Articles sur la santé

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Arnaud BASSEZ
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » sam. juin 27, 2020 2:20 pm

Publié le 26/06/2020
Il faut sauver le stéthoscope...de la Covid-19

C’est en 1816 que René Laennec (1781-1826) invente le stéthoscope et en 1817 qu’il décrit cet outil révolutionnaire appelé à devenir dans les deux siècles qui ont suivi la troisième main du médecin. Ce symbole des relations médecin-malade s’est adapté au fil du temps pour conserver une place centrale dans le diagnostic clinique alors que se succédaient les inventions et les progrès majeurs de la médecine moderne et post-moderne. Ses atouts indéniables ne sauraient cependant faire oublier sa fâcheuse réputation, celle de nid à microbes : l’épidémie de Covid-19 a braqué les projecteurs sur ce péché originel qui lui vaut d’avoir été source de conflits et de polémique au plus fort de l’action.

Que faire de son stéthoscope en sachant qu’en voyageant d’un thorax à l’autre il peut colporter bien des microbes pathogènes, outre le SARS-CoV-2 ? L’auscultation cardiaque et pulmonaire a-t-elle encore un sens au temps de l’imagerie non invasive triomphante et des tests biologiques ? Comment gérer cet outil dans toutes les situations cliniques, y compris en unité de soins intensifs (USI) où les constantes vitales semblent être la priorité bien devant la recherche de râles crépitants ou d’un galop protodiastolique pas si facile à percevoir dans le bruit de fond créé par la machinerie ambiante ? Comment désinfecter le stéthoscope en toute sécurité face à tous les germes existants ? Autant de questions auxquelles ont été confrontés les cliniciens avec autant de réponses variables bien évidemment d’un continent à l’autre, voire d’un pays à l’autre…

Le stéthoscope vecteur d’agents microbiens mais encore…

De longue date, comme le rappelle un article fort intéressant publié en preprint dans l’American Journal of Medicine, le stéthoscope a été un vecteur de microbes puissant, les niveaux de contamination qu’il offre étant voisins… de ceux des mains du praticien. De longue date, il a été recommandé de procéder à sa désinfection régulière et minutieuse mais, dans la pratique courante, force est de constater que rares sont les médecins qui suivent à la lettre ce conseil. De surcroît, les désinfectants mis à leur disposition ne peuvent avoir la prétention d’éliminer tous les agents microbiens qui peuvent incruster son diaphragme. Néanmoins, le SARS-CoV-2 a certes la vie dure au point de persister quelques heures sur de nombreuses surfaces de l’environnement mais il est plus sensible à l’alcool que bien des bactéries…

Les attitudes des uns et des autres ont pu diverger : certains ont abandonné ou moins utilisé leur stéthoscope par crainte de la contamination ou de la transmission du virus notamment en USI. La plupart n’y ont pas renoncé. Il y a certes matière à polémiquer sur le présent et le futur de cette icône de la médecine que l’on ne peut sacrifier sur l’autel de la Covid-19 et de la technique triomphante- autant le scanner que les tests biologiques- sans la moindre réflexion préalable. Le lien entre le malade et son médecin passe par un contact physique dont le stéthoscope est le plus souvent le vecteur primordial et c’est même là où il pêche. Par temps de pandémie, ce contact furtif chez des patients isolés et angoissés prend encore plus de relief en tant que pilier de l’examen clinique et témoin du savoir ou de la compétence du praticien.

L’alternative de l’auscultation à distance et de l’intelligence artificielle

En l’espace de deux siècles, en dépit des prouesses technologiques, le stéthoscope n’a que peu évolué dans ses principes de base et ce n’est pas l’avènement de l’échographie portable qui peut changer radicalement la donne. Un opérateur peu expérimenté muni de ces machines risque de faire plus d’erreurs que le clinicien qui n’a que ses trois mains dont le stéthoscope. L’auscultation n’a rien à envier à des prolongements techniques trop réducteurs pour répondre à la diversité et à la complexité des situations cliniques.

L’outil le plus intelligent qui soit ne remplacera jamais l’intelligence clinique faite d’expérience et de raisonnement élaboré au cœur de la relation médecin-malade, mais il peut s’intégrer dans une approche globale si sa maîtrise est pleinement assurée dans le cadre de la télémédecine. Cette dernière ne saurait être la panacée, même si les smartphones peuvent être pourvus d’applications qui permettent de visualiser et d’enregistrer les bruits du cœur pour mieux les transmettre : cette perspective donne une idée du potentiel de l’auscultation des temps post-modernes et de l’intérêt qu’il faut entretenir pour le stéthoscope aussi « high tech » soit-il.

Encore faut-il souligner que les performances diagnostiques de ces outils devenus « intelligents » sont encore à l’étude et qu’il ne faut pas brûler les étapes à coup d’algorithmes issus de l’intelligence artificielle: une bonne oreille est encore ce qu’il y a de mieux par temps de Covid-19 notamment, les merveilles du diagnostic et du pronostic élaborés automatiquement étant encore à venir.

Comment désinfecter son stéthoscope

Un bon stéthoscope s’avère précieux mais pour en revenir à nos microbes, il est clair qu’une auscultation sécurisée n’est pas concevable sans une désinfection de l’appareil, le complément logique du lavage des mains. La troisième main se doit d’être aussi propre que les deux autres, d’autant que la contamination de ces dernières joue à l’évidence un rôle primordial dans la chaîne. Mais les désinfectants utilisés ou utilisables ne semblent pas donner entière satisfaction compte tenu de la multiplicité des germes pathogènes, de leur durée de vie variable d’un support à l’autre et des techniques de nettoyage adoptées par le soignant, souvent erratiques et mal codifiées.

Leur observance est généralement faible et cela ne date pas d’hier : le manque de temps, l’oubli pur et simple ou l’absence d’accès aux moyens de désinfection sont autant de raisons invoquées par les soignants. De fait, nombre de praticiens confrontés à tant de problèmes ont préféré se passer de leur troisième main surtout en USI d’autant qu’avec les équipements de protection individuels, l’auscultation tend à devenir acrobatique. Les stéthoscopes jetables ne sont pas la solution compte tenu de la faible qualité de leurs performances acoustiques et du risque de transmission du virus par contamination du soignant.

Les agents désinfectants conventionnels actuels semblent avoir leurs limites, qu’il s’agisse de l’alcool, de l’eau oxygénée ou encore de l’eau de Javel diluée si l’on vise toute la communauté des agents microbiens : bactéries, virus, champignons etc. Le risque de propager des bactéries alcoolo-résistantes a été évoqué avec ces produits mais les virus ne sont pas concernés car ils sont sensibles au gel hydro-alcoolique. En pratique, un agent désinfectant virucide pas trop toxique pour la membrane du stéthoscope est à privilégier, les lingettes pouvant être utilisées après lavage des mains entre chaque patient. La désinfection doit être d’autant plus drastique que le lieu d’exercice est chargé en particules virales et l’on revient à l’USI où des recommandations spécifiques s’appliquent. En cabinet médical, il faut raison garder et recourir aux produits conseillés dans le cadre des bonnes pratiques.

D’autres planches de salut ?

Quelles sont les autres planches de salut ? Comme souvent, au travers de certaines avancées techniques : le nettoyage du diaphragme de l’outil par une exposition aux UV pendant une minute au moins ? Oui pour les bactéries … Le recours à un dispositif jetable protégeant le diaphragme du stéthoscope le temps d’une auscultation et fourni par un distributeur automatique sans qu’il soit besoin de toucher à quoi que ce soit ? L’idée est bonne au point que certains fabricants se sont penchés sur la question et que l’utilité du stéthoscope pourrait s’en trouver renforcée dans tous les lieux face à tous les germes, quels qu’ils soient.

Les progrès techniques à venir devraient permettre de surmonter le problème de la contamination potentielle par divers germes – pas seulement le SARS-CoV-2- et de développer le stéthoscope du futur appelé à devenir intelligent plus performant, plus sûr, plus adapté, tout en restant l’icône dont le médecin et le patient ont besoin pour optimiser leur relation.

La double facette technique et humaine du métier est incarnée par cet outil qui est présent sur la scène médicale depuis plus de deux siècles. Il n’est pas prêt de la quitter et la Covid-19 ne saurait changer la donne.

Dr Philippe Tellier
Référence
Rajiv S et coll. : Persistent Value of the Stethoscope in the Age of COVID-19. Am Med 2020: publication avancée en ligne. doi.org/10.1016/j.amjmed.2020.05.018.


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Publié le 26/06/2020
Le Conseil Constitutionnel valide le délit de non-respect du confinement

Paris, le vendredi 26 juin – Saisie par une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), le Conseil Constitutionnel a jugé la loi incriminant le non-respect du confinement conforme à la Constitution.

Le confinement est terminé depuis maintenant six semaines mais certains continuent d’en subir les conséquences juridiques. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, les forces de l’ordre ont procédé à 762 106 verbalisations pour non-respect du confinement, tandis que 1 733 personnes ont été placés en garde à vue pour le délit de violation répété du confinement, dont plusieurs ont été condamnés à des peines de prison ferme.
6 mois d’emprisonnement et 10 000 euros d’amende
En effet, l’article L. 3136-1 du code de la santé publique, voté le 24 mars dernier, punit de 6 mois d’emprisonnement et de 10 000 euros d’amende le fait de violer les mesures de confinement à plus de trois reprises en moins de 30 jours. Une durée d’emprisonnement qui n’a pas été choisi au hasard par le législateur : elle permet de juger les contrevenants selon la procédure accélérée de la comparution immédiate.

Certaines personnes poursuivies pour violation du confinement avaient placé leur espoir dans le Conseil Constitutionnel pour échapper à la sanction, mais les sages viennent de leur fermer la porte. Saisie par trois questions prioritaires de constitutionnalité (QPC), une procédure qui permet à tout justiciable de contester la constitutionnalité de la loi qu’on veut lui appliquer, le Conseil a jugé ce vendredi que la disposition du code de la santé publique respectait bien les droits fondamentaux garantis par la Constitution.

Une infraction suffisamment bien définie

Devant le Conseil, les avocats des prévenus avaient argué que le texte instituant le délit de violation du confinement violait le principe de légalité des délits et des peines, protégé par l’article 8 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui impose que les infractions soient définies précisément. Il était notamment reproché au texte d’utiliser des termes imprécis comme celui de « motif familial impérieux », laissant aux forces de l’ordre, selon Maître Raphael Kempf, « une marge d’appréciation qui contient un risque d’arbitraire ».

Rien de tout cela pour les membres du Conseil. Selon eux, tous les éléments constitutifs du délit sont strictement définis et « le législateur n’a pas adopté de dispositions imprécises ». Balayé également les reproches fait à la loi quand au respect du principe de la présomption d’innocence et des droits de la défense. Certes une personne peut être poursuivi pour violation du confinement sans avoir eu le temps de contester devant le juge ses trois verbalisations précédentes. Mais puisque le tribunal correctionnel pourra « apprécier les éléments constitutifs de l’infraction et notamment la régularité et le bien-fondé des précédentes verbalisations » l’argument est inopérant selon le juge constitutionnel.

Des TIG plutôt que la prison

Depuis le début du déconfinement le 11 mai, il n’est évidemment plus possible d’être sanctionné pour violation du confinement. Mais le texte reste en vigueur et pourrait être à nouveau appliqué en cas de nouveau confinement dû à une seconde vague épidémique. A Paris, le procureur de la république Rémy Heitz a ordonné aux parquetiers de requérir des peines de travaux d’intérêt général (TIG), si possible en milieu hospitalier, plutôt que des peines d’emprisonnement. La France est loin d’être le pays le plus sévère en la matière : au Chili notamment, actuellement frappé de plein fouet par l’épidémie de coronavirus, la violation des mesures de confinement est punie de 5 ans d’emprisonnement.

QH

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Les chiffres sont intéressants à comparer pour les revendications. D'un côté les médecins, dont la négociation est à part (on ne mélange les torchons et les mouchoirs en soie) et de l'autre, la plèbe des petites gens, des gueux; bref des soignants. D'un côté on a une augmentation de 300 euros/mois, de l'autre on passe à une augmentation de 1246 euros/mois (4x l'augmentation des soignants) en début de carrière pour les médecins déifiés, jusqu'à 3616 euros/mois pour les PH en fin de carrière, soit 12x le niveau demandé par les soignants !
Quand on sait que l'intérim interne à 500 euros la journée, à passer son temps sur son ordinateur à regarder le dernier épisode de l série à la mode, en pratiquent l'anesthésie en mode Bluetooth, n'est pas des plu fatigant, que les gardes sont particulièrement bien payées, que les IADE font tout pour une reconnaissance proche du néant absolu, on a de quoi l'avoir en travers de la gorge. Mais que voulez-vous, l'anesthésie est un acte MÉDICAL. et internet, les billets de train, les vidéos, la glande en salle de repos durant des heures, ça doit être aussi ça du temps MÉDICAL. Je ne peux pas comprendre, je ne fais pas partie du sérail. Toutefois je vous invite à lire la proposition de la SOFIA sur la profession IADE.(AB)



Publié le 26/06/2020
Les 6 milliards d’Olivier Véran n’ont pas apaisé la colère, bien au contraire

Mercredi, Olivier Véran a enfin dévoilé son jeu.

Après des semaines de mystère, il a révélé le montant global des hausses de salaires des soignants non-médicaux. Au total, six milliards d'euros seront à partager entre hôpitaux et EHPAD publics, mais aussi pour partie avec le secteur privé, soit environ 1,7 millions de salariés.

Pour exceptionnel qu’il soit, le chiffre ne semble pas avoir emporté la partie, il a peut-être même ravivé la colère.

300 euros brut contre 300 euros net

Les infirmiers semblent ainsi loin d’être satisfaits. Par exemple, le syndicat des cadres de santé, le SNPI (Syndicat National des Professionnels Infirmiers), s’indigne : « lorsque l’on est beaucoup à se partager un petit gâteau, chacun n’a que des miettes ! ».

Au-delà des aspects comptables, le syndicat s’inquiète également du calendrier. « Par ailleurs, le gouvernement précise dans son document du 19 juin que les revalorisations nécessitent un article de loi, à l’occasion du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), qui sera débattu à l’automne, et voté au plus tard en décembre. Il faudra ensuite la parution des textes réglementaires (décret et arrêté), les agents n’auront donc rien sur leur bulletin de paie avant fin décembre. Parler de hausse des salaires au 1er juillet est délétère car cela donne de faux espoirs aux soignants, souvent confrontés à une perte de revenus familiaux du fait de leur conjoints victimes de la crise économique », explique le patron de cette organisation, Thierry Amouroux.

Soulignons néanmoins que l’enveloppe prévue pourrait signifier une augmentation moyenne des personnels non médicaux d’environ 300 euros brut par mois.

Une revendication à 32 milliards

La CGT, quant à elle, enfonce le clou sur l’air du « compte n’y est pas » et de ce « n’est qu’un début, continuons le combat ».

L’organisation demande en effet pas moins de 32 milliards d’euros pour les rémunérations. Cette enveloppe comprend à la fois des mesures de « rattrapage de la perte de pouvoir d’achat » liée au gel des points d’indice « depuis 2000 » (14,4 milliards), une hausse de 300 euros net pour tous les soignants (8,7 milliards) et des hausses catégorielles évaluées à 9,1 milliards.

La CGT propose également la création de 100 000 emplois dans les hôpitaux et de 200 000 emplois dans les Ehpad, pour un total de 12,5 milliards d’euros, et un programme d’investissement hospitalier de l’ordre de 10 milliards d’euros par an.

Ces propositions, que le syndicat entend porter dans le cadre du "Ségur de la santé", sont "soutenables" jure la centrale syndicale…

Les médecins font entendre leur voix

Cette appréciation pourrait être d’autant plus discutée que même avec un tel niveau d’engagement financier, toutes les attentes pourraient ne pas être comblées. Ainsi, les syndicats de médecins hospitaliers ont appelé, jeudi 25 juin, à se joindre à la grève des soignants prévue mardi 30 juin, faute d’avancées sur leurs revendications salariales, évaluées à près de « 7 milliards d’euros ». En effet, aucune enveloppe n’a été mise sur la table pour les 100 000 médecins hospitaliers, qui font l’objet d’une négociation à part.

« Le préavis a été déposé par l’ensemble des organisations de personnels médicaux et non médicaux. Nous serons donc en grève ce jour-là » a annoncé lors d’une conférence de presse le président d’Action praticiens hôpital (APH), Jacques Trévidic. Parmi les organisations qui appellent à se mobiliser : l’APH (Action praticien hôpital), l’Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH), l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI) et le syndicat Jeunes médecins.

Rappelons que les médecins demandent une hausse mensuelle de 300 euros net pour les internes et une revalorisation des grilles salariales, portées à 5 000 euros net en début de carrière, contre 3 754 euros actuellement, et 10 000 euros en fin de carrière (contre 6 384 euros) pour les praticiens hospitaliers. Une réunion consacrée à la rémunération des médecins hospitaliers est d’ailleurs prévue lundi à 16 heures, en présence d’Olivier Véran.

F.H.

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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » lun. juil. 06, 2020 10:41 am

Publié le 02/07/2020
Bachelot et Touraine, presque sans masques !

Paris, le jeudi 2 juillet 2020 – A quoi sert un ministre de la santé (bis) ? Nous nous étions quittés mardi soir après l’audition d’Agnès Buzyn par la commission d’enquête parlementaire sur la gestion de la crise sanitaire en ayant appris que le ministre « n’a pas plus connaissance du niveau nécessaire en masques, que d’antidotes en gaz neurotoxique. Je n’ai pas à savoir la quantité, ni disponible, ni nécessaire, des dizaines voire de centaines de produits nécessaires à la gestion de crises sanitaires ». Même s’il apparaît en effet difficile pour un aussi haut responsable d’avoir une vision précise de l’ensemble des stocks de matériels nécessaires, certains éléments dans la démonstration d’Agnès Buzyn n’ont pas manqué de faire tiquer, quand il est apparu notamment que ses commandes ont été très restreintes ou qu’elle n’a jamais reçu les alertes émanant de Santé publique France (SPF) concernant l’état des stocks.

Un ministre ne compte pas les ampoules

Hier, auditionnée à son tour, le prédécesseur d’Agnès Buzyn, Marisol Touraine a confirmé : « Évidemment, une ministre ne va pas compter les ampoules. Elle s'appuie sur des personnes compétentes dans lesquelles elle place sa confiance ». Cependant, le ministre a d’abord semblé considéré que son mode de fonctionnement aurait empêché qu’à l’instar de l’administration Buzyn la réduction à peau de chagrin de notre stock de masques soit découverte au bord de l’épidémie. « Il y a une chaîne de commandement claire, on sait qui fait quoi, et une ministre prend des arbitrages. J'en ai pris moi-même », a-t-elle ainsi rappelé. Plus précise, elle a encore indiqué : « Les quantités de stocks remontaient au niveau de la Direction générale de la Santé une fois tous les 3 mois, il y avait des commandes de renouvellement qui étaient passées tous les ans ». D’ailleurs, le ministre de François Hollande peut certifier que le niveau d’approvisionnement a été maintenu pendant son quinquennat passant de 730 millions à 754 en mai 2017. Certes, mais disposait-elle d’éléments sur la qualité de ces masques qui un an plus tard se sont révélés pour la plupart inutilisables ? Ainsi interrogée par Eric Ciotti, Marisol Touraine est moins sûre d’elle : « On m'a dit qu'il n'y avait pas de date de péremption », observe-t-elle avant de se défendre : « Moi, je n'étais pas là, je n'étais pas dans les entrepôts… ». On comprend donc qu’il a été considéré que le stock ne devait pas être renouvelé mais renfloué : en cinq ans, 115 millions de masques ont été achetés par les équipes de Marisol Touraine.

Un ministre vérifie l’état des ampoules

Entre en scène, Roselyne Bachelot. Ici, le portrait du ministre est un peu différent. « Est-ce qu'être ministre, c'est être au courant de tout ? Oui. Quand on est en charge de l'État et d'un ministère, il faut tout connaître », assène-t-elle. Triomphante depuis que l’histoire semble lui avoir donné raison sur l’utilité de disposer d’un large stock de matériels de protection, le Roselyne Bachelot répond avec précision en ce qui concerne l’état des masques. « J'ai fait vérifier par le laboratoire national de métrologie et d'essai la validité du stock de masques parce qu'il ne suffit pas d'avoir des masques, il faut qu'ils soient en bon état », martèle-t-elle.

La disparition de l’EPRUS : la clé du mystère ?

Pourquoi ce même laboratoire n’a pas été sollicité avec la même sagacité au cours de la dernière décennie ? Une fois encore, les yeux se tournent vers Santé publique France (SPF) qui a été la cible des attaques feutrées d’Agnès Buzyn mardi. L’agence est une création de Marisol Touraine et a englobé les missions de l’ancien EPRUS (Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires). Bien sûr, l’ancien ministre de François Hollande défend sa réorganisation. Elle rappelle que « le paysage sanitaire était éparpillé » avec « parfois des doublons ». On se souvient en effet de la multiplication des structures qui ne facilitait pas la lisibilité. Cependant, concernant plus spécifiquement la disparition de l’EPRUS, Roselyne Bachelot déplore l'abandon d’un « outil remarquable » et assène : « Quand on mélange les contingences quotidiennes avec l’anticipation à long terme, les contingences quotidiennes l’emportent toujours ». De fait son analyse fait écho au témoignage devant la commission de François Bourdillon, directeur de SPF jusqu’en juin 2019 et qui avait évoqué les restrictions budgétaires de son organisme et suggéré que les commandes restreintes de masques (très en-deçà des besoins estimés) pouvaient être liées à des raisons économiques.

Infantilisation

Si les analyses de Roselyne Bachelot auraient pu conforter le rétablissement de son image auprès des professionnels de santé, ses propos concernant « l’infantilisation » de la société et des médecins ont fait resurgir, intactes, les anciennes rancœurs et animosités. Le ministre de Nicolas Sarkozy s’est en effet étonné que les médecins n’aient pas eux-mêmes pris le soin de constituer des stocks de masques et aient choisi de tout attendre de l’état. : « Les conseils départementaux, régionaux, municipaux, les médecins… Ils attendent quoi ? Qu'est-ce que c'est que ce pays infantilisé ? Il faut se prendre en main ! On attend que le préfet apporte des masques avec une petite charrette ? C'est cela aussi, la leçon qu'il faudra tirer… » a-t-elle déclaré, avant de souligner plus tard alors qu’Eric Ciotti lui reproche sa dureté vis-à-vis des médecins et lui rappelle la situation de pénurie « Évidemment que si on essaie de se procurer des masques au moment de la pandémie, il n’y en a nulle part ». Pour les médecins, l’affront est impardonnable.

L’enthousiasme très refroidi

Ainsi, Jean-Paul Hamon, qui était encore il y a quelques jours le patron de la Fédération des médecins de France (FMF) ironise : « Ça ne m’étonne pas qu’elle pense qu’on n’ait pas de masque, pas de blouse dans nos cabinets. Déjà en 2009 lors de la grippe H1N1, ses services pensaient que les médecins généralistes n’avaient pas de frigo dans leurs cabinets » a-t-il fustigé faisant référence au refus du ministre de l’époque de livrer des doses de vaccin aux médecins généralistes, s’inquiétant des conditions de conservation. « Roselyne Bachelot ferait mieux de se taire plutôt que de faire le clown devant la représentation nationale » a-t-il encore grondé refusant que l’on continue « d’infantiliser les médecins, de dire que ce sont des gens imprévoyants. Quand on s’est aperçus qu’on allait en avoir besoin, on a appelé nos fournisseurs habituels, mais il n’y avait rien, il n’y avait plus moyen de se fournir », résume-t-il.

En attendant Bertrand

Il semble que le Roselyne Bachelot, dont la cote de popularité avait pourtant spectaculairement progressé ces dernières semaines, ne parviendra jamais à retrouver le cœur des médecins.

L’audition aujourd’hui de Xavier Bertrand permettra de déterminer s’il s’agit du sort de tous les locataires de l’avenue Duquesne et surtout de poursuivre notre enquête sur le rôle du ministre de la Santé. En tout état de cause, ceux qui craignaient que le message d’ouverture quasiment identique de Marisol Touraine et de Roselyne Bachelot se refusant à « donner des leçons » donne lieu à des déclarations compassées, auront vite été rassurés par la teneur de leurs propos !

Aurélie Haroche

jim.fr

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Publié le 30/06/2020
Revalorisation de 300 millions : très insuffisante aux yeux des médecins hospitaliers

Paris, le mardi 30 juin 2020 - Le ministre de la santé, Olivier Véran a dévoilé, aux médecins hospitaliers, en fin d’après-midi hier, l’enveloppe qui sera consacrée à leurs revalorisations : 300 millions d’euros, en 2021, ce qui équivaudra à une augmentation d’environ 250 € brut mensuel.

Les indemnités de garde des internes augmentées de…10 € !

Dans le détail, pour les praticiens hospitaliers, l’indemnité d’engagement de service public pour les médecins ne faisant pas d’activité privée à l’hôpital sera augmentée de 20 %. Pour les praticiens ayant plus de quinze ans d’ancienneté, l’indemnité passerait ainsi de 700 à 900 euros bruts. Autre mesure sur la table : une revalorisation de 20 % du montant des gardes de week-end et de jour férié. « Cela devrait représenter 30 euros de plus sur une garde, qui passera à environ 200 euros brut » calcule un syndicaliste présent à la réunion.

Le temps de travail additionnel serait lui aussi mieux rémunéré. Une prime territoriale renforcée serait par ailleurs accordée aux praticiens faisant des remplacements dans un même groupement hospitalier. En outre, la suppression progressive des premiers échelons de praticien hospitalier, qui était déjà actée, sera accélérée.

Des propositions ont également été faites aux internes avec une revalorisation de 10 % des salaires de ceux de première et de deuxième année et de 5 % pour les suivantes, à partir de début 2021. Les indemnités forfaitaires pour les gardes de week-end devraient également être augmentées.

Léonard Corti secrétaire général de l’ISNI détaille : « Véran nous propose 150 euros brut mensuels à partir de 2021 sur deux ans, puis 75 euros brut les quatre années suivantes. Les indemnités de garde, soit quatorze heures trente de travail de nuit, seraient revalorisées de 10 euros ».

« Consternant »
A la sortie de la réunion, sur les marches du ministère, la formule consacrée proclamant « le compte n’y est pas » pouvait résumer la pensée des médecins ayant participé aux discussions.

« C’est consternant » a ainsi constaté à la sortie du Ségur, le Dr Jacques Trévidic, président de l’intersyndicale Action Praticiens Hôpital (APH).

« Ce n’est pas avec ça qu’on va retenir les médecins à l’hôpital public », peste-t-il. Il rappelle : « il y a aujourd’hui une différence de rémunération telle entre le privé, l’intérim et l’hôpital public qu’on ne peut pas espérer pourvoir avec si peu les 30% de postes de médecins aujourd’hui vacants dans les services hospitaliers. On va faire des contrepropositions à Notat et Véran mercredi. On n’envisage pas de signer un accord dans ces conditions ».

Dans un communiqué publié lundi soir, le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHARE) va jusqu’à dénoncer la « trahison du Ségur de la santé » et affirme que, pour un médecin hospitalier, « il ne se passe pas une semaine sans apprendre le départ d’un ou de plusieurs collègues de son établissement ». Le SNPHARE met en avant le phénomène de « fuite pure et simple de l’hôpital public vers une herbe plus verte ailleurs : meilleures conditions de travail, mieux définies, moindre pénibilité de la permanence des soins, meilleures rémunérations, gouvernance plus souple et horizontale, reconnaissance ».

Reste que jeudi, veille de la clôture du Ségur de la santé, les syndicats de praticiens hospitaliers ont de nouveau rendez-vous avec Nicole Notat. D’ici là, ils espèrent faire monter la pression notamment à travers la mobilisation d’aujourd’hui.

Rappelons en effet que tous les personnels hospitaliers médicaux et paramédicaux sont appelés à une journée nationale de grève et de manifestation.

Mais à Paris, le défilé pourrait manquer de force puisque ce sont deux cortèges qui s’ébranleront de part et d’autre de la Seine, désunion syndicale oblige…

F.H.

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Publié le 01/07/2020
Ségur de la Santé : mobilisation en recul mais déception majeure
Paris, le mercredi 1er juillet 2020 - Les chiffres préliminaires avancés par les syndicats en amont de la mobilisation des personnels soignants hier suggéraient que la participation ne serait pas aussi importante qu’il y a quinze jours. De fait, les rassemblements ont été deux fois moins nombreux, tandis que les défilés étaient moins nourris. Ainsi, ils étaient moins de 2 000 à battre le pavé parisien, 200 à Bordeaux (contre 4 500 il y a quinze jours) ou 1 000 à Toulouse où l’on avait recensé 7 500 personnes mi-juin.

Prime Covid : la grogne monte

Cette mobilisation affaiblie n’a pas empêché les participants de marteler à nouveau leurs messages qui se sont concentrés sur les insuffisances des annonces du Ségur d’une part et, notamment en province, les inégalités de la prime Covid, d’autre part. Concernant les 6 milliards promis pour revaloriser les rémunérations des personnels non médicaux et les 300 millions avancés pour les médecins, les manifestants étaient unanimes. Non seulement ces sommes ne suffisent pas à satisfaire des revendications défendues depuis plusieurs mois, bien avant l’épidémie, mais surtout cette enveloppe ne permet pas de répondre aux difficultés structurelles de l’hôpital. Ainsi, l’absence d’annonces concrètes concernant les embauches suscite une inquiétude croissante. Parallèlement, de nombreuses banderoles dénonçaient les conditions d’attribution de la prime Covid, les critères de distinction entre les personnels recevant la prime entière et ceux ne percevant qu’un bonus limité sont fortement discutés.

D’ailleurs, outre les protestations, la CFDT vient de déposer un recours devant le Conseil d’État pour interroger les clés de répartition choisies par le gouvernement.

Vers un 14 juillet chahuté

Difficile de savoir si les appels répétés des syndicats influenceront le gouvernement qui semble déterminé à faire vite. Si Bruno Le Maire a assuré ce matin que les attentes, concernant notamment les moyens nécessaires pour restructurer l’hôpital, seraient entendues, on sait également que les discussions doivent être en théorie bouclées à la fin de la semaine afin de laisser le Président de la République présenter lui-même les arbitrages la semaine prochaine. A la veille d’un 14 juillet que les soignants ont de plus en plus la tentation de chahuter si de nouveaux engagements n’étaient pas confirmés.

Aurélie Haroche
jim.fr
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » sam. août 01, 2020 11:33 am

On ne peut plus rien dire, plus rien faire, plus rien penser, sans tomber sous une censure bien pensante totalement délirante. La preuve:(mais le délire n'est pas fini, il se poursuit bien ailleurs...)


Publié le 01/08/2020
Est-il dangereux pour un chirurgien d’exposer son anatomie ?

Paris, le samedi 1er août 2020 - La rétractation d’article est un acte symbolique fort, à travers lequel une revue ou des auteurs reconnaissent leur erreur, voire leur faute, intentionnelle ou pas. On sait que la rétractation d’article est loin d’être automatique, et ce défaut confirme sa valeur politique et stratégique, plus encore que son inscription dans une démarche éthique et scientifique. L’exemple cette semaine du Journal of Vascular Surgery confirme cette appréciation. Il y a une dizaine de jours, la revue remettait en avant dans son numéro du mois d’août un article préalablement publié en décembre proposant d’analyser la « prévalence de contenus non professionnels émanant de jeunes chirurgiens vasculaires sur les réseaux sociaux ». Dans cette petite digression estivale, tranchant avec les habituels articles sur les techniques chirurgicales et autres complications valvulaires ou thrombotiques, les auteurs se montraient plutôt critiques vis-à-vis des chirurgiens n’hésitant pas à adopter sur Instagram ou Facebook des « poses provocantes en bikini » ou à « consommer de l’alcool ».

Maillots de bain militants

Image

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que Twitter s’empare de cet article et en dénonce la misogynie intrinsèque ; les femmes semblant en effet prioritairement visées même si 32 % des profils internet étudiés seulement concernaient des chirurgiennes. Plusieurs dizaines de médecins, principalement des femmes et notamment aux Etats-Unis (mais quelques Françaises s’y sont également adonnées) ont en guise de représailles posté des photos en maillot de bains échancrés, parfois avec un appétissant cocktail à la main pour proclamer que l’on pouvait porter des bikinis, boire (modérément) en vacances et être un médecin compétent et sérieux.

Se méfier du miroir d’internet : une leçon à d’abord s’appliquer à soi même

Le succès rencontré par le mot dièse Medbikini a apparemment conduit les auteurs à la prise de conscience. Alors que la rétractation de l’article a été annoncée hier, l’un de ses principaux auteurs, Thomas Cheng s’est expliqué : « Nous sommes désolés d’avoir donné le sentiment de cibler les jeunes chirurgiens et d’avoir porté des jugements ». Le Journal of Vascular Surgery a pour sa part regretté que les responsables de l’étude aient utilisé des données sans obtenir l’autorisation des propriétaires des comptes et a sur le fond observé que les auteurs avaient échoué à mettre en évidence le poids des « préjugés conscients et inconscients » dans le choix des patients, quand ils découvrent la vie de leur médecin sur les réseaux sociaux. Même si la démonstration n’est en effet pas parvenue à éviter les maladresses et a plus certainement mis en avant les a priori des auteurs que ceux des patients, l’objectif premier était en effet de mettre en garde les chirurgiens quant aux effets potentiellement délétères de leur exposition sur internet, de plus en plus utilisés par les patients pour « évaluer » leur praticien.

Si on pourra donc déplorer cet exercice raté, mais se réjouir de la joyeuse réaction de nombreux médecins, on peut également regretter que contrairement à ce qu’avait imaginé un utilisateur de Twitter, cette étude n’ait pas été une expérience de psychologie destinée à examiner les réactions sur les réseaux sociaux… mais une étude prenant ses distances avec les réseaux sociaux !

Aurélie Haroche

jim.fr
La santé est un état précaire qui ne laisse augurer rien de bon.

https://www.facebook.com/SOFIA-soci%C3% ... _todo_tour

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Arnaud BASSEZ
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » jeu. oct. 08, 2020 7:46 pm

Publié le 08/10/2020
L’immunité protectrice contre les coronavirus saisonniers est de courte durée

Une question clé non résolue dans la pandémie actuelle de Covid-19 est celle de la durée de l'immunité acquise. À ce jour, les preuves de réinfection par le CoV-2 du SRAS sont limitées. Une partie de la réponse à la question pourrait venir des observations colligées depuis des dizaines d’années sur les 4 coronavirus humains saisonniers génétiquement et biologiquement dissemblables - HCoV-NL63, HCoV-229E, HCoV-OC43 et HCoV-HKU1 - qui pourraient révéler des caractéristiques communes applicables à tous les coronavirus humains. Ces quatre-là appartiennent à deux genres taxonomiques distincts et utilisent des molécules réceptrices différentes avec un tropisme variable des cellules hôtes. Compte tenu de cette grande variabilité, une équipe hollandaise a émis l'hypothèse que les caractéristiques communes à ces 4 coronavirus saisonniers, comme la durée de l'immunité protectrice, sont représentatives de tous les coronavirus humains, y compris du SARS-CoV-2.

35 ans de suivi sérologique

Le but de cette étude était d'étudier la durée de la protection contre les réinfections saisonnières par les coronavirus, sur la base des tests sérologiques, car les taux d'anticorps restent élevés jusqu'à un an après l'infection. Ont donc été utilisés des échantillons de sérum provenant de l'étude de cohorte d'Amsterdam sur l'infection par le VIH-1 et le sida, qui suit les hommes adultes à intervalles réguliers depuis les années 1980, pour déterminer la fréquence des infections saisonnières par des coronavirus.

Une toute petite cohorte

Dix adultes en bonne santé, sans pathologie grave susceptible d’ influencer leur immunité, ont été sélectionnés. Hormis une interruption du suivi entre 1997 et 2003, les prélèvements sanguins ont eu lieu tous les 3 mois avant 1989 et tous les 6 mois ensuite. Afin de détecter les réinfections, l'augmentation des taux d’anticorps dirigés contre la région carboxyle (C) terminale de la protéine de la nucléocapside (NCt) - une région immuno-dominante de la protéine 4 structurelle de la capside du coronavirus - a été mesurée pour chaque coronavirus saisonnier. Cent un événements, allant de 3 à 17 par individu, ont été classés comme des infections à coronavirus.

Le délai de réinfection n'a été calculé que lors d'un suivi continu. La durée de ce délai se situait entre 6 et 105 mois. Il n'y a pas eu de différence statistiquement significative entre les durées des intervalles séparant les infections avec les différents virus (test de Kruskal-Wallis, p = 0,256), même si le nombre d'infections par le HCoV-HKU1 était faible et probablement sous-estimé, probablement en raison de la faible sensibilité du test ELISA HKU1-NCt-.

Une immunité protectrice de courte durée : 6 à 12 mois

Dans quelques cas, les réinfections sont survenues à 6 mois (deux fois avec le HCoV-229E et une fois avec le HCoV-OC43) et à 9 mois (une fois avec le HCoV-NL63), mais la plupart des réinfections ont souvent été observées après 12 mois. Pour les réinfections survenant dès 6 mois, il n’a pas été observé de diminution intermédiaire des taux d’anticorps entre les épisodes d’infections. Par contre, lors des intervalles de réinfection de plus de 6 mois, ont été objectivées des diminutions du taux des anticorps entre les infections. Les auteurs ont également conclu que le délai le plus court entre deux infections a été de 6 mois.

En théorie, les anticorps induits par les infections à coronavirus pourraient posséder de larges capacités de reconnaissance des coronavirus. Afin de le vérifier, un test ELISA supplémentaire a été effectué en utilisant la protéine complète de la nucléocapside (N) du SARS-CoV-2, y compris la région N-terminale, plus conservée entre les espèces, pour permettre la détection d'anticorps à large reconnaissance. Deux individus avaient des anticorps à large reconnaissance et chez l’un d’eux, ces anticorps ont persisté au cours des années suivantes mais sans assurer une large protection contre les infections ultérieures par le HCoV-NL63, le HCoV-229E et le HCoV-OC43.

Une étude sérologique unique à travers le temps…

… qui évite le biais d'échantillonnage des études épidémiologiques précédentes basées sur des protocoles de tests selon les symptômes. Les mois de juin, juillet, août et septembre montrent la plus faible prévalence d'infections pour les 4 coronavirus saisonniers, confirmant la prévalence plus élevée en hiver dans les pays tempérés. Le SARS-CoV-2 pourrait partager cette caractéristique dans la période post-pandémique.
Quid de l’immunité cellulaire ?
Il convient donc de faire preuve de prudence lorsqu'on s'appuie sur des politiques de santé qui exigent une immunité à long terme, conférée par la vaccination ou par une infection naturelle pour atteindre l'immunité collective. D'autres études ont montré que les niveaux d'anticorps neutralisants contre le SARS-CoV-2 diminuent au cours des 2 premiers mois suivant l'infection, en particulier après une légère infection. Allant dans le même sens, cette étude révèle une diminution similaire des anticorps anti-nucléocapside des coronavirus saisonniers. Cependant, les anticorps ne sont qu'un marqueur de l'immunité, qui est probablement aussi influencée par l'immunité à médiation cellulaire des lymphocytes B et T. Dans cette étude, ont été surveillées les réinfections, qui ne peuvent se produire que lorsque l'immunité protectrice (cellulaire et/ou humorale) est insuffisante.

Mauvaise augure

Les réinfections par infection naturelle se produisent pour les quatre coronavirus saisonniers, ce qui suggère qu'il s'agit d'une caractéristique commune à tous les coronavirus humains, y compris le SARS-CoV-2. Les réinfections se produisent le plus souvent 12 mois après l'infection, ce qui indique que l'immunité protectrice n'est que de courte durée.

Dr Bernard-Alex Gaüzère
Référence
Edridge AWD et coll. : Seasonal coronavirus protective immunity is short-lasting. Nat Med. 2020 Sep 14. doi: 10.1038/s41591-020-1083-1. PMID: 32929268


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Publié le 07/10/2020


Capacités de réanimation : rien n’a changé (et ne pouvait sans doute changer) en France depuis le printemps

Aujourd’hui, en Ile-de-France 40 % des patients admis dans les services de réanimation sont atteints de Covid-19. Le taux critique de 30 % pour considérer une région en zone d’alerte maximale est ainsi largement dépassé. L’occupation des lits de réanimation est en effet désormais le critère majeur de notre système d’alerte, suggérant que les capacités hospitalières normales demeurent toujours insuffisantes pour parer aux périodes de crise, même modérée.

Ce n’est pas la Covid qui crée le problème

Si protéger notre système de santé est un objectif dont la légitimé est reconnue par tous, quelles que soient les critiques formulées par les uns ou les autres contre les mesures adoptées et les stratégies choisies, certains s’interrogent : est-ce la violence de l’épisode épidémique qui met en péril l’hôpital ou souffre-t-il toujours d’une maladie chronique ? « Ce qui n’est pas normal, c’est que notre système soit dépassé, alors que nous ne sommes pourtant pas face à une maladie dont la gravité est particulièrement importante », remarquait ainsi sur France 2, samedi soir, le secrétaire général de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), Christophe Prudhomme. Ce dernier rappelait par ailleurs une énième fois que si notre pays disposait des ressources équivalentes à celles de l’Allemagne en nombre de lits de réanimation, la situation épidémique actuelle n’engendrerait nullement le même niveau d’inquiétude. Même analyse pour le professeur Yonathan Freund sur Twitter : « A présent, il y a une saturation des hôpitaux. Mais cette saturation n’est pas vraiment un phénomène nouveau. Et elle n’a pas attendu l’arrivée du COVID pour exister. (…) Il serait malvenu de dire que c’est le COVID qui crée ce problème, mais il est clair qu’il le met en lumière. On peut se sentir un peu vexé presque, que ce problème soit pris en compte par tout le monde aujourd’hui, alors que c’est si fréquent », constatait-t-il en ce début de semaine. Nous avions de fait rappelé en avril comment au cours des années précédentes les pics d’épidémie grippale avaient régulièrement conduit au déclenchement local du plan blanc et aux alertes de certains urgentistes (https://www.jim.fr/medecin/jimplus/post ... plus.phtml).

12 000 lits ? Une fausse promesse

Ces messages qui pourraient avoir été diffusés à la fin de l’hiver dernier suggèrent qu’en dépit des événements du printemps, les capacités de réanimation en France sont demeurées totalement inchangées. Pourtant, le ministre de la Santé, Olivier Véran a promis que 12 000 lits pourraient être disponibles. Ce chiffre supposerait en réalité une très large déprogrammation de toutes les autres activités et des effectifs supplémentaires, dont le ministère de la Santé reconnaissait dans une note publiée par la Haute autorité de santé en juillet et citée par Le Monde qu’ils ne « ne seront pas présents directement et ne peuvent pas être disponibles sur tout le territoire national en même temps ».

Moins de 5 000 lits au total en France

Ainsi, la réalité est que la France ne compte pas plus aujourd’hui que « 5 052 lits de réanimation » dont 10 % dans le privé, indique cité par le Figaro, le Pr Djillali Annane, chef du service de médecine intensive-réanimation à l'hôpital Raymond-Poincaré à Garches. L’Allemagne en compte 3,4 fois plus. En outre, sur ces 5 052 lits, à peu près 10 %, selon un rapport établi fin septembre par le Conseil national professionnel de médecine, ne peuvent être ouverts, faute de personnels suffisants. Ainsi, les marges de manœuvre sont très faibles, sauf une nouvelle fois à imposer des déprogrammations auxquelles les équipes médico-chirurgicales sont tout à fait opposées, compte tenu des dommages liés à ce type de décisions prises au printemps. Par ailleurs, les renforts si nombreux qui avaient permis l’augmentation des capacités au printemps sont exclus puisqu’un plus grand nombre de régions sont touchées (et une fois encore parce que les autres activités n’ont pas été réduites).

Eternel recommencement

Le même problème structurel qu’au printemps entraîne donc les mêmes effets. Interpellé hier par des professionnels de santé, lors de sa visite à la Fondation Rothschild (établissement de l’Assistance publique – hôpitaux de Paris), Emmanuel Macron a fait remarquer que la formation de personnels indispensables pour permettre l’augmentation du nombre de lits nécessitait du temps. Certes, les quelques mois depuis le pic épidémique du printemps étaient sans doute insuffisants pour apporter les réponses nécessaires (afin d’éviter des mesures de fermeture et de restriction très dommageables pour l’ensemble de la société). Et si des recrutements ont bien eu lieu, par exemple à Paris, à Marseille ou Lyon, ils restent trop peu nombreux pour répondre aux besoins. Une fois encore, il est possible que le gouvernement subisse en partie les conséquences des choix de ses prédécesseurs : la France comptait 1000 lits de réanimation supplémentaires il y a quinze ans. Cependant, sa faute est également de vouloir faire croire à une possible maîtrise de la situation en brandissant le chiffre de 12 000 lits, qui n’est qu’un trompe l’œil illusoire. Par ailleurs, on peut se demander si les mesures décidées dans le cadre du Ségur seront parfaitement adaptées pour répondre au mal systémique de l’hôpital, qui ne pourrait que s’aggraver avec le vieillissement de la population et sa vulnérabilité face aux différentes menaces infectieuses. En annonçant se relancer dans la bataille hier, le Collectif inter-hôpital semble répondre par la négative.

Aurélie Haroche


jim.fr
La santé est un état précaire qui ne laisse augurer rien de bon.

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formateur AFGSU PARIS
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