Combien coûte une année de vie ? Très à l’aise avec les considérations médico-éonomiques, les Britanniques l’ont évaluée à 50 000 euros. Une évaluation qui leur permet de déterminer s’il convient ou non de poursuivre le remboursement d’un traitement particulièrement coûteux, lorsque ce dernier atteint un coût annuel supérieur à cette somme, modulé par les Qali (Quality addjusted life year, ou année de vie ajustée par sa qualité). Si cette qualité de vie est diminuée, les 50 000 euros sont réduits d’autant. La santé publique réduite à la théorie de l’utilité.
A cette équation cynique, qui tente certains pays au-delà du Royaume Uni, le Comité éthique et cancer de la Ligue contre le cancer répond au nom de la France, à quelques jours de la journée internationale contre le cancer, par un “non" sans ambigüité. "Une année de vie n’est pas financièrement quantifiable" vient de déclarer le comité présidé par le Pr. Axel Kahn, président de l’Université Paris-Descartes. "La part des dépenses allouées à la santé relève avant tout d’un choix de société, d’un débat démocratique qui ne doit pas être biaisé par la défense d’intérêts particuliers et le corporatisme", avance le comité.
Pour que ce débat puisse avoir lieu, il faut que les coûts liés à la santé soient "les plus transparents possible". Ce qui revient à dire qu’ "il n’est plus possible d’accepter l’opacité dans laquelle la société est maintenue par l’industrie pharmaceutique quant aux prix des médicaments". Se défiant d’une approche exclusivement budgétaire, le comité d’éthique rappelle que les bénéfices apportés par un système de santé doivent être fondés sur “l’équité et la solidarité”.
Le comité d’éthique demande que la prescription et le remboursement de ces molécules innovantes et onéreuses soient ouverts à de nouveaux critères d’évaluation : référentiels spécifiques pour les règles d’arrêts de traitement, recueil d’information pendant et après les traitements afin de contribuer à l’évaluation dans la pratique courante du bénéfice et des risques associés aux médicaments anticancéreux onéreux, notamment pour d’éventuelles extensions d’indication. Enfin, estimation du rapport coût/bénéfice des molécules onéreuses.
Car il est clairement question de “refuser la tendance britannique” et pour plusieurs raisons. D’une part, parce qu’il est "impossible d’indiquer que tel ou tel médicament ne sera pas remboursé parce que son bénéfice serait, dans un premier temps, trop faible” écrit le Comité. Ensuite parce qu’une démarche éthique guidant la rationalisation des soins, le Comité réfute toute tendance visant à quantifier la valeur d’une année de vie. "Cette approche favorise clairement le principe d’utilité pour la société au détriment du principe d’égalité et de soutien aux patients qui nécessitent le plus d’aide". En outre, qui peut prétendre établir ce qu’est une année de vie ajustée par sa qualité ?
"Cette expression inclut des dimensions physiques, psychologiques et sociales pour une part objectivable mais en partie également subjective, donc plus difficilement quantifiable, répond le Comité éthique et cancer. La qualité de vie déterminée par un médecin diffèrera souvent pour un même patient de la qualité de vie estimée par une infirmière ou par le patient lui-même, sachant que de surcroît ces différentes dimensions sont évolutives dans le temps pour un même individu."
Enfin, le Comité estime que la démarche de rationalisation des soins doit s’accompagner d’un effort de pédagogie auprès des patients chez qui l’illusion est souvent entretenue que "plus une molécule est onéreuse plus le traitement s’avérerait efficace." Pour conclure, le Comité rejette “l’approche utilitariste qui privilégierait la société au détriment des individus qui la compose”.
Si les contraintes budgétaires devaient imposer à définir des choix parmi les priorités de santé, cela doit relever d’un débat démocratique engageant l’ensemble de la société, au premier rang desquels les patients et leurs proches. "Un tel débat, conclut le Comité éthique et cancer, témoignerait de la réalité d’une véritable démocratie sanitaire s’appuyant, à l’échelon individuel, sur une tout aussi véritable citoyenneté sanitaire."
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Il vient d’apprendre sa condamnation à six mois d’emprisonnement avec sursis pour non assistance en personne en péril, lors d’une régulation libérale en 2007 pour le 15 à Bordeaux, soit le maximum requis. La patiente était décédée d'une dissectin aortique.Encore sous le coup de la lourde sentence, le Dr Bernard Pledran - membre du bureau national de MG France, président de MG Aquitaine - a accepté de se confier à Egora.fr quelques minutes après sa sortie de la salle d’audience. Il est bouleversé (témoignage sonore):
Vous considérez qu’on a tiré sur le lampiste ?
Dr. Bernard Pledran : Mon avocate a fait son boulot, elle a démontré que sur le plan du droit, l’infraction n’était pas constituée. Le procureur s’est appuyé sur l’instruction à charge de la Juge d’instruction et sur les propos désagréables que j’ai pu échanger avec la famille, à d’autres moments, en dehors de la discussion sur le cas de la patiente.
On a en effet l’impression que ces propos ont pesé lourd... (Le Dr. Pledran s’est emporté au téléphone contre la politique gouvernementale qui a organisé "la pénurie en docteur", ajoutant qu’il ne "fallait pas se plaindre maintenant" Ndlr)
Eh bien, s’il le faut, on les redira ces propos-là ! La situation ne s’est pas arrangée depuis 5 ans. Si on veut décourager les médecins, il faut continuer comme çà.
Le problème général de la permanence des soins, c’est qu’il y a une enveloppe globale. Alors on augmente les secteurs, les missions, mais on ne donne pas une pépette de plus pour faire le travail ! J’en parlerai encore car c’est çà le fond du problème. Et cela vaut également pour nos cabinets. On nous demande de plus en plus en tant que médecins libéraux. Mais on n’a pas de moyens. On nous parle de maisons de santé, de coordination, mais les pouvoirs publics sont effrayés par les moyens que cela demande, alors ils ne font rien.
J’ai parlé car à chaque fois que je régule au Samu, j’ai le triste sentiment d’être obligé de faire l’éducation des gens en leur expliquant qu’ils avaient un médecin généraliste et qu’il fallait l’appeler au moment où son cabinet était ouvert. Les pouvoirs publics n’ont jamais fait ce boulot là. En revanche, ils continuent de faire croire qu’on va trouver un docteur n’importe où, à n’importe quelle heure, pour faire n’importe quoi dans toutes les conditions. Il faut sortir de tout cela.
Allez-vous continuer la régulation ?
J’ai arrêté la régulation quand cette affaire a commencé, il y a quatre ans et demi, à ma demande. Deux mois après, le directeur de l’hôpital m’écrivait pour m’informer qu’il me suspendait de mes fonctions de régulateur, alors que j’avais déjà arrêté….
Je garde de très bonnes relations avec le médecin régulateur, je n’ai pas de récriminations contre les médecins du Samu qui ont eu une attitude tout à fait correcte à mon égard.
Ils ont expliqué qu’il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire que ce qui avait été fait. Il n’y a pas de guerre des urgences ici. C’est la faute à pas de chance : l’appel m’a été passé en tant que permanence des soins et non urgences médicales et dans les éléments de discussion avec la patiente, aucun élément de gravité n’émergeait.
Cette constatation est valable pour moi, pour le médecin qui a eu les appels par la suite, mais n’a pas été poursuivi - tant mieux pour lui. Valable aussi pour les permanenciers qui sont allés chercher la dame chez elle et n’ont pas jugé bon de demander une intervention Samu. A l’arrivée à l’hôpital, elle n’a pas été mise en réanimation mais dans un box standard. Son état s’est aggravé après. A tous les niveaux, aucun élément ne permettait de penser qu’on pouvait en arriver-là. Il est, certes, facile de réécrire l’histoire après mais voilà quelle est la vérité.
Vos confrères libéraux vous ont-ils soutenus ?
Oui, dans l’ensemble, sur les forums de discussion notamment. Mais le journal local a suivi l’instruction à charge de la juge d’instruction, avec photo, etc. Bordeaux n’est pas une petite ville... Je suis très secoué et désabusé.
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Déserts médicaux : et s’ils n’étaient qu’un mirage ?
Remplacer les médecins par des vétérinaires, interdire l’installation en zone sur-dotée, recourir à l’hôpital pour pallier les carences des médecins de ville, soumettre l’installation à une autorisation de l’ARS ou encore encadrer le statut des médecins remplaçants. Toutes les solutions sont bonnes pour “lutter contre les déserts médicaux”. Ces quelques-mots sont depuis plusieurs mois dans toutes les bouches – et surtout dans celles des politiques – et seront à coup sûr largement diffusés dans la campagne présidentielle. Mais que veulent-ils dire vraiment ? Et sont-ils utilisés sans aucune arrière-pensée ?
"Le terme est effectivement très vendeur, réagit le Dr Alexandre Husson, le président du SNJMG (Syndicat national des jeunes médecins généralistes). C’est un moyen pour les politiques de répondre d’abord au malaise ressenti par la population. Avec la crise, les médecins gèrent beaucoup plus de problèmes sociaux. Les patients ressentent le besoin de consulter plus souvent et plus rapidement. Ce qui fait que nous sommes saturés et donc effectivement moins accessibles. Et puis 'lutter contre les déserts médicaux' permet également de réglementer l’activité médicale dans un contexte de réduction des coûts. On veut casser l’image du médecin qui coûterait trop cher à la société alors qu’on joue un véritable rôle social. Mais ce sont de fausses solutions à un faux problème.”
"Logique court-termiste"
Le terme de "déserts médicaux" employé à toutes les sauces serait donc selon lui exagéré et ne correspondrait pas à la réalité. Une étude de juin 2011 réalisée par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) montre estime que le temps d’accès aux soins est globalement satisfaisant, bien que des inégalités régionales d’accès persistent tant pour les médecins généralistes que pour les spécialistes.
600 000 personnes réparties dans près de 1 500 communes se trouvaient ainsi à plus de 15 minutes de trajet d’un médecin généraliste en 2007. "Ça correspond à 1 % de la population française, commente Alexandre Husson. Alors oui, il y a des zones qui présentent un problème d’accès aux soins mais dans ces cas-là, la solution passe par une réorganisation du système de soins et non pas par des mesures coercitives. Le problème c’est que les décideurs politiques ne sont que dans une logique électoraliste, forcément court-termiste alors qu’une bonne politique de santé se construit sur le long terme.”
Pour réorganiser le système, dit-il, il faudrait établir une cartographie des besoins des populations en fonction des territoires – une mission confiée aux toutes jeunes ARS – car il semble assez compréhensible qu’un médecin n’ait pas envie d’aller s’installer dans un vrai désert, qui ne serait pas seulement médical pour le coup, sans écoles et sans commerces. C’est donc également une question d’aménagement du territoire. "Ça ne sert à rien que chaque élu local se batte pour avoir son propre médecin ou sa propre maison médicale, il faut plutôt réfléchir en termes de bassins de vie", souligne le Dr Roger Rua, secrétaire général du SML.
"Résultats tronqués"
Des études existent d’ores et déjà sur la démographie médicale. Elles émanent notamment du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) qui publie chaque année ses Atlas et qui, depuis plusieurs années, met en garde contre une pénurie annoncée de médecins. Un chiffre en particulier est souvent cité – et l’a de nouveau été la semaine dernière lors des vœux à la presse du Cnom. Son président, Michel Legmann, a en effet rappelé que sur dix inscriptions au tableau de l'Ordre, il n'y en a qu'une en libéral. Un phénomène qui paraît effectivement inquiétant mais qu’il faut relativiser puisqu’il ne concerne que les primo-inscrits au tableau.
"Les chiffres sont heureusement plus importants que ceux-là, explique le Dr Rua, car sur les 10 000 médecins remplaçants, il y en a un certain nombre qui finit par s’installer en libéral, sauf que le Cnom ne s’y intéresse pas et fournit donc des résultats tronqués. Ce temps de latence entre l’obtention du diplôme et le moment de l’installation doit être pris en compte. Le ministre lui-même [Xavier Bertrand, ndlr], présent lors de l’inauguration des nouveaux locaux du SML, a estimé que ces chiffres sur l’installation n’étaient pas les bons."
Une affirmation que conteste Patrick Romestaing, responsable de la démographie au Cnom. Il évoque ainsi une étude récente menée auprès des médecins remplaçants et qui montre qu’une grosse majorité d’entre eux, en effet, disent vouloir s’installer. Ils seraient 70 % selon une autre étude menée par le SNJMG.
"En revanche, note le Dr Romestaing, ce qu’il est intéressant de voir c’est que 20 % des remplaçants se verraient bien le rester toute leur vie. Ça c’est un phénomène nouveau qu’il est important de prendre en compte et qui reflète l’envie des jeunes médecins de bouger, d’exercer dans plusieurs endroits, mais aussi leurs incertitudes sur leur choix d’exercice vu le contexte actuel. Il faut donc mettre en place des conditions favorables pour leur donner envie de s’installer et non pas user de la coercition à tout va au risque de les braquer définitivement."
Transformation de l’offre de soins
La dernière proposition en matière de coercition lancée par le conseiller général d’Aubigny-sur-Nère dans le Cher (18) qui souhaite "s’attaquer aux médecins remplaçants qui ne veulent pas s’installer" risque donc de venir rajouter de l’huile sur le feu et de raviver un débat qui finalement n’a pas lieu d’être. "Il faut calmer le jeu, insiste Patrick Romestaing, la France n’est pas un désert médical. Le débat est monopolisé par des élus soucieux de donner à leurs administrés la preuve qu’ils sont à leur écoute. Ils veulent avoir leur médecin comme ils auraient une salle polyvalente. Mais ce n’est pas comme ça que ça marche, en tout cas ça ne le sera plus."
Finalement, Ordre, syndicats et professionnels sont d’accord pour dire que la coercition ne sert à rien et surtout, que le problème ne doit pas être posé en termes de déserts médicaux mais plutôt de réorganisation de l’offre de soins. La France n’a jamais compté autant de médecins qu’aujourd’hui – ils étaient au 1erjanvier 2011, 216 145, selon le Cnom. Leur densité moyenne est de 306,7 médecins pour 100 000 habitants, un taux qui est parmi les plus élevés d’Europe, mais qui devrait passer d’ici à 2030 à 292 médecins pour 100 000 habitants (la densité médicale globale au Royaume-Uni s’élevait en 2007 à 248,5 médecins pour 100 000 habitants). Faut-il alors s’en inquiéter ?
La fermeture du dernier cabinet d'ophtalmologie de Decazeville dans l’Aveyron (12) a fait grand bruit ces derniers jours dans la presse. "Quand on parle de désert médical, ça en fait sourire certains parce que jusqu'ici, on ne voyait pas concrètement ce que c'était. Eh bien, les gens vont maintenant le voir. C'est regrettable, a dit le Dr Michel Boussaton, président du Conseil régional de l'ordre des médecins de Midi-Pyrénées, mais c'était tout à fait prévisible sur la région, qui souffre fortement de cette désertification médicale."
Patrick Romestaing prévient au contraire que les Français devront s'adapter: "On a été habitué à avoir un médecin sur le pas de la porte, mais face aux nombreux départs en retraite des médecins, il n’y a pas de solution miracle. Il ne peut y avoir qu’une transformation de l’offre de soins. La population devra accepter de se déplacer davantage qu'avant pour voir un médecin." Une position difficile à tenir en période électorale. Et si la question des déserts médicaux n’était finalement que politique ?
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Succès assuré pour les médecins sur les sites de rencontres
C’est le résultat tout à fait sérieux d’une étude menée par le site de rencontres Parship et l’université de Brême, en Allemagne. Parmi les professions les plus recherchées par les femmes : les médecins arrivent en première place.
Vous doutiez de votre pouvoir de séduction ? Eh bien cette étude va à coup sûr vous rassurer. Selon cette étude*, la gent féminine jetterait d’abord son dévolu sur les médecins, puis sur les architectes et les psychologues/thérapeutes.
Et les praticiennes sont elles aussi bien classées. Puisque les professions qui séduisent d’abord les hommes sont les avocates, puis les médecins et les hôtesses de l’air.
D'une façon générale, les résultats montrent que les prétendants à l’amour seraient particulièrement attirés par des individus dont les métiers nécessitent un diplôme ou un haut degré de responsabilité, mais également par ceux qui génèrent de bons revenus.
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Faut-il mesurer la pression artérielle aux deux bras ?
Source : Clark C et coll. Association of a difference in systolic blood pressure between arms with vascular disease and mortality: a systematic review and meta-analysis. The Lancet, Early Online Publication, 30 January 2012 ; doi:10.1016/S0140-6736(11)61710-8 http://www.thelancet.com/journals/lance ... 8/fulltext
La pression artérielle est habituellement mesurée au niveau d’un seul bras, le plus souvent le gauche ; toutefois, cela ne serait pas toujours suffisant à en croire une étude publiée dans le prestigieux Lancet et dont le premier auteur est un médecin généraliste britannique, le Dr Christopher Clark.
La méthode choisie est celle de la méta-analyse ; les auteurs retiennent 20 études publiées avant juillet 2011 et montrant des différences de pression artérielle systolique (PAS) mesurée au niveau des deux bras. Dans les études invasives, au nombre de 5, une différence de PAS de 36.9 mmHg (IC de 95% : 35.4-38.4) en moyenne était retrouvée en cas de sténose (>50%) de l’artère sous-clavière ; et une différence moindre mais supérieure à 10mmHg était fortement prédictive d’une sténose de l’artère sous-clavière (risque relatif [RR] de 8.8, IC 95% : 3.6-21.2). Dans les études non invasives, au nombre de 15, les auteurs montrent qu’une différence de 15mmHg ou plus est associée :
Avec une maladie vasculaire périphérique ; RR de 2.5, IC 95% : 1.6-3.8 ; sensibilité de 15% mais spécificité de 96% ;
Avec des lésions cérébro-vasculaires : RR de 1.6 (1.1-2.4) ; sensibilité de 8%, spécificité de 93% ;
Avec une mortalité accrue, qu’elle soit cardiovasculaire (hazard ratio 1.7) ou toutes causes (HR 1.6).
Ces résultats doivent donc encourager à mesurer la pression artérielle aux deux bras, peut être pas de façon systématique mais sans doute chez tout nouveau patient et dans le suivi de patients à risque vasculaire, que ce soit en raison de leur âge ou de facteurs de risque (tabagisme, HTA, dyslipidémies, diabète, surpoids et sédentarité). Et la découverte d’une différence significative, supérieure à 10 mmHg, doit inciter à réaliser un bilan vasculaire approfondi.
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F. Hollande : une main de fer dans un gant de velours
Son opération séduction auprès des professionnels de santé avait pourtant bien débuté, mais il a peut-être commis hier ce qu’on appelle une « sortie de route » en s’attaquant à la très chère liberté d’installation des médecins. François Hollande souhaite en effet interdire les nouvelles installations en secteur 2 dans les zones sur-dotées. Une orientation proche de la très impopulaire proposition de loi défendue il y a quelques semaines par le député Nouveau Centre Philippe Vigier.
Tout roulait comme sur des rails. Il avait rencontré des experts en santé, des praticiens hospitaliers et des syndicats de médecins libéraux. Pendant deux jours, il a réuni autour d’un Forum Santé, des élus, des médecins et des jeunes internes. De quoi se tailler une belle part du lion au sein d’un électorat qui vote traditionnellement à droite et alors que son principal rival n’est même pas encore entré dans la bataille. C’est donc logiquement qu’il est apparu très détendu hier, devant une assistance de près de 800 personnes rassemblées dans l’amphithéâtre de la fac de médecine de Paris-Descartes, saluant le premier rang de l’assistance avant de faire un détour par le pool des journalistes et de lancer une boutade sur son "enfarinade" de la veille. Pas rancunier, le sourire aux lèvres, il rejoint ses comparses à la tribune pour un discours* qui va durer quarante minutes. Sauf que…
Commettre l'irréparable
Jusqu’à présent - il avait bien insisté là-dessus - il se disait absolument contre toute mesure coercitive, alors que le projet initial des socialistes prévoyait quant à lui de demander aux jeunes médecins d’exercer dans une zone de santé prioritaire pendant les premières années à la sortie des études. Dans la primaire PS, il s’était ainsi clairement différencié de Martine Aubry sur ce sujet en flinguant la coercition et en plaidant pour "une limitation du conventionnement dans les zones sur-dotées ", sans toutefois donner plus de précisions.
Les propositions santé de François Hollande
- Rétablissement des comptes de l’assurance maladie.
Fin des déserts médicaux grâce à la mise en place de pôles de santé de proximité.
Incitations financières favorisant l’installation des jeunes médecins.
Encadrement des dépassements d’honoraires puis négociation de nouvelles formes de rémunération forfaitaires pour les médecins.
Amélioration de la permanence des soins. 30 minutes de délai maximum pour accéder aux soins d’urgence.
Réforme du mode de financement de l’hôpital public.
Politique de baisse des prix du médicaments.
Suppression du droit d’entrée dans le dispositif de l’aide médicale d’Etat (AME).
Légalisation de l’euthanasie.
Hier soir, il a réaffirmé qu’"une politique de contrainte envers les professionnels était vouée à l’échec" avant de commettre peut-être l’irréparable. Car comment qualifier autrement que par la contrainte sa proposition ?
"Les modes de vie des jeunes médecins ont changé, leur exercice de la médecine va donc lui aussi se transformer. Cela je le comprends mais les objectifs restent les mêmes : lutter contre les déserts médicaux et les inégalités d’accès aux soins. C’est pour cela qu’il faut limiter certains abus. Les nouvelles installations en secteur 2 dans les zones où les médecins sont déjà trop nombreux seront donc limitées."
Formules flatteuses et rassurantes
On se souvient de la vive polémique qu’avait suscité la proposition de loi du député Philippe Vigier qui souhaitait notamment limiter l’installation des médecins – secteurs 1 et 2 – dans les zones déjà bien-dotées. Qualifié d’ "inepte, stupide et dangereux", le texte tant décrié était arrivé devant l’Assemblée entièrement vidé de sa substance avant d’être finalement rejeté. On peut aisément imaginer alors le traitement qui va être réservé à la proposition du candidat socialiste.
Pas fou, François Hollande a enrobé cette proposition-choc dans des formules rassurantes et flatteuses, telles qu' "il n’y a pas de médecine possible sans médecins" ou encore, "la santé est un enjeu majeur qu’il ne faut pas percevoir comme un fardeau mais plutôt comme un investissement d’avenir". Il n’a pas manqué non plus de fustiger la politique de santé de ces cinq dernières années et notamment la loi HPST (Hôpital, Patients, Santé, Territoire) très critiquée des professionnels, symbole selon lui "d'une idéologie comptable qui a donné trop de pouvoir aux directeurs d'hôpital sans mettre en place de véritable concertation entre les professionnels".
L’élu de Corrèze a ainsi redit sa confiance dans l’hôpital public. Il a annoncé qu’il mettrait fin à la convergence tarifaire public-privé et il a réaffirmé sa volonté d’instaurer une meilleure coordination entre l’hôpital et la ville. "L’hôpital a tout intérêt à s’appuyer sur le médecin de ville pour une meilleure gestion des urgences."
Concernant les généralistes justement, il a dit vouloir revaloriser la médecine générale dès les études de médecine, le "modèle actuel étant trop centré sur l'hôpital", via la généralisation des stages sur le terrain. Le candidat Hollande s'est également prononcé pour "un plan d'urgence pour l'installation des jeunes médecins", passant par des incitations financières, des aides dans la construction de leurs projets médicaux et dans leurs démarches administratives, et en contractualisant les carrières et les parcours professionnels. Il a par ailleurs jugé souhaitable un relèvement du numerus clausus.
Effleurer le fonds du problème
Sur la rémunération des médecins libéraux, il s’est prononcé pour un encadrement des dépassements d’honoraires,"par spécialités et par régions". Les tarifs ne pourraient ainsi pas dépasser un certain plafond. L’idée est aussi d’introduire davantage de parts forfaitaires pour "améliorer la prévention" et sortir peu à peu du paiement à l’acte, vieille antienne de la gauche.
"Les médecins sont prêts pour cela", a souligné, rassurant, François Hollande. Il veut également ouvrir un chantier du mode de protection sociale des médecins, notamment sur les congés maternité, pour répondre ainsi aux inquiétudes des femmes médecins. Enfin, il a répété que "personne ne devait vivre à plus de trente minutes d'un lieu de soin" et pour cela il mise sur les pôles de santé. "Dans chaque bassin de santé doit exister un pôle de santé de proximité, prenant plusieurs formes : maison de santé, centre de santé, structure adossée à l'hôpital public. Ce qui compte c’est le travail coordonné."
Parmi les autres propositions du candidat socialiste présentées hier soir, il y a la reconduite des plans Cancer et Alzheimer, la mise en place d’une conférence sur l’alimentation rassemblant tous les acteurs concernés pour mettre en place une politique de lutte contre l’obésité. François Hollande a également évoqué la réforme de la dépendance, érigée en priorité nationale par Nicolas Sarkozy mais définitivement enterrée par ce-dernier cette semaine. Le candidat du PS souhaite ainsi développer l’hospitalisation à domicile "pour tous ceux qui le souhaitent" car c’est un système qui "coûte moins cher et qui respecte la dignité des personnes âgées". Il souhaite également lancer un "vrai" plan autour de la santé mentale ainsi qu’un plan pour la santé des personnes incarcérées, et soutenir la recherche en matière de santé environnementale.
"Ma politique de santé repose sur quatre valeurs : le progrès, l’égalité, la croissance et la démocratie", a conclut le candidat à la présidentielle qui n’a fait qu’effleurer d’une phrase le fond du problème. "Nous devons inventer ensemble un nouveau modèle pour la santé. S'il faut chercher des ressources nouvelles, il faut mettre à contribution l'ensemble des revenus." Bah oui, y'a plus qu'à !…Mais comment ?
source egora