En bref du 31 juillet
Quentin Haroche
31 juillet 2026
Le 26 juin, jour le plus mortel
Selon les derniers chiffres publiés par l’Insee ce vendredi, exactement 2 935 personnes sont décédées au cours de la journée du 26 juin dernier, au cœur de la canicule d’une intensité exceptionnelle qu’a connue le pays. Il s’agit de la journée la plus mortelle qu’ait connu la France depuis la canicule d’août 2003 : plus de 3 000 décès par jour avaient été enregistrés les 11, 12 et 13 août 2003. Le 26 juin 2026 est ainsi plus mortel que la journée la plus terrible de l’épidémie de Covid-19 : 2 810 personnes étaient décédées le 1er avril 2020.
Les Etats-Unis versent à nouveau leur contribution à l’Alliance pour le vaccin
Revirement de l’administration Trump aux Etats-Unis. Un an après avoir suspendu sa contribution de 600 millions de dollars annuels à l’Alliance pour le vaccin (Gavi) en juin 2025, le gouvernement américain a indiqué ce mardi que cette subvention, qui représente environ un quart du budget de cet organisme de lutte contre les maladies infectieuses, allait être rétablie. Ces fons vont « jouer un rôle essentiel pour empêcher la propagation des maladies évitables à l’échelle mondiale et enrayer les épidémies avant qu’elles n’atteignent les frontières des États-Unis » a commenté la sénatrice Susan Collins, qui a obtenu ce revirement de la Maison Blanche.
Cambriolage au ministère de la Santé
Un homme armé d’un couteau a été interpellé ce vendredi matin à Paris peu après avoir commis un cambriolage dans les locaux du ministère de la Santé, avenue de Duquesne. L’individu, qui s’est introduit dans le bâtiment via une porte de secours habituellement verrouillée, avait volé des ordinateurs et des téléphones portables. Placé en garde à vue, le suspect ferait déjà l’objet d’un contrôle judiciaire dans une autre affaire
Etats-Unis : l’épidémie de cyclosporose prend de l’ampleur
Le centre américain de contrôle des épidémies (CDC) indique que plus de 18 000 cas de cyclosporose, une maladie parasitaire provoquant d’importants symptômes gastro-intestinaux, ont été recensés aux Etats-Unis ces derniers mois. L’Etat du Michigan, où plus de 10 000 cas (soit 0,1 % de la population) ont été dénombrés, est le plus touché. Plus de 430 patients ont été hospitalisés à travers le pays. L’épidémie aurait été provoquée par l’importation de salades contaminées par des parasites de l’espèce Cyclospora cayetanensis depuis le Mexique.
Démographie : les naissances continuent de baisser
Selon le dernier bilan de l’Insee publié ce vendredi, exactement 313 931 enfants ont vu le jour en France lors des six premiers mois de l’année 2026, soit 1,1 % de moins que lors des six premiers mois de 2025. L’année dernière avait pourtant déjà été celle avec le moins de naissances en France depuis la Seconde Guerre Mondiale. Le solde naturel pour l’année 2026 est pour le moment négatif et s’établit à 16 000 décès de plus que de naissances.
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Ebola : plus de 1 500 décès (et de timides motifs d’espoir)
Quentin Haroche
31 juillet 2026
Alors que l’épidémie continue de progresser à grande vitesse, le développement de vaccins se poursuit et l’Ouganda annonce avoir vaincu l’épidémie.
L’épidémie en cours depuis deux mois et demi en République démocratique du Congo (RDC) est désormais officiellement la deuxième épidémie la plus importante de ce virus hautement létal. Derrière les 28 600 cas de l’épidémie survenue en Afrique de l’Ouest en 2014, l’épidémie actuelle a atteint, selon les dernières données du gouvernement congolais publiées ce vendredi, le stade des 3 550 contaminations, soit plus que lors de l’épidémie survenue en RDC en 2018 (3 470). Ce sont 1 556 personnes qui ont été emportées par la maladie dans le pays en seulement dix semaines.
La catastrophe en cours dans le nord-est de la RDC, provoquée par le variant Bundibugyo du virus Ebola, pour lequel il n’existe ni vaccin ni traitement, est par ailleurs « l'épidémie d'Ebola à la progression la plus rapide que nous ayons jamais vue » a indiqué cette semaine le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM). La barre des 1 000 cas a ainsi été atteinte en seulement 40 jours : à titre de comparaison, il avait fallu attendre 235 jours pour atteindre ce chiffre lors de l’épidémie de 2018. Selon l’agence africaine de lutte contre les épidémies (Africa CDC), l’épidémie actuelle a tué cinq fois plus de personnes que les épidémies précédentes au même stade.
« La maladie est désormais installée dans la communauté »
Beaucoup d’éléments expliquent pourquoi les services de santé congolais et les organisations humanitaires ne parviennent pas à endiguer l’épidémie. L’insécurité et la désorganisation qui règnent dans le nord-est de la RDC, en proie à de violents conflits armés depuis plusieurs années, est l’une des explications. Le manque de moyens en est une autre. Africa CDC estime ainsi à 1,4 milliard de dollars les fonds nécessaires pour endiguer l’épidémie, alors que ce ne sont pour le moment que 214 millions de dollars qui ont été déboursés.
L’action des soignants est également ralentie par la méfiance des populations locales, qui refusent notamment que les services de santé organisent des enterrements sûrs pour les victimes d’Ebola, alors que les rites funéraires locaux, qui consistent à toucher les cadavres, sont des vecteurs importants de contagion. « La maladie est désormais installée dans la communauté, les gens continuent de chercher des traitements auprès de guérisseurs traditionnels, et la chaîne de transmission se poursuit » constate ainsi amèrement auprès de Reuters Angele Gapio, médecin humanitaire déployé dans la ville de Bunia, l’épicentre de l’épidémie.
L’épidémie de virus Ebola s’ajoute et ne fait qu’aggraver les autres défis humanitaires auxquels le nord-est de la RDC, l’une des régions les plus pauvres du monde, est confrontée. Selon le PAM, au moins 2 millions de personnes dans la région dépendent de l’aide alimentaire. « C’est une crise qui s’ajoute à une autre crise » constate l’agence onusienne. Pour couronner le tout, la RDC fait actuellement face à une épidémie de choléra : on recense depuis le début de l’année plus de 100 000 cas et 3 100 décès, la moitié des cas étant concentrés dans la région du Kivu, également touchée par Ebola.
L’Ouganda crie victoire (trop vite)
Dans ce contexte particulièrement sombre, on peut tout de même se rattacher à quelques timides motifs d’espoir. Quelques jours après que l’université d’Oxford a annoncé le lancement d’un essai de phase 1 pour son vaccin-candidat contre le variant Bundibugyo, reposant sur la technologie de l’adénovirus, la firme Hilleman Laboratories, une filiale singapourienne du géant pharmaceutique américain MSD, a annoncé à son tour ce jeudi qu’elle était en bonne voie pour élaborer un vaccin-candidat.
Ce vaccin, appelé rVSV Bundibubyo et considéré comme le plus prometteur par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), repose sur la même technologie que le vaccin Ebrevo, utilisé contre la souche Zaire du virus Ebola. Le laboratoire singapourien a annoncé qu’il allait bientôt pouvoir commencer des essais de phase 1 et espère pouvoir, si l’efficacité du vaccin est établie, « garantir un approvisionnement rapide et abordable de doses dans les pays touchés par l’épidémie et dans les pays à revenus faibles et intermédiaires ».
Autre bonne nouvelle, l’Ouganda, qui avait connu une vingtaine de cas et deux décès en mai dernier, a officiellement déclaré mardi avoir vaincu l’épidémie. Cette annonce intervient six semaines après que le dernier patient contaminé en Ouganda a quitté l’hôpital, le 16 juin dernier. Une annonce de victoire prématurée selon l’OMS, qui estime que l’épidémie ne sera vaincue que six semaines après la sortie du dernier patient Ebola traité en Ouganda, qu’il ait été contaminé dans le pays ou non, soit le 28 août prochain.
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Le Conseil d’Etat valide l’arrêt des traitements d’un patient contre sa volonté
Quentin Haroche
31 juillet 2026
Une équipe médicale de la Pitié-Salpêtrière a indiqué qu’elle ne réanimerait pas un patient atteint d’une encéphalopathie hépatique, allant ainsi à l’encontre de sa volonté d’être maintenu en vie.
Il a été beaucoup question, au cours des récents débats sur la loi légalisant le suicide assisté et l’euthanasie, de l’importance de respecter la volonté du patient, quelles que soient les circonstances. Selon les partisans du droit à l’aide à mourir, les médecins doivent toujours respecter la volonté du patient, même lorsque celui-ci demande à mourir. On oublie cependant parfois que, en l’état actuel du droit, les médecins sont, à l’inverse, parfaitement autorisés à aller contre la volonté du patient de vivre à tout prix, comme l’a rappelé le Conseil d’Etat dans un arrêt rendu le 20 juillet dernier.
Comme toute décision de justice portant sur l’arrêt des soins d’un patient en fin de vie, l’affaire tranchée par le juge administratif commence par un drame. Un homme de 60 ans est ainsi atteint depuis vingt ans d’une cirrhose compliquée d'épisodes d'encéphalopathie hépatique et de séquelles neurologiques d'un accident vasculaire cérébral (AVC). L’aggravation de son état de santé a conduit à son hospitalisation à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière le 15 avril dernier puis à son admission dans le service de réanimation le 1er juin.
Le médecin n’a pas à respecter une directive anticipée qu’il juge « inappropriée »
Le 2 juin, une décision collégiale d’arrêt des soins a été prise par l’équipe du service de réanimation de l’hôpital parisien, décision consistant à maintenir les « soins de confort » du patient mais à exclure toute « thérapeutique active », en d’autres termes de ne pas le réanimer « en cas de nouvel état de choc, de syndrome de détresse respiratoire aigu, d'insuffisance rénale aigüe ou d'arrêt cardiaque ».
Les médecins justifient cette décision par le fait que le patient « est dans l'incapacité d'assumer seul les actes de la vie courante, a perdu beaucoup de poids, souffre des soins invasifs de réanimation et s'est affaibli à la suite de ses nombreux et longs séjours dans des services de soins critiques » et surtout qu’une transplantation hépatique, seul moyen de traiter son encéphalopathie hépatique, « est désormais incompatible avec son état ». Par conséquent, des traitements de réanimation apparaissent en l’espèce « inutiles, disproportionnés et n'ont d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie », au sens de l’article L. 1110-5-1 du Code de la Santé Publique qui interdit « l’obstination déraisonnable ».
La famille du patient (dont son épouse, elle-même médecin de soins palliatifs) a alors saisi le juge administratif pour obtenir l’annulation de la décision d’arrêt des soins prise par l’équipe de la Pitié-Salpêtrière. A la suite du rejet de leur demande par le juge des référés du tribunal administratif de Paris le 11 juin dernier, les proches du patient ont donc saisi le Conseil d’Etat. Au soutien de sa requête, la famille du patient affirme que le patient a indiqué dans ses directives anticipées qu’il souhaitait être maintenu en vie coûte que coûte, quel que soit son état de santé, volonté qu’il a réitérée à plusieurs reprises consciemment lors de ses nombreuses hospitalisations.
Malgré cette volonté indiscutable du patient d’être maintenu en vie, le Conseil d’Etat a confirmé l’ordonnance de première instance et a rejeté la demande de la famille d’annuler la décision de limitation des soins, dans un arrêt rendu le 20 juillet dernier. Il rappelle en effet que l’article L. 1111-11 du Code de la santé publique dispose que « les directives anticipées s'imposent au médecin (…) sauf lorsque les directives anticipées apparaissent manifestement inappropriées ou non conformes à la situation médicale ».
Le patient doit « tenir » jusqu’au 3 septembre
En l’espèce, le juge administratif a retenu que, « dans ces circonstances, caractérisées par l'absence de toute perspective thérapeutique et des conditions de vie irrémédiablement et particulièrement dégradées, et alors que les thérapies en cause exposeraient le patient à des risques d'infections et des douleurs inévitables », c’est à bon droit que les médecins ont jugé qu’il serait déraisonnable d’appliquer les directives anticipées du patient.
Cet alinéa de l’article L. 1111-11 du Code de la Santé Publique, qui prive en grande partie de toute portée les directives anticipées du patient, a été jugé conforme à la Constitution par le Conseil Constitutionnel dans une décision du 10 novembre 2022. Dans un arrêt rendu le 5 février dernier, la Cour européenne des droits de l’Homme a également jugé que le droit pour les médecins de ne pas respecter les directives anticipées d’un patient n’était pas contraire au droit à la vie.
L’affaire que vient de juger le Conseil d’Etat a ceci d’inédit que le patient n’a pas seulement exprimé sa volonté d’être maintenu en vie à tout prix dans ses directives anticipées, mais également de vive voix. Selon Maître François Pinatel, avocat de la famille du patient, ce dernier a en effet repris conscience depuis que l’équipe médicale a pris sa décision de limitation des soins et a de nouveau exprimé sa volonté de vivre. « C’est la première fois que je vois ça, c’est vertigineux » explique le juriste, interrogé par Le Parisien. « Là, on a un vrai souci, les médecins ont pris leur décision alors qu’il était dans le coma. Mais il s’est réveillé ! Il est conscient et a communiqué sur sa volonté d’être soigné. La décision d’arrêt des soins devrait forcément être inapplicable ! ».
Il reste cependant un espoir pour la famille du patient. La décision de limitation des soins prise par l’équipe médicale le 2 juin dernier n’est valable que pour trois mois. Si le patient parvient donc à survivre « par lui-même » jusqu’au 3 septembre, la question de le réanimer se posera à nouveau et la famille pourra de nouveau essayer de convaincre les médecins ou la justice. « Mais il est sûr qu’en cas d’aggravation d’ici là, s’ils ne font pas en sorte de le réanimer, il va mourir » commente Maitre Pinatel.
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Injections esthétiques illégales : après les drames, des médecins demandent des actes
Quentin Haroche
03 août 2026
jim.fr
Deux femmes sont mortes ces derniers mois entre les mains d’esthéticiennes pratiquant illégalement des injections de produits cosmétiques. Les médecins esthétiques demandent à la ministre de la Santé de se saisir du sujet.
Mourir pour avoir voulu de plus belles fesses. Lundi dernier, une femme de 25 ans est morte dans un salon esthétique clandestin où elle était venue se faire injecter de l’acide hyaluronique pour augmenter la taille de ses fesses. L’injecteuse, qui n’avait suivi aucune formation médicale, a semble-t-il provoqué un arrêt cardiaque chez la cliente en lui injectant une dose de lidocaïne et les secours appelés sur place n’ont pas réussi à la réanimer. L’injecteuse et la propriétaire du salon ont été mises en examen et placées en détention provisoire.
Un drame qui n’est malheureusement pas sans précédent. En mars dernier, dans des circonstances similaires, c’est une femme de 40 ans qui est morte à Villeurbanne après être passée entre les mains d’une injecteuse sans formation médicale. Deux décès en l’espace de quatre mois qui ont poussé les praticiens du Syndicat des médecins libéraux (SML) et du Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique à prendre la plume et à interpeller la ministre de la Santé Stéphanie Rist dans une lettre ouverte publiée ce dimanche.
Renforcer l’offre légale pour tarir le marché noir
« Après Villeurbanne, il fallait agir vite. Après Nice, il faut agir maintenant » écrivent les auteurs de la lettre. « Il ne s’agit plus d’une question technique. Il s’agit d’une responsabilité politique. Chaque semaine perdue laisse prospérer un marché clandestin. Chaque mois perdu expose de nouveaux citoyens. Chaque retard augmente le risque qu’un nouveau drame survienne. Le pire est que ces deux terribles décès ne sont que la partie émergée de l’iceberg : des centaines de patients sont victimes de complications, de blessures ou de séquelles provoquées par des fake injectors ».
Pour juguler ce phénomène de plus en plus préoccupant, les médecins préconisent de renforcer les contrôles et les sanctions contre les individus qui réalisent des injections de produits esthétiques sans autorisation, d’assécher les filières illégales d’approvisionnement en produits venus de l’étranger (et qui seraient souvent de mauvaise qualité) et de faire fermer sur les réseaux sociaux les comptes des esthéticiennes qui y proposent en toute illégalité des injections de produits esthétiques à des prix défiants toute concurrence. « Tant que la France ne disposera pas d’une politique coordonnée de santé publique pour endiguer ces fausses injectrices, elles continueront de proliférer » explique au Parisien le Dr Dominique Bellecour, président de l'Union de la médecine esthétique du SML, qui demande également la mise en place d’un observatoire de la médecine esthétique.
Mais selon les auteurs de la tribune, la principale mesure à prendre est de renforcer l’offre légale de médecine esthétique, afin que les personnes désireuses de se refaire une beauté puissent le faire en toute sécurité, entre les mains de professionnels de santé formés. S’agissant notamment de la toxine botulique, plus connue sous le nom de Botox, une substance potentiellement mortelle, seuls les dermatologues, les ophtalmologues et certains chirurgiens sont autorisés à en injecter. Si les médecins généralistes ont pu bénéficier d’une tolérance sur l’utilisation de Botox à visée esthétique, ce n’est plus le cas depuis l’an dernier, les autorités craignant que les omnipraticiens ne se concentrent trop sur la lucrative médecine esthétique.
« Il faut arrêter d’empêcher les médecins généralistes de faire des injections à visée esthétique » estime le Dr Bellecour. « Tant que des médecins formés aux actes esthétiques rencontreront des difficultés pour exercer pleinement dans un cadre sécurisé, des patients iront chercher des réponses ailleurs. Et cet ailleurs, ce sont les « fake injectors », ces marchands de mort qui injectent des produits sans compétence médicale, sans capacité à traiter une complication » écrivent les auteurs de la tribune.
Le ministère de la Santé critiqué pour son manque de réactivité
Ce n’est pas la première fois que des médecins, mais aussi les autorités, alertent sur le phénomène grandissant et dangereux des injections clandestines de produits esthétiques. En juin dernier, l’Académie de médecine demandait ainsi au gouvernement de « renforcer l’encadrement » de la pratique de la médecine esthétique, s’inquiétant du « développement de pratiques illégales réalisées par des personnes non habilitées constituant une menace sanitaire majeure ». L’an dernier, l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) disait avoir recensé au moins onze cas de botulisme liés à des injections illégales de toxine botulique. Et en 2024, le Syndicat national de la chirurgie esthétique (SNCPRE) indiquait que le nombre de signalements pour des complications liées à des injections illégales avait doublé entre 2022 et 2023.
Des alertes qui n’ont pas été entendues par le ministère de la Santé s’insurgent les auteurs de la tribune publiée ce dimanche. « Combien de morts faudra-t-il encore ? » s’indignent-ils. « Après ce deuxième décès, la question n’est plus de savoir si ce drame était prévisible, mais pourquoi il n’a pas été empêché » écrivent-ils à propos du drame de Nice. Pour le Dr Bellecour, le manque de réactivité du gouvernement est lié à « une forme de discrimination sociale car les victimes sont pauvres, les clients des fausses injectrices sont surtout des jeunes désargentés ».
Dans un communiqué laconique publié ce dimanche, la ministre de la Santé Stéphanie Rist s’est contentée de « rappeler avec la plus grande fermeté que la pratique illégale de la médecine est une infraction pénale ». Le ministère a également fait savoir à nos confrères du Parisien que des textes réglementaires sont en préparation pour mieux réguler la pratique de la médecine esthétique.
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Honni soit qui mal y pense : quand les infirmières françaises speak english
Geneviève Perennou
03 août 2026
La mobilité européenne des professionnels de santé est une réalité, mais la formation initiale des infirmières en France n’a, jusqu’à récemment, guère pris en compte cette dimension. L'Institut de Formation des Professionnels de Santé (IFPS) de Vannes a choisi de combler ce vide en créant, dès 2024, la première filière bilingue français-anglais préparant au Diplôme d'État Infirmier, la Breizh Bilingual Nursing School (BBNS). Ce projet, autorisé par la Région Bretagne dans le cadre du schéma régional 2023-2028, répond simultanément à un enjeu d'attractivité, d'accessibilité internationale et de qualité de formation.
Un terrain préparé
Cette initiative s’est construite au fil des ans. Premier Institut de Formation des Professionnels de Santé signataire d'une charte de mobilité en France dès 2013, membre d'un réseau breton depuis 2015, doté de plusieurs formateurs bilingues et d'un coordinateur international à mi-temps, l’IFPS de Vannes disposait des conditions humaines et institutionnelles nécessaires. La légitimité de la démarche était également soutenue par les étudiants eux-mêmes : 43 % d'entre eux avaient exprimé le souhait d'une telle filière, et un quart arrivait déjà avec un niveau B2 en anglais (soit des locuteurs pouvant être qualifiés d’« indépendants »).
Un dispositif rigoureux
La filière limite ses effectifs à dix-huit étudiants par an, intégrés dans les promotions ordinaires pour éviter tout cloisonnement. La sélection est exigeante : lettre de motivation en anglais, test de niveau (B1/B2 minimum requis) et entretien motivationnel. Les enseignements en anglais ciblent les unités d'enseignement fondamentales au métier infirmier, avec une montée en charge progressive inspirée des recommandations du rapport Eurydice de 2006 (rapport dédié à l’enseignement des langues étrangères). Les évaluations théoriques demeurent en français, ce qui préserve l'équité avec les autres promotions. Les stages à l'étranger passent progressivement de 20 % en première année à 50 % maximum en troisième année, dans des pays anglophones ou d’Europe du Nord (Portugal, Pays-Bas, Danemark, Norvège), financés via des dispositifs Erasmus+ en mobilité hybride ou individuelle.
Progression prudente mais encourageante
La première cohorte (2024/2025) a démarré avec douze étudiants retenus sur les dix-huit places disponibles ; dix ont achevé leur année. Huit unités d'enseignement ont été assurées en anglais et les stages ont eu lieu dans six pays. La deuxième rentrée (2025/2026) a vu les dix-huit places pourvues. Le dispositif s'est enrichi d'un module sur l'innovation en santé et d'une initiation à la lecture critique d'articles scientifiques, compétence clé pour une pratique infirmière éclairée.
Deux rentrées ne suffisent pas encore à tirer des conclusions solides. Le suivi des cohortes dans le temps, l'évaluation de l'impact sur les compétences et l'insertion professionnelle et la question de la reproductibilité du modèle dans d'autres instituts sont des enjeux encore ouverts. Cette expérience bretonne mérite néanmoins d'être documentée et examinée par la communauté infirmière, tant elle ouvre une voie concrète vers une formation mieux adaptée aux réalités d'une Europe de la santé en mouvement.
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« Mon bilan prévention » : les kinésithérapeutes intégrés au dispositif
Quentin Haroche
03 août 2026
Un arrêté est venu autoriser les masseurs-kinésithérapeutes à réaliser des bilans de prévention pour leurs patients.
Le 12 juin 2024, l’ancien ministre de la Santé Frédéric Valletoux annonçait que les masseurs-kinésithérapeutes seraient prochainement intégrés au nouveau dispositif « Mon bilan prévention ». Il aura finalement dû attendre plus de deux ans pour que cette promesse se réalise et qu’un arrêté, publié ce dimanche au Journal officiel, vienne donner le droit aux kinésithérapeutes de réaliser des bilans de prévention.
Lancé en juin 2024, le dispositif permet aux assurés français de bénéficier de quatre consultations de prévention intégralement prises en charge par l’Assurance maladie à des « âges clés de la vie », c’est-à-dire entre 18 et 25 ans, 45 et 50 ans, 60 et 65 ans et 70 et 75 ans. Lors de ces consultations de prévention, le patient peut s’entretenir avec un professionnel de santé (médecin, infirmier, pharmacien, sage-femme et donc désormais masseur-kinésithérapeute) pour faire un point sur ses habitudes de vie et éventuels facteurs de risque, recevoir des conseils pour améliorer sa santé physique et mentale et repérer d’éventuelles maladies chroniques.
A l’issue de la consultation, le professionnel de santé établit pour le patient un « plan personnalisé de prévention » (PPP) qui dresse « ses objectifs prioritaires en santé et les actions concrètes pour mettre en place un changement de comportement et d’habitudes de vie » (si nécessaire !) et « permet d’orienter le patient vers un parcours adapté », explique le ministère de la Santé.
« En cas de suspicion de pathologie non suivie ou non connue, le bilan doit être suivi d’une consultation médicale afin de permettre l’établissement d’un diagnostic », poursuit le ministère de la Santé. « Le médecin pourra notamment réaliser un examen clinique complet et prescrire certains examens complémentaires ». Le bilan de prévention est facturé 30 euros, sans dépassement d’honoraires possible, sans compter les éventuels actes supplémentaires réalisés par le professionnel de santé (vaccination, frottis, examen clinique…).
Plus de 600 000 bilans de prévention réalisés en deux ans
Deux ans après la mise en place de ce dispositif, 612 000 bilans de prévention ont été réalisés, indique le ministère de la Santé. Depuis l’automne dernier, ce sont les pharmaciens qui sont les principaux acteurs de ce mécanisme, puisqu’ils réalisent la moitié des bilans de prévention. Le ministère de la Santé estime que 20 millions d’assurés sont éligibles à ce dispositif.
En ouvrant le droit aux masseurs-kinésithérapeutes de réaliser des bilans de prévention, le ministère de la Santé espère « offrir davantage de possibilités aux assurés pour réaliser leur bilan et contribuer à renforcer l’accessibilité du dispositif, dont l’objectif est également de réduire les inégalités sociales de santé ». « Professionnels de proximité, présents sur l’ensemble du territoire, ils disposent d’une expertise reconnue en matière d’activité physique, de prévention de la perte d’autonomie, de santé musculosquelettique et de promotion des comportements favorables à la santé » poursuit le ministère de la Santé dans un communiqué publié ce lundi. Les kinésithérapeutes prennent en charge plus de 11,6 millions de patients par an.
« L’ouverture du dispositif « Mon bilan prévention » aux kinésithérapeutes répond à une demande de longue date de l’Ordre. Elle reconnaît pleinement la place des kinésithérapeutes au cœur du dispositif de prévention et leur capacité à accompagner chacun, à tous les âges de la vie, pour mieux prendre soin de sa santé au quotidien » a commenté Pascale Mathieu, présidente du Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes, dans un communiqué publié ce lundi.
Quentin Haroche
03 août 2026
jim.fr
Deux femmes sont mortes ces derniers mois entre les mains d’esthéticiennes pratiquant illégalement des injections de produits cosmétiques. Les médecins esthétiques demandent à la ministre de la Santé de se saisir du sujet.
Mourir pour avoir voulu de plus belles fesses. Lundi dernier, une femme de 25 ans est morte dans un salon esthétique clandestin où elle était venue se faire injecter de l’acide hyaluronique pour augmenter la taille de ses fesses. L’injecteuse, qui n’avait suivi aucune formation médicale, a semble-t-il provoqué un arrêt cardiaque chez la cliente en lui injectant une dose de lidocaïne et les secours appelés sur place n’ont pas réussi à la réanimer. L’injecteuse et la propriétaire du salon ont été mises en examen et placées en détention provisoire.
Un drame qui n’est malheureusement pas sans précédent. En mars dernier, dans des circonstances similaires, c’est une femme de 40 ans qui est morte à Villeurbanne après être passée entre les mains d’une injecteuse sans formation médicale. Deux décès en l’espace de quatre mois qui ont poussé les praticiens du Syndicat des médecins libéraux (SML) et du Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique à prendre la plume et à interpeller la ministre de la Santé Stéphanie Rist dans une lettre ouverte publiée ce dimanche.
Renforcer l’offre légale pour tarir le marché noir
« Après Villeurbanne, il fallait agir vite. Après Nice, il faut agir maintenant » écrivent les auteurs de la lettre. « Il ne s’agit plus d’une question technique. Il s’agit d’une responsabilité politique. Chaque semaine perdue laisse prospérer un marché clandestin. Chaque mois perdu expose de nouveaux citoyens. Chaque retard augmente le risque qu’un nouveau drame survienne. Le pire est que ces deux terribles décès ne sont que la partie émergée de l’iceberg : des centaines de patients sont victimes de complications, de blessures ou de séquelles provoquées par des fake injectors ».
Pour juguler ce phénomène de plus en plus préoccupant, les médecins préconisent de renforcer les contrôles et les sanctions contre les individus qui réalisent des injections de produits esthétiques sans autorisation, d’assécher les filières illégales d’approvisionnement en produits venus de l’étranger (et qui seraient souvent de mauvaise qualité) et de faire fermer sur les réseaux sociaux les comptes des esthéticiennes qui y proposent en toute illégalité des injections de produits esthétiques à des prix défiants toute concurrence. « Tant que la France ne disposera pas d’une politique coordonnée de santé publique pour endiguer ces fausses injectrices, elles continueront de proliférer » explique au Parisien le Dr Dominique Bellecour, président de l'Union de la médecine esthétique du SML, qui demande également la mise en place d’un observatoire de la médecine esthétique.
Mais selon les auteurs de la tribune, la principale mesure à prendre est de renforcer l’offre légale de médecine esthétique, afin que les personnes désireuses de se refaire une beauté puissent le faire en toute sécurité, entre les mains de professionnels de santé formés. S’agissant notamment de la toxine botulique, plus connue sous le nom de Botox, une substance potentiellement mortelle, seuls les dermatologues, les ophtalmologues et certains chirurgiens sont autorisés à en injecter. Si les médecins généralistes ont pu bénéficier d’une tolérance sur l’utilisation de Botox à visée esthétique, ce n’est plus le cas depuis l’an dernier, les autorités craignant que les omnipraticiens ne se concentrent trop sur la lucrative médecine esthétique.
« Il faut arrêter d’empêcher les médecins généralistes de faire des injections à visée esthétique » estime le Dr Bellecour. « Tant que des médecins formés aux actes esthétiques rencontreront des difficultés pour exercer pleinement dans un cadre sécurisé, des patients iront chercher des réponses ailleurs. Et cet ailleurs, ce sont les « fake injectors », ces marchands de mort qui injectent des produits sans compétence médicale, sans capacité à traiter une complication » écrivent les auteurs de la tribune.
Le ministère de la Santé critiqué pour son manque de réactivité
Ce n’est pas la première fois que des médecins, mais aussi les autorités, alertent sur le phénomène grandissant et dangereux des injections clandestines de produits esthétiques. En juin dernier, l’Académie de médecine demandait ainsi au gouvernement de « renforcer l’encadrement » de la pratique de la médecine esthétique, s’inquiétant du « développement de pratiques illégales réalisées par des personnes non habilitées constituant une menace sanitaire majeure ». L’an dernier, l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) disait avoir recensé au moins onze cas de botulisme liés à des injections illégales de toxine botulique. Et en 2024, le Syndicat national de la chirurgie esthétique (SNCPRE) indiquait que le nombre de signalements pour des complications liées à des injections illégales avait doublé entre 2022 et 2023.
Des alertes qui n’ont pas été entendues par le ministère de la Santé s’insurgent les auteurs de la tribune publiée ce dimanche. « Combien de morts faudra-t-il encore ? » s’indignent-ils. « Après ce deuxième décès, la question n’est plus de savoir si ce drame était prévisible, mais pourquoi il n’a pas été empêché » écrivent-ils à propos du drame de Nice. Pour le Dr Bellecour, le manque de réactivité du gouvernement est lié à « une forme de discrimination sociale car les victimes sont pauvres, les clients des fausses injectrices sont surtout des jeunes désargentés ».
Dans un communiqué laconique publié ce dimanche, la ministre de la Santé Stéphanie Rist s’est contentée de « rappeler avec la plus grande fermeté que la pratique illégale de la médecine est une infraction pénale ». Le ministère a également fait savoir à nos confrères du Parisien que des textes réglementaires sont en préparation pour mieux réguler la pratique de la médecine esthétique.
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Honni soit qui mal y pense : quand les infirmières françaises speak english
Geneviève Perennou
03 août 2026
La mobilité européenne des professionnels de santé est une réalité, mais la formation initiale des infirmières en France n’a, jusqu’à récemment, guère pris en compte cette dimension. L'Institut de Formation des Professionnels de Santé (IFPS) de Vannes a choisi de combler ce vide en créant, dès 2024, la première filière bilingue français-anglais préparant au Diplôme d'État Infirmier, la Breizh Bilingual Nursing School (BBNS). Ce projet, autorisé par la Région Bretagne dans le cadre du schéma régional 2023-2028, répond simultanément à un enjeu d'attractivité, d'accessibilité internationale et de qualité de formation.
Un terrain préparé
Cette initiative s’est construite au fil des ans. Premier Institut de Formation des Professionnels de Santé signataire d'une charte de mobilité en France dès 2013, membre d'un réseau breton depuis 2015, doté de plusieurs formateurs bilingues et d'un coordinateur international à mi-temps, l’IFPS de Vannes disposait des conditions humaines et institutionnelles nécessaires. La légitimité de la démarche était également soutenue par les étudiants eux-mêmes : 43 % d'entre eux avaient exprimé le souhait d'une telle filière, et un quart arrivait déjà avec un niveau B2 en anglais (soit des locuteurs pouvant être qualifiés d’« indépendants »).
Un dispositif rigoureux
La filière limite ses effectifs à dix-huit étudiants par an, intégrés dans les promotions ordinaires pour éviter tout cloisonnement. La sélection est exigeante : lettre de motivation en anglais, test de niveau (B1/B2 minimum requis) et entretien motivationnel. Les enseignements en anglais ciblent les unités d'enseignement fondamentales au métier infirmier, avec une montée en charge progressive inspirée des recommandations du rapport Eurydice de 2006 (rapport dédié à l’enseignement des langues étrangères). Les évaluations théoriques demeurent en français, ce qui préserve l'équité avec les autres promotions. Les stages à l'étranger passent progressivement de 20 % en première année à 50 % maximum en troisième année, dans des pays anglophones ou d’Europe du Nord (Portugal, Pays-Bas, Danemark, Norvège), financés via des dispositifs Erasmus+ en mobilité hybride ou individuelle.
Progression prudente mais encourageante
La première cohorte (2024/2025) a démarré avec douze étudiants retenus sur les dix-huit places disponibles ; dix ont achevé leur année. Huit unités d'enseignement ont été assurées en anglais et les stages ont eu lieu dans six pays. La deuxième rentrée (2025/2026) a vu les dix-huit places pourvues. Le dispositif s'est enrichi d'un module sur l'innovation en santé et d'une initiation à la lecture critique d'articles scientifiques, compétence clé pour une pratique infirmière éclairée.
Deux rentrées ne suffisent pas encore à tirer des conclusions solides. Le suivi des cohortes dans le temps, l'évaluation de l'impact sur les compétences et l'insertion professionnelle et la question de la reproductibilité du modèle dans d'autres instituts sont des enjeux encore ouverts. Cette expérience bretonne mérite néanmoins d'être documentée et examinée par la communauté infirmière, tant elle ouvre une voie concrète vers une formation mieux adaptée aux réalités d'une Europe de la santé en mouvement.
Comment dire... Pour avoir une formation en anglais il faut déjà parler anglais avec un bon niveau minimum requis. Si c'est pour les statistiques, il faut le dire tout de suite... Sinon, les autres vous ferez par vous mêmes. En gros démerdez-vous !La sélection est exigeante : lettre de motivation en anglais, test de niveau (B1/B2 minimum requis) et entretien motivationnel.
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« Mon bilan prévention » : les kinésithérapeutes intégrés au dispositif
Quentin Haroche
03 août 2026
Un arrêté est venu autoriser les masseurs-kinésithérapeutes à réaliser des bilans de prévention pour leurs patients.
Le 12 juin 2024, l’ancien ministre de la Santé Frédéric Valletoux annonçait que les masseurs-kinésithérapeutes seraient prochainement intégrés au nouveau dispositif « Mon bilan prévention ». Il aura finalement dû attendre plus de deux ans pour que cette promesse se réalise et qu’un arrêté, publié ce dimanche au Journal officiel, vienne donner le droit aux kinésithérapeutes de réaliser des bilans de prévention.
Lancé en juin 2024, le dispositif permet aux assurés français de bénéficier de quatre consultations de prévention intégralement prises en charge par l’Assurance maladie à des « âges clés de la vie », c’est-à-dire entre 18 et 25 ans, 45 et 50 ans, 60 et 65 ans et 70 et 75 ans. Lors de ces consultations de prévention, le patient peut s’entretenir avec un professionnel de santé (médecin, infirmier, pharmacien, sage-femme et donc désormais masseur-kinésithérapeute) pour faire un point sur ses habitudes de vie et éventuels facteurs de risque, recevoir des conseils pour améliorer sa santé physique et mentale et repérer d’éventuelles maladies chroniques.
A l’issue de la consultation, le professionnel de santé établit pour le patient un « plan personnalisé de prévention » (PPP) qui dresse « ses objectifs prioritaires en santé et les actions concrètes pour mettre en place un changement de comportement et d’habitudes de vie » (si nécessaire !) et « permet d’orienter le patient vers un parcours adapté », explique le ministère de la Santé.
« En cas de suspicion de pathologie non suivie ou non connue, le bilan doit être suivi d’une consultation médicale afin de permettre l’établissement d’un diagnostic », poursuit le ministère de la Santé. « Le médecin pourra notamment réaliser un examen clinique complet et prescrire certains examens complémentaires ». Le bilan de prévention est facturé 30 euros, sans dépassement d’honoraires possible, sans compter les éventuels actes supplémentaires réalisés par le professionnel de santé (vaccination, frottis, examen clinique…).
Plus de 600 000 bilans de prévention réalisés en deux ans
Deux ans après la mise en place de ce dispositif, 612 000 bilans de prévention ont été réalisés, indique le ministère de la Santé. Depuis l’automne dernier, ce sont les pharmaciens qui sont les principaux acteurs de ce mécanisme, puisqu’ils réalisent la moitié des bilans de prévention. Le ministère de la Santé estime que 20 millions d’assurés sont éligibles à ce dispositif.
En ouvrant le droit aux masseurs-kinésithérapeutes de réaliser des bilans de prévention, le ministère de la Santé espère « offrir davantage de possibilités aux assurés pour réaliser leur bilan et contribuer à renforcer l’accessibilité du dispositif, dont l’objectif est également de réduire les inégalités sociales de santé ». « Professionnels de proximité, présents sur l’ensemble du territoire, ils disposent d’une expertise reconnue en matière d’activité physique, de prévention de la perte d’autonomie, de santé musculosquelettique et de promotion des comportements favorables à la santé » poursuit le ministère de la Santé dans un communiqué publié ce lundi. Les kinésithérapeutes prennent en charge plus de 11,6 millions de patients par an.
« L’ouverture du dispositif « Mon bilan prévention » aux kinésithérapeutes répond à une demande de longue date de l’Ordre. Elle reconnaît pleinement la place des kinésithérapeutes au cœur du dispositif de prévention et leur capacité à accompagner chacun, à tous les âges de la vie, pour mieux prendre soin de sa santé au quotidien » a commenté Pascale Mathieu, présidente du Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes, dans un communiqué publié ce lundi.
La santé est un état précaire qui ne laisse augurer rien de bon.
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Re: Articles sur la santé
Qu’ont en commun Montaigne, un chirurgien de Stephen King et Érysichthon ?
Dr Alain Cohen
07 août 2026
jim.fr
Dans sa rubrique Psychiatry in literature, le British Journal of Psychiatry s’est attelé en ce mois de mai à retracer l’histoire d’Érysichthon, un personnage de la mythologie grecque. Ayant outragé la déesse Cérès-Déméter (en abattant un arbre sacré, malgré la vive désapprobation de celle-ci), Érysichthon reçut de sa part un terrible châtiment en retour : il fut affecté d’une faim insatiable, une faim perpétuelle ! Cet appétit féroce fit le malheur d’Érysichthon : « plus il était vorace, plus sa faim grandissait, et plus il mangeait », dans un sinistre cercle vicieux. En définitive, après avoir dilapidé tous ses biens en nourriture, et même vendu sa fille comme esclave pour se nourrir toujours davantage, il en fut réduit à se dévorer lui-même.
L’autodestruction par la nourriture… ou l’absence de nourriture
En 1977, dans la revue Circulation, un article médical évoque un « syndrome d’Érysichthon », non dans un cadre psychiatrique de boulimie (comme on pourrait a priori l’imaginer), mais pour établir un parallèle entre ce récit mythologique et des patients atteints de « maladies vasculaires accélérées » qui finissent par « se détruire à petit feu à cause d’une hyperlipidémie induite par leur alimentation. » Pour schématiser, le mythe d’Érysichthon montre l’aboutissement fatal d’une autodestruction pathologique, une situation décrite par Ovide (43 av. J-C à 17/18 apr. J-C) dans les Métamorphoses (VIII, 877-878) : « Il se mit à se déchirer les membres à coups de dents sauvages, et le malheureux se nourrissait, réduisant son corps à néant. »
Les auteurs de l’article publié dans British Journal of Psychiatry indiquent que des références à l’automutilation « apparaissent également dans l’hagiographie chrétienne médiévale, souvent comme expressions d’une pénitence extrême ou d’une dévotion mystique » où la contrepartie d’une « anorexie sainte » (comme chez Catherine de Sienne, 1347-1380) est parfois une forme d’automutilation rappelant l’évolution tragique d’Érysichthon.
Des ongles de Montaigne…
Au cours des siècles, divers personnages ont ainsi présenté « des formes d’autodestruction corporelle », au minimum « se ronger les ongles, se mâcher les doigts, se gratter la peau », symptômes que la psychiatrie moderne « reconnaîtrait probablement comme des manifestations légères d’autophagie, du grec αὐτός (autos, soi-même) et φαγεĩν (phagein, manger). » Montaigne (1533-1592) évoque par exemple dans les Essais « l’habitude de se ronger les ongles » comme un « automatisme corporel par lequel l’anxiété s’exprime. » Les auteurs indiquent aussi que Charles Baudelaire (1821-1867) pouvait « se torturer les mains jusqu’au sang dans des moments d’agitation. »
Et c’est d’ailleurs au XIXème siècle que les comportements d’automutilation commencèrent à être « systématiquement documentés en neurologie et en psychiatrie cliniques », notamment par Jean-Martin Charcot (1825-1893) observant des patients psychotiques « se mordre pendant des épisodes de catatonie. » Et au XXème siècle (en 1962), Michael Lesch et William Nyhan décrivent un syndrome (connu désormais comme la « maladie de Lesch-Nyhan ») où les jeunes patients souffrent notamment de « morsures compulsives des lèvres et des doigts. » Associant une surproduction en acide urique à des troubles neurologiques et comportementaux, cette maladie orpheline constitue une forme sévère de déficit enzymatique (déficit en hypoxanthine-guanine phosphoribosyl-transférase).
Au XXIème siècle, l’autophagie est perçue comme relevant des troubles du comportement et va « du simple fait de se ronger les ongles aux formes extrêmes d’automutilation » et peut émailler diverses pathologies : troubles neurodéveloppementaux, psychoses, troubles du contrôle des impulsions, troubles obsessionnels-compulsifs... Phénomène apparenté, la dermatophagie (où le sujet « se mord compulsivement la peau, en particulier autour des doigts ») relève désormais des « comportements répétitifs centrés sur le corps. » Et les auteurs voient d’autre part un « parallèle microscopique » (histologique et physiologique) avec Érysichthon dans les conséquences de l’anorexie mentale, quand la privation sévère de nourriture peut induire « une forme d’autophagie cellulaire dans le foie où les hépatocytes dégradent leurs propres composants. »
… au chirurgien isolé de Stephen King
Enfin, en 1982, dans sa nouvelle Survivor Type (en français Le Goût de vivre), l’écrivain américain Stephen King décrit l’histoire d’un chirurgien échoué sur une île déserte : contraint de s’amputer pour survivre, il consomme progressivement des parties de son propre corps. Or paradoxalement, « son corps se réduit d’autant plus que se prolonge sa volonté de vivre et il finit par « consommer son ego en se réduisant à un symbole de l’appétit. » Les auteurs estiment que ce chirurgien fictif de King et l’Érysichthon d’Ovide (séparés par deux millénaires) « partagent un destin commun : l’acte de se consommer soi-même. » Et qu’il soit mythique, comportemental ou cellulaire, ce comportement d’autophagie « demeure une image puissante d’effondrement où survie et autodestruction convergent tragiquement », malgré l’opposition de ces deux instincts (contraste des pulsions Eros et Thanatos, en psychanalyse).
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Dr Néandertal, chirurgien-dentiste
Quentin Haroche
07 août 2026
jim.fr
Une équipe de chercheurs russes a trouvé les premières traces de soins dentaires en analysant des fossiles de Néandertal.
L’image d’Epinal que l’on a de l’Homme de Néandertal est celle d’une brute épaisse assez bourrue et peu intelligente. Mais les récentes découvertes des paléontologues sur notre lointain cousin hominidé, qui a disparu il y a environ 40 000 ans, tendent à démontrer que celui-ci possédait de nombreuses connaissances techniques et notamment médicales. On savait ainsi déjà que Néandertal était capable d’utiliser des plantes médicinales. On vient d’apprendre, grâce à une équipe de chercheurs russes, que notre cousin préhistorique était capable de réaliser des soins dentaires.
Cette étonnante découverte a été rapportée par des chercheurs du musée d’anthropologie de Saint-Pétersbourg dans un article publié le 13 mai dernier dans Plos One. Les chercheurs ont étudié une molaire de Néandertal vieille de 60 000 ans retrouvée dans la grotte de Chagyrskaya, au fin fond de la Sibérie. La dent présentait un trou important et en l’analysant, les chercheurs ont compris que ce trou provenait d’une carie. Mais en étudiant cette cavité dentaire de façon plus approfondie, les chercheurs y ont trouvé des rayures et des stries. Les scientifiques en ont alors conclu que la dent avait été traitée, soit par le patient lui-même, soit par un dentiste en herbe.
L’inventeur de la fraise préhistorique
« Les dégâts observés sur une dent indiquent l'intention de retirer la pulpe atteinte par une carie. C'est la preuve la plus ancienne d'un traitement dentaire couronné de succès » commente Alisa Zubova, co-auteure de l’étude. Jusque-là, les plus vieilles traces de soins dentaires attestés chez l’Homme dataient d’il y a 20 000 ans et étaient l’œuvre d’Homo Sapiens, notre ancêtre. Les chercheurs ont pu établir que la dent de Néandertal traitée avait servi après l’opération. « Sa dent a continué à servir par la suite, ce qui a effacé une grande partie des marques. C’était donc une opération réussie » commente Alisa Zubova.
La carie semble avoir été soignée avec un instrument en pierre, utilisé selon un mouvement de rotation : l’Homme de Néandertal avait donc inventé l’ancêtre de la fameuse (et redoutée) fraise du dentiste. Pour confirmer cette hypothèse, Alisa Zubova a décidé de reproduire l’expérience… sur sa propre dent ! « J’ai dû me faire retirer une dent, alors j’ai demandé à mon dentiste s’il était possible de la garder » explique-t-elle. Elle a ainsi opéré sa propre dent avec une pointe de fer similaire à celle retrouvée dans la grotte sibérienne et a réussi à obtenir des stries identiques à celles observées sur la dent préhistorique.
Une grande intelligence et une volonté d’acier
Cette découverte en dit long sur les capacités intellectuelles de l’Homme de Néandertal, qui, alors qu’il faisait sans doute face à une douleur importante, a eu l’idée de venir percer sa dent malade. « En cas d’inflammation de la pulpe, ou pulpite, la seule façon d’alléger la douleur est d’ouvrir physiquement la chambre pulpaire » explique ainsi le Dr Léon Pariente, chirurgien-dentiste, « mais je ne pense pas que, quand un patient souffre d’une pulpite, le choix évident soit de percer la dent douloureuse ». Dans la littérature scientifique, la première description d’une opération de ce style remonte ainsi à 1728, donc près de 60 000 ans après l’opération préhistorique.
« Cet individu a probablement agi à l’instinct, mais pas seulement » commente de son côté Lydia Zotkina, co-auteure de l’étude. « Cela montre que les Néandertaliens possédaient des capacités cognitives plus ou moins similaires à celles des humains ». Mais l’opération démontre également la ténacité des Néandertaliens, qui se faisaient donc soigner les dents sans anesthésie ! « Ce type était d’une volonté d’acier, quelqu’un qui avait un courage à toute épreuve. Vous imaginez la douleur ? » commente la chercheuse russe.
La découverte de cette opération dentaire vieille de plus de 60 000 ans soulève évidemment de nombreuses interrogations sur le système de santé des Néandertaliens. Combien de temps duraient les études de dentisterie ? Y-avait-il un numerus clausus ? Et surtout, les dentistes néandertaliens pratiquaient-ils des dépassements d’honoraires ? Autant de questions qui demeurent encore pour l’instant sans réponse.
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Le Stalinon, premier grand scandale de pharmacovigilance
Quentin Haroche
07 août 2026
jim.fr
Il y a près de 60 ans, un pharmacien était condamné pour avoir inventé un médicament responsable du décès de plus de 100 personnes.
Le journal Le Monde avait parlé à l’époque d’ « un procès sans précédent dans l’histoire de la pharmacie ». La Revue des deux mondes d’ « une des plus douloureuses affaires judiciaires du XXème siècle ». Plus d’un demi-siècle avant l’affaire du Mediator, en 1957, le tribunal correctionnel de la Seine (l’ancien nom du département de Paris) jugeait l’un des premiers grands scandales pharmacologiques de l’époque moderne : l’affaire du Stalinon.
Au cœur de l’affaire, se trouvait un modeste pharmacien de Saint-Mandé, Georges Feuillet. De retour de Madagascar (à l’époque une colonie française), le pharmacien de 44 ans se plaint de violents et douloureux furoncles. Un ami médecin lui parle des vertus de l’étain contre ce type de mal. Le pharmacien a alors l’idée de développer un médicament contre les furoncles, composé de 15 mg d’un dérivé d’étain, le diiododiethylétain, censé être actif contre les staphylocoques et de 100 mg d’acide linoléique ou vitamine F, réputé bénéfique pour la peau. Le Stalinon (du latin stannum « étain » et linon pour évoquer l'acide linoléique, aucun rapport donc avec le dictateur soviétique) est né.
Un procès d’une ampleur inédite
A l’époque, pas de Sanofi ou de Servier pour développer son médicament. Le pharmacien s’associe avec une petite entreprise pharmaceutique, les établissements Février-Decoisy et décide de commercialiser lui-même son Stalinon. En juin 1953, il obtient l’autorisation du comité technique des spécialités (CTS, l’ancêtre de l’agence nationale de sécurité du médicament) pour vendre son produit. A l’époque, les contrôles des autorités sont plus que sommaires. Pas besoin d’études randomisées en double aveugle en plusieurs phases. Le CTS se contente de deux piètres études, réalisées sur seulement huit patients et n’utilisant même pas les mêmes doses d’étain que le Stalinon.
Le médicament trouve alors rapidement sa place dans les pharmacies de France et des colonies. Durant sa première année d’exploitation, le Stalinon remporte un certain succès. Mais à l’été 1954, de plus en plus de médecins signalent des effets secondaires neurologiques graves chez de nombreux consommateurs de Stalinon. On parle alors d’une épidémie d’« encéphalite sans fièvre ». En juillet 1954, après que plusieurs décès ont été signalés, le ministère de la Santé ordonne aux préfets « d’intervenir auprès des quinze mille pharmaciens de France pour qu’ils suspendent immédiatement la distribution du produit » rapporte à l’époque le journal Le Monde.
L’enquête permet d’établir que le Stalinon aurait causé la mort de 102 personnes, auxquelles s’ajoutent des centaines de cas de handicap définitif lourd (troubles moteurs, cécité, céphalée chronique…). Alors que la neurotoxicité de l’étain était déjà connu, il apparait que Georges Feuillet a menti sur les quantités d’étain utilisés dans ses produits. Le pharmacien n’a pas non plus contrôlé la qualité des traitements fabriqués par son façonnier, la quantité d’étain dans les gélules de Stalinon variant parfois du simple au quadruple.
Après trois ans d’enquête, le procès de Georges Feuillet et du directeur de la fabrication du Stalinon, un certain Léon Decoisy, démarre devant le tribunal correctionnel de la Seine. L’affaire fait la une de tous les médias, y compris à l’étranger. Les deux prévenus sont poursuivis pour blessures et homicides involontaires et infractions aux lois sur la pharmacie. Le procès est alors d’une ampleur inédite : le dossier fait plus de 7 000 pages et plusieurs pontes de la médecine et de la pharmacie de l’époque sont auditionnés.
Quarante secondes de réunion pour autoriser un médicament !
Au cours du procès, Roger Le Breton, directeur du laboratoire de toxicologie de la préfecture de police de Paris, cité comme expert, se montrera particulièrement sévère avec le pharmacien et son complice. « La littérature qui accompagnait le Stalinon était purement charlatanesque » commente-t-il. « Si on avait apporté à M. Decoisy un mélange de chlorate de potasse et de soufre, il en aurait probablement fait des pilules et aurait fait sauter tout le quartier » ajoute-t-il. Près de 50 ans avant la fameuse sortie de Jacques Chirac, il qualifie le procédé de fabrication du Stalinon d’ « abracadabrantesque ».
Bien qu’ils ne soient pas sur le banc des accusés, les experts du CTS qui ont accordé l’autorisation de commercialisation au Stalinon presque sans vérification sont vivement critiqués par l’avocat des victimes. Il note ainsi qu’en 1953, le CTS a autorisé la commercialisation de 2 267 médicaments en huit réunions de trois heures chacune. « J’en conclus que chaque dossier est examiné en quarante secondes. Cela me paraît peu pour se faire une opinion » commente-t-il.
La législation sur les médicaments renforcée deux ans après le scandale
Après quinze jours d’audience, Georges Feuillet est condamné à la peine maximale : deux ans de prison ferme, une amende d’un million de francs et surtout des dommages-intérêts de 643 millions de francs à verser aux familles des victimes (ce qui donnera lieu à de longs litiges avec les assureurs). Après avoir clamé son innocence tout au long de l’audience, le pharmacien s’effondre en larmes au moment du verdict : on n’entendra plus jamais parler de lui.
L’affaire du Stalinon, aussi dramatique qu’elle soit, aura au moins eu le mérite de mettre en lumière la trop grande souplesse des lois régissant le marché du médicament en France. Deux ans après le procès, en 1959, une ordonnance réforme de fond en comble les lois de pharmacovigilance pour les rendre plus strictes. Le CTS va même jusqu’à suspendre toutes les procédures d’autorisation de médicaments. Or, parmi les médicaments en attente, se trouve la thalidomide, un produit destiné aux femmes enceintes qui sera au cœur, quelques années plus tard, d’un scandale sanitaire encore plus retentissant. La thalidomide tuera plus de 20 000 femmes à travers le monde, mais presque aucune en France, grâce aux leçons tirées de l’affaire du Stalinon. Indirectement, Georges Feuillet aura donc sauvé de nombreuses vies !
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Les antivax d’hier n’ont rien à envier à ceux d’aujourd’hui
Aurélie Haroche
07 août 2026
jim.fr
Une lassitude de vieux patriarche s’exprime parfois en constatant l’hostilité que peut susciter l’innovation médicale et notamment vaccinale. Certains se laissent séduire par l’idée que si nos populations n’étaient pas si bien habituées au confort d’une médecine efficace et d’une santé protégée, ils ne seraient pas si prompts à critiquer et remettre en cause les traitements qu’on leur propose. Ils fantasment un temps (utopique) où la confiance dans la médecine était complète et où l’on se laissait vacciner sans sourciller pour échapper aux pires fléaux. C’est ainsi que l’on entend fréquemment énoncer par exemple que c’est parce que la rougeole ne tue plus qu’elle n’est plus redoutée et que le taux de vaccination s’érode.
Des cicatrices, quelles cicatrices ?
En réalité, l’opposition et l’hésitation vaccinale ont toujours existé. Même au temps des pires épidémies, des ravages de la variole, quand chaque famille comptait en son sein une triste victime de l’infection. La peur de la variole était omniprésente et concernait toutes les sphères de la société. Et pour ceux qui parvenaient à oublier les morts, les cicatrices laissées par la maladie sur les visages des rescapés étaient une autre piqûre de rappel constante. Pourtant, à l’heure de l’introduction de la vaccination obligatoire, d’aucuns n’hésitèrent pas à remettre en cause l’existence même de ces traces permanentes. Un tract diffusé dans les années 1880 en Grande-Bretagne par la National Ligue Anti-Vaccination League émettait ainsi l’idée que ces marques constituaient une « curieuse illusion ». Le document affirmait que ces dernières avaient disparu bien avant l’introduction de la vaccination et qu’il ne s’agissait en réalité que de souvenirs d’époques révolues. Voilà qui rappelle la minimisation que l’on voit à l’œuvre dans un grand nombre de discours anti vaccin et qui fut courante face à l’épidémie de Covid.
S'en remettre comme toujours à la nature
C’est dans ce même esprit que beaucoup voulaient défendre que l’hygiène et la disparition « naturelle » des maladies seraient bien plus efficaces contre la variole que la vaccination. Ces argumentations étaient régulièrement embrassées par des médecins. Ainsi, peut-on lire sous la plume de Joseph Désiré Tholozan (1820-1897) qui fut un pionnier de l’épidémiologie le constat de la disparition de la peste en Europe qu’il attribuait à l’amélioration de l’hygiène. Pourtant, comme le remarque le professeur Hervé Bazin, professeur émérite de la faculté de Louvain et spécialiste d’histoire de la médecine : « Dans les pays riches, l’hygiène a largement contribué à la disparition de certains agents pathogènes, en particulier par la distribution d’eau potable et la réalisation de réseaux d’égouts et d’épuration des eaux usées. Mais ce niveau d’hygiène n’a pas concouru à faire disparaître la variole de pays en voie de développement ou d’éviter la réimportation en France de virus variolique, parfois par des objets, en provenance de pays où elle était toujours endémique». Ceci n’empêchait pas le médecin allemand Friedrich Eduard Bilz de moquer vers 1900 : « La vaccination est comme un article à la mode » et de vanter plutôt l’imitation de la nature : « Que l’on considère les innombrables poissons de la mer et les oiseaux dans les airs et tous les autres animaux, insectes et vers, qui donc les vaccine ? ». L’exaltation de la nature dont on pourrait penser qu’elle inspire particulièrement nos contemporains étouffés et inquiets par les innovations technologiques était déjà toute puissante au début du siècle dernier.
Laissez les virus circuler pour le bien de tous !
D’ailleurs, cette convocation de la « nature » peut parfois se déguiser sous des discours apparemment plus scientifiques, quand elle s’appuie par exemple sur l’idée d’une « dette immunitaire ». Derrière cette « thèse », il s’agit de s’inquiéter d’une société peut-être trop hygiénique, empêchant la circulation des germes (d’ailleurs certains pédiatres et médecins soutenant cette idée sont pour autant de fervents partisans de la vaccination). On ne s’étonnera pas de voir que des rhétoriques similaires ont émergé face à la variole. « La petite vérole est une dépuration naturelle du sang ; si vous vous opposez à cette élimination de principes malsains, dont nous apportons le germe en naissant, vous condamnez l’individu à des accidents beaucoup plus redoutables que celui que vous cherchez à éviter… » écrivait ainsi en 1807 le Dr Verde-Deslisle.
Des hostilités parfois intéressées
Ainsi, on le voit, la minimisation, les argumentations pseudo-scientifiques ou l’appel à la nature n’étaient nullement empêchés par la gravité des maladies infectieuses. Ce ne sont pas les seules composantes du mouvement kaléidoscopique anti-vaccinal que l’on peut retrouver dans les décennies qui nous ont précédées, depuis le premier pas d’Edward Jenner. D’autres mécanismes étaient eux aussi déjà en jeu et notamment la peur de l’introduction de fluides « étrangers » et d’une transformation via la vaccine. Ainsi, est restée célèbre la caricature de James Gillray en 1802 présentant des nouveaux vaccinés voyant apparaître les attributs de bovins. Comment ne pas y voir un parallèle avec tous les fantasmes de transformation auxquels a donné lieu l’introduction des vaccins ARNm ? Ainsi, la désinformation était nourrie par l’idée que la vaccination était plus dangereuse que la maladie elle-même. La sécurité vaccinale n’étant pas ce qu’elle est devenue aujourd’hui, les pourfendeurs trouvaient facilement des exemples pour nourrir leurs discours affabulateurs. Mais ils n’hésitaient pas aller souvent au-delà des faits. Ainsi, le Dr William Rowley fut l’auteur d’un pamphlet où l’on pouvait voir des visages d’enfants ayant prétendument développé après la vaccination des déformations invalidantes (on n’était pas loin de la caricature de Gillray, même si Rowley s’en défendait évidemment). Mais dans quelle optique ce praticien s’opposait-il ainsi à la vaccination ; ses craintes étaient-elles sincères ? Pas si sûr, quand on sait qu’il était un variolisateur assidu (c’est-à-dire un adepte de la technique dont Jenner s’était inspiré et qui consistait à inoculer des croutes ou du pus d’une personne malade à un sujet sain) et que l’arrivée de la vaccination avait considérablement nui à son activité. Le fait de retrouver parmi les figures tutélaires hostiles à la vaccination des personnalités confuses aux intérêts opaques, préférant défendre les mérites de vieilles méthodes est totalement fortuit…
Les intérêts de certains pouvaient donc déjà guider les réflexes anti-vaccination. Et de la même manière, le public pouvait être aussi échaudé par l’idée que la corporation médicale s’enrichissait facilement grâce à la vaccination (ou aux pratiques proches). Ainsi, fut par exemple commentée avec suspicion la généreuse rémunération dont bénéficia Tronchin médecin de la cour quand il variolisa les deux enfants du duc d’Orléans en 1756.
L’implacabilité des chiffres face aux affabulations
Déterminer à qui profite le crime, faire appel à la nature (ou plus souvent à l’époque qu’aujourd’hui à Dieu), présenter des arguments pseudo-scientifiques et voir les médecins activement participer à la désinformation et à la peur ont donc depuis toujours composé le tableau de l’opposition vaccinale. L’absence de réseaux sociaux freinait peut-être la diffusion de ces discours, mais de la même manière, elle freinait aussi les opérations de rétablissement de la vérité. Et de façon désarmante on constate que ces opérations connaissent des échos singuliers avec celles d’aujourd’hui. Ainsi, de la même manière que l’on a vu des spécialistes patiemment répéter la constatation écrasante que dans les services de réanimation les patients victimes des formes les plus graves de la Covid étaient de façon majoritaire ceux qui n’avaient pas été vaccinés, en 1923 dans le Times, le correspondant médical du journal publia à propos d’une épidémie à Gloucester un tableau limpide : « Nombre de personnes admises pour variole : 350 ; Non vaccinées 319 ; Vaccinées depuis trop longtemps : 18 ; Vaccinées pendant la période d’incubation de la maladie 13 ».
En 1980, la variole fut la première maladie infectieuse officiellement considérée comme éradiquée grâce à la vaccination. L’histoire n’est peut-être qu’une longue répétition, mais la médecine semble (presque) toujours finir par triompher.
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Et si on utilisait l’IA pour réaliser des revues systématiques ?
Anne-Céline Rigaud
03 juillet 2026
Si l’on s’intéresse aux prémices de l’IA appliquée à la recherche documentaire, on constate que les premières méthodes employées recouraient essentiellement à des algorithmes d’apprentissage, supervisés ou non, aptes à identifier des motifs récurrents au sein des textes. Les progrès récents des modèles fondés sur les architectures (dits « transformers ») ont permis d’améliorer considérablement la sémantique du langage, grâce à une prise en compte contextuelle des mots et des phrases. Les grands modèles d’IA, entraînés sur des masses considérables de données, sont désormais capables de comprendre, résumer, traduire et générer du texte avec un niveau de fluidité proche du langage humain. Face à l’augmentation exponentielle de la littérature scientifique et à la nécessité croissante de réaliser des synthèses documentant l’evidence based practice, le recours à de tels systèmes a pu être suggéré dans les domaines médicaux pour la gestion de l’information scientifique.
La base de données PEDro, ressource internationale de référence en rééducation et physiothérapie, indexe désormais plus de 66 000 articles, lesquels sont extraits d’un corpus de 875 000 références bibliographiques. Cette croissance rend la sélection manuelle particulièrement chronophage. En ciblant le processus de sélection bibliographique dans le domaine de la physiothérapie (notamment pour les revues systématiques), une étude a analysé et comparé l’efficacité de différentes approches : des méthodes traditionnelles de sélection humaine, comparées à des outils d’IA conversationnelle (ChatGPT et Microsoft Copilot), ainsi qu’à des approches plus spécialisées relevant de l’apprentissage automatique.
Pour répondre à la problématique, les chercheurs ont comparé les stratégies de sélection documentaire appliquées à un ensemble de 10 793 références scientifiques nouvellement publiées. La première stratégie reposait sur une approche humaine considérée comme méthodologie de référence : des évaluateurs formés ont examiné indépendamment les titres et résumés des articles selon des critères d’inclusion préétablis correspondant aux exigences de la base PEDro. Un troisième examinateur intervenait en cas de désaccord afin d’obtenir une décision consensuelle. Les essais devaient notamment inclure une intervention relevant de la kinésithérapie, avoir un groupe contrôle, et utiliser une randomisation (répartition aléatoire des participants). La seconde stratégie a consisté à utiliser des outils d’IA accessibles en ligne, à savoir ChatGPT et Copilot, intégrant différents modèles de langage tels que GPT-4o, GPT-4.5 et GPT-4-turbo. Les systèmes recevaient des consignes standardisées ainsi qu’un ensemble d’articles préalablement étiquetés servant d’exemples pour l’apprentissage contextuel. Plusieurs jeux de données annotés de différentes tailles ont été testés afin d’évaluer l’influence de la quantité d’exemples fournis sur les performances des modèles. L’étude s’est appuyée sur plusieurs indicateurs statistiques destinés à mesurer la qualité des classifications produites par les modèles automatisés. L’exactitude correspondait à la proportion globale de références correctement classées comme pertinentes ou non pertinentes. La précision mesurait la proportion des articles identifiés comme pertinents qui l’étaient effectivement selon les évaluateurs humains. Le rappel évaluait la capacité des modèles à retrouver l’ensemble des études réellement pertinentes. Enfin, le score F1 permettait de synthétiser la précision et le rappel en un indicateur unique reflétant l’équilibre global des performances. Les auteurs ont également mesuré le temps total nécessaire pour chaque approche afin d’évaluer les gains potentiels d’efficacité.
Avec les LLM : des gains substantiels de temps, mais une précision perfectible
Les résultats montrent que les IA fondés sur les grands modèles de langage ont obtenu des performances relativement élevées et comparables entre elles. L’exactitude globale variait entre 83 % et 86 %, tandis que le rappel atteignait près de 88 %, ce qui signifie que la majorité des études pertinentes étaient correctement identifiées. En revanche, la précision demeurait plus faible, de 44 % à 48 %, traduisant une proportion importante de faux positifs. Les modèles avaient donc tendance à considérer comme pertinents un certain nombre d’articles finalement jugés non admissibles par les évaluateurs humains. A noter, la taille des données initiales fournies est apparue comme non négligeable : lorsque seuls 100 exemples préalablement classés ont été donnés aux modèles, les performances de certains outils (notamment Copilot), se sont révélés très faibles. De fait, l’augmentation progressive du nombre d’articles annotés a nettement amélioré le rappel et le score F1 jusqu’à atteindre un plateau de stabilité à partir d’environ 1000 exemples. En outre, l’un des principaux intérêts mis en évidence par l’étude réside dans les gains substantiels de temps obtenus grâce aux modèles automatisés. Le dépistage humain complet des 10 793 références a nécessité plus de 135 heures de travail. En comparaison, l’approche utilisant les grands modèles de langage n’a requis qu’environ 37 % de ce temps total, même en prenant en compte la préparation préalable des ensembles de données annotées : une fois les exemples fournis, les outils étaient capables de produire leurs classifications en quelques minutes seulement.
Parallèlement aux outils commerciaux, les chercheurs ont conduit des analyses exploratoires portant sur d’autres méthodes automatisées plus techniques. Une première approche reposait sur une architecture utilisant une interface de programmation applicative combinée à un système de génération augmentée par récupération d’information. Cette méthode permettait de rechercher des exemples similaires dans une base de données annotée avant de soumettre les informations au modèle de langage. Les auteurs ont également testé une méthode de traitement automatique du langage naturel fondée sur le modèle ClinicalBERT, spécialement entraîné sur des données médicales. Ces approches spécialisées surpassaient globalement les outils précédemment cités en matière d’exactitude, de précision et de score F1. Le modèle ClinicalBERT obtenait notamment des performances particulièrement élevées avec une exactitude supérieure à 92 % et un score F1 dépassant 82 %.
Des interfaces simples et accessibles
En conclusion, cette étude démontre que les grands modèles d’IA accessibles au public possèdent un réel potentiel pour assister la sélection d’articles dans les revues systématiques, pour le moins dans le domaine de la rééducation dans l’exemple de cet article. Bien qu’ils n’atteignent pas encore les performances des systèmes spécialisés d’apprentissage automatique et de traitement du langage naturel, ils permettent cependant d’obtenir un niveau d’exactitude satisfaisant tout en réduisant considérablement le temps nécessaire au tri initial des références scientifiques. Concernant les écueils relevés sur les « faux positifs » sélectionnés par l’IA, ceux-ci apparaissent moins problématiques que ne pourraient l’être des faux négatifs, les études indûment retenues étant éliminées lors des étapes ultérieures de sélection. Les interfaces conversationnelles présentent également l’avantage d’être simples d’utilisation, intuitives et directement exploitables par des utilisateurs ne disposant pas de connaissances approfondies en programmation ou en science des données. A l’inverse, les autres modèles plus spécifiques, malgré leurs résultats supérieurs, exigent des compétences techniques avancées ainsi qu’un important travail de prétraitement des données. Les textes doivent être nettoyés, normalisés et préparés selon des procédures complexes avant de pouvoir être exploités efficacement par les algorithmes. L’accessibilité des IA « grand public » constitue un atout majeur pour les équipes de recherche souhaitant intégrer rapidement des outils d’assistance automatisée dans leurs processus documentaires. Les auteurs suggèrent plusieurs extensions à l’utilisation de ces modèles : l’analyse du texte intégral des articles, la détection automatique des doublons ou encore la mise en place de flux de travail hybrides associant IA et expertise humaine. Ils pourraient par ailleurs devenir des outils précieux dans l’organisation et la mise à jour des bases de données scientifiques internationales, à condition que leur utilisation demeure encadrée par une supervision humaine rigoureuse et par des standards méthodologiques transparents.
Dr Alain Cohen
07 août 2026
jim.fr
Dans sa rubrique Psychiatry in literature, le British Journal of Psychiatry s’est attelé en ce mois de mai à retracer l’histoire d’Érysichthon, un personnage de la mythologie grecque. Ayant outragé la déesse Cérès-Déméter (en abattant un arbre sacré, malgré la vive désapprobation de celle-ci), Érysichthon reçut de sa part un terrible châtiment en retour : il fut affecté d’une faim insatiable, une faim perpétuelle ! Cet appétit féroce fit le malheur d’Érysichthon : « plus il était vorace, plus sa faim grandissait, et plus il mangeait », dans un sinistre cercle vicieux. En définitive, après avoir dilapidé tous ses biens en nourriture, et même vendu sa fille comme esclave pour se nourrir toujours davantage, il en fut réduit à se dévorer lui-même.
L’autodestruction par la nourriture… ou l’absence de nourriture
En 1977, dans la revue Circulation, un article médical évoque un « syndrome d’Érysichthon », non dans un cadre psychiatrique de boulimie (comme on pourrait a priori l’imaginer), mais pour établir un parallèle entre ce récit mythologique et des patients atteints de « maladies vasculaires accélérées » qui finissent par « se détruire à petit feu à cause d’une hyperlipidémie induite par leur alimentation. » Pour schématiser, le mythe d’Érysichthon montre l’aboutissement fatal d’une autodestruction pathologique, une situation décrite par Ovide (43 av. J-C à 17/18 apr. J-C) dans les Métamorphoses (VIII, 877-878) : « Il se mit à se déchirer les membres à coups de dents sauvages, et le malheureux se nourrissait, réduisant son corps à néant. »
Les auteurs de l’article publié dans British Journal of Psychiatry indiquent que des références à l’automutilation « apparaissent également dans l’hagiographie chrétienne médiévale, souvent comme expressions d’une pénitence extrême ou d’une dévotion mystique » où la contrepartie d’une « anorexie sainte » (comme chez Catherine de Sienne, 1347-1380) est parfois une forme d’automutilation rappelant l’évolution tragique d’Érysichthon.
Des ongles de Montaigne…
Au cours des siècles, divers personnages ont ainsi présenté « des formes d’autodestruction corporelle », au minimum « se ronger les ongles, se mâcher les doigts, se gratter la peau », symptômes que la psychiatrie moderne « reconnaîtrait probablement comme des manifestations légères d’autophagie, du grec αὐτός (autos, soi-même) et φαγεĩν (phagein, manger). » Montaigne (1533-1592) évoque par exemple dans les Essais « l’habitude de se ronger les ongles » comme un « automatisme corporel par lequel l’anxiété s’exprime. » Les auteurs indiquent aussi que Charles Baudelaire (1821-1867) pouvait « se torturer les mains jusqu’au sang dans des moments d’agitation. »
Et c’est d’ailleurs au XIXème siècle que les comportements d’automutilation commencèrent à être « systématiquement documentés en neurologie et en psychiatrie cliniques », notamment par Jean-Martin Charcot (1825-1893) observant des patients psychotiques « se mordre pendant des épisodes de catatonie. » Et au XXème siècle (en 1962), Michael Lesch et William Nyhan décrivent un syndrome (connu désormais comme la « maladie de Lesch-Nyhan ») où les jeunes patients souffrent notamment de « morsures compulsives des lèvres et des doigts. » Associant une surproduction en acide urique à des troubles neurologiques et comportementaux, cette maladie orpheline constitue une forme sévère de déficit enzymatique (déficit en hypoxanthine-guanine phosphoribosyl-transférase).
Au XXIème siècle, l’autophagie est perçue comme relevant des troubles du comportement et va « du simple fait de se ronger les ongles aux formes extrêmes d’automutilation » et peut émailler diverses pathologies : troubles neurodéveloppementaux, psychoses, troubles du contrôle des impulsions, troubles obsessionnels-compulsifs... Phénomène apparenté, la dermatophagie (où le sujet « se mord compulsivement la peau, en particulier autour des doigts ») relève désormais des « comportements répétitifs centrés sur le corps. » Et les auteurs voient d’autre part un « parallèle microscopique » (histologique et physiologique) avec Érysichthon dans les conséquences de l’anorexie mentale, quand la privation sévère de nourriture peut induire « une forme d’autophagie cellulaire dans le foie où les hépatocytes dégradent leurs propres composants. »
… au chirurgien isolé de Stephen King
Enfin, en 1982, dans sa nouvelle Survivor Type (en français Le Goût de vivre), l’écrivain américain Stephen King décrit l’histoire d’un chirurgien échoué sur une île déserte : contraint de s’amputer pour survivre, il consomme progressivement des parties de son propre corps. Or paradoxalement, « son corps se réduit d’autant plus que se prolonge sa volonté de vivre et il finit par « consommer son ego en se réduisant à un symbole de l’appétit. » Les auteurs estiment que ce chirurgien fictif de King et l’Érysichthon d’Ovide (séparés par deux millénaires) « partagent un destin commun : l’acte de se consommer soi-même. » Et qu’il soit mythique, comportemental ou cellulaire, ce comportement d’autophagie « demeure une image puissante d’effondrement où survie et autodestruction convergent tragiquement », malgré l’opposition de ces deux instincts (contraste des pulsions Eros et Thanatos, en psychanalyse).
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Dr Néandertal, chirurgien-dentiste
Quentin Haroche
07 août 2026
jim.fr
Une équipe de chercheurs russes a trouvé les premières traces de soins dentaires en analysant des fossiles de Néandertal.
L’image d’Epinal que l’on a de l’Homme de Néandertal est celle d’une brute épaisse assez bourrue et peu intelligente. Mais les récentes découvertes des paléontologues sur notre lointain cousin hominidé, qui a disparu il y a environ 40 000 ans, tendent à démontrer que celui-ci possédait de nombreuses connaissances techniques et notamment médicales. On savait ainsi déjà que Néandertal était capable d’utiliser des plantes médicinales. On vient d’apprendre, grâce à une équipe de chercheurs russes, que notre cousin préhistorique était capable de réaliser des soins dentaires.
Cette étonnante découverte a été rapportée par des chercheurs du musée d’anthropologie de Saint-Pétersbourg dans un article publié le 13 mai dernier dans Plos One. Les chercheurs ont étudié une molaire de Néandertal vieille de 60 000 ans retrouvée dans la grotte de Chagyrskaya, au fin fond de la Sibérie. La dent présentait un trou important et en l’analysant, les chercheurs ont compris que ce trou provenait d’une carie. Mais en étudiant cette cavité dentaire de façon plus approfondie, les chercheurs y ont trouvé des rayures et des stries. Les scientifiques en ont alors conclu que la dent avait été traitée, soit par le patient lui-même, soit par un dentiste en herbe.
L’inventeur de la fraise préhistorique
« Les dégâts observés sur une dent indiquent l'intention de retirer la pulpe atteinte par une carie. C'est la preuve la plus ancienne d'un traitement dentaire couronné de succès » commente Alisa Zubova, co-auteure de l’étude. Jusque-là, les plus vieilles traces de soins dentaires attestés chez l’Homme dataient d’il y a 20 000 ans et étaient l’œuvre d’Homo Sapiens, notre ancêtre. Les chercheurs ont pu établir que la dent de Néandertal traitée avait servi après l’opération. « Sa dent a continué à servir par la suite, ce qui a effacé une grande partie des marques. C’était donc une opération réussie » commente Alisa Zubova.
La carie semble avoir été soignée avec un instrument en pierre, utilisé selon un mouvement de rotation : l’Homme de Néandertal avait donc inventé l’ancêtre de la fameuse (et redoutée) fraise du dentiste. Pour confirmer cette hypothèse, Alisa Zubova a décidé de reproduire l’expérience… sur sa propre dent ! « J’ai dû me faire retirer une dent, alors j’ai demandé à mon dentiste s’il était possible de la garder » explique-t-elle. Elle a ainsi opéré sa propre dent avec une pointe de fer similaire à celle retrouvée dans la grotte sibérienne et a réussi à obtenir des stries identiques à celles observées sur la dent préhistorique.
Une grande intelligence et une volonté d’acier
Cette découverte en dit long sur les capacités intellectuelles de l’Homme de Néandertal, qui, alors qu’il faisait sans doute face à une douleur importante, a eu l’idée de venir percer sa dent malade. « En cas d’inflammation de la pulpe, ou pulpite, la seule façon d’alléger la douleur est d’ouvrir physiquement la chambre pulpaire » explique ainsi le Dr Léon Pariente, chirurgien-dentiste, « mais je ne pense pas que, quand un patient souffre d’une pulpite, le choix évident soit de percer la dent douloureuse ». Dans la littérature scientifique, la première description d’une opération de ce style remonte ainsi à 1728, donc près de 60 000 ans après l’opération préhistorique.
« Cet individu a probablement agi à l’instinct, mais pas seulement » commente de son côté Lydia Zotkina, co-auteure de l’étude. « Cela montre que les Néandertaliens possédaient des capacités cognitives plus ou moins similaires à celles des humains ». Mais l’opération démontre également la ténacité des Néandertaliens, qui se faisaient donc soigner les dents sans anesthésie ! « Ce type était d’une volonté d’acier, quelqu’un qui avait un courage à toute épreuve. Vous imaginez la douleur ? » commente la chercheuse russe.
La découverte de cette opération dentaire vieille de plus de 60 000 ans soulève évidemment de nombreuses interrogations sur le système de santé des Néandertaliens. Combien de temps duraient les études de dentisterie ? Y-avait-il un numerus clausus ? Et surtout, les dentistes néandertaliens pratiquaient-ils des dépassements d’honoraires ? Autant de questions qui demeurent encore pour l’instant sans réponse.
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Le Stalinon, premier grand scandale de pharmacovigilance
Quentin Haroche
07 août 2026
jim.fr
Il y a près de 60 ans, un pharmacien était condamné pour avoir inventé un médicament responsable du décès de plus de 100 personnes.
Le journal Le Monde avait parlé à l’époque d’ « un procès sans précédent dans l’histoire de la pharmacie ». La Revue des deux mondes d’ « une des plus douloureuses affaires judiciaires du XXème siècle ». Plus d’un demi-siècle avant l’affaire du Mediator, en 1957, le tribunal correctionnel de la Seine (l’ancien nom du département de Paris) jugeait l’un des premiers grands scandales pharmacologiques de l’époque moderne : l’affaire du Stalinon.
Au cœur de l’affaire, se trouvait un modeste pharmacien de Saint-Mandé, Georges Feuillet. De retour de Madagascar (à l’époque une colonie française), le pharmacien de 44 ans se plaint de violents et douloureux furoncles. Un ami médecin lui parle des vertus de l’étain contre ce type de mal. Le pharmacien a alors l’idée de développer un médicament contre les furoncles, composé de 15 mg d’un dérivé d’étain, le diiododiethylétain, censé être actif contre les staphylocoques et de 100 mg d’acide linoléique ou vitamine F, réputé bénéfique pour la peau. Le Stalinon (du latin stannum « étain » et linon pour évoquer l'acide linoléique, aucun rapport donc avec le dictateur soviétique) est né.
Un procès d’une ampleur inédite
A l’époque, pas de Sanofi ou de Servier pour développer son médicament. Le pharmacien s’associe avec une petite entreprise pharmaceutique, les établissements Février-Decoisy et décide de commercialiser lui-même son Stalinon. En juin 1953, il obtient l’autorisation du comité technique des spécialités (CTS, l’ancêtre de l’agence nationale de sécurité du médicament) pour vendre son produit. A l’époque, les contrôles des autorités sont plus que sommaires. Pas besoin d’études randomisées en double aveugle en plusieurs phases. Le CTS se contente de deux piètres études, réalisées sur seulement huit patients et n’utilisant même pas les mêmes doses d’étain que le Stalinon.
Le médicament trouve alors rapidement sa place dans les pharmacies de France et des colonies. Durant sa première année d’exploitation, le Stalinon remporte un certain succès. Mais à l’été 1954, de plus en plus de médecins signalent des effets secondaires neurologiques graves chez de nombreux consommateurs de Stalinon. On parle alors d’une épidémie d’« encéphalite sans fièvre ». En juillet 1954, après que plusieurs décès ont été signalés, le ministère de la Santé ordonne aux préfets « d’intervenir auprès des quinze mille pharmaciens de France pour qu’ils suspendent immédiatement la distribution du produit » rapporte à l’époque le journal Le Monde.
L’enquête permet d’établir que le Stalinon aurait causé la mort de 102 personnes, auxquelles s’ajoutent des centaines de cas de handicap définitif lourd (troubles moteurs, cécité, céphalée chronique…). Alors que la neurotoxicité de l’étain était déjà connu, il apparait que Georges Feuillet a menti sur les quantités d’étain utilisés dans ses produits. Le pharmacien n’a pas non plus contrôlé la qualité des traitements fabriqués par son façonnier, la quantité d’étain dans les gélules de Stalinon variant parfois du simple au quadruple.
Après trois ans d’enquête, le procès de Georges Feuillet et du directeur de la fabrication du Stalinon, un certain Léon Decoisy, démarre devant le tribunal correctionnel de la Seine. L’affaire fait la une de tous les médias, y compris à l’étranger. Les deux prévenus sont poursuivis pour blessures et homicides involontaires et infractions aux lois sur la pharmacie. Le procès est alors d’une ampleur inédite : le dossier fait plus de 7 000 pages et plusieurs pontes de la médecine et de la pharmacie de l’époque sont auditionnés.
Quarante secondes de réunion pour autoriser un médicament !
Au cours du procès, Roger Le Breton, directeur du laboratoire de toxicologie de la préfecture de police de Paris, cité comme expert, se montrera particulièrement sévère avec le pharmacien et son complice. « La littérature qui accompagnait le Stalinon était purement charlatanesque » commente-t-il. « Si on avait apporté à M. Decoisy un mélange de chlorate de potasse et de soufre, il en aurait probablement fait des pilules et aurait fait sauter tout le quartier » ajoute-t-il. Près de 50 ans avant la fameuse sortie de Jacques Chirac, il qualifie le procédé de fabrication du Stalinon d’ « abracadabrantesque ».
Bien qu’ils ne soient pas sur le banc des accusés, les experts du CTS qui ont accordé l’autorisation de commercialisation au Stalinon presque sans vérification sont vivement critiqués par l’avocat des victimes. Il note ainsi qu’en 1953, le CTS a autorisé la commercialisation de 2 267 médicaments en huit réunions de trois heures chacune. « J’en conclus que chaque dossier est examiné en quarante secondes. Cela me paraît peu pour se faire une opinion » commente-t-il.
La législation sur les médicaments renforcée deux ans après le scandale
Après quinze jours d’audience, Georges Feuillet est condamné à la peine maximale : deux ans de prison ferme, une amende d’un million de francs et surtout des dommages-intérêts de 643 millions de francs à verser aux familles des victimes (ce qui donnera lieu à de longs litiges avec les assureurs). Après avoir clamé son innocence tout au long de l’audience, le pharmacien s’effondre en larmes au moment du verdict : on n’entendra plus jamais parler de lui.
L’affaire du Stalinon, aussi dramatique qu’elle soit, aura au moins eu le mérite de mettre en lumière la trop grande souplesse des lois régissant le marché du médicament en France. Deux ans après le procès, en 1959, une ordonnance réforme de fond en comble les lois de pharmacovigilance pour les rendre plus strictes. Le CTS va même jusqu’à suspendre toutes les procédures d’autorisation de médicaments. Or, parmi les médicaments en attente, se trouve la thalidomide, un produit destiné aux femmes enceintes qui sera au cœur, quelques années plus tard, d’un scandale sanitaire encore plus retentissant. La thalidomide tuera plus de 20 000 femmes à travers le monde, mais presque aucune en France, grâce aux leçons tirées de l’affaire du Stalinon. Indirectement, Georges Feuillet aura donc sauvé de nombreuses vies !
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Les antivax d’hier n’ont rien à envier à ceux d’aujourd’hui
Aurélie Haroche
07 août 2026
jim.fr
Une lassitude de vieux patriarche s’exprime parfois en constatant l’hostilité que peut susciter l’innovation médicale et notamment vaccinale. Certains se laissent séduire par l’idée que si nos populations n’étaient pas si bien habituées au confort d’une médecine efficace et d’une santé protégée, ils ne seraient pas si prompts à critiquer et remettre en cause les traitements qu’on leur propose. Ils fantasment un temps (utopique) où la confiance dans la médecine était complète et où l’on se laissait vacciner sans sourciller pour échapper aux pires fléaux. C’est ainsi que l’on entend fréquemment énoncer par exemple que c’est parce que la rougeole ne tue plus qu’elle n’est plus redoutée et que le taux de vaccination s’érode.
Des cicatrices, quelles cicatrices ?
En réalité, l’opposition et l’hésitation vaccinale ont toujours existé. Même au temps des pires épidémies, des ravages de la variole, quand chaque famille comptait en son sein une triste victime de l’infection. La peur de la variole était omniprésente et concernait toutes les sphères de la société. Et pour ceux qui parvenaient à oublier les morts, les cicatrices laissées par la maladie sur les visages des rescapés étaient une autre piqûre de rappel constante. Pourtant, à l’heure de l’introduction de la vaccination obligatoire, d’aucuns n’hésitèrent pas à remettre en cause l’existence même de ces traces permanentes. Un tract diffusé dans les années 1880 en Grande-Bretagne par la National Ligue Anti-Vaccination League émettait ainsi l’idée que ces marques constituaient une « curieuse illusion ». Le document affirmait que ces dernières avaient disparu bien avant l’introduction de la vaccination et qu’il ne s’agissait en réalité que de souvenirs d’époques révolues. Voilà qui rappelle la minimisation que l’on voit à l’œuvre dans un grand nombre de discours anti vaccin et qui fut courante face à l’épidémie de Covid.
S'en remettre comme toujours à la nature
C’est dans ce même esprit que beaucoup voulaient défendre que l’hygiène et la disparition « naturelle » des maladies seraient bien plus efficaces contre la variole que la vaccination. Ces argumentations étaient régulièrement embrassées par des médecins. Ainsi, peut-on lire sous la plume de Joseph Désiré Tholozan (1820-1897) qui fut un pionnier de l’épidémiologie le constat de la disparition de la peste en Europe qu’il attribuait à l’amélioration de l’hygiène. Pourtant, comme le remarque le professeur Hervé Bazin, professeur émérite de la faculté de Louvain et spécialiste d’histoire de la médecine : « Dans les pays riches, l’hygiène a largement contribué à la disparition de certains agents pathogènes, en particulier par la distribution d’eau potable et la réalisation de réseaux d’égouts et d’épuration des eaux usées. Mais ce niveau d’hygiène n’a pas concouru à faire disparaître la variole de pays en voie de développement ou d’éviter la réimportation en France de virus variolique, parfois par des objets, en provenance de pays où elle était toujours endémique». Ceci n’empêchait pas le médecin allemand Friedrich Eduard Bilz de moquer vers 1900 : « La vaccination est comme un article à la mode » et de vanter plutôt l’imitation de la nature : « Que l’on considère les innombrables poissons de la mer et les oiseaux dans les airs et tous les autres animaux, insectes et vers, qui donc les vaccine ? ». L’exaltation de la nature dont on pourrait penser qu’elle inspire particulièrement nos contemporains étouffés et inquiets par les innovations technologiques était déjà toute puissante au début du siècle dernier.
Laissez les virus circuler pour le bien de tous !
D’ailleurs, cette convocation de la « nature » peut parfois se déguiser sous des discours apparemment plus scientifiques, quand elle s’appuie par exemple sur l’idée d’une « dette immunitaire ». Derrière cette « thèse », il s’agit de s’inquiéter d’une société peut-être trop hygiénique, empêchant la circulation des germes (d’ailleurs certains pédiatres et médecins soutenant cette idée sont pour autant de fervents partisans de la vaccination). On ne s’étonnera pas de voir que des rhétoriques similaires ont émergé face à la variole. « La petite vérole est une dépuration naturelle du sang ; si vous vous opposez à cette élimination de principes malsains, dont nous apportons le germe en naissant, vous condamnez l’individu à des accidents beaucoup plus redoutables que celui que vous cherchez à éviter… » écrivait ainsi en 1807 le Dr Verde-Deslisle.
Des hostilités parfois intéressées
Ainsi, on le voit, la minimisation, les argumentations pseudo-scientifiques ou l’appel à la nature n’étaient nullement empêchés par la gravité des maladies infectieuses. Ce ne sont pas les seules composantes du mouvement kaléidoscopique anti-vaccinal que l’on peut retrouver dans les décennies qui nous ont précédées, depuis le premier pas d’Edward Jenner. D’autres mécanismes étaient eux aussi déjà en jeu et notamment la peur de l’introduction de fluides « étrangers » et d’une transformation via la vaccine. Ainsi, est restée célèbre la caricature de James Gillray en 1802 présentant des nouveaux vaccinés voyant apparaître les attributs de bovins. Comment ne pas y voir un parallèle avec tous les fantasmes de transformation auxquels a donné lieu l’introduction des vaccins ARNm ? Ainsi, la désinformation était nourrie par l’idée que la vaccination était plus dangereuse que la maladie elle-même. La sécurité vaccinale n’étant pas ce qu’elle est devenue aujourd’hui, les pourfendeurs trouvaient facilement des exemples pour nourrir leurs discours affabulateurs. Mais ils n’hésitaient pas aller souvent au-delà des faits. Ainsi, le Dr William Rowley fut l’auteur d’un pamphlet où l’on pouvait voir des visages d’enfants ayant prétendument développé après la vaccination des déformations invalidantes (on n’était pas loin de la caricature de Gillray, même si Rowley s’en défendait évidemment). Mais dans quelle optique ce praticien s’opposait-il ainsi à la vaccination ; ses craintes étaient-elles sincères ? Pas si sûr, quand on sait qu’il était un variolisateur assidu (c’est-à-dire un adepte de la technique dont Jenner s’était inspiré et qui consistait à inoculer des croutes ou du pus d’une personne malade à un sujet sain) et que l’arrivée de la vaccination avait considérablement nui à son activité. Le fait de retrouver parmi les figures tutélaires hostiles à la vaccination des personnalités confuses aux intérêts opaques, préférant défendre les mérites de vieilles méthodes est totalement fortuit…
Les intérêts de certains pouvaient donc déjà guider les réflexes anti-vaccination. Et de la même manière, le public pouvait être aussi échaudé par l’idée que la corporation médicale s’enrichissait facilement grâce à la vaccination (ou aux pratiques proches). Ainsi, fut par exemple commentée avec suspicion la généreuse rémunération dont bénéficia Tronchin médecin de la cour quand il variolisa les deux enfants du duc d’Orléans en 1756.
L’implacabilité des chiffres face aux affabulations
Déterminer à qui profite le crime, faire appel à la nature (ou plus souvent à l’époque qu’aujourd’hui à Dieu), présenter des arguments pseudo-scientifiques et voir les médecins activement participer à la désinformation et à la peur ont donc depuis toujours composé le tableau de l’opposition vaccinale. L’absence de réseaux sociaux freinait peut-être la diffusion de ces discours, mais de la même manière, elle freinait aussi les opérations de rétablissement de la vérité. Et de façon désarmante on constate que ces opérations connaissent des échos singuliers avec celles d’aujourd’hui. Ainsi, de la même manière que l’on a vu des spécialistes patiemment répéter la constatation écrasante que dans les services de réanimation les patients victimes des formes les plus graves de la Covid étaient de façon majoritaire ceux qui n’avaient pas été vaccinés, en 1923 dans le Times, le correspondant médical du journal publia à propos d’une épidémie à Gloucester un tableau limpide : « Nombre de personnes admises pour variole : 350 ; Non vaccinées 319 ; Vaccinées depuis trop longtemps : 18 ; Vaccinées pendant la période d’incubation de la maladie 13 ».
En 1980, la variole fut la première maladie infectieuse officiellement considérée comme éradiquée grâce à la vaccination. L’histoire n’est peut-être qu’une longue répétition, mais la médecine semble (presque) toujours finir par triompher.
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Et si on utilisait l’IA pour réaliser des revues systématiques ?
Anne-Céline Rigaud
03 juillet 2026
Si l’on s’intéresse aux prémices de l’IA appliquée à la recherche documentaire, on constate que les premières méthodes employées recouraient essentiellement à des algorithmes d’apprentissage, supervisés ou non, aptes à identifier des motifs récurrents au sein des textes. Les progrès récents des modèles fondés sur les architectures (dits « transformers ») ont permis d’améliorer considérablement la sémantique du langage, grâce à une prise en compte contextuelle des mots et des phrases. Les grands modèles d’IA, entraînés sur des masses considérables de données, sont désormais capables de comprendre, résumer, traduire et générer du texte avec un niveau de fluidité proche du langage humain. Face à l’augmentation exponentielle de la littérature scientifique et à la nécessité croissante de réaliser des synthèses documentant l’evidence based practice, le recours à de tels systèmes a pu être suggéré dans les domaines médicaux pour la gestion de l’information scientifique.
La base de données PEDro, ressource internationale de référence en rééducation et physiothérapie, indexe désormais plus de 66 000 articles, lesquels sont extraits d’un corpus de 875 000 références bibliographiques. Cette croissance rend la sélection manuelle particulièrement chronophage. En ciblant le processus de sélection bibliographique dans le domaine de la physiothérapie (notamment pour les revues systématiques), une étude a analysé et comparé l’efficacité de différentes approches : des méthodes traditionnelles de sélection humaine, comparées à des outils d’IA conversationnelle (ChatGPT et Microsoft Copilot), ainsi qu’à des approches plus spécialisées relevant de l’apprentissage automatique.
Pour répondre à la problématique, les chercheurs ont comparé les stratégies de sélection documentaire appliquées à un ensemble de 10 793 références scientifiques nouvellement publiées. La première stratégie reposait sur une approche humaine considérée comme méthodologie de référence : des évaluateurs formés ont examiné indépendamment les titres et résumés des articles selon des critères d’inclusion préétablis correspondant aux exigences de la base PEDro. Un troisième examinateur intervenait en cas de désaccord afin d’obtenir une décision consensuelle. Les essais devaient notamment inclure une intervention relevant de la kinésithérapie, avoir un groupe contrôle, et utiliser une randomisation (répartition aléatoire des participants). La seconde stratégie a consisté à utiliser des outils d’IA accessibles en ligne, à savoir ChatGPT et Copilot, intégrant différents modèles de langage tels que GPT-4o, GPT-4.5 et GPT-4-turbo. Les systèmes recevaient des consignes standardisées ainsi qu’un ensemble d’articles préalablement étiquetés servant d’exemples pour l’apprentissage contextuel. Plusieurs jeux de données annotés de différentes tailles ont été testés afin d’évaluer l’influence de la quantité d’exemples fournis sur les performances des modèles. L’étude s’est appuyée sur plusieurs indicateurs statistiques destinés à mesurer la qualité des classifications produites par les modèles automatisés. L’exactitude correspondait à la proportion globale de références correctement classées comme pertinentes ou non pertinentes. La précision mesurait la proportion des articles identifiés comme pertinents qui l’étaient effectivement selon les évaluateurs humains. Le rappel évaluait la capacité des modèles à retrouver l’ensemble des études réellement pertinentes. Enfin, le score F1 permettait de synthétiser la précision et le rappel en un indicateur unique reflétant l’équilibre global des performances. Les auteurs ont également mesuré le temps total nécessaire pour chaque approche afin d’évaluer les gains potentiels d’efficacité.
Avec les LLM : des gains substantiels de temps, mais une précision perfectible
Les résultats montrent que les IA fondés sur les grands modèles de langage ont obtenu des performances relativement élevées et comparables entre elles. L’exactitude globale variait entre 83 % et 86 %, tandis que le rappel atteignait près de 88 %, ce qui signifie que la majorité des études pertinentes étaient correctement identifiées. En revanche, la précision demeurait plus faible, de 44 % à 48 %, traduisant une proportion importante de faux positifs. Les modèles avaient donc tendance à considérer comme pertinents un certain nombre d’articles finalement jugés non admissibles par les évaluateurs humains. A noter, la taille des données initiales fournies est apparue comme non négligeable : lorsque seuls 100 exemples préalablement classés ont été donnés aux modèles, les performances de certains outils (notamment Copilot), se sont révélés très faibles. De fait, l’augmentation progressive du nombre d’articles annotés a nettement amélioré le rappel et le score F1 jusqu’à atteindre un plateau de stabilité à partir d’environ 1000 exemples. En outre, l’un des principaux intérêts mis en évidence par l’étude réside dans les gains substantiels de temps obtenus grâce aux modèles automatisés. Le dépistage humain complet des 10 793 références a nécessité plus de 135 heures de travail. En comparaison, l’approche utilisant les grands modèles de langage n’a requis qu’environ 37 % de ce temps total, même en prenant en compte la préparation préalable des ensembles de données annotées : une fois les exemples fournis, les outils étaient capables de produire leurs classifications en quelques minutes seulement.
Parallèlement aux outils commerciaux, les chercheurs ont conduit des analyses exploratoires portant sur d’autres méthodes automatisées plus techniques. Une première approche reposait sur une architecture utilisant une interface de programmation applicative combinée à un système de génération augmentée par récupération d’information. Cette méthode permettait de rechercher des exemples similaires dans une base de données annotée avant de soumettre les informations au modèle de langage. Les auteurs ont également testé une méthode de traitement automatique du langage naturel fondée sur le modèle ClinicalBERT, spécialement entraîné sur des données médicales. Ces approches spécialisées surpassaient globalement les outils précédemment cités en matière d’exactitude, de précision et de score F1. Le modèle ClinicalBERT obtenait notamment des performances particulièrement élevées avec une exactitude supérieure à 92 % et un score F1 dépassant 82 %.
Des interfaces simples et accessibles
En conclusion, cette étude démontre que les grands modèles d’IA accessibles au public possèdent un réel potentiel pour assister la sélection d’articles dans les revues systématiques, pour le moins dans le domaine de la rééducation dans l’exemple de cet article. Bien qu’ils n’atteignent pas encore les performances des systèmes spécialisés d’apprentissage automatique et de traitement du langage naturel, ils permettent cependant d’obtenir un niveau d’exactitude satisfaisant tout en réduisant considérablement le temps nécessaire au tri initial des références scientifiques. Concernant les écueils relevés sur les « faux positifs » sélectionnés par l’IA, ceux-ci apparaissent moins problématiques que ne pourraient l’être des faux négatifs, les études indûment retenues étant éliminées lors des étapes ultérieures de sélection. Les interfaces conversationnelles présentent également l’avantage d’être simples d’utilisation, intuitives et directement exploitables par des utilisateurs ne disposant pas de connaissances approfondies en programmation ou en science des données. A l’inverse, les autres modèles plus spécifiques, malgré leurs résultats supérieurs, exigent des compétences techniques avancées ainsi qu’un important travail de prétraitement des données. Les textes doivent être nettoyés, normalisés et préparés selon des procédures complexes avant de pouvoir être exploités efficacement par les algorithmes. L’accessibilité des IA « grand public » constitue un atout majeur pour les équipes de recherche souhaitant intégrer rapidement des outils d’assistance automatisée dans leurs processus documentaires. Les auteurs suggèrent plusieurs extensions à l’utilisation de ces modèles : l’analyse du texte intégral des articles, la détection automatique des doublons ou encore la mise en place de flux de travail hybrides associant IA et expertise humaine. Ils pourraient par ailleurs devenir des outils précieux dans l’organisation et la mise à jour des bases de données scientifiques internationales, à condition que leur utilisation demeure encadrée par une supervision humaine rigoureuse et par des standards méthodologiques transparents.
La santé est un état précaire qui ne laisse augurer rien de bon.
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Arnaud BASSEZ
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Re: Articles sur la santé
Un infirmier anesthésiste interdit d’exercer après des vols de médicaments
Source : lavoixdunord.fr
Le 5 mai au tribunal correctionnel de Saint-Omer, comparaissait un infirmier du centre hospitalier d’Helfaut. La police avait découvert dans son sac des médicaments faisant l’objet d’une régulation stricte.
Le prévenu est condamné à huit mois de prison avec sursis, un an d'interdiction d'exercice de son métier d'infirmier et 1 000 euros à verser à l'hôpital.
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« J’ai été prise dans un engrenage » : l’infirmière addict aux opioïdes volait de la morphine à son travail
Une infirmière était jugée ce lundi 29 septembre à Senlis (Oise) pour des vols de morphine et autres médicaments prescrits uniquement sur ordonnance.
Par Simon Gourru leparisien.fr
Le 3 octobre 2025 à 06h32
C'est lors de deux vacations d'une journée que l'infirmière avait volé des médicaments classés comme produits stupéfiants.
Elle a beau recalculer, le compte n’y est pas. Ce lundi d’avril 2025, dans une structure médicale du sud Oise, la cadre de santé chargée de faire l’inventaire de la pharmacie du week-end compte et recompte attentivement les médicaments. Certains manquent à l’appel, notamment 100 mg de morphine mais aussi 3 ampoules de 10 mg de ce puissant analgésique opioïde, utilisé pour soulager les douleurs intenses.
Le personnel mène ses investigations, se rend compte qu’un document a été falsifié pour faire croire qu’un patient, qui n’en avait pas besoin, avait reçu 100 mg de morphine par un médecin qui était absent ce jour-là. Rapidement, les responsables se rendent compte que les faits ont eu lieu le premier jour d’une nouvelle infirmière venue assurer une vacation. L’écriture du document truqué est la même que la sienne. Confrontée, l’infirmière reconnaît rapidement le vol.
« L’addiction s’est mise en place avec le temps »
Une perquisition est effectuée à son domicile : outre du cannabis, les gendarmes mettent la main sur de nombreux produits pharmaceutiques, comme du tramadol, du zopiclone ou de la gabapentine, des psychotropes disponibles seulement sur ordonnance qui peuvent provoquer une dépendance. L’étiquette renvoie vers une pharmacie du nord de l’Oise où la même infirmière a assuré une vacation d’une journée. Là-aussi, elle reconnaît un vol, cette fois dans la poubelle de l’officine.
Jugée ce lundi 29 septembre au tribunal de Senlis, l’infirmière d’une trentaine d’années ne cherche pas à fuir ses responsabilités. « Je regrette tellement, soupire-t-elle. Je n’aurais pas dû, mais, je n’ai pas voulu m’arrêter à cause de la douleur et l’addiction s’est mise en place avec le temps. » Derrière son procès se dessine le parcours d’une jeune femme dépendante aux opioïdes après un parcours de vie particulièrement difficile.
À lire aussi
«Ce bien-être est un piège» : opioïdes, le danger de l’addiction sur ordonnance
Décès de son conjoint, « maladie grave » selon la présidente, ou encore période de réserviste durant le Covid, si le tribunal n’entre pas dans le détail, on comprend que l’infirmière n’est pas devenue addict via une pratique récréative. « Je gérais tout toute seule, j’ai été prise dans un engrenage ou je ne pouvais plus m’arrêter », décrit celle qui est aussi mère isolée. Depuis l’infirmière a été pris en charge par un addictologue et un psychologue mais veut aller plus loin en voyant un psychiatre.
Placée sous contrôle judiciaire, elle ne peut plus exercer son métier en milieu hospitalier depuis. Seulement dans l’aide à domicile où elle n’a pas accès à des médicaments. Et cela va continuer. Le tribunal l’a condamné à 6 mois de prison assortis d’un sursis de deux ans durant lequel elle n’aura toujours pas le droit de retourner à proximité d’une armoire à pharmacie. Le temps de faire ses preuves et de montrer patte blanche.
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Une infirmière anesthésiste radiée pour avoir détourné des opioïdes et se les être injectés
source : 20minutes.fr
L'Ordre des infirmiers a radié l'infirmière anesthésiste accusée de s'être injectée des médicaments opioïdes détournés sur son lieu de travail.
Une infirmière anesthésiste a été radiée de l’Ordre des infirmiers pour s’être injectée des médicaments opioïdes détournés sur son lieu de travail.
L’infirmière avait déjà été impliquée dans des incidents similaires dans deux autres établissements, dont l’un ayant entraîné un arrêt cardio-respiratoire et l’autre une condamnation pénale.
La chambre disciplinaire nationale de l’Ordre, statuant en appel, a jugé la sanction justifiée malgré les efforts de l’infirmière. Elle pourra demander à être réintégrée après trois ans.
Une infirmière anesthésiste a été radiée de l’Ordre des infirmiers pour s’être injectée, sur son lieu de travail, des médicaments opioïdes qu’elle avait détournés, selon une décision de la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre. L’infirmière plaidait la sanction disproportionnée, mais la chambre disciplinaire, qui statuait en appel, a relevé que l’infirmière avait été impliquée dans des faits semblables dans trois établissements différents.
Dans sa décision datée du 26 mars, la chambre disciplinaire se dit « sensible aux efforts réels que l’infirmière semble avoir entrepris sincèrement, aux difficultés à l’origine de son addiction qu’elle semble avoir surmontées, à sa prise de conscience de la gravité des faits pour une infirmière, de surcroît anesthésiste ». Mais les faits « justifient d’entrer en voie de sanction », estime le jugement, qui ajoute par ailleurs qu’une radiation « n’est jamais en soi définitive ». Le jugement rappelle qu’il sera possible à l’infirmière, après trois ans, de demander à être relevée de la sanction et retrouver la capacité d’exercer son métier.
L’affaire qui a déclenché les poursuites de la chambre disciplinaire s’était produite en novembre 2020. A l’époque, l’infirmière avait été surprise sur son lieu de travail en train de s’injecter une dose de médicament analgésique opioïde, « détourné des stocks en modifiant le dossier médical d’une patiente ».
L’hôpital avait déposé plainte auprès du conseil de l’Ordre. L’instruction de la chambre disciplinaire avait établi que l’infirmière avait déjà été impliquée auparavant dans des faits similaires dans deux autres établissements. Dans le premier d’entre eux, elle avait fait un arrêt cardio-respiratoire à la suite de l’injection. Dans la deuxième affaire, elle avait été condamnée à deux mois de prison avec sursis probatoire et obligation de soins, sans inscription au volet B2 de son casier judiciaire. L’absence d’inscription au casier judiciaire lui avait permis d’être à nouveau embauchée au centre hospitalier où a eu lieu le dernier incident.
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Selon que vous serez puissant ou misérable... Je connais le même cas, concernant un médecin. Il est responsable à présent d'une unité de soin.
Source : lavoixdunord.fr
Le 5 mai au tribunal correctionnel de Saint-Omer, comparaissait un infirmier du centre hospitalier d’Helfaut. La police avait découvert dans son sac des médicaments faisant l’objet d’une régulation stricte.
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« J’ai été prise dans un engrenage » : l’infirmière addict aux opioïdes volait de la morphine à son travail
Une infirmière était jugée ce lundi 29 septembre à Senlis (Oise) pour des vols de morphine et autres médicaments prescrits uniquement sur ordonnance.
Par Simon Gourru leparisien.fr
Le 3 octobre 2025 à 06h32
C'est lors de deux vacations d'une journée que l'infirmière avait volé des médicaments classés comme produits stupéfiants.
Elle a beau recalculer, le compte n’y est pas. Ce lundi d’avril 2025, dans une structure médicale du sud Oise, la cadre de santé chargée de faire l’inventaire de la pharmacie du week-end compte et recompte attentivement les médicaments. Certains manquent à l’appel, notamment 100 mg de morphine mais aussi 3 ampoules de 10 mg de ce puissant analgésique opioïde, utilisé pour soulager les douleurs intenses.
Le personnel mène ses investigations, se rend compte qu’un document a été falsifié pour faire croire qu’un patient, qui n’en avait pas besoin, avait reçu 100 mg de morphine par un médecin qui était absent ce jour-là. Rapidement, les responsables se rendent compte que les faits ont eu lieu le premier jour d’une nouvelle infirmière venue assurer une vacation. L’écriture du document truqué est la même que la sienne. Confrontée, l’infirmière reconnaît rapidement le vol.
« L’addiction s’est mise en place avec le temps »
Une perquisition est effectuée à son domicile : outre du cannabis, les gendarmes mettent la main sur de nombreux produits pharmaceutiques, comme du tramadol, du zopiclone ou de la gabapentine, des psychotropes disponibles seulement sur ordonnance qui peuvent provoquer une dépendance. L’étiquette renvoie vers une pharmacie du nord de l’Oise où la même infirmière a assuré une vacation d’une journée. Là-aussi, elle reconnaît un vol, cette fois dans la poubelle de l’officine.
Jugée ce lundi 29 septembre au tribunal de Senlis, l’infirmière d’une trentaine d’années ne cherche pas à fuir ses responsabilités. « Je regrette tellement, soupire-t-elle. Je n’aurais pas dû, mais, je n’ai pas voulu m’arrêter à cause de la douleur et l’addiction s’est mise en place avec le temps. » Derrière son procès se dessine le parcours d’une jeune femme dépendante aux opioïdes après un parcours de vie particulièrement difficile.
À lire aussi
«Ce bien-être est un piège» : opioïdes, le danger de l’addiction sur ordonnance
Décès de son conjoint, « maladie grave » selon la présidente, ou encore période de réserviste durant le Covid, si le tribunal n’entre pas dans le détail, on comprend que l’infirmière n’est pas devenue addict via une pratique récréative. « Je gérais tout toute seule, j’ai été prise dans un engrenage ou je ne pouvais plus m’arrêter », décrit celle qui est aussi mère isolée. Depuis l’infirmière a été pris en charge par un addictologue et un psychologue mais veut aller plus loin en voyant un psychiatre.
Placée sous contrôle judiciaire, elle ne peut plus exercer son métier en milieu hospitalier depuis. Seulement dans l’aide à domicile où elle n’a pas accès à des médicaments. Et cela va continuer. Le tribunal l’a condamné à 6 mois de prison assortis d’un sursis de deux ans durant lequel elle n’aura toujours pas le droit de retourner à proximité d’une armoire à pharmacie. Le temps de faire ses preuves et de montrer patte blanche.
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Une infirmière anesthésiste radiée pour avoir détourné des opioïdes et se les être injectés
source : 20minutes.fr
L'Ordre des infirmiers a radié l'infirmière anesthésiste accusée de s'être injectée des médicaments opioïdes détournés sur son lieu de travail.
Une infirmière anesthésiste a été radiée de l’Ordre des infirmiers pour s’être injectée des médicaments opioïdes détournés sur son lieu de travail.
L’infirmière avait déjà été impliquée dans des incidents similaires dans deux autres établissements, dont l’un ayant entraîné un arrêt cardio-respiratoire et l’autre une condamnation pénale.
La chambre disciplinaire nationale de l’Ordre, statuant en appel, a jugé la sanction justifiée malgré les efforts de l’infirmière. Elle pourra demander à être réintégrée après trois ans.
Une infirmière anesthésiste a été radiée de l’Ordre des infirmiers pour s’être injectée, sur son lieu de travail, des médicaments opioïdes qu’elle avait détournés, selon une décision de la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre. L’infirmière plaidait la sanction disproportionnée, mais la chambre disciplinaire, qui statuait en appel, a relevé que l’infirmière avait été impliquée dans des faits semblables dans trois établissements différents.
Dans sa décision datée du 26 mars, la chambre disciplinaire se dit « sensible aux efforts réels que l’infirmière semble avoir entrepris sincèrement, aux difficultés à l’origine de son addiction qu’elle semble avoir surmontées, à sa prise de conscience de la gravité des faits pour une infirmière, de surcroît anesthésiste ». Mais les faits « justifient d’entrer en voie de sanction », estime le jugement, qui ajoute par ailleurs qu’une radiation « n’est jamais en soi définitive ». Le jugement rappelle qu’il sera possible à l’infirmière, après trois ans, de demander à être relevée de la sanction et retrouver la capacité d’exercer son métier.
L’affaire qui a déclenché les poursuites de la chambre disciplinaire s’était produite en novembre 2020. A l’époque, l’infirmière avait été surprise sur son lieu de travail en train de s’injecter une dose de médicament analgésique opioïde, « détourné des stocks en modifiant le dossier médical d’une patiente ».
L’hôpital avait déposé plainte auprès du conseil de l’Ordre. L’instruction de la chambre disciplinaire avait établi que l’infirmière avait déjà été impliquée auparavant dans des faits similaires dans deux autres établissements. Dans le premier d’entre eux, elle avait fait un arrêt cardio-respiratoire à la suite de l’injection. Dans la deuxième affaire, elle avait été condamnée à deux mois de prison avec sursis probatoire et obligation de soins, sans inscription au volet B2 de son casier judiciaire. L’absence d’inscription au casier judiciaire lui avait permis d’être à nouveau embauchée au centre hospitalier où a eu lieu le dernier incident.
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Selon que vous serez puissant ou misérable... Je connais le même cas, concernant un médecin. Il est responsable à présent d'une unité de soin.
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