Articles sur la santé

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Arnaud BASSEZ
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Message par Arnaud BASSEZ » mar. déc. 16, 2025 5:55 pm

Procès Péchier : la dernière ligne droite
Quentin Haroche | 15 Décembre 2025
jim.fr


Après les réquisitions du ministère public ce vendredi, qui a réclamé la prison à perpétuité, place à la plaidoirie de la défense ce lundi, dans ce procès hors-normes.

Le Dr Frédéric Péchier va vivre la semaine la plus décisive de sa vie. C’est jeudi ou vendredi, qu’il connaitra son sort : soit l’acquittement et la libération, soit la prison, a priori à perpétuité. Il ne semble pas pouvoir y avoir d’entre deux pour ce médecin bisontin de 53 ans, accusé du pire des crimes pour un anesthésiste : celui d’avoir volontairement empoisonné trente de ses patients, entre 2008 et 2017, causant la mort de douze d’entre eux, dans les deux cliniques où il a exercé à Besançon.

Après deux mois de débats éprouvants, marqués par des discussions techniques d’anesthésiologie, des échanges houleux entre la défense et l’accusation et les témoignages émouvants des victimes, le procès touche à sa fin. Ce lundi, la 65ème et dernière journée de débats sera consacrée à la plaidoirie de la défense.

Avant cela, les deux avocates générales, Thérèse Brunisso et Christine de Curraize, ont livré vendredi dernier un réquisitoire d’une grande intensité, à tel point que l’une d’elles a laissé échapper quelques larmes et que les parties civiles ont parfois brisé le silence en applaudissant les deux accusatrices.

Le ministère public requiert la prison à perpétuité

Pendant de longues heures, les deux magistrates ont décortiqué les trente cas d’empoisonnements reprochés au Dr Péchier, tout en confiant une certitude : le médecin empoisonneur a sans doute fait d’autres victimes, encore non identifiées. Selon elles, dans les 27 000 pages de ce dossier tentaculaire, « tout mène à Frédéric Péchier ». « C’est comme s’il s’était écrit “coupable” en lettres rouges sur le front du dossier ! » assène Christine de Curraize. Les deux avocates générales ont ainsi égrené les nombreux éléments qui accusent l’anesthésiste depuis que l’affaire a éclaté en 2017. Et notamment le fait que deux cliniques de Besançon ont été touchées par des cas d’empoisonnements et que, parmi les 1 514 personnes qui ont exercé dans l’un de ces deux établissements, le Dr Péchier est le seul à avoir exercé dans les deux structures lorsque des incidents sont survenus.

Les deux magistrates savent bien cependant quelle est la principale faiblesse de leur dossier : l’absence de preuve matérielle irréfutable, l’accusation reposant essentiellement sur des faisceaux d’indices et des statistiques. Pas une raison pour ne pas condamner le Dr Péchier, « un menteur invétéré et manipulateur » selon Christine de Curraize. « C’est cette justice que vous voulez ? Devrions-nous saluer son intelligence criminelle ? La justice sait reconnaître les éléments probants qui, ajoutés les uns aux autres, constituent un socle puissant de culpabilité » a lancé la magistrate aux jurés.

Pour ce « tueur en série », qui a « fait d’une clinique un cimetière », « l’un des plus grands criminels de l’histoire de ce pays » qui a « commis l’irréparable » sans exprimer « aucun regret », les deux magistrates ont logiquement requis la peine maximale prévue par la loi, la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sureté de 22 ans et, cela va de soi, d’une interdiction définitive d’exercer la médecine.

La défense réveille le spectre de l’erreur judiciaire

Ce lundi, devant la cour d’assises du Doubs, maître Randall Schwerdorffer sera encore une fois seul pour défendre son client, qui clame son innocence depuis le début de l’affaire il y a maintenant huit ans. Ce ténor du barreau, qui devait initialement être épaulé de deux confrères, mène finalement seul la défense depuis le début de ce procès démesuré.

Lors de la première partie de sa plaidoirie ce lundi matin (la seconde aura lieu cet après-midi), l’avocat a réveillé le spectre de l’erreur judiciaire, évoquant d’autres cas célèbres d’hommes injustement accusés à tort, comme dans l’affaire Patrick Dills. « C’est grâce à cette affaire qu’on s’est rendu compte que les erreurs en cour d’assises parfois, ça arrive ! » a lancé l’avocat, qui accuse la police et le ministère public d’avoir voulu « créer un coupable ». « C’est le néant absolu de la preuve, on n’en est même pas au niveau de l’indice ! C’est de l’affirmation péremptoire. Le seul fait de sa présence le désignerait comme coupable ? » a-t-il poursuivi avant la suspension de l’audience ce matin peu avant midi.

Après la plaidoirie de la défense, les derniers mots seront laissés, comme le veut la procédure pénale française, à l’accusé, avant que la cour ne se retire pour délibérer. Le verdict est attendu d’ici vendredi.

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Procès Péchier : les derniers mots de l’accusé

Comme le veut la procédure pénale française, après 65 jours d’audience, les débats du procès Péchier se sont terminés ce lundi par les derniers mots de l’accusé. Suspecté de 30 empoisonnements sur des patients, dont 12 mortels, le Dr Frédéric Péchier a une nouvelle fois clamé son innocence devant la cour d’assises du Doubs. « Cela fait huit ans que je me bats contre le fait qu'on me pose comme un empoisonneur, je le dis et je le dirai toujours, je n'ai jamais empoisonné quelqu'un et contrairement à ce qu'on a pu dire, le serment que j'ai prêté en 1999, je l'ai toujours respecté, c'est le serment d'Hippocrate » a déclaré l’anesthésiste de 53 ans, avant que la cour ne se retire pour délibérer. Le verdict est attendu pour jeudi ou vendredi. Le Dr Péchier encourt la réclusion criminelle à perpétuité.


Faut-il rappeler l’extrême élégance de nos collaborateurs médicaux syndiqués qui lors des périodes houleuses du dossier de la pratique avancée, avaient eu initialement l'idée saugrenue de parsemer une de leur vidéo, d'extraits de rendus de justice sur les accidents dans lesquels des IADE auraient été impliqués, avant de faire marche arrière promptement devant la levée de boucliers et certainement la peur de se voir notifier une plainte en diffamation. (La SOFIA y réfléchissait fortement).
Avec une telle affaire, on ne peut que s'interroger.
A consulter sur l'article l'HISTOIRE DES IADE.
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Message par Arnaud BASSEZ » lun. déc. 22, 2025 1:36 pm

Revenu des médecins libéraux : les gagnants et les perdants
Frédéric Haroche | 05 Décembre 2025
jim.fr


Paris - Comme chaque année, la CARMF publie ses chiffres de revenu des médecins libéraux, mais contrairement aux autres éditions, la CARMF s’appuie désormais sur le revenu net d'activité indépendante plutôt que sur le bénéfice non commercial (BNC). La caisse estime ainsi que « le BNC reflète de moins en moins fidèlement la réalité des revenus médicaux, notamment avec le développement des nouveaux modes de rémunération » à l’instar de la ROSP et des forfaits structure.

Ces chiffres, basés sur les données de 2023, mettent en évidence un revenu net moyen avant impôt (toutes disciplines, tous secteurs) de 121 000 euros, en hausse de 2 %. Aussi, compte tenu de l’inflation de cette année là (4,9 %), les revenus des médecins ont été en baisse de 3 % en 2023.

Les biologistes grimacent

Les cancérologues font largement la course en tête avec 366 246 € de revenu. Un peloton se distingue ensuite, avec des spécialistes qui touchent entre 15 000 et 19 000 € par mois de revenus : les médecins nucléaires, les anesthésistes réanimateurs, les ophtalmologues et les radiologues, les anapaths et les chirurgiens. Tous prés de la moyenne, on trouve les neurologues qui perçoivent 121181 € de revenu. En queue de course on trouve les gynécologues médicaux (78 008 €), les spécialistes de « santé publique et de médecine sociale » (74 018 €…calculés sur 8 cotisants !) et les urgentistes (62 381 €). Les médecins généralistes, eux, perçoivent 89 238 €.

L’étude des variations 2023-2022 est également riche en enseignements. Les biologistes médicaux, qui ont souffert de différentes réformes tarifaires voient s’effondrer leurs revenus de 21,10 %, passant de 135 404 € à 106 835 €. Parmi les spécialistes fortement pénalisés, on trouve également les anapaths (- 5,63 % , 190 632 €) et les généticiens (- 7,67 %, 82 718 €…mais sur un effectif de 13 praticiens !). Les généralistes, eux, ont vu leur revenu diminuer de 0,40 % (soit de plus de 5 % après inflation).

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Où peut-on espérer vivre le plus longtemps ?
Quentin Haroche | 19 Décembre 2025
jim.fr


Les 5 % les plus riches peuvent espérer vivre sept à dix ans ans de plus selon leur sexe que les 5 % les plus pauvres, selon la dernière étude de l’Insee.

L’argent fait-il le bonheur ? La question reste ouverte, mais ce qui semble sûr, c’est que l’argent favorise la bonne santé. Même dans un pays profondément égalitariste comme le nôtre, où chacun est censé pouvoir accéder aux soins quel que soit son niveau de vie, il existe des différences d’espérance de vie notables entre les plus riches et les plus pauvres. Des différences qui sont régulièrement mises en avant par certains politiciens, notamment à gauche, lorsqu’il s’agit de débattre de l’âge de la retraite et qui se sont légèrement accrues ces dernières années, selon les dernières données de l’Insee publiées ce lundi.

Ainsi, sur la période 2020-2024, l’espérance de vie des 5 % les plus riches est de 88,7 ans pour les femmes et 85 ans pour les hommes, tandis que celle des 5 % les plus modestes est de 80 ans pour les femmes et de 72 ans pour les hommes. Une femme riche peut donc espérer vivre jusqu’à 17 ans de plus qu’un homme pauvre. Selon l’Insee, cette différence d’espérance de vie entre riches et pauvres s’explique par divers facteurs : difficultés d’accès aux soins (les 20 % les plus pauvres ont deux fois plus de risque de renoncer à des soins faute d’argent que le reste de la population), comportements à risque (21 % des personnes sans diplôme fument quotidiennement, contre 13 % des diplômés), moindre connaissance du système de santé, expositions professionnelles à des substances toxiques, etc. Sans compter que la pauvreté peut parfois être la conséquence de la maladie, par exemple lorsque la pathologie empêche de travailler.

Les femmes modestes vivent plus longtemps que les hommes riches

L’Insee note également que l’espérance de vie augmente de moins en moins avec le niveau de vie. Ainsi, un homme qui gagne 1 200 euros par mois peut espérer vivre un an de plus s’il touche 100 euros de plus. En revanche, à 2 000 euros par mois, il ne pourra espérer ne gagner que cinq mois de plus s’il augmente ses revenus de 100 euros. Si la différence d’espérance de vie entre riches et pauvres est relativement négligeable avant 20 ans et après 80 ans, elle est en revanche très forte aux âges intermédiaires : à 50 ans, un homme riche a sept fois moins de risque de mourir dans l’année qu’un homme pauvre. A noter enfin que les inégalités de revenus ne compensent que faiblement les inégalités de genre : dès 1 500 euros par mois, une femme vit plus longtemps qu’un homme qui fait partie des 5 % les plus riches du pays.

Par rapport à la période 2012-2016, l’espérance de vie a légèrement augmenté chez les 75 % les plus riches et les 5 % les plus pauvres tandis qu’elle a diminué pour les autres. Il en découle une légère augmentation de l’écart d’espérance de vie entre les 5 % les plus riches et les 5 % les plus modestes. Un homme riche vit désormais 13 ans de plus qu’un homme pauvre, contre seulement 12,7 ans de plus en 2012-2016 et une femme riche 8,7 ans de plus en 2020-2024, contre 8,3 ans en 2012-2016.

« L’accroissement de l’écart d’espérance de vie entre les personnes modestes et aisées signifie que la part des causes de décès les plus inégalitaires socialement (comme les maladies chroniques ou liées au risques professionnels, ndlr) a augmenté entre 2012-2016 et 2020-2024 et/ou que certaines causes de décès sont devenues davantage marquées socialement » analyse l’Insee. « Cela pourrait s’expliquer par l’épidémie de Covid-19 ou par d’autres maladies, sans que l’on puisse déterminer lesquelles ».

Mieux vaut vivre 85 ans à Neuilly que 75 ans à Maubeuge

Cette différence d’espérance de vie selon le niveau de vie se reflète au niveau géographique. C’est ainsi logiquement dans les villes où les habitants sont les plus riches que l’on vit le plus longtemps. La durée de vie atteint ainsi son maximum dans le très chic 16ème arrondissement de Paris (89,4 ans d’espérance de vie pour les femmes, 84,7 ans pour les hommes), à Neuilly-sur-Seine (86,1 ans pour les femmes, 81 ans pour les hommes) ou à Boulogne-Billancourt (85,9 ans pour les femmes, 80,8 ans pour les hommes). On vit en revanche 10 à 15 ans de moins dans les anciennes villes minières du nord de la France comme Valenciennes (75,7 ans pour les femmes, 71,6 ans pour les hommes) ou Maubeuge (75,6 ans pour les femmes, 71,5 ans pour les hommes) (de quoi tout de même profiter de quelques clairs de lune).

Si Paris est donc désormais la ville où l’on vit le plus vieux en France, tel n’a cependant pas toujours été le cas. Comme l’expliquent des chercheurs de l’Ined dans un article publié le 11 décembre dernier sur le site The Conversation, ce n’est que depuis le tournant du XXIème siècle que l’espérance de vie parisienne est supérieure à la moyenne nationale. A la fin du XIXème siècle, les Parisiens vivaient même huit (pour les femmes) à dix ans (pour les hommes) de moins que le reste des Français. Un phénomène appelé « pénalité urbaine », commun à toutes les grandes villes du monde et qui s’explique notamment par le fait que la densité de population favorisait l’essor des maladies infectieuses. Le développement de la vaccination et des antibiotiques a complètement changé la donne : entre 1890 et 1950, les Parisiens ont gagné 25 ans d’espérance de vie !
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Message par Arnaud BASSEZ » mer. déc. 24, 2025 5:19 pm

Intubation d'urgence : l'étomidate réhabilité
Dr Bernard-Alex Gauzere | 18 Décembre 2025
jim.fr


Un vaste essai multicentrique montre que l'étomidate est au moins aussi sûr que la kétamine en termes de mortalité, tout en provoquant significativement moins de complications cardiovasculaires lors de l'intubation.

Plus de 13 millions d'adultes en état critique nécessitent chaque année une intubation trachéale d'urgence aux urgences ou en unité de soins critiques (USC) et environ 30 % d’entre eux décèdent à l’hôpital.

Etomidate ou kétamine : un débat de longue date

Aux États-Unis, l'étomidate est l'agent d'induction le plus couramment utilisé lors d'une intubation trachéale d'urgence. Ce dérivé de l'imidazole, sédatif-hypnotique agissant sur les récepteurs de l'acide γ-aminobutyrique, a longtemps été considéré comme un médicament d'induction idéal chez les adultes en état critique en raison de son action rapide et de son impact limité sur la pression artérielle et le rythme cardiaque. Toutefois, son inhibition de la 11β-hydroxylase surrénalienne réduit la production de cortisol pendant plusieurs heures. Cette propriété a conduit à sa remise en question, voire à son abandon dans plusieurs pays, par crainte d'induire une insuffisance corticotrope, notamment chez les patients septicémiques. En France, bien que largement utilisé en induction à séquence rapide pour les intubations urgentes, l'étomidate tend à être remplacé par la kétamine en cas de sepsis ou de risque d'insuffisance surrénale. Des études observationnelles ont suggéré que l'utilisation de l'étomidate pourrait augmenter le risque de décès, mais aucun essai multicentrique de grande envergure n'avait jusqu'à présent comparé directement ces deux agents.

La kétamine, agent dissociatif agissant sur les récepteurs du N-méthyl-D-aspartate sans affecter la synthèse de cortisol, constitue une alternative de plus en plus privilégiée. Son action sur les concentrations plasmatiques de catécholamines suggère qu'elle pourrait mieux préserver la stabilité hémodynamique pendant l'intubation que d'autres agents d'induction. Néanmoins, elle possède également des effets inotropes négatifs et vasodilatateurs. Des études observationnelles ont d'ailleurs rapporté une association entre l'utilisation de kétamine et la survenue d'hypotension, d'arythmie et d'arrêt cardiaque lors de l'intubation. Des essais randomisés et méta-analyses de petite et moyenne taille dans lesquels la kétamine était comparée à l'étomidate ont fourni des résultats contradictoires, certains suggérant que la kétamine diminue le risque de décès, et d'autres non.

Afin de trancher ce débat, un essai randomisé multicentrique a été mené, à partir de l'hypothèse que la kétamine réduirait les décès. Il s’agit du premier essai de grande envergure comparant directement étomidate et kétamine.

Une vaste étude randomisée : plus de 2 300 participants

Dans cet essai randomisé mené dans 14 services d'urgences et d’USC aux États-Unis, des adultes en état critique nécessitant une intubation d’urgence ont été assignés au hasard pour recevoir soit de la kétamine soit de l'étomidate lors de l'induction anesthésique. Le critère principal d’évaluation était le décès hospitalier, toutes causes confondues, avant le 28e jour. Le critère secondaire était la survenue d’une défaillance cardiovasculaire lors de l'intubation, définie par une TA systolique inférieure à 65 mm Hg, ou par la nécessité de procéder à l’injection d'une nouvelle dose de vasopresseurs, ou par la survenue d’un arrêt cardiaque.

Au total, 2 365 patients ont été inclus : 1 176 dans le groupe kétamine (1,0 mg à 2, 0 mg/kg IV) et 1 189 dans le groupe étomidate (0,2 à 0,3 mg/kg IV). Les critères d’exclusion étaient : la grossesse, le fait d’être un prisonnier, un diagnostic principal de traumatisme, ou une nécessité immédiate d'intubation trachéale empêchant la randomisation. Les patients ont également été exclus si les médecins décidaient que l'utilisation de kétamine ou d'étomidate était soit nécessaire, soit contre-indiquée.

Pas davantage de décès avec l’étomidate

L'âge médian des participants était de 60 ans, 46,7 % présentaient une septicémie ou un choc septique, et 22,0 % étaient sous vasopresseurs. Plus de la moitié des intubations (55,7 %) ont été réalisées aux urgences et 44,3 % en USC.
Le décès hospitalier à J28 est survenu chez 330 des 1 173 patients (28,1 %) du groupe kétamine et chez 345 des 1 186 patients (29,1 %) du groupe étomidate (différence de risque ajustée pour le site de l'essai, −0,8 points de pourcentage [IC à 95 %, −4,5 à 2,9] ; p = 0,65).
Toutes les analyses de sensibilité ont montré des résultats similaires à ceux de l'analyse principale, tout comme les analyses de sous-groupes, y compris l'analyse du sous-groupe comprenant les 1 101 patients atteints de septicémie ou de choc septique (décès hospitaliers chez 38,8 % des patients du groupe kétamine versus 38,2 % du groupe étomidate ; différence de risque ajustée pour le site d'essai, 1,0 point de pourcentage [−4,8 à 6,7]). Les analyses de modélisation des risques et d'effets n'ont pas montré d'hétérogénéité dans l'effet du traitement.

Une incidence plus élevée de complications cardiovasculaires avec la kétamine

Une défaillance cardiovasculaire lors de l'intubation a été relevée chez 22,1 % des patients du groupe kétamine vs 17,0 % du groupe étomidate (différence de risque, 5,1 points de pourcentage [1,9 à 8,3]).
En cas de septicémie ou de choc septique, une défaillance cardiovasculaire est survenue chez 30,6 % des patients du groupe kétamine et 20,9 % de ceux du groupe étomidate (différence de risque, 9,7 points de pourcentage [4,6 à 14,9]).
Parmi les patients présentant une forte gravité de la pathologie (score APACHE II ≥ 20), une défaillance cardiovasculaire est survenue chez 31,4 % des patients du groupe kétamine et 20,7 % du groupe étomidate (différence de risque, 10,7 de points de pourcentage [5,5 à 16,0]).

Vers un retour en grâce l’étomidate ?

Dans cet essai randomisé multicentrique, l'utilisation de la kétamine pour induction de l'anesthésie lors d’une intubation trachéale d’urgence, n'a pas entraîné une incidence de décès significativement inférieure à celle de l'étomidate. De plus, l'incidence des complications cardiovasculaires lors de l'intubation a été plus élevée avec la kétamine qu'avec l'étomidate. De quoi faire réfléchir !
Cette étude présente néanmoins certaines limites.Les patients traumatisés ayant été exclus, les résultats peuvent ne pas s'appliquer à ces patients. Elle n’a pas non plus été menée en aveugle, ce qui peut avoir influencé certaines décisions cliniques.

References

Casey JD, Seitz KP, Driver BE, et al ; RSI Investigators and the Pragmatic Critical Care Research Group. Ketamine or Etomidate for Tracheal Intubation of Critically Ill Adults. N Engl J Med. 2025 Dec 9. doi: 10.1056/NEJMoa2511420.


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Bientôt des vaccins contre la grippe plus efficaces ?
Quentin Haroche | 24 Décembre 2025
jim.fr


Selon une étude co-dirigée par l’Institut Pasteur, il serait nécessaire de changer la formule des vaccins contre la grippe afin de les rendre plus efficaces contre la transmission du virus.

Les autorités sanitaires et les responsables politiques le répètent à l’envie chaque hiver : la vaccination est la meilleure solution pour se protéger contre la grippe. Un message qui semble avoir été bien compris par les Français cette année puisque, selon les dernières données disponibles, le nombre de doses administrées cet hiver est en hausse de 16 % par rapport à l’hiver dernier à la même date.

Encore faut-il que ce vaccin contre la grippe soit efficace. On le sait, l’efficacité du vaccin peut fortement varier d’un hiver à l’autre, selon la souche virale dominante. Selon de premiers travaux préliminaires menés par l’agence européenne de lutte contre les épidémies (ECDC) et publiés ce vendredi, le vaccin actuel aurait une efficacité de 44 % contre la grippe en général. Dans le détail, il serait efficace à 52 % contre le virus A (H3N2), largement majoritaire, et de 16 % contre le virus A (H1N1). L’apparition ces dernières semaines du variant K, appartenant au groupe A (H3N2) et qui est désormais dominant, ne semble pas avoir diminué l’efficacité du vaccin. Par comparaison, l’hiver dernier, le vaccin était considéré comme efficace à seulement 31 % pour les personnes âgées de plus de 65 ans, pourtant les plus à risque, un taux considéré comme faible.

Un meilleur vaccin contre la grippe ? La réponse se cache au Nicaragua

Mais des chercheurs de l’Institut Pasteur et de l’université du Michigan ont peut-être trouvé une solution pour améliorer l’efficacité des vaccins contre la grippe. Ils ont fait part de leurs travaux et de leur réflexion dans un article publié le 11 décembre dernier dans la revue Nature et résumé par l’Institut Pasteur dans un communiqué paru ce lundi.

Comme le rappellent les chercheurs de l’Institut Pasteur, « le virus de la grippe possède deux principales protéines de surface : l'une (appelée HA) permet au virus de s'accrocher aux cellules et de les infecter, l'autre (appelée NA) lui permet de s'échapper et de se propager ». « Les vaccins actuels ciblent surtout la protéine HA », ce qui permet d’éviter l’apparition de formes graves, mais a, en revanche, un impact moindre sur la transmission du virus.

Les scientifiques français et américains ont donc voulu mieux comprendre le rôle de la protéine NA dans la transmission du virus. Pour cela, ils ont étudié des épidémies de grippe survenues au Nicaragua en 2014, 2016 et 2017. Les personnes contaminées et les cas contacts étudiés n’avaient, pour la plupart, jamais été vaccinés contre la grippe, ce qui a permis d’étudier une réponse immunitaire naturelle contre le virus.

Un vaccin dirigé contre la protéine NA serait plus efficace contre la transmission

« Les scientifiques ont pu identifier les anticorps les plus efficaces dans la limitation de la propagation grâce à des analyses de sang, des tests virologiques et de puissantes modélisations mathématiques » explique l’Institut Pasteur. Ils ont ainsi pu relever que la présence d’anticorps dirigés contre la protéine NA chez un individu était associée à un risque d’être infecté diminué de 51 %, contre une diminution du risque seulement entre 34 et 37 % en cas de présence d’anticorps dirigés contre la protéine HA.

« La NA est une partie du virus de la grippe relativement négligée dans la conception des vaccins, alors que cibler cette protéine permettrait de réduire le risque d’infection, mais également la contagiosité d’une personne infectée » en conclut Aubree Gordon, coauteure principale de l’étude et directrice du Michigan Center for Infectious Disease Threats and Pandemic Preparedness. « Modifier les vaccins pour y intégrer des anticorps contre la NA renforce les défenses, ce qui est particulièrement important pour les nourrissons, les personnes immunodéprimées et celles incapables de développer une forte réponse vaccinale ».

« L’étude de l’immunité induite par l’infection nous permet d’identifier les réponses d’anticorps les plus protectrices et de traduire ces découvertes en vaccins améliorés, offrant une protection plus forte et plus durable » concluent les auteurs de l’étude. Il faudra cependant attendre quelques années avant que ces découvertes immunologiques se traduisent éventuellement par la production de vaccins contre la grippe de nouvelle génération. En attendant, les chercheurs soulignent l’urgence à trouver de meilleures solutions pour endiguer la grippe : « le virus infecte plus d’un milliard de personnes et en tue environ 650 000 chaque année dans le monde » rappellent-t-ils.

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Miracle de Noël : une jeune femme italienne sauvée après 1h47 de massage cardiaque

La presse italienne se fait l’écho ces derniers jours de l’abnégation de l’équipe des urgences de l’hôpital de Civico à Palerme. Le 26 novembre dernier, les médecins urgentistes se sont relayés pendant 1h47 pour procéder à un massage cardiaque sur une jeune patiente de 19 ans, touchée par une myocardite. La jeune femme a finalement pu être sauvée grâce à l’utilisation de l’ECMO. La miraculée est finalement sortie de réanimation samedi dernier et sa famille a bon espoir qu’elle puisse revenir à la maison pour les fêtes. « Le cœur était sur le point de lâcher, il fallait y croire et continuer » commente pudiquement le Dr Vincenzo Mazzarese, chef du service de réanimation.

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Affaire Péchier : la cour qualifie le médecin de « tueur en série » dans ses motivations

Quatre jours après l’avoir reconnu coupable de 30 empoisonnements dont 12 mortels et avoir condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le Dr Frédéric Péchier, la cour d’assises du Doubs a publié ce lundi les motivations de sa décision. Après être revenue en détail sur les trente cas et les éléments qui ont à chaque fois convaincu la cour, la présidente y qualifie l’accusé de « tueur en série », à la personnalité « divisée » qui a « totalement déshumanisé ses victimes ». Incarcéré à la suite du verdict, le Dr Péchier a fait appel et a déposé une demande pour être libéré.

30 cas d'ACR... on est au delà du chat noir. Statistiquement cela semble impossible pour une seule personne.
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Message par Arnaud BASSEZ » sam. déc. 27, 2025 3:28 pm

Ingestion de caustiques : des nouvelles stratégies de prise en charge aux Urgences

Martine Perez

4 juillet 2025
source : https://francais.medscape.com/



Les ingestions de produits caustiques sont relativement rares et peuvent être rapidement fatales conditionnées par la survenue d’une nécrose transmurale de la paroi digestive. La prise en charge a évolué de manière significative au cours des dix dernières années, nécessitant une prise en charge multidisciplinaire. Il s’agit d’une urgence médico-chirurgicale où la tomodensitométrie (TDM) est devenue le gold stand pour évaluer la gravité de l’atteinte, et non plus la fibroscopie gastrique.

La Dre Cassandre Follet (médecin urgentiste, CHU de Rouen), lors du congrès Urgences 2025 à Paris, a fait le point sur les nouvelles stratégies de prise en charge de l’ingestion de produits caustiques, selon les recommandations du collège de gastro-entérologie de 2023.
Maladie psychiatrique préexistante

Une analyse récente des donnés de la base PMSI (Programme De Médicalisation Des Systèmes D’informations) en France entre 2010-2019 a permis de recenser 3 544 patients admis en urgence pour ingestion de caustique, soit 0,016 % des admissions en urgences pendant cette période.

Cette analyse a montré qu’une nécrose digestive étendue nécessitant une chirurgie en urgence était présente chez 11 % de patients alors que 89 % des patients ont pu bénéficier d’un traitement non-opératoire. L’âge médian de la population était de 49 ans avec une légère prédominance masculine. L’ingestion était volontaire concernait 89 % d’entre-eux dont 72 % étaient porteurs d’une maladie psychiatrique préexistante.
Identifier la composition exacte du produit ingéré

L’identification de la composition exacte du produit ingéré est essentielle car en plus d’une toxicité purement locale, certains agents peuvent avoir une toxicité systémique associée. Pour ce faire, il est essentiel de contacter un centre antipoison dès le début de la prise en charge du patient. Les lésions varient selon la quantité (principalement), la forme et la nature du produit ingéré, précise la Dre Follet.

Les produits solides et les gels provoquent préférentiellement des lésions oropharyngées et de l’œsophage proximal, expliquées par leur forte viscosité et provoquant une nécrose de liquéfaction intéressant rapidement toutes les couches pariétales.

Les produits liquides, ayant une grande fluidité, progressent vite dans la filière digestive et entraînent des lésions de l’œsophage et de l’estomac par une nécrose de coagulation avec des lésions de surface d’emblée maximales. Quant aux formes volatiles (les acides forts), elles peuvent induire des lésions trachéo-bronchiques.

Une étude récente de l’équipe de l’Hôpital Saint Louis a montré que dans 55% des cas, les substances ingérées étaient des base fortes type Destop, 25% des cas des oxydants de type Javel et 20% des cas des acides forts.

L’évolution à court terme (3-6h après l’ingestion) peut être une nécrose transmurale de la paroi digestive, une perforation digestive, une extension par continuité aux organes de voisinage dans le médiastin (perforation trachéale ou bronchique ou fistule trachéo/broncho-œsophagienne) et l’abdomen, des PNP secondaires. A distance (4 mois), un risque d’hémorragie, de fistulisation, de sclérose rétractile (sténose, RGO chronique), de dégénérescence néoplasique de l’œsophage cicatriciel sont à craindre.
L’administration systématique d’une médication antiacide, d’une antibiothérapie ou d’une corticothérapie n’ont pas fait preuve à ce jour de leur efficacité.
Toute tentative de neutralisation des agents caustiques est déconseillée

Dès les premiers soins, il faut proscrire tout geste qui expose à une aggravation des lésions par « second passage » du produit dans la filière digestive, il faudra alors proscrire la mise en décubitus dorsal, les lavages gastriques, la mise en place d’une sonde gastrique, les vomissements induits. Toute tentative de neutralisation des agents caustiques est également déconseillée, potentiellement à risque d’inhalation et d’aggravation des brûlures par réactions exothermiques.

La prise en charge médicale extra- et intra-hospitalière est symptomatique et vise à maintenir l’homéostasie et à combattre les détresses vitales. Le patient bénéficiera d’un conditionnement comprenant une position demi-assise (proclive 45°), un retrait de ses vêtements souillés, un rinçage de peau atteinte par la substance, la mise en place d’un abord vasculaire, une oxygénation efficace, une analgésie multimodale, et le transport primaire ou transfert secondaire vers une structure multidisciplinaire (Structure ayant un plateau technique comprenant une réanimation, une TDM, une fibroscopie digestive).

A noter que l’administration systématique d’une médication antiacide, d’une antibiothérapie ou d’une corticothérapie n’ont pas fait preuve à ce jour de leur efficacité.

TDM thoraco-abdomino-pelvienne : l’examen de choix

L’examen de choix pour déceler de façon fiable la présence d’une nécrose transmurale de la paroi œsophagienne est désormais la TDM thoraco-abdomino-pelvienne, réalisée 3 à 6 heures après l’ingestion du produit caustique. Par rapport à l’endoscopie, elle permet d’améliorer la sélection pour la chirurgie des patients avec des lésions graves, a contribué à réduire de manière significative le nombre de résections œsophagiennes non justifiées, et d’améliorer la survie et la qualité de vie des patients, poursuit l’urgentiste.

Une classification radiologique détaillée des lésions caustiques de l’œsophage et de viscères abdominaux est utilisée, classées en trois grades de sévérité croissante. Cette classification a une valeur prédictive prouvée pour la survie, le risque de développer une sténose œsophagienne et le résultat fonctionnel des patients, indiquant de façon fine la nécessité d’une prise en charge chirurgicale.

La réalisation endoscopie digestive haute est réservée aux exceptions, telles que l’insuffisance rénale avancée, l’allergie avérée grave aux produits de contraste iodé et chez l’enfant. Une fibroscopie trachéo-bronchique est recommandée en cas de lésions sévères ayant des signes fonctionnels respiratoires et l’examen ORL en cas de nécrose digestive, à réaliser dans les 24h suivant l’ingestion.
Traitement non opératoire

Concernant le traitement non opératoire, pour les patients grade I et II, une réalimentation par voie orale doit être réintroduite dès que possible, une consultation psychiatrique est systématique avant la sortie et une consultation de suivi avec un gastroentérologue est préconisé à 4 mois de l’ingestion.

Un traitement chirurgical en urgence est indiqué chez les patients présentant des lésions scanographiques de grade III. Tout segment digestif avec une nécrose transpariétale doit être réséqué, ne laissant pas la place dans ces cas à une attitude initialement conservatrice.

Le risque de mortalité des patients ayant subi une intervention chirurgicale d’urgence après ingestion caustique est 19 fois plus élevé par rapport à la population française générale. Dans le travail sur la base PMSI, portant sur 3 544 patients avec ingestion caustique admis dans les hôpitaux français, un traitement non-opératoire a été réalisé chez 3 156 (89 %) patients dont 1 047 (33 %) ont dû être admis en réanimation.

La mortalité et la morbidité associées au traitement non-opératoire étaient de 6 % et 29 %, respectivement.

-Une intervention chirurgicale d’urgence a été faîte chez 388 (11 %) patients dont 156 œsophagectomies isolées, 103 œsophagogastrectomies et 9 résections gastriques.

-Une abstention thérapeutique avait été décidée chez 31 en raison d’une nécrose digestive étendue.

La mortalité et la morbidité globales après chirurgie d’urgence étaient de 25 % et 76 %, respectivement.

« La prise en charge multidiciplinaire dans les 6ères heures des lésions caustiques du tube digestif diminue la morbi-mortalité en France, conclut la Dre Follet. La réalisation d’une endoscopie digestive en urgence doit être réservée aux exceptions, et même dans ces circonstances il faudra discuter la TDM si l’endoscopie révèle des lésions sévères digestives ».

La position à 45° est enseignée lors des afgsu, comme j'ai eu l'occasion de le faire durant plus de 15 ans en tant que formateur. La question que je me pose est : le scanner est l'élément de référence. Très bien. Comment faire un scanner autrement que couché ?

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La double défibrillation : pour qui ? Comment ?

Dr Clément Derkenne, Pr Dominique Savary
Auteurs et déclarations
18 juin 2025

Source : https://francais.medscape.com


Le Pr Dominique Savary interroge le Dr Clément Derkenne, de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris, sur la technique de double défibrillation : comment s’y prendre ? Quels sont les avantages ? Quels sont les risques ?
TRANSCRIPTION

Dominique Savary — Bonjour à tous. Je suis Dominique Savary. Je travaille au département de médecine d'urgence du CHU d'Angers et dans les suites de notre congrès national Urgences (SFMU 2025), j'ai la grande chance d'être accompagné du Dr Clément Derkenne qui travaille à la brigade des sapeurs- pompiers de Paris et dont le domaine d'expertise est la défibrillation. Je voudrais qu'aujourd'hui nous parlions de la double défibrillation, sujet que vous avez évoqué pendant ce congrès. Et donc, qu'est-ce que la double défibrillation?
Fonctionnement de la double défibrillation

Clément Derkenne — La double défibrillation est quelque chose de très ancien et de très moderne à la fois. 1985, ce sont les premières études animales et 2022, c’est un papier qui a fait énormément de bruit, avec des résultats intéressants sur la survie avec une technique qui consiste, pour les personnes en arrêt cardiaque, à défibriller en même temps avec deux vecteurs différents. [1] Les patients en arrêt cardiaque ont les électrodes en antéro-latéral comme toujours, et on rajoute en plus d'autres électrodes en antéro-postérieur et quasiment au même moment, les deux défibrillateurs défibrillent en même temps le myocarde.

Dominique Savary — J'imagine que l'indication est bien sûr les patients qui fibrillent et pas les patients en asystole? Précisément, quelles sont les indications?

Clément Derkenne — Alors on ne les connaît pas très bien parce qu'il n’y a une seule étude qui l’a étudié ; ce qui est sûr, c'est l'arrêt cardiaque qui fibrille et on parle d'arrêt cardiaque réfractaire et de fibrillation ventriculaire réfractaire. C'est-à-dire les gens qui ont de la fibrillation ventriculaire ou qui ne s'arrête pas après un choc (on parle de fibrillation ventriculaire persistante) ou bien qui s'arrête après un choc, mais qui revient tout de suite. Et on parle à ce moment-là de fibrillation ventriculaire récidivante. C'est classiquement, en tout cas dans l'étude dont on va parler, des patients qui ont reçu trois chocs aux trois premières analyses.

Dominique Savary — D'accord. Donc après un certain temps d'arrêt cardiaque, en fait.

Clément Derkenne — Oui en tout cas, c'est comme cela que l'étude de 2022 avait inclus les patients. Ils commençaient à faire de la double défibrillation à compter du quatrième choc. Mais cette étude est suivie par quatre autres études en cours [dont STRAT-DEFI, DOUBLE-D, et DOSEVF2] qui comptent inclure des patients avec la double défibrillation peut-être dès le premier, deuxième ou troisième choc. La place n'est pas encore certaine. Ce qui est sûr, c'est que dans nos pratiques, ce sont probablement des patients avant qu'on s'y mette, qui ont reçu un certain nombre de chocs, disons au moins trois.

Dominique Savary — Quel est le mécanisme d'action? Parce qu'on a tous connu des énergies un peu augmentant comme ça, et puis là d'un seul coup, on va en mettre deux.

Clément Derkenne — Le mécanisme d’action n'est pas parfaitement connu et c'est une des limites de cette technique. Parmi les explications plausibles, il y a le fait qu'on donne deux chocs tellement rapprochés en même temps, que ce ne serait qu'un seul choc, beaucoup plus énergétique. Donc il y a une augmentation d'énergie.

Une autre théorie dit que le deuxième choc tomberait sur un myocarde rendu très sensible au choc par le premier myocarde.

Et puis la théorie que je préfère, c'est celle qui associe les deux vecteurs spatiaux de la défibrillation ; parce que vous savez, quand on fait la défibrillation antéro-latérale, parfois l'électrode latérale n'est pas assez postérieure et donc attrape mal le cœur. Et quand on rajoute une deuxième défibrillation antéro-postérieure, là on attraperait surtout la paroi postérieure du myocarde, celle dans laquelle se réfugient peut être des boucles de réentrée de fibrillation ventriculaire qui font que la fibrillation ventriculaire récidive.

Un travail d’équipe

Dominique Savary — J'imagine qu'il y a des procédures de mises en œuvre et que ce n'est pas à la portée de tout le monde. Donc qui va le faire et comment?

Clément Derkenne — Ce qui est sûr, c'est que c'est le domaine d'une équipe spécialisée et d'un SMUR qui arrivera après une ambulance ou des pompiers ; elle vient avec son propre défibrillateur. Et puis il y a celui de l'ambulance ou des pompiers déjà en place. Cela fait deux défibrillateurs. On peut le faire. Ce qui est sûr aussi, c'est qu'on ne peut pas s'y lancer comme ça.

Il faut un peu d'entraînement. Ce n’est pas très compliqué à simuler en simulation, mais il faut quand même le faire. Et on va devoir rajouter aux électrodes antéro-latérales posées par les premiers secours, une paire d'électrodes antéro-postérieures ; pour cela, on peut profiter d'un moment où le patient est ventilé et pas massé pour poser l'électrode antérieure, et peut-être sur un changement de masseur, au moment où un masseur se recule et tire le patient vers lui. Il le retourne, on voit le dos du patient, on met l'électrode postérieure. C'est pour la partie facile, c'est la partie où on pose les deux paires d'électrodes.

Ensuite, on met les deux défibrillateurs l'un à côté de l'autre et au moment où le défibrillateur des pompiers propose un choc, à ce moment-là, on a anticipé en chargeant le défibrillateur manuel et on va défibriller le patient avec les deux DSA quasiment en même temps ; on dit qu'il faut faire le même doigt le plus vite possible ou les deux doigts avec un tout petit différentiel.

Dominique Savary — La question qui se pose est : est-ce que c'est plus efficace? J'imagine que ce papier dit que oui.
Cette technique multiplierait par plus que 2 les chances de survie des patients.

Clément Derkenne — Ce papier dit que oui, il est très enthousiasment parce qu'il parle de 30% de survie, alors que dans le bras contrôle qui avait une défibrillation classique antéro-latérale, la survie était de 13%, ça fait un odds ratio à plus de 2. Cela veut dire que cette technique multiplierait par plus que 2 les chances des patients de survivre. Mais on peut quand même tempérer cela. Déjà : on a un seul essai randomisé, c’est rarement assez pour faire changer les procédures. Deuxièmement, il y a quelques limites. Et dans ce papier, on peut citer le fait que l'étude ait été arrêtée avant le nombre de sujets nécessaires (il y a une histoire de COVID), et parfois cela surestime un peu l'effet de certaines études.

Et puis, ils ont fait des études en sous-groupe qui viennent troubler l'analyse qu'on peut en avoir avec, en particulier le fait que l'intervalle entre les deux appuis n'est pas standard. Ce sont les médecins qui appuient ou les infirmiers qui appuient en même temps. Et probablement que plus c'est rapproché, plus c'est efficace. Et pourtant, une analyse en sous-groupe n'était pas très conclusive sur le sujet. Donc on a très envie d'y croire. Si on est très expérimenté, il faut peut-être se lancer. Si on n'est pas expérimenté, il ne faut vraiment pas le faire. Et, encore, c'est un sujet. Est-ce que ça marche vraiment? C'est un peu la question.

Dominique Savary — Je demande l'avis à l’expert : on aurait presque envie de les mettre en antéro-postérieur tout le temps les électrodes, plutôt qu'en antéro-latéral. Qu'en pense l'expert?

Clément Derkenne — C'est une question passionnante. Il y a une autre étude qui est sortie un peu plus tard et qui, elle, randomisait les patients à l'arrivée des premiers secours. Les pompiers arrivent et c'était ou antéro-latéral ou antéro-postérieur.[2] Et antéro-postérieur faisait beaucoup mieux qu'antéro-latéral pour des critères intermédiaires qui étaient la reprise d'une activité circulatoire. Il y a le même rationnel qui est qu'on défibrille probablement beaucoup mieux la paroi postérieure du cœur.

Et la limite est que poser une électrode postérieure, c'est un patient qui n'est pas massé. Alors que poser l'électrode en latéral, on peut continuer à masser le patient. Moi, j'ai envie de vous dire : si vous arrivez sur un patient pour lequel les premiers chocs n'ont rien fait, il faut passer en antéro postérieur.

C'est le plus facile à faire. Si vous avez un patient qui est très obèse, avec un volume thoracique assez important, il faut être en antéro-postérieur. La géométrie antéro-postérieure est plus fine que l'antéro-latérale et vous aurez plus d'énergie à délivrer au myocarde. Et puis, si ce n'est pas le cas, mais si vous êtes entraîné et que ce patient a reçu plein de chocs, j'ai envie de vous dire « c'est dommage que vous ne vous ne soyez pas entraîné un peu avant à faire de la double défibrillation ».

Donc, pour résumer, antéro-postérieur chez les personnes à forte corpulence ou bien si la défibrillation antéro-postérieure n'a pas réussi et que vous n'êtes pas en mesure de faire la double défibrillation.

Il est important de connaître cette possibilité. D'ailleurs il est précisée dans les dernières recommandations publiées sur le site de la SOFIA que la position antéro postérieure soit pratiquée lors d'une fibrillation réfractaire. Le problème étant que décoller deux électrodes ne vont pas améliorer leur pouvoir collant ensuite. Peut-être hors du cadre hospitalier, serait-il pertinent de les poser d'emblée en antéro-postérieur ?

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Pour ou contre le collier cervical dans la prise en charge préhospitalière des lésions médullaires

Six études qui ont marqué la médecine d'urgence en 2025

Pr Dominique Savary

Déclarations 15 décembre 2025
Source https://francais.medscape.com


L'autre étude, qui est une revue structurée de la littérature, je l'ai choisie parce qu'elle s'intéressait à un dogme en France, qui est la pose du fameux collier cervical, sur tout patient traumatisé. [5] L'idée de ce travail et des auteurs était d'évaluer la physiopathologie potentielle des lésions neurologiques en lien avec la pose ou non de ce collier, et les avantages et les inconvénients de cette immobilisation de la colonne vertébrale. Ce gros travail s'est intéressé à plus de 3900 manuscrits, avec au final 115 manuscrits retenus.

55 études ont montré des effets plutôt néfastes de la pose systématique du collier cervical.

Les auteurs ont montré que 55 études ont montré plutôt des effets néfastes de la pose systématique du collier cervical et que finalement, aucune étude n'a montré un réel bénéfice à l'immobilisation de la colonne vertébrale. Donc, probablement qu'il est un peu tôt pour dire qu'il ne faut plus mettre de collier cervical. En tous les cas, il faut probablement proposer d'autres choses pour mettre en rectitude le patient. Mais lorsque les secouristes nous amènent à l'urgence des patients qui n'ont pas de collier, malgré un traumatisme, peut-être éviter de leur sauter dessus parce que finalement, rien ne prouve qu'on a un intérêt à le faire de façon systématique, comme c'est écrit dans les recommandations secouristes.
La santé est un état précaire qui ne laisse augurer rien de bon.

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Arnaud BASSEZ
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » dim. janv. 04, 2026 1:36 pm

Certification périodique : l’usine à gaz prend forme
Quentin Haroche | 30 Décembre 2025
jim.fr


Deux décrets sont venus préciser comment les ordres professionnels seront chargés de contrôler le respect de cette obligation ainsi que le rôle de la HAS dans ce dispositif.
Depuis le 1er janvier dernier, tous les professionnels de santé appartenant à un ordre professionnel sont soumis à une obligation de « certification périodique », visant à s’assurer qu’ils actualisent leurs compétences professionnelles. En théorie seulement car, sept ans après la publication du rapport Uzan ayant préconisé la mise en place de cette obligation et six ans après le vote de la loi Rist qui l’a inscrite dans le marbre de la loi, cette obligation de certification reste encore concrètement très floue. Le voile est cependant peu à peu en train de se lever sur ce dispositif, avec deux nouveaux décrets publiés sur le sujet samedi dernier.


Rappelons qu’un décret paru en mars 2024 avait déjà quelque peu déblayé le terrain en définissant les obligations des professionnels de santé relatives à la certification périodique. Dans un délai de six ans à compter de leur inscription à leur ordre (ou au plus tôt du 1er janvier 2023), les soignants doivent ainsi remplir quatre objectifs : « actualiser leurs connaissances et leurs compétences, renforcer la qualité de leurs pratiques professionnelles, améliorer la relation avec leurs patients et mieux prendre en compte leur santé personnelle ». Pour remplir un objectif, le professionnel doit réaliser au moins deux actions, qu’il pourra choisir parmi celles prévues dans les référentiels de certification élaborés pour chaque spécialité par le conseil national professionnel (CNP) dont il relève.

Les ordres chargés de surveiller les soignants

Restait à savoir comment le respect de cette obligation serait contrôlé, question à laquelle répond le premier des deux décrets publiés ce samedi. Ce décret institue en premier lieu un nouveau téléservice, appelé « Ma Certif’Pro Santé », « ayant pour finalité de mettre à disposition des professionnels de santé des comptes individuels retraçant les actions qu'ils ont réalisées au titre de leur obligation de certification périodique » précise le décret. Ce système permettra aux soignants et aux ordres professionnels de mieux suivre l’exécution de cette obligation.

Ce sont en effet, toujours selon ce premier décret, les ordres professionnels (et le service de santé des armées pour les soignants militaires) qui seront chargés de contrôler le respect de l’obligation de certification périodique. Les ordres territorialement compétents sont ainsi chargés de s’assurer « de manière continue, du bon déroulement général de la procédure de certification périodique et de la réalisation du programme minimal d’actions » par les soignants.


Lorsque l’ordre constatera qu’un soignant n’a pas rempli son obligation, il pourra apporter une réponse graduée. En premier lieu, il pourra proposer à l’intéressé un accompagnement par le CNP dont il relève. En cas d’échec, l’ordre pourra, en second lieu, convoquer le soignant à un entretien visant à « identifier, s'il y a lieu, les conditions dans lesquelles l'intéressé pourrait, dans les plus brefs délais, satisfaire à son obligation de certification ». Enfin, si le soignant se montre particulièrement récalcitrant, l’ordre pourra « engager une procédure disciplinaire à son encontre » qui pourra aboutir à« la mise en œuvre de la procédure de suspension temporaire d'exercice pour insuffisance professionnelle ».

La HAS chargée de « garantir la solidité scientifique » des référentiels

Le second décret publié ce samedi institue lui aussi un contrôle, non pas des soignants, mais des CNP chargés d’élaborer les référentiels de certification. Ce texte autorise en effet le ministère de la Santé, lorsqu’il constate qu’un projet de référentiel qui lui est soumis « ne présente pas les garanties méthodologiques, (…) apparaît incomplet (…) ou inadapté au regard des conditions d'exercice de la profession ou de la spécialité » à saisir la Haute Autorité de Santé (HAS) pour avis. L’objectif de ce dispositif de contrôle est de « garantir la solidité scientifique et la qualité des référentiels de certification » précise l’exposé des motifs du décret.
Dans un communiqué publié ce lundi, le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) dit « se féliciter » de la publication de ces décrets. « Ces textes marquent une étape majeure dans la mise en œuvre d’un dispositif attendu de longue date » poursuit l’Ordre, qui qualifie la certification périodique de « garantie essentielle pour les patients » qui « vise à assurer, tout au long de leur exercice, le maintien et l’actualisation des compétences des professionnels de santé ». Dans le même ordre d’idée, la ministre de la Santé Stéphanie Rist salue la mise en place d’un « cadre clair et progressif pour accompagner les carrières et renforcer la qualité des soins ».


La publication de ces décrets précisant les modalités de la certification périodique intervient dans un contexte trouble s’agissant de la formation professionnelle des médecins. Ces derniers sont en effet, depuis 2009, soumis à une autre obligation, celle de suivre des formations dans le cadre du développement professionnel continu (DPC). Or, le gouvernement a récemment annoncé la fermeture, au cours de l’année 2026, de l’agence nationale du DPC (ANDPC), l’institution chargée de chapeauter cette obligation, embrumant quelque peu l’avenir du DPC.

On se demande aussi comment les caciques retraités du CNPIA, vont élaborer des procédures les concernant eux-mêmes, alors qu'ils n'exercent plus depuis des années notre profession, qu'ils sont dès lors bien incapables de tenir une salle ou un camion d'UMH.
Ne serait-ce pas là un vice de procédure où un retraité siégeant au cnpia pour occuper ses journées, se permettrait de définir des lignes de conduite dont il s'affranchirait au quotidien ?


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Suppression de l’Agence du DPC : la DGOS en précise les modalités
Christophe Gattuso | 19 Décembre 2025
jim.fr et medscape.fr


Pour la première fois, le ministère de la Santé s’exprime publiquement sur l’avenir du développement professionnel continu (DPC). Dans un entretien exclusif à Medscape édition française, Romain Bégué, sous-directeur des ressources humaines du système de santé, à la Direction générale de l'offre de soins (DGOS), confirme la fermeture prochaine de l’Agence nationale du DPC qui assurera toutefois la gestion du dispositif en 2026.
Le ministère de la Santé n’a pas encore arbitré entre les différents scénarios possibles de transformation de l’Agence. Si l’obligation triennale va disparaître pour les professions de santé soumises à un Ordre, le DPC demeurera une brique de l’obligation de certification périodique. Malgré les temps de rigueur budgétaire, « la transformation de l’ANDPC ne met pas un terme à la formation conventionnelle », affirme Romain Bégué.

En 2026, le processus reste le même et l’ANDPC continue d’assurer la gestion du DPC.

Medscape : De nombreux acteurs de santé s'inquiètent de la disparition programmée de l'ANDPC. A quelle date va-t-elle fermer ?

Romain Bégué : Aucune date de fermeture n’est décidée pour l’instant. Un processus de transformation a été enclenché. La direction interministérielle de la transformation publique (DITP) appuie le ministère de la Santé actuellement pour explorer les différents scénarios possibles et les calendriers.

Nous allons par ailleurs analyser la situation de chaque agent de l’ANDPC pour proposer un accompagnement personnalisé à chacun afin qu’il puisse trouver une place dans le futur dispositif.

Pourquoi supprimer l’ANDPC ? L’Agence a-t-elle failli ?

Romain Bégué : L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a fait un diagnostic précis de la situation et recommande cette transformation : L’avenir de l’Agence nationale du développement professionnel continu (mission complémentaire) | Igas

Par ailleurs, de nombreux représentants des professionnels de santé ont régulièrement demandé avec insistance aux autorités politiques une évolution de la gouvernance du DPC. Cela est retranscrit dans des communiqués de presse publics. Cette transformation était demandée par les parties prenantes.
Les agents de l’ANDPC ont réalisé un travail de qualité et mis en place des outils robustes. Il est vrai cependant que les résultats du DPC sont en-deçà des attentes et que des questions d’articulation entre le DPC et la nouvelle obligation de certification périodique se posent, d’où la nécessité de réformer sa mise en œuvre.

La double obligation de DPC et de certification périodique va disparaître pour les professions ordrées.

Pouvez-vous confirmer la nomination attendue d’une administratrice provisoire (Sandrine Pautot) à partir du 12 janvier pour suppléer la directrice de l’ANDPC, Michèle Lenoir-Salfati ?
Romain Bégué : Non, c’est une fausse information. Sandrine Pautot a été nommée directrice du projet évolution du développement professionnel continu et certification périodique des professionnels de santé au sein de la DGOS. Elle conservera ses fonctions au sein de la DGOS où elle pilote ces chantiers pour le compte du Ministère. Un directeur préfigurateur sera désigné à la tête de l’ANDPC pour succéder à Mme Lenoir-Salfati.

Que se passera-t-il en 2026 ? Comment s'organisera la prochaine gouvernance ? Pouvez-confirmer qu’à terme la HAS assurera la gestion administrative et France Compétences la partie financière ?

En 2026, le processus reste le même et l’ANDPC continue d’assurer la gestion du DPC. L’année 2026 servira également à définir et préparer les conditions de cette transformation.
Aucun scénario n’est arbitré à ce stade. Le scénario que vous évoquez n’est qu’une des pistes de travail. La DITP appuie actuellement le ministère de la Santé pour explorer les différents scénarios possibles, instruire leurs avantages et leurs inconvénients et permettre une décision politique à la lumière de ces travaux.

Le DPC va-t-il disparaître en 2027 ou pourra-t-il rester une part de l’obligation de la certification périodique obligatoire ?

La double obligation de DPC et de certification périodique va disparaître pour les professions ordrées. Cela nécessite une évolution législative et c’est donc le Parlement qui a la main sur le calendrier. Le DPC demeurera une brique de l’obligation de certification pour les professions ordrées. Pour les autres professions non ordrées (et donc non concernées par la certification périodique), l’obligation de DPC a vocation à demeurer.

En 2025, le budget a été saturé à partir de l’été.

Quel sera le budget global du DPC pour 2026 ? Quelle sera la répartition de l’enveloppe par profession ?

Le budget a été ajusté dans le cadre du PLFSS par les parlementaires. Il convient d’attendre la promulgation de la LFSS pour connaître précisément le montant du budget 2026. (NDLR : le PLFSS 2026, adopté définitivement mardi, prévoit dans son article 107 que le montant de la dotation des régimes obligatoires d’assurance maladie pour le financement de l’ANDPC est fixé à un maximum de 215,87 millions d’euros pour l’année 2026, le même montant que celui de 2025).

Les inscriptions des professionnels de santé pour le DPC ont rouvert le 10 décembre pour 2026. Des arbitrages financiers ont été rendus comme la non-indemnisation des professionnels de santé pour les actions en e-learning ou l’indemnisation à 50 % pour les actions non présentielles d’EPP et de gestion des risques. Pourquoi ce choix ?
En 2025, le budget a été saturé à partir de l’été. Il était donc important de mettre en place des mesures de freinage pour permettre au plus grand nombre de professionnels de pouvoir participer à des actions de DPC dans le respect du budget alloué par le Parlement.

Les actions de formation en présentiel sont-elles plus vertueuses ou plus faciles à contrôler ?

Non, mais il est certain que les actions en présentiel nécessitent une indemnisation de la perte d’activité car elles sont réalisées aux horaires d’activité des professionnels. Certaines actions de e-learning sont réalisées en dehors des horaires d’activités (soirée, week-end). Elles sont donc prises en charge mais ne peuvent donner lieu à une indemnisation de la perte d’activité puisque les bénéficiaires conservent leur rémunération liée à leur activité habituelle.
Les groupes d’analyse de pratique seront indemnisés hors enveloppe. Qui pourra y avoir accès ? Quel budget y sera alloué ?

Les paramètres ont été définis par les partenaires conventionnels. Il convient d’interroger la Cnam pour avoir la réponse à ces questions. Ce sujet n’est pas géré par le Ministère.

La transformation de l’ANDPC ne met pas un terme à la formation conventionnelle.

Quid de l’avenir de la certification périodique dont l’obligation est devenue effective en avril 2024 ? Qui aura la responsabilité de vérifier le respect de l’obligation et que se passera-t-il en cas de non-respect ?
Un dernier décret sera publié dans les prochaines semaines qui décrira les modalités de contrôle de l’obligation de certification périodique et permettra la mise en place d’un système d’information pour mesurer l’avancement de chaque professionnel concerné dans son programme de certification périodique. Il a été examiné récemment par le Conseil d’Etat.

Ce sont les Ordres qui ont la responsabilité de vérifier le respect de l’obligation de certification périodique. Des sanctions disciplinaires pourront être prises par les Ordres en cas de non-respect pouvant aller en dernier recours à une interdiction d’exercice mais de nombreuses étapes intermédiaires sont prévues dans la procédure pour faciliter le respect par chacun de son obligation.

Quelle part de médecins a accompli ou est engagée dans la certification périodique ?

En l’absence de système d’information, nous ne disposons pas encore de cette information. Le système d’information autorisé par le prochain décret permettra d’avoir cet outil de mesure.
En 1991 naissait la formation conventionnelle gérée par l’OGC. Depuis, lui ont succédé l’OGDPC puis l’ANDPC. La suppression de l’ANDPC mettra-t-elle fin à terme à la formation conventionnelle ? Les médecins devront-ils un jour financer leur formation continue ?

Non, la transformation de l’ANDPC ne met pas un terme à la formation conventionnelle. Dans le contexte de tension sur les finances publiques que notre pays connaît, il est nécessaire de toujours questionner le bon usage des deniers publics. Il est nécessaire par ailleurs de vérifier que les résultats obtenus en matière de formation continue soient à la hauteur des montants investis et soutiennent une amélioration de la qualité des pratiques au service des patients.
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« La suppression de l’Agence du DPC est une décision complètement folle »
Christophe Gattuso
01 décembre 2025
Medscape.fr


Le ministère de la Santé a décidé de fermer en 2026 l’Agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC)*, fragilisée par un récent rapport de l’IGAS, et de transférer ses missions à d’autres opérateurs.


Le Dr Bernard Ortolan, président du Haut conseil du DPC, s’insurge de ce démantèlement brutal qui ne permettra aucune économie et risque de déstabiliser tout un écosystème, au profit d’une certification périodique encore balbutiante. Les professionnels de santé pourront toujours suivre des actions de DPC en 2026, mais le dispositif devrait fonctionner en mode dégradé, prédit le Dr Ortolan.

L’ANDPC va disparaître. Quelles raisons ont été avancées par le ministère de la Santé pour justifier sa fermeture ?
Cette décision est complètement folle. Dans son rapport, en mars dernier, l’IGAS a écrit que l'agence, ne fonctionnait pas, qu’elle ne servait pas à grand-chose, et qu’il fallait probablement la supprimer. L’IGAS exposait trois scénarios possibles pour remplacer l'ANDPC. Les services du ministère de la Santé, du Premier ministre et de la CNAM, ont validé le 3e scénario de l’IGAS, qui était le pire.


Il n'y a aujourd'hui aucune lettre de mission, aucune visibilité sur la façon dont les choses vont se passer. C'est insupportable, c'est une vraie maltraitance.

On assiste devant nos yeux au démantèlement d'une agence construite il y a dix ans pour organiser l'obligation du DPC. On va supprimer le DPC, le seul dispositif qui marche, pour lui préférer la certification périodique qui est très loin d'être applicable rapidement.

L’ANDPC paie-t-elle la chasse aux agences lancée par le gouvernement ?
Oui, c’est exactement, cela. Il y a l’idée qu’il y a trop d’agences en santé, qu’elles ne servent à rien, alors on en supprime. Cette décision est de l'affichage pur et simple, elle ne repose sur aucune raison tangible. Il n’a aucun projet de santé en remplacement. Et surtout, cela n’a aucun intérêt financier. Supprimer l'agence ne permettra pas de faire des économies.

Les personnels de l’ANDPC dénoncent un démantèlement cynique et brutal ?
L’ANDPC disposait de l'expertise de 80 personnes pour gérer le dispositif du DPC, avec un système d'information parfaitement rodé et performant, pour gérer les organismes de formation, les actions de formation, la liquidation de ces actions de formation et des indemnités des professionnels de santé. On vire la directrice, on demande aux personnels d’aider à la transition sans savoir ce qu’ils vont devenir. Or, il n'y a aujourd'hui aucune lettre de mission, aucune visibilité sur la façon dont les choses vont se passer. C'est insupportable, c'est une vraie maltraitance.


Le mandat de la directrice de l’ANDPC, Michèle Lenoir-Salfati, s’achève le 11 janvier. Elle ne sera pas reconduite. Y aura-t-il un intérim ?
Oui, une administratrice provisoire de liquidation va être nommée, Sandrine Pautot, directrice du projet DPC, certification périodique, rattachée au ministère de la Santé. Elle est désormais l'interlocutrice de l’ANDPC et de la DGOS.

Des réunions se tiennent pour préparer la suite. Concrètement, que va-t-il passer ?
La DGOS veut fermer l'agence courant 2026, la démanteler vers les autres opérateurs de l'État. Elle prévoit de transférer le volet scientifique et pédagogique de l’ANDPC à la HAS, et de confier la gestion de l'enveloppe à France Compétences. C'est qui France Compétences, ça fait quoi, ça marche comment ? Personne ne le sait. Quand, comment et avec quelles mesures réglementaires cela va-t-il se passer ? Rien n'est écrit mais une chose est sûre, cela va prendre du temps.

Pour les organismes, que va-t-il se passer l’an prochain ?

Pour les organismes de formation qui vont nous lire et qui s'inquiètent, les orientations nationales 2023-2025, qui arrivaient à terme en 2025 ont été prorogées jusqu'en 2026. Les actions qui ont été déposées et sont valables encore deux ou trois ans, pourront être réalisées en 2026. Les opérateurs qui voudront déposer de nouvelles actions pourront le faire en 2026.


Les inscriptions des professionnels de santé devaient rouvrir vers la mi-décembre pour 2026. Vont-elles se dérouler comme prévu ?
Normalement, oui, tout devrait se dérouler comme prévu. On reste sur le même fonctionnement, sur la même plateforme. Rien ne change en 2026, mais le fonctionnement de l’ANDPC sera forcément impacté par ce qu’il se passe.

Supprimer toute la mécanique de gestion du DPC indemnisé, le seul système qui fonctionnait avec une exigence de la qualité scientifique et pédagogique, c’est absurde ! C'est de la « cancel politique » !

10% du personnel a démissionné ces derniers mois. D’autres sont en train de faire circuler leur CV. Les délais de traitement risquent de traîner. En 2026, le dispositif marchera mal.

Avec la disparition de l’ANDPC, l'obligation triennale de DPC disparaît-elle ?

Ce n'est pas affirmé mais c'est en filigrane. Nous avions bien compris qu'à partir du moment où il y avait deux obligations, une était de trop et que le DPC pouvait s'effacer face à la certification périodique. Nous avons toujours dit que si le DPC faisait partie intégrante de la certification périodique, ce serait intéressant. Mais supprimer toute la mécanique de gestion du DPC indemnisé, le seul système qui fonctionnait avec une exigence de la qualité scientifique et pédagogique, c’est absurde ! C'est de la « cancel politique » ! On supprime une agence qui fait 240 millions d'actions de formation traçables et on entend Le Premier ministre dire « On va créer France Santé pour les CPTS, et on va y mettre 130 millions. » On se moque du monde.

La certification remplacera-t-elle le DPC dès l’an prochain ?

On ne le sait pas. L'obligation triennale DPC s’étalait sur 2023-2025. On aurait dû, si tout allait bien, travailler cette année sur les orientations nationales prioritaires 2026 et préparer les nouvelles modalités de mise en place des actions de formation et de leur financement. Pour l'instant, les orientations prioritaires sont reconduites par arrêté pour 2026 et les opérateurs peuvent déposer depuis octobre de nouvelles actions s'ils le veulent. Et leurs actions pourront être réalisées en 2026 si elles sont encore valides.

Vous êtes engagé dans le secteur de la formation continue et pour l'amélioration des pratiques depuis plus de trente ans. Assiste-t-on à la fin du financement de la formation continue conventionnelle ?

Difficile à dire. Je suis engagé sur ce sujet depuis 1991, quand la convention médicale a instauré le financement de la formation médicale continue. Je comprends en tant que citoyen qu'on puisse se dire que les professionnels de santé n'ont qu'à se payer leur formation. A ce moment-là, le gouvernement supprime l'enveloppe et fait 240 millions d’euros d'économies et on n’en parle plus. Mais d'un autre côté, les pouvoirs publics comptent aussi sur cette formation ! Dans la convention, l’Assurance maladie demande aux médecins d’améliorer la pertinence de leurs actes et de leurs prescriptions, à travers la création de groupes d'analyse de pratiques, qui doivent être financés par le DPC. A Thomas Fatôme qui aurait validé la disparition de l’ANDPC, je dis donc : « Vous vouliez des groupes d'analyse de pratiques ? Eh bien, maintenant, vous ne les aurez plus. »


*Sollicitée, la direction de l’ANDPC n’a pas souhaité répondre. Contacté, le ministère de la Santé n’a pas donné suite, à ce jour.

Le personnel de l’agence sous le choc, les professionnels de santé en émoi
L’annonce de la disparition prochaine de l’ANDPC stupéfie ses 80 salariés. « Nous avons appris le 19 novembre par la DGOS que l’ANDPC allait être transformée mais il s’agit bien d’une disparition », confie à Medscape édition française Yanick Porchet, membre du Comité Social d’Administration (CSA) de l’ANDPC. Le CSA de l’ANDPC a écrit à la DGOS et à l’Assurance maladie pour demander une lettre de cadrage reprenant la décision ministérielle car jusqu’à présent, tout ce qui a été annoncé l’a été à l’oral. « Vous attendez de nous, agents de l’ANDPC, que nous poursuivions nos missions. Comment nous demander de rester opérationnels alors que nous n’avons pas la moindre visibilité, le moindre cap, la moindre garantie ? »

Depuis quelques jours, trois membres de la Direction interministérielle à la transformation publique (DITP) préparent le scénario de transition avant l’arrivée de l’administrateur provisoire de l’Agence le 12 janvier. Combien de temps se passera-t-il avant la disparition effective de l’ANDPC : Six mois ? Un an ? Dix-huit mois ?

Les professionnels de santé s’inquiètent de la période qui s’ouvre. Chez les médecins, la Confédération des Syndicats Médicaux Français (CSMF) dénonce le « trumpisme » du ministère de la Santé : « le DPC, est en passe d'être repris en main par l'administration centrale. Le Ministère prend le risque d'un effondrement du dispositif avec une perte de l'expertise médicale, la rupture de confiance des professionnels, et le découragement des organismes de formation. » « La disparition précipitée de l’ANDPC risque d’entraîner des ruptures d’accès à la formation, au détriment des professionnels et des patients », estime le syndicat national autonome des orthoptistes (SNAO). « L’annonce de la fermeture effective de l’Agence, sans calendrier public, sans cadre de transition défini et sans garantie sur les futures modalités de financement, est particulièrement préoccupante », s’inquiète la Fédération Nationale des Orthophonistes (FNO).
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » dim. janv. 04, 2026 1:55 pm

Le métier d’infirmière réformé en profondeur
Quentin Haroche | 29 Décembre 2025
jim.fr


Un décret publié ce vendredi reconnaît les notions de consultation et de diagnostic infirmier et ouvre un droit général à la prescription pour les infirmières.
Les quelque 600 000 infirmières que compte notre pays ont reçu un joli cadeau pour Noël. Un cadeau qu’elles attendaient depuis plus de vingt ans, sous la forme d’un décret publié ce vendredi en application de la loi infirmière promulguée le 27 juin dernier et qui réforme de fond en comble le métier d’infirmière. Fini le décret de 2004, qui listait les actes que les infirmières étaient autorisées à effectuer sous le contrôle d’un médecin et qui faisait d’elles, en théorie du moins, de simples exécutantes. Le décret publié ce vendredi reconnaît le « rôle propre » des infirmières, leur autonomie et leur rôle central dans le système de santé. « Ce décret est une avancée majeure pour la profession infirmière, il reconnaît et sécurise enfin les pratiques infirmières du quotidien » s’est félicité vendredi la ministre de la Santé Stéphanie Rist.

Dans le détail, le décret crée une nouvelle section dans le Code de la Santé Publique (CSP) sur les « activités et compétences » des infirmières. On peut y lire que les infirmières ont pour mission, entre autres, d’ « élaborer des diagnostics infirmiers », d’ « initier, entreprendre, mettre en œuvre et évaluer les soins infirmiers (…) en particulier dans le cadre d'une consultation infirmière » et de « prescrire des produits de santé et des examens complémentaires adaptés à la situation clinique et dans ses domaines de compétences ».

Un droit général à la prescription reconnu pour les infirmières

Les notions de diagnostic et de consultation infirmière ainsi que le droit à la prescription des infirmières sont donc pleinement reconnus. Le décret précise à ce titre que la consultation infirmière comprend notamment un « entretien clinique », « l'élaboration et la détermination d'actions et d'objectifs de soins infirmiers » et « la réalisation, l'évaluation ou l'adaptation des soins infirmiers ».
Le nouveau décret reconnaît également le droit pour les infirmières, « dans le cadre de leur rôle propre » de « prendre en charge directement les patients » et d’ « initier, accomplir et évaluer les actes et les soins qu'elles estiment nécessaires ». « Dans le cadre d'un raisonnement et d'une démarche clinique, l’infirmier identifie les besoins de la personne et de son entourage, formule des diagnostics infirmiers, fixe des objectifs de soins, définit, planifie, réalise et adapte les interventions appropriées » poursuit le décret.

Enfin, le décret reconnait aux infirmières anesthésistes diplômées d’Etat (IADE) le titre d’infirmières en pratique avancée (IPA). D’autres textes réglementaires similaires sont en attente pour accorder le même statut aux autres infirmières spécialisées, comme les infirmières de bloc opératoire ou les puéricultrices.

Des arrêtés attendus pour préciser les nouvelles compétences des infirmières

Ce décret s’inscrit dans un mouvement de transfert de compétences des médecins vers les professions paramédicales, lancé il y a plusieurs années et qui a notamment pour but de pallier la pénurie de médecins et la désertification médicale. Dernière mesure en date : en avril dernier, un droit à la primo-prescription avait été reconnu aux IPA.
Attendu de longue date par la profession, le décret de vendredi a été logiquement accueilli avec enthousiasme par l’ensemble des organisations représentant la profession. « Le décret définit le contenu du rôle propre infirmier en affirmant clairement l’autonomie professionnelle des infirmiers et infirmières : cette reconnaissance constitue une avancée majeure pour la profession et participe à l’amélioration de l’accès aux soins et de la continuité des prises en charge notamment dans les zones en tension » se félicite ainsi l’Ordre national des infirmiers (ONI) dans un communiqué publié ce vendredi. La Fédération Nationale des Infirmières (FNI) évoque quant à elle « une étape déterminante pour la reconnaissance de la profession infirmière » et « l’affirmation des compétences propres des infirmières et infirmiers dans les parcours de soins » tandis que le collectif des infirmiers libéraux en colère (Cilec) salue « une victoire ».

La réforme du métier d’infirmier n’est cependant pas encore achevée. Des arrêtés doivent encore être pris pour préciser certaines modalités du décret et notamment deux points essentiels : la liste des produits de santé que les infirmières peuvent directement prescrire et celle des actes qu’elles sont autorisées à accomplir sans passer par une prescription d’un médecin. La ministre de la Santé Stéphanie Rist a promis que ces arrêtés essentiels seront pris avant le 30 juin prochain. « L’Ordre national des infirmiers restera pleinement mobilisé et vigilant quant au respect du calendrier annoncé et à la qualité des textes à venir » avertit l’ONI.

En savoir plus

-sur le côté législatif de la pratique avancée, la rubrique dédiée de la SOFIA. Ne cherchez pas ailleurs une telle veille juridique pour les IADE avec plus de 3000 textes et références législatives.

-sur les documents liés à la pratique avancée. Il ne suffit pas de fanfaronner et de plastronner pour certains, quand surtout il faut prendre pour argent comptant les actions sans chercher à en connaître davantage derrière le folklore habituel. Là, vous avez les documents, car à la SOFIA on publie pour informer les IADE.
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » lun. janv. 12, 2026 6:26 pm

Les conservateurs alimentaires : la menace dans nos assiettes ?
Dr Roseline Peluchon | 12 Janvier 2026
jim.fr



Une vaste étude française portant sur 105 000 adultes montre qu'une forte consommation de conservateurs alimentaires, notamment nitrites, sorbates et sulfites, est associée à un risque accru de cancer.

Les conservateurs sont largement utilisés dans l’industrie alimentaire pour prolonger la durée de vie des produits emballés en les protégeant de la contamination microbienne et de l’oxydation. Entre 2004 et 2025, l’EFSA, l’autorité européenne de sécurité alimentaire, a réévalué 25 groupes de conservateurs alimentaires et fixé des doses journalières admissibles pour 16 d’entre eux sur des critères toxicologiques.
Des études expérimentales suggèrent que certains conservateurs peuvent être cytotoxiques, stimuler la prolifération cellulaire, favoriser la formation de produits de glycation avancée ou présenter des propriétés mutagènes et potentiellement cancérogènes. Toutefois, les données épidémiologiques sur leur consommation manquaient jusqu’à présent, du fait de l’absence d’informations précises par marque et de la grande variabilité de composition entre produits.
Une étude récente, s’appuyant sur la cohorte NutriNet-Santé, a quantifié l’apport cumulatif de ces additifs et analysé leur lien avec l’incidence du cancer chez plus de 105 000 adultes suivis entre 2009 et 2023. L’exposition a été évaluée à l’aide de questionnaires alimentaires répétés, de bases de données détaillant la composition des aliments industriels et d’analyses de laboratoire, portant au total sur 58 conservateurs regroupés en deux grandes familles : les conservateurs et les antioxydants.

Les conservateurs non-antioxydants sont montrés du doigt

L’étude confirme sans surprise que les additifs conservateurs sont largement répandus dans l’alimentation. Elle montre également que certains d’entre eux sont associés à un surrisque de cancer. Il s’agit principalement des conservateurs non-antioxydants.
Ainsi, une forte consommation sorbates, notamment le sorbate de potassium (E202), est associée à une augmentation du risque de cancer global (HR 1,14 [IC à 95 % 1,04 à 1,24]) et de cancer du sein (HR 1,26 [1,07 à 1,49]). Ce conservateur est retrouvé principalement dans les produits à base de fruits et légumes ainsi que dans les graisses et sauces.
Les sulfites totaux (présents à 85 % dans les boissons alcoolisées) sont également associés au risque de cancer global (HR 1,12 [1,02 à 1,24]). Une association particulièrement notable est retrouvée entre le métabisulfite de potassium (E224) et le risque de cancer du sein (HR 1,20 [1,04 à 1,38]).
Quant aux nitrites et nitrates, ils confirment les données antérieures : le nitrite de sodium (E250) est associé à une augmentation du risque de cancer de la prostate (HR 1,32 [1,02 à 1,70]) alors que le nitrate de potassium (E252) est associé au risque de cancer du sein (HR 1,22 [1,05 à 1,41]). Ces additifs sont présents principalement dans la charcuterie (54 % des nitrites, 80 % des nitrates).
Enfin, les acétates totaux, notamment l’acide acétique (E260) sont associés à un risque de cancer global (HR 1,15 [1,06 à 1,25]) et de cancer du sein (HR 1,25 [1,07 à 1,45]).
Parmi les conservateurs antioxydants, seuls les érythorbates semblent avoir des liens significatifs avec le risque de cancer : le érythorbates totaux et particulièrement l’érythorbate de sodium (E316) sont associés à un risque de cancer global (HR 1,12 [1,04 à 1,22]) et de cancer du sein (HR 1,21 [1,04 à 1,41]). Aucune association n’a été retrouvée avec l’acide ascorbique (E300) ni avec les tocophérols (E306-307) en tant qu’additifs.

Mieux vaut limiter la charcuterie et les aliments riches en additifs

Des études in vivo montrent que certains conservateurs induisent une cytotoxicité, favorisent la prolifération cellulaire ou stimulent la production de produits de glycation avancée. Le sorbate de potassium peut provoquer des aberrations chromosomiques, tandis que les nitrites et nitrates se convertissent en composés N-nitrosés, probablement cancérigènes selon le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer).
Pour les auteurs, cette étude suggère qu’une forte consommation de conservateurs alimentaires augmente le risque de cancer. En pratique, ces résultats renforcent les recommandations actuelles de privilégier les aliments frais, de saison, faits maison, ou les aliments industriels peu transformés, en limitant l’usage de conservateurs superflus. Ils estiment que les médecins et les diététiciens jouent un rôle clé dans la transmission de ces messages de prévention, notamment concernant la limitation de la charcuterie et des aliments ultra-transformés riches en additifs. Sans remettre en cause l’utilité des conservateurs pour la sécurité alimentaire, l’étude questionne le rapport bénéfice-risque de certains d’entre eux.

References

Hasenböhler A, Javaux G, Payen de la Garanderie M, et al. Intake of food additive preservatives and incidence of cancer: results from the NutriNet-Santé prospective cohort. BMJ. 2026 Jan 7;392:e084917. doi: 10.1136/bmj-2025-084917.


_______________________

Manifestation et « opération Bruxelles » : la grève des médecins prend de l’ampleur
Quentin Haroche | 12 Janvier 2026
jim.fr


Plusieurs milliers de médecins ont manifesté ce samedi à Paris dans le cadre du mouvement de grève de la médecine libérale. Dès le lendemain, un millier de spécialistes de bloc se sont « exilés » à Bruxelles.

Nuée blanche sur Paris. Malgré le froid mordant qui enserrait la capitale ce samedi, ce sont plusieurs milliers de médecins (les syndicats revendiquent 20 000 participants), mais aussi des internes, des étudiants et quelques infirmières, qui ont manifesté pour protester contre ce qu’ils qualifient de « dérive autoritaire » du système de santé. Rassemblées vers midi sur la place du Panthéon, les blouses blanches ont ensuite défilé en cortège jusqu’à l’Hôtel des Invalides, non loin du ministère de la Santé.

« Maltraiter les soignants, c’est maltraiter les patients », « la Sécu parle chiffres, nous parlons patients », « prenons soin de ceux qui nous soignent » etc : sur les banderoles, les slogans disent tout de la colère des soignants. Parmi les manifestants, on reconnait plusieurs figures syndicales, et notamment le Dr Jean-Paul Hamon, président d’honneur de la FMF, très énergique du haut de ses 79 ans. Dans une ambiance musicale bon enfant on entend parfois des appels à la démission de la ministre de la Santé Stéphanie Rist et surtout du directeur général de la CNAM Thomas Fatôme.

Dialogue de sourds entre les médecins et la ministre de la Santé

Si de nombreuses mesures irritantes visant les médecins inscrites dans le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) ont finalement été annulées du texte final, deux dispositions continuent de faire l’unanimité contre elles dans le cortège. C’est tout d’abord la possibilité pour la CNAM de réviser unilatéralement les tarifs conventionnels en cas d’échec des négociations avec les syndicats qui inquiètent les médecins. La ministre de la Santé a beau avoir répété à plusieurs reprises ces derniers jours qu’elle ne ferait jamais usage de cette possibilité, rien n’y fait : les médecins en colère y voient une négation de la démocratie conventionnelle. « Si le directeur général de l’Assurance-maladie décide de tout, ce n’est plus une convention, mais une dictature ! » assène une gynécologue libérale venue de Compiègne pour manifester.

L’autre réforme qui ulcère les médecins est la limitation à un mois de la durée initiale des arrêts de travail. Les syndicats y voient une atteinte injustifiée à la liberté de prescription et ce d’autant plus qu’un projet de loi sur la fraude sociale actuellement examiné au Parlement prévoit d’imposer la mise sous objectif (MSO) aux médecins qui seraient trop généreux dans leurs prescriptions d’arrêt de travail. « On essaye de faire au mieux tous les jours pour faire en sorte que les arrêts soient justifiés, productifs, ça vient saccager tout notre travail » s’emporte une généraliste nantaise présente dans le cortège.

Signe que les ponts semblent désormais totalement rompus entre l’avenue de Ségur et les médecins, les syndicats ont refusé ce samedi de participer, après la manifestation, à une rencontre avec la ministre de la Santé. « Je suis prête à les recevoir malgré tout s’ils changent d’avis ou dans les jours qui viennent » a commenté quelque peu dépitée le Dr Stéphanie Rist. En lieu et place de la ministre, plusieurs représentants de syndicats, dont les Dr Jérôme Marty (UFML) et Franck Devulder (CSMF), ont demandé à négocier directement avec le Premier Ministre Sébastien Lecornu.

Direction Bruxelles pour les spécialistes de bloc

Dès le lendemain de cette manifestation, l’acte II du mouvement de grève des médecins (qui a commencé lundi dernier), a débuté Porte Dauphine à Paris. C’est là qu’environ un millier de spécialistes de bloc opératoire (chirurgiens, anesthésistes, gynécologues-obstétriciens…) ont embarqué dans une trentaine de cars, direction la Belgique. Après s’être arrêté quelques heures en route pour un débat impromptu avec des agriculteurs de la Coordination rurale, également engagés dans un mouvement de protestation, les cars de praticiens sont arrivés dans la capitale belge dans la soirée.

L’objectif de cet exil temporaire de quatre jours en Belgique, dénommé « Opération Bruxelles » par le syndicat Avenir Spé-Le Bloc, est d’éviter les réquisitions et de démontrer aux autorités à quel point les spécialistes de bloc sont nécessaires à la continuité des soins. Ce lundi, le président de la fédération de l’hospitalisation privée (FHP) Lamine Gharbi assure d’ailleurs que cet exil bruxellois, qui doit durer jusqu’à mercredi, est lourd de conséquences. Près de 100 000 opérations auraient été reportées et « 500 cliniques vont être fermées à hauteur de 80 % » entre lundi et mercredi. « Il faut que le gouvernement nous entende, il faut qu'il nous reçoive » plaide sur France info Lamine Gharbi, qui s’inquiète notamment du gel des tarifs hospitaliers en 2026 récemment annoncé par le gouvernement. « 50% des cliniques aujourd’hui sont en déficit structurel, c’est-à-dire à risque de fermeture, risque de dépôt de bilan » alerte-t-il.

La grève des médecins libéraux doit en principe prendre fin ce jeudi. Mais si les discussions ne reprennent pas avec le gouvernement et que les revendications des syndicats ne sont pas entendues, il n’est pas impossible qu’elle se poursuive. « Le mouvement va se durcir» assurait ce samedi le Dr Anna Boctor, présidente du syndicat Jeunes Médecins. « Nous, jeunes médecins, nous avons appelé à une grève illimitée ».
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » lun. janv. 19, 2026 8:13 pm

Victorieux, les généralistes mettent fin à leur grève
Quentin Haroche | 19 Janvier 2026
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Ayant obtenu gain de cause sur la quasi-intégralité de leurs revendications, les syndicats de médecins généralistes ont annoncé ce vendredi mettre fin à leur mouvement de grève historique.

Il faut savoir terminer une grève comme disait Maurice Thorez. Surtout lorsqu’elle est un succès à tout point de vue. Après dix jours d’une grève historique et un exil temporaire de quatre jours des spécialistes de bloc à Bruxelles, les syndicats de médecins libéraux ont en effet décidé de mettre fin à leur grève. La décision a été prise vendredi soir dernier après une réunion de l’intersyndicale, nouvelle preuve que les syndicats sont restés soudés tout au long de ce mouvement. Seul le syndicat Le Bloc appelle à poursuivre une grève des gardes les soirs et les week-ends dans les cliniques privées.

Peu avant la réunion de l’intersyndicale, la ministre de la Santé Stéphanie Rist avait publié sur X un communiqué dans lequel elle annonçait céder à la quasi-totalité des revendications des syndicats. Une capitulation qui était attendue. Mercredi dernier, le patron de la CSMF Franck Devulder avait en effet indiqué à l’issue d’une réunion avec la ministre que cette dernière était prête à lâcher du lest. Et le même jour devant les sénateurs, le directeur de la CNAM Thomas Fatôme s’était également dit prêt à faire des concessions.

Arrêt de travail, cumul emploi-retraite, plan imagerie : la capitulation est totale

Dans son communiqué, la ministre promet tout d’abord de revenir sur la possibilité de placer sous mise sous objectif (MSO) d’office, sans procédure de conciliation préalable, les médecins qui seraient trop « généreux » dans leur prescription d’arrêts de travail. Très décriée par les médecins, qui y voient une immixtion dans leur liberté de prescription, la mesure figure dans le projet de loi de lutte contre la fraude sociale. La ministre promet ainsi de porter un amendement de suppression de cette mesure lorsque le texte sera examiné au Parlement. Toujours sur le sujet des arrêts de maladie, elle annonce également le lancement d’une « une mission d’accompagnement pour réaliser un diagnostic sur la procédure de MSO » et la généralisation du dispositif « SOS IJ », qui permet aux médecins d’interroger l’Assurance Maladie en cas de doute sur leurs prescriptions d’arrêt de travail.

Autre concession, le Dr Rist promet que « les modalités de prise en compte de l’activité réalisée par les médecins en cumul emploi-retraite seront adaptées afin de mieux prendre en compte les spécificités des professionnels exerçant en zone sous-dense ». La réforme du cumul emploi-retraite, adoptée dans le cadre de la dernière loi de financement de la Sécurité Sociale (LFSS), est en effet désavantageuse pour les médecins qui atteignent le nombre suffisant de trimestres pour une retraite à taux plein avant 67 ans, ce qui est notamment le cas des mères de famille.

Afin de calmer la colère des radiologues, qui ont très mal vécu d’être traité de « rentiers » par le gouvernement, la ministre s’est également engagée à relancer les discussions sur le « plan imagerie » se traduisant par une baisse des tarifs de radiologie décidée unilatéralement par la CNAM à l’automne dernier. « L’objectif sera de substituer aux baisses de tarifs prévues à date des mesures de meilleure pertinence des examens prescrits et réalisés » explique la ministre.

La ministre renonce à toute baisse unilatérale des tarifs

L’une des principales pommes de discorde entre les syndicats et le gouvernement était l’introduction dans la LFSS des articles 77 et 78 qui permettent à la CNAM de réviser unilatéralement certains tarifs en cas d’échec des négociations conventionnelles. Après s’être déjà engagée à ne pas user de ce dispositif, la ministre indique qu’elle « proposera une suppression des mesures permettant des baisses unilatérales de tarifs à travers le prochain vecteur législatif qui le permettra ».

Enfin, la ministre promet pêle-mêle la mise en place d’un « guichet unique d’aide et d’information à l’installation des médecins » (mesure votée en 2023 mais jamais appliquée), la création d’un « observatoire de l’exercice de la médecine générale qui permettra d’objectiver, avec les médecins, l’évolution de l’activité des médecins généralistes » et le lancement « à très court terme de travaux conventionnels sur l’OPTAM pour assouplir le droit à dépassement des médecins en réalisant peu ». La séquence avait commencé par une remise en cause des dépassements d’honoraires et voilà qu’ils vont être facilités !

Sans verser dans le triomphalisme, les syndicats de praticiens se sont réjouis des concessions du ministère de la Santé. L’intersyndicale indique qu’elle sera vigilante à ce que les annonces faites par la ministre soient suivies d’effets et ne restent pas des vœux pieux. Surtout, les médecins ont prévenu : une reprise de la grève est possible si de nouvelles mesures irritantes sont envisagées, notamment sur la liberté d’installation ou les dépassements d’honoraires. Il serait en effet dommage de se passer d’un mode d’action visiblement très efficace.

Selon que vous serez puissants ou misérables etc etc... Combien de grèves, combien de mois d'attente, lorsque les IADE faisaient grève en 1991, 2000, 2001, 2010, 2015...
On donne crédit au corps médical et les soignants sont souvent les dindons de la farce. Mais cette farce ne fait pas rire. Elle ouvre les yeux aux naïfs. C'est déjà ça. Comme un air de déjà vu pour les plus anciens...
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » mar. févr. 03, 2026 5:18 pm

Peut-on vraiment se passer des opiacés en chirurgie ?
Dr Joël Pitre | 02 Février 2026
jim.fr


Des résultats en chirurgie cœlioscopique alimentent le débat : un essai sur 379 patients montre les bénéfices de l'anesthésie sans opiacés, malgré d'importantes limites méthodologiques.

L’anesthésie sans opiacés (ASO) repose sur le concept qu’éviter les opiacés en per-opératoire donnerait de meilleurs résultats aux patients après l’anesthésie. Ses objectifs principaux sont le contrôle de la douleur et de la réponse au stress, de la stabilité hémodynamique ainsi que du sommeil, tout en supprimant l’administration d’opiacés. Elle comporte une analgésie multi-modale associant plusieurs molécules (lidocaïne, kétamine, alpha‑2 agonistes, magnésium, AINS, paracétamol, néfopam) et une analgésie loco-régionale (péridurale, blocs tronculaires, blocs de paroi) (1). Par rapport à l’anesthésie avec opiacés, certains essais contrôlés montrent que les scores de douleur à J+1 sont globalement similaires (2), que l’ASO permet une réduction de la consommation cumulée d’opiacés en post-opératoire précoce (salle de réveil et J+1) (3), qu’elle est associée à moins de nausées-vomissements post-opératoires. Certaines séries montrent une tendance à l’amélioration des scores de qualité de récupération (QoR‑40) (4). Comme le signalent les auteurs d’une méta-analyse récente, ces résultats sont néanmoins à tempérer (5).

L’ASO semble légitime dans la démarche de réhabilitation accélérée après chirurgie ou RAAC (en anglais ERAS : Enhanced Rehabilitation After Surgery), en particulier en chirurgie digestive, en réduisant les effets indésirables liés aux morphiniques (nausées-vomissements post-opératoires, iléus, dépression respiratoire) (1).

Un essai randomisé sur 379 patients en chirurgie cœlioscopique

Un essai randomisé contrôlé monocentrique a comparé un protocole d’ASO à un protocole d’anesthésie avec opiacés standard en chirurgie abdominale cœlioscopique programmée chez l’adulte (6). L’objectif principal était d’évaluer l’efficacité antalgique et la sécurité d’un schéma ASO combinant blocs TAP (Transversus Abdominis Plane) et bloc de gaine des droits (BGD) avec magnésium, clonidine et AINS, versus une stratégie classique à base de rémifentanil et de morphine.​

Au total, 379 patients étaient inclus (188 ASO, 191 contrôles), avec des caractéristiques démographiques et types de chirurgie globalement comparables, hormis une hypercholestérolémie plus fréquente dans le groupe contrôle. Dix conversions en laparotomie conduisaient à des exclusions de l’étude, et un seul patient du bras ASO recevait des opiacés suite à l’échec du bloc loco-régional.​

L’ASO était associée à des scores de douleur significativement plus bas à tous les temps évalués (T0, 6, 12, 18 et 24 h, p < 0,001 à chaque fois). Sur le plan fonctionnel, la mobilisation était plus précoce (médiane 36 h versus 48 h) et la durée de séjour hospitalier moins longue (4 jours versus 6 jours, p < 0,001) en faveur du groupe ASO.​

Réduction significative des effets indésirables

Les effets indésirables typiquement liés aux opiacés étaient nettement diminués sous ASO : moins de dépression respiratoire (9,8 % vs 37,3 %), d’iléus postopératoire (2,2 % vs 35,1 %), de nausées-vomissements post-opératoires (1,6 % vs 34 %), de somnolence (0,5 % vs 41 %) et de prurit (4,4 % vs 31,3 %), à chaque fois avec p < 0,01. Aucun patient n’a été admis en soins intensifs dans les 24 premières heures, et l’hémodynamique per-opératoire restait stable, suggérant que magnésium et clonidine assuraient un blocage sympathique suffisant pour remplacer les opiacés dans ce contexte.​

Les auteurs concluent que l’association de blocs pariétaux (TAP + BGD) et d’un protocole d’ASO à base de magnésium, de clonidine et d’AINS fournit une antalgie per-opératoire adéquate et un contrôle analgésique post-opératoire efficace en chirurgie abdominale cœlioscopique, tout en réduisant significativement les effets secondaires des opiacés, la durée de séjour et le délai de mobilisation.

Les limites de ce travail sont son caractère monocentrique, un suivi limité à 24 h pour la douleur, l’absence de score formel de risque de nausées-vomissements post-opératoires et l’hétérogénéité des gestes chirurgicaux, justifiant des études supplémentaires dans d’autres contextes et types de chirurgie, y compris par laparotomie. L’ASO a ses détracteurs notamment en raison de l’hétérogénéité des protocoles et des chirurgies étudiées (5). Par ailleurs, une des principales craintes vis-à-vis de l’ASO est liée à l’instabilité hémodynamique par blocage insuffisant de la nociception. Il semble que la diffusion des techniques de blocs régionaux, leur simplification et leur efficacité amplifiée du fait de l’usage de l’échographie puisse permettre de lever ces craintes.

References

Beloeil H. Opioid-free anesthesia. Best Pract Res Clin Anaesthesiol. 2019 Sep;33(3):353-360. doi: 10.1016/j.bpa.2019.09.002.
Mulier JP, Forget P, Lavand'homme P, De Baerdemaeker L, de Boer HD. Opioid-free anesthesia: comparable analgesia with potential superiority in safety and quality of recovery. J Anesth Analg Crit Care. 2025 Oct 16;5(1):66. doi: 10.1186/s44158-025-00294-3
Beloeil H, Garot M, Lebuffe G, et al ; POFA Study Group; SFAR Research Network. Balanced Opioid-free Anesthesia with Dexmedetomidine versus Balanced Anesthesia with Remifentanil for Major or Intermediate Noncardiac Surgery. Anesthesiology. 2021 Apr 1;134(4):541-551. doi: 10.1097/ALN.0000000000003725.
Pershad A, Elvir Lazo OL, Wong R. Opioid-free anesthesia: a scoping review of efficacy, safety, and implementation challenges. Front. Anesthesiol. 2025; 4:1714040. doi: 10.3389/fanes.2025.1714040
Tripodi VF, Sardo S, Ippolito M, Cortegiani A. Effectiveness and safety of opioid-free anesthesia compared to opioid-based anesthesia: a systematic review and network meta-analysis. J Anesth Analg Crit Care. 2025 Aug 13;5(1):53. doi: 10.1186/s44158-025-00272-9.
Accurso G, Rampulla D, Cusenza M, et al. A blended opioid-free anesthesia protocol and regional parietal blocks in laparoscopic abdominal surgery- a randomized controlled trial. Sci Rep. 2025 Apr 23;15(1):14097. doi: 10.1038/s41598-025-97116-x. Erratum in: Sci Rep. 2025 Jun 13;15(1):20062. doi: 10.1038/s41598-025-02624-5.


______________

Paracétamol et neurodéveloppement : une mise au point fondée sur les preuves
Dr Roseline Peluchon | 02 Février 2026
jim.fr


Face aux inquiétudes sur le paracétamol pendant la grossesse et le neurodéveloppement, une méta-analyse robuste apporte des données rassurantes : aucune augmentation du risque de TSA, TDAH ou déficit intellectuel chez l'enfant.

Le paracétamol est l’analgésique et antipyrétique de première intention pendant la grossesse, recommandé en raison de son profil de sécurité par rapport aux anti-inflammatoires non stéroïdiens et aux opioïdes. Des interrogations ont toutefois émergé récemment concernant un éventuel impact de son utilisation prénatale sur le neurodéveloppement de l’enfant, en particulier concernant le risque de trouble du spectre de l’autisme (TSA) et de trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).

Des études qui sèment la confusion

Ces inquiétudes ont été largement médiatisées en 2025, à la suite de déclarations publiques. Celles-ci s’appuyaient sur une revue fondée sur des données hétérogènes en termes de définition de l’exposition, d’évaluation du neurodéveloppement et de prise en compte des facteurs de confusion (1).D’autres méta-analyses ont également rapporté de faibles associations, reposant le plus souvent sur des études observationnelles, exposées, elles aussi, à des risques de biais importants, liés aux indications du paracétamol et aux facteurs familiaux. Inversement, des études récentes de grande ampleur, utilisant des comparaisons entre fratries, n’ont pas mis en évidence d’association significative.

Une équipe italienne s’est à nouveau intéressée à ce sujet d’importance compte tenu de l’usage très fréquent du paracétamol pendant la grossesse et des risques connus liés à la fièvre maternelle non traitée. Une revue systématique et une méta-analyse ont été réalisées afin de faire le point sur les preuves actuelles, en sélectionnant les études les plus robustes méthodologiquement (2).

Des données rassurantes

Au total, 43 études ont été incluses dans la revue systématique et 17 dans la méta-analyse, toutes comportant des estimations ajustées (les études non ajustées avaient été exclues). L'analyse donne la priorité aux études de comparaison entre fratries permettant de contrôler les facteurs familiaux et génétiques partagés.

Les faits sont têtus et force est de constater que dans cette analyse de bonne qualité méthodologique, il n'est mis en évidence aucune augmentation du risque de TSA (OR 0,98 ; IC à 95 % 0,93 à 1,03), ni de TDAH (0,95 ; 0,86 à 1,05), ni de déficit intellectuel (0,93 ; 0,69 à 1,24) chez les enfants exposés in utero au paracétamol. Ces résultats restent inchangés lorsque l'analyse porte sur les études avec suivi prolongé (plus de 5 ans), celles portant sur les comparaisons entre fratries et celles à très faible risque de biais.

Selon les auteurs, les associations rapportées dans certaines études antérieures sont probablement dues à des facteurs de confusion résiduels (fièvre maternelle, douleurs, facteurs génétiques ou environnementaux), plutôt qu'à un lien causal avec le médicament. Cette méta-analyse conforte les recommandations actuelles des principales sociétés médicales, qui considèrent que le paracétamol peut être utilisé pendant la grossesse, quand il est pris selon les indications. Il reste le traitement de première ligne de la fièvre et des douleurs de la femme enceinte.

References

Bauer AZ, Kriebel D, Herbert MR, et al. Prenatal paracetamol exposure and child neurodevelopment: A review. Horm Behav. 2018 May;101:125-147. doi: 10.1016/j.yhbeh.2018.01.003.
D'Antonio, Francesco et al. Prenatal paracetamol exposure and child neurodevelopment: a systematic review and meta-analysis. The Lancet Obstetrics, Gynaecology & Women’s Health. Published January 16, 2026. DOI: 10.1016/S3050-5038(25)00211-0
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » mer. févr. 04, 2026 7:17 pm

Iran : les soignants eux aussi victimes d’une répression impitoyable
Quentin Haroche | 04 Février 2026
jim.fr


De nombreux médecins et infirmières ont été arrêtés pour avoir porté secours à des manifestants blessés lors de la répression des manifestations de janvier en Iran.

Difficile, à ce jour, de connaître l’ampleur exacte de la répression qui s’est abattue en ce début d’année sur le peuple iranien, le pays ayant été coupé du monde par le régime. Les quelques informations qui nous proviennent d’Iran malgré la coupure générale d’Internet sont effroyables : le régime des mollahs aurait massacré plusieurs dizaines de milliers de personnes, pour mettre fin aux manifestations appelant à la chute de la République islamique (sans susciter le mouvement d’indignation internationale que l’on aurait attendue). Une chose est certaine : les soignants ont joué leur rôle dans ce combat pour la liberté et en payent le prix.

Nos confrères du Figaro ont pu entrer en contact avec une infirmière iranienne depuis exilée à Dubaï qui a vécu les terribles journées des 8 et 9 janvier dernier, au cours desquels plusieurs milliers de personnes auraient été tuées. « Les chirurgiens ont opéré non-stop de 23 heures à 4 heures du matin » raconte-t-elle.« Tous les patients avaient été touchés à balles réelles et pour la plupart, au niveau du haut du corps : thorax, cou, visage. Un garçon de 14 ans avait reçu une balle à la cuisse. Il est décédé à cause d’une hémorragie ».

Des médecins forcés de soigner les blessés clandestinement

Au cours de ces terribles journées, les sicaires du régime islamique n’ont pas hésité à investir les hôpitaux afin d’arrêter les manifestants blessés. Les médecins ont alors tenté tant bien que mal de protéger leurs patients comme le raconte l’infirmière exilée. « Des agents en civil rôdaient à tous les étages. Alors qu’un blessé était en réanimation, la police l’attendait devant la porte, prête à l’embarquer. Pour protéger les patients, les médecins n’enregistraient pas leurs vrais noms. Ils écrivaient “objet inconnu” à la place de “balles” pour décrire l’origine des blessures. Dès qu’ils faisaient des radios, ils les effaçaient aussitôt. Pendant ce temps, les familles se cachaient dans les toilettes ».

De nombreux manifestants blessés craignant de se rendre dans les hôpitaux où ils pouvaient être arrêtés, des médecins et infirmiers ont offert de les soigner clandestinement. « On a des témoignages sur des médecins qui soignent clandestinement des patients à leur domicile discrètement ou dans des petites cliniques, et d'autres donnent leur propre sang pour sauver des vies » raconte à France Inter le Dr Amir Parasta, exilé en Allemagne mais qui a gardé des contacts avec ses confrères iraniens.

Mais apporter de l’aide à des manifestants blessés n’est pas sans risque. Pour avoir simplement indiqué sur les réseaux sociaux qu’il était prêt à soigner les protestataires blessés, le Dr Alireza Golchiri, un chirurgien exerçant à Qazvin dans le nord du pays, a été arrêté et inculpé d’« hostilité envers Dieu », un crime passible de la peine de mort.

Arrêté pour avoir fait son devoir de médecin

Il n’est malheureusement pas le seul professionnel de santé dans ce cas. Selon le journal iranien Shargh, un des rares organes de presse d’opposition autorisé, ce sont au moins 25 médecins et infirmiers qui ont été arrêtés à travers le pays pour être venus en aide à des blessés. D’autres soignants ont été licenciés pour avoir refusé de donner aux autorités la liste des blessés par balles qu’ils ont pris en charge lors de la répression. La police n’hésite pas non plus à organiser des descentes dans les hôpitaux et les cliniques pour saisir les images de vidéosurveillance et les dossiers des patients.

Des informations qui suscitent l’indignation à l’étranger. Ce vendredi, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a, dans un communiqué, « appelé de toute urgence Téhéran à faire cesser immédiatement les violences visant les hôpitaux et le personnel médical ». L’agence onusienne évoque notamment plus de 200 ambulances prises pour cible par les forces du régime et l’attaque de l’hôpital Sina de Téhéran par la police. « J’appelle à la libération de tous les professionnels de santé détenus » a affirmé le Dr Tedros Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.

Comme on pouvait s’y attendre, le régime minimise l’ampleur de la répression visant le personnel soignant. L’Ordre des médecins et l’Organisation nationale des infirmiers iraniens, tous deux inféodés aux mollahs, ont indiqué que le nombre de soignants arrêtés ces dernières semaines était faible et que « les arrestations signalées ne sont pas liées à leur activité professionnelle ou thérapeutique ». Officiellement donc, aucun soignant n’a été inquiété pour avoir effectué son travail.

Des explications qui n’ont évidemment pas convaincu. Le 27 janvier dernier, malgré la crainte de représailles, un collectif de médecins iraniens appelé « Médecins et droits » a dénoncé dans un communiqué la « pénalisation » de la médecine et la peur qui a gagné les soignants iraniens depuis le début des massacres. « La pratique de la médecine n’est pas un crime » plaident ces médecins, dont le courage force l’admiration.
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