récupération. Un examen pulmonaire et cardiologique complet est requis avant celui-ci.

Nécessaire concertation entre médecins du sport et entraîneur pour les athlètes

Ainsi, la reprise du sport peut s’échelonner de 10 à 14 jours après la guérison complète pour les moins atteints, jusqu’à un calendrier et une planification individualisée pour les cas les plus graves. Le dépistage de l’infection à SARS CoV-2 peut être effectué pour appuyer une décision de retour au jeu, mais n'est pas essentiel à moins que cela ne soit stipulé.

L’EFSMA insiste bien sur le fait qu’une évaluation adéquate de la reprise sportive au décours d’un confinement est basée sur une décision au cas par cas en tenant compte de la situation individuelle de l'athlète (y compris les antécédents), du type de sport et du risque d'infection par d'autres athlètes (sports de contact / d'équipe). Dans le cas d’un athlète atteint par la Covid-19, le retour à l’activité sera basé sur les résultats des examens et sur l'évaluation individuelle en concertation avec le médecin du sport, les médecins spécialistes ad hoc, et les entraîneurs.

Anne-Céline Rigaud
Référence
Löllgen H, Bachl N, Papadopoulou T et coll. : Recommendations for return to sport during the SARS-CoV-2 pandemic. BMJ 2020 Open Sport & Exercise Medicine;6:e000858. doi: 10.1136/bmjsem-2020-000858

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Message par Arnaud BASSEZ » sam. févr. 06, 2021 8:05 pm

Publié le 06/02/2021
Droit au but

Paris, le samedi 6 février 2021 – Le médecin légiste est rarement le héros. Personnage secondaire, son caractère décalé est destiné à faire sourire. Et si les informations qu’il transmet sont souvent déterminantes pour dénouer l’intrigue, ce ne sont généralement pas ses déductions qui contribuent à faire éclater la vérité. Mais il y a des exceptions.

Se méfier des apparences

Image

Ne pas se contenter des évidences, des premières impressions ; persévérer au-delà des résistances sont les orientations d’esprit naturelles du Dr Bennet Omalu. Il explique sereinement ces aptitudes par son désir toujours constant de faire « triompher la vérité ». Ainsi, quand il doit procéder à l’autopsie de Mike Webster mort à l’âge de 50 ans en septembre 2002, il ne peut se résoudre à conclure à une simple « crise cardiaque ». Certes, les premières observations du cerveau de son patient ne permettent pas à priori de mettre en avant une autre piste ou même d’éclairer la particularité des dernières années de Mike Webster. Ce dernier connaissait un comportement particulièrement déroutant utilisant de la glue pour se laver les dents, utilisant son four comme urinoir ou encore oubliant l’existence de son épouse. Pourtant, rien ne semblait pouvoir expliquer anatomiquement les raisons de cette démence : pas de contusion, d’atrophie cérébrale ou d’irrégularité du cortex. Alors, têtu, Bennet Omalu est allé au-delà. Grâce à l’utilisation de colorations spécifiques, il a pu découvrir ce qu’il cherchait intuitivement : l’accumulation de protéines Tau.

Pour qui se prend ce médecin légiste ?

Cette découverte inattendue fait l’objet de la part du Dr Omalu d’une description publiée dans la revue Neurosurgery. Mais l’article va connaître un lectorat bien différent des abonnés habituels du journal scientifique. Pour cause, Mike Webster n’est pas un patient comme les autres. C’est une des vedettes du football américain, une star du Super Bowl et le titre de l’article accuse clairement la pratique de ce sport d’être à l’origine des troubles cognitifs du champion : « Encéphalopathie traumatique chronique chez un joueur de la Ligne nationale de football ». Le texte est sévèrement critiqué et la puissante Ligue du football américain (NFL) sollicite son comité médical pour rédiger une contradiction et exigeant la rétraction de l’article. « Comment un médecin légiste pourrait-il en savoir plus que les neuropathologistes ? », se demandent dédaigneux les auteurs de cette contre-attaque. Le Bennet Omalu ne prend guère ombrage de cette attaque, habitué à d’autres stigmatisations bien plus cuisantes. « Parce que je suis noir, je ne peux pas être intelligent ? » a-t-il ainsi pris l’habitude de répondre face à toutes les marques de racisme dont il a été la victime.
Chute des idoles

Bennet Omalu n’est nullement intimidé par ce premier acte, qui n’a encore que les apparences d’une guerre médicale feutrée. Il publie quelques mois plus tard des observations très proches concernant un autre joueur, Terry Long, mort après avoir consommé de l’antigel. Dans « Encéphalopathie traumatique chronique chez un joueur de la Ligne nationale de football : partie II », les effets délétères de chocs répétés, sans prise en charge ou moyen d’atténuation, sont clairement dénoncés comme les responsables de troubles cognitifs et psychiques majeurs. Après leurs années de gloire, de nombreuses vedettes du football américain s’abîment dans la dépression ou des comportements erratiques, désespérant leurs fans, tandis que la Ligue nie systématiquement tout lien entre ce triste devenir et leurs carrières.
De l’intimidation à la prise de conscience
Commence alors le temps des menaces directes et des intimidations. La Ligue est extrêmement puissante, brassant des milliards de dollars. Au-delà du Superbowl, que la majorité des Américains suivent religieusement, elle intervient dans de nombreux établissements scolaires. Aux Etats-Unis, la pratique du football américain est un gage d’accès aux études supérieures aussi important que les bons résultats scolaires ou l’argent. Mais Bennet Omalu qui ne cache pas préférer la messe du dimanche aux répétitions du Super Bowl ne faiblit pas. Soutenu par le neurochirurgien Julian Bailes, pour sa part fan inconditionnel de football américain, mais désespéré de voir ses joueurs préférés sombrer les uns après les autres dans la démence ou la dépression, il fonde le Sports Legacy Institute. Ce dernier va se consacrer à la recherche sur les lésions cérébrales provoquées par la pratique du football américain et peu à peu conduire la NFL à revoir certaines de ses règles. Suivi des joueurs, éviction plus systématique des terrains en cas de choc et protection renforcée vont au fil des années témoigner de la prise de conscience des représentants du football américain. Cependant, même si le combat de Bennet Omalu est aujourd’hui relayé par d’anciens joueurs, le médecin n’est pas encore parvenu à faire accepter sa préconisation ultime : interdire la pratique de ce sport aux moins de 18 ans.

Lucidité

Ce n’est sans doute pas aujourd’hui, avec la tenue dimanche du Super Bowl annuel que le Dr Omalu aura les meilleures chances de se faire entendre. En outre, beaucoup lui font valoir que dans un pays où les études supérieures représentent un coût très élevé, le football est souvent un moyen d’accès pour les plus pauvres à l’université. Des arguments qui ne convainquent nullement le praticien qui déterminé continue tranquillement à défendre ses convictions. « L’industrie du sport ne doit pas convaincre des enfants de faire du football américain » martèle-t-il. Cette ténacité et cette lucidité, le praticien les a forgées dans son pays natal le Nigeria. A propos de ce dernier, le praticien n’a aucune illusion : « Je viens d’un endroit où les gens ne disent pas la vérité et détruisent la société à petit feu » raconte-t-il, se souvenant encore : « J’ai su que je ne pouvais pas être la meilleure version de moi-même là-bas ». Aussi, après des études de médecine au Nigeria, et déçu par la défaite du candidat Moshood Abiola aux élections présidentielles de 1993, il choisit de postuler pour une bourse d’études aux Etats-Unis. A partir de son arrivée à Seattle, il accumule les diplômes et les spécialisations, avant de se passionner pour la médecine légale. C’est dans ce cadre, qu’il devient médecin légiste en chef du comté de San Joaquin en Californie pendant dix ans. Mais en 2017, constatant que pour protéger ses hommes, le shérif-coroner revoit certaines des conclusions des enquêtes et de ses autopsies, il démissionne, refusant toute compromission.

Personnage de film

Aujourd’hui professeur au Département de pathologie médicale et de médecine de laboratoire d’UC Davis, il suscite souvent la curiosité de ses élèves, notamment depuis que l’acteur Will Smith l’a incarné dans le film Seul contre tous, qui raconte son bras de fer avec la NLF. Mais le docteur Omalu résiste aux flatteries : « C’est du passé, maintenant, il faut tourner la page » prétend-t-il.

Aurélie Haroche

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Message par Arnaud BASSEZ » sam. févr. 06, 2021 8:09 pm

Publié le 06/02/2021
La crise de la Covid révèle-t-elle les failles de la démocratie française ?

Paris, le samedi 6 février 2021 – Ce type de classement laisse toujours un sentiment de perplexité. Les critères utilisés et le calcul appliqué ont les attraits de l’objectivité, mais les résultats semblent toujours manquer de pertinence. Ainsi, The Economist a-t-il présenté cette semaine son évaluation annuelle de l’état de la démocratie dans le monde : la situation de 167 pays est analysée, passée au crible de 60 critères répartis dans cinq catégories (processus électoral et pluralisme, libertés civiques, fonctionnement du gouvernement, participation politique et culture politique). Sans surprise, après une année marquée par les restrictions prises dans un très grand nombre de régions du monde pour tenter de freiner la circulation de SARS-CoV-2, la démocratie ne pouvait sortir qu’affaiblie. Le recul enregistré cette année est à l’origine du « pire score depuis la création de l’indice en 2006 » confirme The Economist. Dans ce contexte général mortifère, la France est de justesse reléguée parmi les démocraties défaillantes, quittant le clan des démocraties à part entière. Certains considéreront que sa note de 7,99/10 (quand le seuil de 8/10 est « nécessaire » pour faire partie des démocraties les plus solides) témoigne que son déclin est surtout cosmétique et peu significatif, quand d’autres noteront au contraire que l’état global de la France était déjà assez fragile pour que la crise la fasse vaciller et que sa démocratie n’aura pas été assez forte pour résister au tourbillon de la Covid.

Quand certains voient leur démocratie renforcée

D’aucuns invitent à relativiser les enseignements de ce classement. Spécialiste en épidémiologie et en gestion des risques, Thibault Fiolet se montre dubitatif sur la cohérence de reprocher aux gouvernements (français et autres) le recours à des décisions imposées par la pandémie. « Je ne vois pas 36 000 solutions pour améliorer la situation sanitaire » résume-t-il après avoir critiqué différents éléments du classement.

Ainsi, faudrait-il se résoudre à l’idée qu’il n’y a pas de gestion possible de l’épidémie en préservant les fondements de la démocratie ? Ce n’est pas nécessairement la leçon que l’on peut tirer du classement de The Economist, qui en outre rappelle son adhésion aux mesures de confinement (mais s’interroge plus certainement sur leurs conditions de mise en œuvre). Bien sûr, globalement, la démocratie est partout en recul et dans les pays totalitaires, la crise a été un prétexte facile pour restreindre encore un peu plus les libertés. Cependant, certains pays qui ont été remarqués pour leur gestion très efficace de la crise présentent également un niveau de démocratie amélioré. « Trois pays asiatiques à stratégie zéro covid sont devenues en 2020 des « démocraties complètes » avec des notes supérieures à 8 (Japon, Corée du Sud, Taiwan) ». signale ainsi sur le site Atlantico, un ancien haut fonctionnaire intervenant sous le pseudonyme de Charles Reviens.
Le paradoxe de l’arbitrage entre libertés collectives et libertés individuelles
Cette évolution divergente entre ces états asiatiques confortant leur place dans le camp des démocraties les plus accomplies et la France et le Portugal quittant cette classification repose sur un paradoxe : les premiers se montrent bien moins réticents à imposer des restrictions individuelles qu’à édicter des mesures généralisées, tandis que les seconds honnissent les sanctions particulières et se montrent bien moins soucieuses des punitions globales. « Si l’on regarde la situation française mais également celle d’autres pays occidentaux, on est (…) confronté à un puissant paradoxe puisque le refus ou l’incapacité d’établir des restrictions de liberté pour certains publics ont conduit à des restrictions majeures et indifférenciées pour l’ensemble de la population. Il semble impossible d’assumer une politique de restrictions des entrées sur le territoire (changement de pied français sur le sujet globalement un an après ce qui s’est fait en Asie), une politique d’isolement plus ou moins forcé des personnes positives et des cas contacts, une politique d’utilisation des trace numériques à des années-lumière des pratiques de Taiwan ou de Singapour. En revanche il a été tout à fait possible de remettre en cause de façon radicale et indifférenciée la liberté d’aller et de venir, la liberté de se rassembler et de multiples libertés économiques », rappelle Charles Reviens.

Le défaut de culture politique démocratique

Ce dernier, dans une conversation avec l’historien Edouard Husson, s’intéresse également à la notion de « culture politique » mise en avant par The Economist. « Le retard de la France par rapport aux démocraties complètes concerne justement cette « culture politique » puisque la France a (…) une note de 6,88 contre 8,35 en moyenne pour les démocraties, plus de 9 pour la Suisse, l’Irlande, le Danemark et le Canada et même 10/10 pour la Suède, l’Islande et la Norvège. L’appréciation d’une « culture politique » favorable à la démocratie traite les enjeux de consensus et de cohésion sociale, la faible séduction pour une organisation des pouvoirs publics alternative à la démocratie (leadership s’affranchissant des processus démocratiques, pouvoir militaire, pouvoir technocratique) (…) Le décalage entre la note française et les mieux classés pour the Economist sur ce critère nous renvoie une nouvelle fois aux particularités culturelles et anthropologiques françaises évoquées en 2007 par Pierre Cahuc & Yann Algan dans leur essai « la société de défiance » » remarque Charles Reviens. Ces observations entrent en résonance avec la mise en évidence depuis le début de l’épidémie du fait que la défiance des Français ne concerne pas seulement le gouvernement mais systématiquement également leurs concitoyens. Les unes après les autres, les enquêtes d’opinion ont montré comment les Français considèrent toujours que les autres (et non eux) ne sont pas capables de respecter les règles d’hygiène et les différentes mesures imposées par l’épidémie.

L’omnipotent Conseil de défense

Cette absence de foi en une cohésion sociale peut plus facilement favoriser une adhésion aux schémas où la décision émane d’un pôle unique. Aussi (et ainsi), notre système présidentiel ne peut être que renforcé par une situation de crise comme celle que nous traversons, et la place prépondérante prise par le Conseil de défense révèle symboliquement comment notre démocratie était prédestinée à être fragilisée par la crise. « Le conseil des ministres est éclipsé par ce conseil de défense, créé en 1906, activé durant la première guerre mondiale, constitutionnalisé en 1958 et réformé en 2002 puis en 2009, chargé, entre autres, de planifier les « réponses aux crises majeures » » rappellent dans une tribune publiée dans Le Monde, les politologues Delphine Dulong et Brigitte Gaïti (Centre européen de sociologie et de science politique [CESPP], université Paris-I/CNRS/EHESS). « Le dispositif permet d’émanciper la figure élyséenne ; le conseil de défense se réunit à l’Elysée sous conduite présidentielle, les grandes décisions sont énoncées solennellement par le président de la République dans des retransmissions télévisées touchant un large public, les mesures plus sectorielles sont présentées par les membres du gouvernement. Les hiérarchies politiques sont ainsi mises en scène. Il en ressort une forme d’épuration du niveau décisionnel, rendu stratégique, rationnel, car placé à distance du gouvernement des choses, dégagé des nécessités et des vicissitudes de l’opérationnel ou de la logistique.(…) La crise du Covid-19 réalise la révolution silencieuse de l’Etat, elle en accentue même certains traits. La présidentialisation des régimes qui accompagne ces dynamiques décisionnelles de crise est observable partout en Europe, mais elle prend une forme radicale et, il faut le dire, inquiétante, dans le cadre de la Ve République » analysent-elles encore.

Un Parlement fantoche

Face à cette confiscation de la décision par l’Elysée, quasiment inévitable, car consubstantielle à nos institutions, la faiblesse du Parlement est remarquable. Beaucoup serait ainsi à dire concernant la relégation du pouvoir parlementaire. « D'une manière générale, la principale atteinte à la démocratie, selon le rapport, c'est la multiplication des mesures de confinement mises en place par les gouvernements, le plus souvent sans légitimation parlementaire, sinon a posteriori et limitée. (…) La France est très représentative dans la mesure où le gouvernement a décidé d'une politique de confinement total à la mi-mars 2020 en attendant une semaine avant de consulter le Parlement (…) Ensuite, l'exécutif qui a mis en œuvre une politique sanitaire de déconfinement-reconfinement en limitant le débat parlementaire » relève Edouard Husson. « Nous avons eu une démonstration de la faiblesse du contrôle parlementaire par la décision de la majorité de l’Assemblée nationale de mettre fin à la commission d’enquête sur le covid » renchérit Charles Reviens qui déplore encore le manque d’expérience des élus : « Le Parlement de plus en plus juniorisé a en outre une faible tradition et capacité de contrôle du gouvernement et de l’administration ».

Un régime peu adapté à une gestion efficace ?

N’évitant pas depuis toujours des frictions avec les fondements démocratiques, les spécificités de notre régime politique pourraient également être remises en question au regard de l’efficacité de la gestion de la crise. « La configuration institutionnelle combine prééminence absolue du Président de la République (…) et un système électoral institué dès 1958 (suffrage uninominal à deux tours) conduisant à une faible représentation au Parlement de larges franges de l’électorat. Cette configuration singulière est tout sauf un gage d’efficacité comme l’indiquait Jean-François Revel dès 1992 dans son magistral essai « l’absolutisme inefficace » et il n’est pas interdit de penser que les titulaires présent ou récents de la fonction présidentielle ont conscience du caractère « impossible » de leur mission » analyse Charles Reviens.

De son côté, le professeur d’éthique médicale, Emmanuel Hirsch qui vient de publier un essai intitulé Une démocratie confinée. L’éthique quoi qu’il en coûte rappelle que le consensus démocratique permet d’asseoir l’acceptation des mesures ; confirmant que loin d’être incompatible avec la démocratie, la lutte contre l’épidémie peut au contraire être facilitée par cette dernière. Il détaille dans une interview accordée à 20 minutes : « Gérer une crise sanitaire d’ampleur relève de l’autorité politique. Certains principes s’imposent aux décideurs : la loyauté, la transparence, la justification et la proportionnalité des décisions, le suivi des mesures mises en œuvre. L’adhésion de la société n’est possible que si elle est associée au processus décisionnel. Car si elle ne s’approprie pas les décisions qui concernent souvent des comportements individuels, les préconisations ne sont pas appliquées. A aucun moment, les pouvoirs publics n’ont pris l’initiative permettant d’être à l’écoute de ce que notre société proposait. En termes de mobilisation de terrain, d’expression de solidarité, de valeurs à privilégier.

On aurait pu organiser de grands débats. Le milieu associatif et les artistes auraient pu investir l’espace public pour donner à penser et mobiliser ». Même si certains considéreront que de telles propositions s’adaptent mal aux situations d’urgence, alors que la crise perdure, ces préconisations peuvent trouver un écho différent. Il les justifie encore dans une tribune publiée dans Le Monde : « Dans le contexte de l’éthique médicale, l’exigence d’intégrité, de loyauté et de transparence est souvent évoquée. Elle conditionne l’acceptation d’une forme de concession provisoire de l’autonomie du patient à l’autorité du médecin responsable de la mise en œuvre d’une décision concertée. Dans les cas difficiles, l’examen bénéficie d’une réunion de concertation pluridisciplinaire, confrontant différentes expertises. Le conseil de défense sanitaire aurait pu s’inspirer de ce modèle. Son mode opératoire, tenu secret, s’oppose au devoir de transparence si souvent invoqué dans la communication des informations et des décisions auxquelles nous devons nous soumettre. S’obstiner dans une gouvernance confinée est d’autant moins tenable que tant de choix se sont avérés inappropriés, sujets à des aménagements ou à des renoncements à l’épreuve du réel ou de la pression publique. Si nous avons consenti aux mesures gouvernementales, avec un sens évident du bien commun, il semble évident que l’expérience et le constat de cette année de gouvernance de la pandémie ont entamé notre faculté d’acceptation » analyse-t-il.

Ne jamais gâcher une bonne crise

Critiquable, le classement de The Economist est cependant une invitation à la réflexion sur les failles de notre organisation politique (déjà perceptibles et signalées avant la crise). Pour certains, la pandémie est dans ce contexte une chance pour nous inciter à l’action. « Winston Churchill considérait qu’il ne fallait jamais gâcher une bonne crise (« never let a good crisis go to waste »). La crise sanitaire et les circonstances exceptionnelles qu’elle engendre peut donc contribuer à relancer de vraies réflexions pour renforcer la vitalité de la démocratie que beaucoup considèrent à juste titre comme un trésor en danger : question du mode de scrutin avec l’équilibre à trouver entre possibilité d’un gouvernement efficace et légitimité du résultat du vote, enjeu de la démocratie directe (la Suisse avec ses fameuses votation obtient une note de 8,83/10), question du pluralisme médiatique et de la liberté d’expression, articulation entre responsabilité politique et responsabilité pénale. Un vaste programme véritablement », propose Charles Reviens. Mais d’autres sont plus pessimistes : « Tout ceci montre à quel point la démocratie reste un acquis fragile, l’après-élections américaines l’a montré ; mais aussi le fait que plusieurs pays ont régressé ; et qu’il n’y a que 8,4% de la population mondiale dans la catégorie « démocratie à part entière ». C’est peu, c’est inquiétant », analyse pour sa part Pierre Haski dans sa chronique politique de France Inter.

Optimistes ou pessimistes, on pourra relire :


Le classement de The Economist : https://www.economist.com/graphic-detai ... -democracy...
Le fil Twitter de Thibault Fiolet : https://twitter.com/T_Fiolet/status...
L’interview croisée d’Edouard Husson et Charles Reviens : https://atlantico.fr/article/decryptage ... efaillante...
La tribune de Delphine Dulong et Brigitte Gaïti :
https://www.lemonde.fr/idees/article/20 ... e-covid-19...
L’interview et la tribune d’Emmanuel Hirsch : https://www.20minutes.fr/sante/2863279-20200918...
La chronique géopolitique de Pierre Haski : https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/...

Aurélie Haroche

jim.fr
La santé est un état précaire qui ne laisse augurer rien de bon.

https://www.facebook.com/SOFIA-soci%C3% ... _todo_tour

formateur AFGSU PARIS
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