Publié le 16/02/2022
Le cannabis, un autre facteur de risque cardiovasculaire…
Il a été suggéré que la consommation de cannabis s’accompagnait de la présence de facteurs de risque cardiovasculaire (CV), ce qui pourrait expliquer le lien existant entre cette consommation et la survenue d’événements CV dont l’accident vasculaire cérébral (AVC) et l’infarctus du myocarde (IDM).
Skipina et coll. ont tenté de vérifier cette hypothèse à partir des données de 7 159 participants (âge : 37,8 ± 12,4 ans ; hommes : 48,6 % ; Blancs : 61,5 %) qui avaient été inclus, entre 2011 et 2018, dans les enquêtes nationales NAHNES (National Health and Nutrition Examination Surveys).
La consommation de cannabis était déclarée par chaque participant. Ont été exclus de l’étude les personnes ayant des antécédents d’AVC ou d’IDM.
Le score de risque de survenue d’une association composite de plusieurs événements CV a été calculé à partir du score de risque d’apparition d’une athérosclérose CV à 10 ans tel que défini par l’American College of Cardiology/American Heart Association (score de risque ACC/AHA d’athérosclérose CV à 10 ans)*.
Les participants ont été classés en 4 catégories selon la valeur de leur score de risque ACC/AHA d’athérosclérose CV à 10 ans : risque faible (< 5,0 %), risque limite (5,0 % à 7,4 %), risque intermédiaire (7,5 % à 19,9 %), risque élevé (≥ 20,0 %).
Risque élevé d’avoir un score élevé d’athérosclérose CV à 10 ans pour les consommateurs de cannabis
Environ 63,9 % (n = 4 573) des participants avaient consommé du cannabis.
Cette consommation s’est trouvée associée à une augmentation de 60 % du risque d’avoir un score ACC/AHA élevé d’athérosclérose CV à 10 ans (odds ratio [OR] intervalle de confiance [IC] 95 % : 1,60 [1,04 à 2,45] ; p = 0,03).
Il a été également observé une relation dose-réponse entre une plus forte consommation de cannabis et une valeur plus élevée du score de risque ACC/AHA d’athérosclérose CV à 10 ans.
Ainsi, pour les participants qui déclaraient une consommation de cannabis ≥ 2 fois par mois, il était constaté une augmentation de 79 % de la probabilité d’avoir un score élevé de risque ACC/AHA d’athérosclérose CV à 10 ans (OR 1,79 ; IC 95 % : 1,10 à 2,92 ; p = 0,02) ; de plus, ceux qui signalaient une consommation de cannabis ≥ 1 par jour encouraient une augmentation de 87 % du risque d’avoir un score élevé de risque ACC/AHA d’athérosclérose CV à 10 ans (OR 1,87 ; IC 95 % : 1,16 à 3,01 ; p < 0,001].
En conclusion, la consommation de cannabis est associée à un risque CV élevé. En conséquence, on devrait rechercher et prendre en charge, pour les réduire, les éventuels facteurs de risque CV des sujets qui consomment du cannabis de façon régulière.
*Ce score prend essentiellement en compte : âge, pression artérielle, bilan lipidique, présence d’un diabète.
Dr Robert Haïat
Référence
Skipina TM et coll. : Relation of Cannabis Use to Elevated Atherosclerotic Cardiovascular Disease Risk Score. Am J Cardiol 2022 ;165:46-50. doi: 10.1016/j.amjcard.2021.10.051.
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Publié le 16/02/2022
Ehpad : la Cour des Comptes pointe du doigt des « fragilités structurelles »
Dans son rapport annuel, la Cour des Comptes salue les efforts consentis durant la crise sanitaire pour aider les Ehpad, mais dénonce des problèmes systémiques.
Les magistrats de la Cour des Comptes ont-ils été influencés par le scandale des Ehpad, qui touche le secteur privé des maisons de retraite, au moment de rédiger leur rapport ? Difficile à dire mais force est de constater que les Ehpad occupent une place importante dans le rapport annuel de la Cour, publié ce mercredi. Essentiellement consacré, comme l’an dernier, à la gestion financière de la crise sanitaire, le rapport de l’institution présidée par Pierre Moscovici consacre tous ses premiers développements à la situation des établissements pour personnes âgés.
Une aide « exceptionnelle » de 2,2 milliards d’euros
Si la Cour des Comptes est comme généralement en faveur d’une certaine rigueur budgétaire et critique, à travers tout son rapport, les excès du « quoi qu’il en coute », elle salue en revanche « l’effort financier pérenne considérable » consenti au profit des Ehpad depuis le début de la pandémie. Les magistrats chiffrent les aides ponctuelles à destination des Ehpad (compensation des pertes de recettes, couverture des dépenses occasionnés par la pandémie et « prime Covid ») à 1,7 milliards d’euros en 2020.
En parallèle, des dépenses de plus long terme ont été consenties. Ainsi, dès avant la crise, le salaire des aides-soignants d’Ehpad publics a été augmenté de 100 euros par mois (coût total : 134 millions d’euros en 2020). De plus, dans le cadre du Ségur de la santé, le salaire de tous les personnels des Ehpad, médicaux comme non-médiaux, a été augmenté, de 183 euros dans les établissements publics et privé à but non lucratif et de 163 euros dans les Ehpad privés à but lucratif. Une aide « exceptionnelle » chiffrée à 2,2 milliards d’euros. Au total, le budget de l’Etat alloué à la prise en charge des personnes âgées a augmenté de 34 % en quatre ans.
Un manque de médecins et de personnel important
Mais les magistrats estiment que « ces mesures, pour nécessaires qu’elles fussent, ne sauraient suffire à remédier aux faiblesses structurelles des Ehpad ». Le rapport établit alors la longue liste des problèmes systémiques que rencontrent les établissements pour personnes âgés. Ainsi, un tiers des Ehpad ne disposait pas d’un médecin coordonnateur à temps plein en 2015, tandis que le nombre de consultations des résidents par des médecins généralistes est en baisse continue depuis plusieurs années. « La pénurie de médecins traitants se rendant en Ehpad est un phénomène très largement répandu » peut-on lire dans le rapport.
La Cour des Comptes souligne de manière plus globale les « difficultés plus ou moins aigues en matière de ressources humaines » auxquels sont confrontées les Ehpad. Face aux difficultés de recrutement, de nombreux établissements font ainsi appel à des salariés « faisant fonction d’aides-soignants » bien qu’ils n’aient pas la qualification adéquate. Sur ce point, la Cour regrette, comme d’autres observateurs, que le Ségur de la santé ne se soit concentré que sur la question des salaires, là où, selon les magistrats, des efforts doivent être faits sur la formation et l’évolution des carrières.
De manière générale, la Cour dénonce la stratégie à court terme de l’Etat, alors que ces problèmes structurels sont connus et dénoncés depuis plusieurs années. La crise « aurait pu être l’occasion pour l’Etat d’engager des réformes structurelles trop longtemps différée, tel n’a pas été le cas » écrivent les magistrats.
Le rapport ne manquera sans doute pas de faire réagir la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale qui a entamé, depuis le 2 février dernier, une série d’auditions consacré aux Ehpad. Ce mardi, la présidente de la commission a chargé un groupe de députés de réaliser quatre enquêtes flash de deux semaines sur la gestion humaine et financière des Ehpad.
Nicolas Barbet
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Publié le 16/02/2022
Le Danemark, modèle à suivre ou contre-exemple ?
Copenhague, le mercredi 16 février 2022 – Depuis la levée des restrictions sanitaires, le Danemark fait face à une flambée épidémique, qui sert de justification aux partisans de la prudence.
A compter de ce mercredi, la France fait un pas timide vers le retour à la « vie d’avant ». Les discothèques rouvrent, les concerts debout reprennent et la consommation dans les cinémas, les stades et les transports est de nouveau autorisé. Il faudra cependant attendre encore plusieurs semaines avant un allégement conséquent des mesures sanitaires et l’abandon éventuel du masque en intérieur et l’abolition (partielle) du passe vaccinal.
Pour justifier la lenteur de la levée des restrictions en France, qui contraste avec ce qui se fait chez certains de nos voisins européens, le ministre de la Santé Olivier Véran, interrogé ce matin sur l’antenne de France info, a utilisé un exemple : celui du Danemark. « Nous ne lèverons les mesures restrictives qu’à l’approche des présidentielles car le Danemark a levé toutes les mesures et a une mortalité plus élevée que la France ». Que se passe-t-il de si grave au Danemark pour que le royaume serve désormais de contre-exemple aux alarmistes ?
Le taux d’incidence le plus élevé au monde
Le Danemark a levé l’intégralité de ses restrictions sanitaires (à l’exception de l’isolement des cas positifs, qui ne dure que quatre jours) le 1er février dernier. Les Danois ne sont donc plus obligés de mettre des masques ou de présenter leur passe sanitaire dans les lieux publics fermés. Le gouvernement danois a même annoncé vendredi dernier qu’il comptait interrompre la campagne de vaccination au printemps prochain.
A première vue, cette politique libérale est en contradiction avec la situation sanitaire. Le Danemark fait en effet face à une flambée épidémique sans précédent. Avec environ 45 000 contaminations par jour pour 6 millions d’habitants, le royaume scandinave a le taux d’incidence le plus élevé au monde (mais il est aussi l’un des pays qui teste le plus sa population). Le nombre d’hospitalisations monte en flèche (1 500 personnes hospitalisés contre 730 il y a un mois). Plus inquiétant, le nombre de décès est aussi en augmentation : 30 Danois atteint de la Covid-19 décèdent chaque jour, contre 10 il y a six semaines.
Mais plusieurs éléments permettent de relativiser la gravité de la crise. Tout d’abord, la situation n’est pas pire qu’en France contrairement à ce qu’indique Olivier Véran. La mortalité par habitants entre les deux pays est relativement semblable (11 fois plus habité, la France compte environ 330 décès par jour). De plus, le Danemark ne compte que 30 personnes actuellement en soins critiques, contre plus de 3 300 en France. Les services de réanimation danois sont donc loin d’être saturés, contrairement à ce qu’il en est dans notre pays.
Près de la moitié des hospitalisations sont des « Covid fortuit »
Mais surtout, comme l’explique le Statens Serum Institut (SSI), un organisme d’épidémiologie danois, l’explosion des contaminations dues à Omicron a augmenté le nombre de cas de « Covid fortuit », c’est-à-dire des sujets contaminés par la Covid-19 mais qui sont hospitalisés ou qui décèdent pour d’autres raisons. Selon les épidémiologistes danois, la moitié des hospitalisations et les deux tiers des décès enregistrés comme dues au Covid-19 sont en réalité des « Covid fortuits ». « Le problème est que les chiffres sur les tableaux de bord peuvent être quotidiennement publiés sans délai, alors que la distinction entre décès avec et pour Covid-19 est connue avec un important retard » explique le SSI. Une même difficulté à laquelle est confrontée dans l’hexagone Santé Publique France, qui ne publie ses chiffres d’hospitalisation différenciés qu’avec cinq jours de retard et qui se refuse, pour le moment, à distinguer entre les décès pour et avec Covid-19.
En réalité, la question semble plus politique que sanitaire, chaque gouvernement tentant de justifier sa stratégie sanitaire. Au Danemark, le gouvernement explique que « nous pouvons apercevoir les premiers signes que l’épidémie est en train de s’inverser » et que « nous savons par expérience que le nombre d’infections diminue avec le changement de saison ». En France, les autorités ont préféré faire le choix de la prudence en s’appuyant sur des arguments tout aussi discutable. A une différence importante près, qui est que l’exécutif français a également en tête la prochaine élection présidentielle et l’impact que la situation sanitaire dans les jours précédant la vote pourrait avoir sur le score du Président de la République sortant.
Quentin Haroche
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Publié le 02/02/2022
Quelques éclaircissements sur le mécanisme des VITT survenant après vaccination anti-Covid-19
Depuis son apparition en Chine fin 2019 l'infection par le SARS-CoV-2 responsable de la Covid-19 s'est propagée rapidement de façon exponentielle pour devenir une véritable pandémie ayant affecté plus de 300 millions de personnes au niveau mondial et responsable, du fait d'un syndrome de détresse respiratoire souvent concomitant à une atteinte vasculaire plus diffuse, d'un nombre de décès important estimé à ce jour à plus de 5 millions d'individus. C'est la raison pour laquelle de nombreux trusts pharmaceutiques et certaines institutions académiques ont engagé de vastes programmes de recherche pour le développement de vaccins.
L'agence européenne du médicament, sur la base d'essais prospectifs contrôlés a validé l'utilisation selon une procédure d'urgence de quatre vaccins parmi lesquels le vaccin ChAdOx1 nCov-19 de AstraZeneca, issu d'une nouvelle technologie de thérapie génique puisqu'une partie du génome de la protéine spike du SARS-CoV-2 est transfectée aux cellules humaines via un vecteur viral à savoir un adénovirus recombinant de chimpanzé. Du fait de l'utilisation à très large échelle de ce vaccin, des effets secondaires, mettant parfois en jeu le pronostic vital, non décrits dans les protocoles initiaux, ont pu être observés.
Un syndrome associant thrombopénie et thromboses
C'est le cas d’un syndrome associant une thrombopénie souvent profonde et la survenue de thromboses apparaissant 5 à 14 jours après la vaccination par ChAdOx1 nCoV-19 chez des sujets jusque-là en bonne santé sans facteur de risque ni antécédents de thromboses dont la description initiale a été publiée par 4 équipes dans le New England Journal of Medicine. (Ref 1-4; ref 1 analysée sur JIM.fr). Ce syndrome, dénommé Vaccine induced immune thrombotic thrombocytopenia soit VITT, est caractérisé par sa gravité, étant le plus souvent mortel et par le fait que les thromboses de type veineux touchent des territoires inhabituels comme le territoire cérébral ou les veines splanchniques. Le phénomène thrombotique est souvent multifocal, le territoire artériel n'est pas épargné. Au plan physiopathologique, le fait important est qu'il a été constaté, chez tous les patients, la présence d'anticorps anti facteur 4 plaquettaire (antiPF4): cette protéine est relarguée par les plaquettes lors de leur activation pour venir se fixer aux héparanes sulfates de leur membrane : de tels anticorps dirigés contre les complexes héparine-PF4 ont pu être observés chez des patients traités par l'héparine. La présence de ces anticorps renforce l'activation des plaquettes, favorise la survenue d'un processus thrombotique et l’apparition d'une thrombopénie secondaire souvent marquée. Il faut noter qu'aucun des patients chez qui ce phénomène de VITT est survenu n'avait reçu d'héparine. Le mécanisme à l'origine de l’apparition tels anticorps après vaccination anti-COVID demande donc à être éclairci ; dans certains cas ces anticorps étaient associés à des anticorps antiphospholipides, connus aussi pour entraîner une activation plaquettaire.
Parmi les articles de la littérature ayant reporté ces cas de VITT, un article décrit deux patientes ayant présenté une thrombose de l'artère cérébrale moyenne d'évolution fatale, 10 jours après le vaccin ChAdOx1 nCoV-19.8. (Ref 5). Les auteurs du présent article ont entrepris l'étude de la spécificité des anticorps retrouvés chez ces deux patientes et leur conséquence sur la signalisation plaquettaire.
Rôle des IgG
Les patientes admises à la policlinique Umberto I de Rome avaient respectivement 57 et 55 ans. La patiente 1 présentait une occlusion de l'artère cérébrale moyenne droite et une thrombopénie sévère à 44G/L ; la patiente 2 présentait une occlusion de l'artère cérébrale moyenne gauche et de la partie terminale de l'artère carotide interne droite avec un chiffre plaquettaire diminué à 133 G/L. Les deux patientes avaient des thrombi importants au niveau de la veine portale et du territoire pulmonaire.
Les auteurs ont étudié l'action des IgG - provenant des deux patientes comparativement à celles provenant d'un donneur sain (femme de 52 ans) ayant reçu sans complication le vaccin ChAdOx1 nCoV-19 - sur la signalisation intra-plaquettaire. Ils ont étudié la voie de signalisation impliquant la p38 mitogen -activated protein kinase (MAPK - et l'extracellular -regulated kinase (ERK). Pour ce faire ils ont étudié la phosphorylation de ces protéines kinases (p38-MAPK et ERK) par réaction immunologique (western blot) après addition des IgG des patientes à des plaquettes normales. En complément ils ont étudié l'action des IgG des patientes sur l'expression à la surface de plaquettes normales du Facteur tissulaire (TF).
Les résultats montrent que les IgG des patientes induisent une augmentation significative de la phosphorylation de p38-MAPK et de ERK ainsi que de l'expression du TF à la surface des plaquettes, laquelle est ERK dépendante puisque inhibée par un anticorps spécifique. L'expression du TF à la surface des plaquettes a été également mise en évidence par cytométrie en flux, une technique beaucoup plus aisée en investigation clinique. Les auteurs ont retrouvé chez les deux patientes des anticorps anti-PF4 comme cela se produit de façon constante chez les patients atteints de VITT. Il a été montré dans des articles antérieurs que ces anticorps pouvaient entraîner une activation de plaquettes normales. Dans l'étude rapportée ici il a été également retrouvé à des degrés divers des anticorps anticardiolipides dont la spécificité (antiβ2 GPI et antivimentine) a été précisée.
Cette étude montre pour la première fois que les IgG de patients atteints de VITT sont capables de stimuler la transduction du signal intra-plaquettaire en impliquant la voie passant par la p38-MAPK et ERK aboutissant à l'expression de TF à la surface des plaquettes venant par la génération de thrombine augmenter l'activation des plaquettes,venant initier la cascade de la coagulation et in fine favoriser la formation de thrombose. Il n'est pas exclu que d'autres voies de signalisation qui n'ont pas été étudiées dans ce travail puissent être mises en jeu. Par ailleurs cette activation de la voie p38-MAPK-ERK peut être due aux anticorps anti-PF4 comme aux anticorps anticardiolipides.
Comment un tel mécanisme pathogénique peut être induit par la vaccination demeure, comme le soulignent les auteurs, encore peu clair : le rôle du vecteur adénoviral ne peut être exclu.
Dr Sylvia Bellucci
Références
1.Greinacher A et al: NEJM 2021;384:2092-2101.
2.Scully M et al:NEJM 2021;384:2202-2211.
3.Schultz NH et al .NEJM2021;384:2124-2130.
4.Cines DB et al.NEJM2021;384:2254-2256.
5.de Michele M et al Nature commun.2021;12:4663
Misasi R et coll. : Signal transduction pathway involved in platelet activation in immune thrombotic thrombocytopenia after COVID-19 vaccination.
Haematologica 2022;107:326-329.
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Publié le 09/02/2022
Vaccin anti-Covid : beaucoup d’effets secondaires sont des effets nocebo
La pandémie de Covid-19 a été la cause de plus de 5 millions de morts à travers le monde et a eu un retentissement majeur en termes de santé physique, mentale et économique. Malgré l’efficacité avérée de plusieurs vaccins, rapidement mis au point, une proportion non négligeable de la population mondiale, de l’ordre de 20 % environ, refuse la vaccination. Les raisons en sont diverses mais l’élément majeur semble être la crainte d’effets secondaires (AE ou adverses events en anglais). Selon une étude publiée en Janvier 2021, 47 % des personnes interrogées sont préoccupées par la possibilité de voir survenir des AE après vaccination contre la Covid-19. Or, plusieurs publications ont montré que la fréquence des AE était également loin d’être négligeable dans le bras placebo des essais cliniques. Ces AE sont alors appelés réponses nocebo. Elles sont liées en grande partie à l’anxiété et à la crainte de voir survenir un effet délétère post vaccinal. Avec la vaccination anti grippale, une récente méta-analyse a fait apparaître que la réponse nocebo pouvait être variée, essentiellement à type de céphalées et/ou de fatigue et qu’elle était observée dans un grand nombre de cas. Elle pourrait intervenir, de manière analogue, dans les essais vaccinaux dirigés contre la Covid-19.
Une revue systématique avec méta-analyse a été menée afin de déterminer la fréquence des AE dans le bras placebo des essais cliniques des vaccinations anti Covid-19 et afin de comparer cette fréquence à celle observée en cas de vaccination effective. Les critères d’éligibilité étaient les suivants : participation à un essai clinique randomisé, sujets âgés de 18 ans ou plus, publication en langue anglaise uniquement. Le placebo était du sérum salé et ne devait contenir aucune substance susceptible d’induire un AE. L’analyse des AE a concerné les 7 jours suivant l’injection de vaccin ou du placebo. Il a, dans ce but, été procédé à une recherche bibliographique des essais effectués dans PubMed et CENTRAL jusqu’ au 14 Juillet 2021. Les AE après première injection ont été notifiés séparément de ceux ayant suivi une deuxième administration éventuelle. Afin de comparer les AE dans les 2 bras, un calcul des Odds Ratios logarithmiques a été effectué. Deux essais cliniques, parmi ceux retenus dans la méta-analyse mentionnaient la sévérité relative des AE dans chaque bras, après première et éventuelle seconde dose de vaccin ou de placebo. Douze publications ont été retenues, totalisant 45 380 participants, 22 578 dans le bras placebo et 23 817 avec vaccination effective dont 22 802, en dernier lieu, ont été inclus dans l’analyse. Tous les articles étaient en règle générale, satisfaisants quant au risque de biais.
Le taux d’effets secondaires est plus élevé après la 2e injection d’un « vrai » vaccin
Après une première injection, 35,2 % (intervalle de confiance à 95 % IC : 26,7- 43,7%) des sujets ayant reçu le placebo ont signalé des AE, les plus fréquemment rapportés étant des céphalées (19,3 % ; IC : 13,6 – 26,1%) et de la fatigue (16,7% ; IC : 9,8- 23,6%). Après une seconde administration de placebo, 31,8 % se sont encore plaint d’un AS systémique mais, dans l’ensemble, le pourcentage d’AS a diminué avec le placebo entre première et seconde injection, à environ 31,8 % (IC : 28,7- 35,0%) pour les AS systémiques et à 11,8 % (IC : 6,6- 17,1 %) pour les AS locaux. Comparativement, chez les patients effectivement vaccinés, le taux d’AS systémiques a été plus important, de l’ordre de 46,3 % (IC : 38,2- 54,3%) après une première injection et se situant à 66,7 % (IC : 53,2- 80,3 %) pour les effets locaux. Après une seconde injection vaccinale, le pourcentage d’AS s’est accru, culminant à 61,4 % (IC : 47,4- 75,4 %) pour les effets systémiques et à 72,8 % (IC : 57,4- 88,2 %) pour les effets locaux. De façon significative, on dénombrait davantage d’AS après vaccination effective. La différence, après la première injection a été toutefois minime pour les AS systémiques l’0R étant calculé à – 0,47 (IC : - 0,54 à – 0,40 ; p< 0,001). Elle était plus marquée après la seconde, à – 1,36 (IC – 1,86 à – 0,86, p identique). On doit, cependant, signaler l’hétérogénéité notable de l’ensemble des publications retenues, avec un I2 ≥ 50 %.
La prise en compte de la sévérité des AS a servi de facteur additionnel pour quantifier l’impact de la réponse nocebo. Deux vastes études ont retrouvé une proportion égale d’AS sévères après première injection dans les 2 bras. Par contre, avec la seconde injection, cette proportion s’accroît nettement dans le bras vaccination tout en restant stable dans le bras placebo.
Ainsi, cette revue systématique avec méta analyse a évalué l’importance des effets placebo dans 12 essais cliniques ayant porté sur différents types de vaccins dirigés contre le SARS-CoV-2, à la fois dans les groupes ayant effectivement bénéficié d’un vaccin et dans les groupes placebo. Il en ressort que 76,0 % des AE systémiques et 24,3 % de effets locaux, après une première injection, sont attribuables à une réponse nocebo. Apres la deuxième injection, ces proportions se situent respectivement à 51,8 et 16,2 %, les AE les plus communément signalés étant céphalées (19,3 %) et fatigue (16,7 %) après une première dose de placebo. Il est à remarquer que, en cas de placebo, la fréquence des AE a été moindre lors de la deuxième injection alors même que, après vaccination réelle, l’inverse était noté. Des céphalées, de la fatigue, des malaises et douleurs musculaires ont été rapporté dans les deux bras mais ont été plus fréquemment associés au placebo. Délivrer donc une information sur les AE avant vaccination peut se révéler utile, en expliquant l’effet nocebo.
Plusieurs réserves sont à associer à ce travail. Le nombre d’essais cliniques sélectionnés est restreint. L’hétérogénéité des travaux a été notable, liée au mode d’identification des AE et aux différents types de vaccins étudiés. Enfin, le pourcentage de recours à un placebo a varié selon les études, allant de 14 à 50 %.
En conclusion, il apparait qu’un ou plusieurs AE sont fréquemment rapportés dans les bras placebo des essais cliniques randomisés portant sur la vaccination anti Covid, tant après la première qu’après la seconde injection. Céphalées et fatigue sont les signes les plus communément décrits. La réponse nocebo rend compte de 76 % des AE systémiques après une première injection et de 51,8 % après la seconde. Les programmes vaccinaux de santé publique doivent bien intégrer la fréquence des effets nocebo lors des vaccinations.
Dr Pierre Margent
Référence
Haas JW et coll. : Frequency of Adverse Events in the Placebo Arms of COVID-19 vaccins Trials. JAMA Netw Open ; 2022, 5 (1).e : 2143955.
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Publié le 19/01/2022
Effets des vaccins anti-Covid contre la transmission : delta n’est pas alpha (ni omicron !)
A l’heure de la déferlante du variant Omicron, les effets des vaccins anti-Covid sur la transmission virale n’ont jamais été autant à l’ordre du jour. Si la prévention des formes sévères de la maladie par la vaccination est acquise selon les résultats des essais randomisés et les données issues du monde réel, il persiste une marge d’incertitude pour ce qui est de la transmission. L’expérience acquise avec les variants précédents, en l’occurrence B.1.1.7 (Alpha) et B.1.617.2 Delta) est à cet égard intéressante, même si elle n’est transposable à Omicron. Le moindre risque d’infection symptomatique, voire asymptomatique par le SARS-CoV-2 pourrait contribuer à freiner la propagation de l’infection en réduisant de facto le nombre de propagateurs, mais d’autres mécanismes pourraient intervenir. Ainsi, la charge virale chez les individus infectés par le variant Alpha (malgré la vaccination) s’est avérée plus faible que chez les non vaccinés également infectés. Rien de tel avec le variant Delta qui a fait la preuve de sa plus grande contagiosité par rapport à son prédécesseur en dépit d’une couverture vaccinale croissante dans les pays favorisés.
Des vaccinés contaminés
Une étude de cohorte britannique permet d’en savoir plus sur le sujet. Elle a utilisé les données afférentes au traçage des cas contacts à l’échelon national, lesquelles ont été traitées au moyen d’une analyse multivariée ajustée en tenant compte du statut du cas index (vacciné ou non), du variant et du délai écoulé par rapport à la vaccination complète (deux doses).
Au total, ont été identifiés 146 243 cas contacts, de fait exposés à 108 498 patients index. Chez un sujet contact sur trois environ (n= 54 667 ; 37 %), le test PCR s’est positivé. En cas d’infection par le variant Alpha chez un patient index complètement vacciné (deux doses de BNT162b2 ou de ChAdOx1 nCoV-19), versus non vacciné, le risque de développer l’infection chez un sujet contact a été estimé sous la forme d’un rapport de taux ajusté (RTA) à 0,32 (intervalle de confiance à 95 % IC 95%, 0,21 à 0.48) avec le vaccin BNT162b2 (BioNTech-Pfizer), versus 0,48 (IC 95%, 0,30 à 0,78) avec le vaccin ChAdOx1 nCoV-19 (Oxford–AstraZeneca).
Moindre effet du vaccin sur la transmission virale quand il s’agit du variant delta
En cas d’infection du patient index par le variant Delta, la réduction de la transmission du virus a été moins prononcée, mais plus importante avec le vaccin BNT162b2. En effet, les valeurs correspondantes du RTA ont été respectivement de 0,50 (IC 95%, 0,39 à 0.65) et de 0,76 (IC 95%, 0,70 à 0,82). La charge virale chez les patients index, estimée à partir des valeurs du Ct (cycle-threshold ou cycle-seuil de détection) de la PCR n’ont expliqué que très partiellement (7 à 23 %) les effets des vaccins sur la transmission des deux variants.
Après la seconde dose de vaccin, ces effets ont diminué progressivement pour disparaître, vers la douzième semaine avec le ChAdOx1 nCoV-19 et s’atténuer de manière substantielle avec le BNT162b2. La même tendance a été observée au cours de ce laps de temps quant à la protection des cas contacts.
La vaccination complète diminue la transmission du SARS-CoV-2 du patient index vers les cas contacts.
Cependant, cet effet protecteur semble être moindre dans le cas du variant Delta et d’une vaccination complète par le vaccin ChAdOx1 nCoV-19. Il diminue assez vite dans le temps, le seuil des trois mois étant apparemment fatidique, quoiqu’un peu moins avec le vaccin BNT162b2.
La charge virale, estimée à partir des valeurs de PCR Ct au moment du diagnostic chez le patient index n’explique que très partiellement ces résultats qui ont tout lieu de ne pas s’appliquer au variant Omicron.
L’extrême contagiosité de ce dernier lui confère un profil virologique et épidémiologique inédit qui mérite des études spécifiques, au demeurant en cours dans les pays confrontés à la vague actuelle de la pandémie qui pourrait virer à l’endémie, si les tendances du moment se confirment.
Dr Peter Stratford
Référence
Eyre DW et coll. Effect of Covid-19 Vaccination on Transmission of Alpha and Delta Variants. N Engl J Med. 2022 (5 janvier) : publication avancée en ligne. doi: 10.1056/NEJMoa2116597.
Publié le 02/02/2022
Nouveaux vaccins contre la Covid : trop tard ou opportunité à saisir ?
Paris, le mercredi 2 février 2022 – Dès l’identification du variant Omicron de SARS-CoV-2 et de la confirmation qu’il allait probablement être à l’origine d’une nouvelle vague de contaminations majeure, les laboratoires Pfizer-BioNtech, Moderna et AstraZeneca ont annoncé travailler à l’élaboration d’une version adaptée de leurs vaccins contre la Covid. Alors que leurs essais ont déjà commencé, les deux premières firmes assurent que les nouveaux produits seront disponibles au printemps. Si la prouesse technologique peut être saluée, difficile cependant de ne pas redouter qu’il soit alors trop tard. Questionnée sur l’utilité de nouvelles versions disponibles en mars/avril par le Parisien, Marie-Paule Kieny, présidente du comité scientifique sur les vaccins Covid-19 confirme : « Ce n’est pas encore tout à fait sûr, parce que le pic Omicron pourrait être dépassé avant qu’elles ne soient disponibles ».
Et ce d’autant plus que ce pic correspond à un nombre inédit d’infections : certains experts jugent ainsi que la moitié de l’humanité pourrait avoir été contaminée à la mi mars. Faisant écho à la chercheuse française, un article publié sur le site de la revue Nature, le 28 janvier, revient sur les discussions des scientifiques du monde entier quant à l’utilité d’un vaccin ciblant Omicron, concluant qu’il s’agit d’une question « compliquée ».
Novavax, in extremis
Au-delà d’un vaccin adapté à Omicron, l’évolution actuelle de l’épidémie interroge sur la pertinence de l’arrivée de nouveaux vaccins sur le marché, alors que jusqu’à 300 produits demeurent encore en cours de développement. Dans ce contexte, le timing de l’arrivée du vaccin Novavax est remarquable. Sa disponibilité dans quelques semaines devrait permettre de répondre à un besoin encore prégnant, notamment parce parmi les personnes non encore vaccinées, beaucoup affirment attendre des vaccins n’utilisant par les techniques peu éprouvées (selon elles) des produits actuellement sur le marché.
Rendez-vous définitivement manqué pour Sanofi ?
Mais pour d’autres, dont les mises sur le marché hypothétiques ne sont pas attendues avant au moins la fin de l’année, difficile de ne pas craindre un rendez-vous manqué. C’est le cas notamment du vaccin des laboratoires Sanofi et GSK. Le vice-président de Sanofi est d’ailleurs lucide. Lors d’une conférence début décembre, signalée par l’Express, Thomas Triomphe observait que « les précommandes pour des produits existants ont déjà été passées pour 2022 et 2023 à hauteur de plus de 25 milliards de doses ». Aussi, la place du produit de Sanofi pourrait être marginale : « notre booster pourrait simplement être un complément » remarque-t-il. Le retard de publication de nouveaux résultats (qui s’annoncent moins bons que ceux des vaccins à ARNm), d’abord attendue fin 2021 et qui ne devraient finalement être disponibles qu’au premier trimestre 2022 contrarie encore un peu plus ce calendrier. Si le sort de Valneva est un peu plus enviable, les turbulences également rencontrées par la firme nantaise rappellent les difficultés traversées par l’industrie et la recherche françaises, qui demeurent des échecs considérés aujourd’hui comme cuisants.
Enfin un vaccin efficace contre la contagion ?
La petite start-up Lovaltech redorera-t-elle le blason hexagonal ? Cette dernière vient d’être fondée avec pour objectif l’évaluation et le développement d’un vaccin nasal prometteur. Tout a commencé avec les travaux de l’équipe de recherche BioMAP de l’UMR INRAE-Université de Tours Infectiologie qui s’est déjà illustrée par la mise au point d’un vaccin nasal efficace contre la toxoplasmose chez le singe (avec le soutien de Biotech Vaxinano). Ces scientifiques ont mis au point un vaccin nasal ciblant SARS-CoV-2 dont les résultats pré-cliniques (chez le rongeur) sont plus qu’encourageants. « Les tests pré-cliniques menés en laboratoire ont démontré l’efficacité du vaccin candidat après deux immunisations par voie nasale espacées de trois semaines, tant en termes de réponse immunitaire que de neutralisation précoce du virus original, diminuant considérablement le risque de contamination par un individu vacciné. Les résultats de ce vaccin protéique sans adjuvant ont été confortés fin 2021 par de nouveaux essais pré-cliniques sur rongeurs validant son efficacité vis-à-vis du variant Delta. Le vaccin, constitué de la protéine Spike et de protéines virales non soumises à mutation, permettrait donc de protéger contre la souche de SARS-CoV2 circulant actuellement malgré les mutations multiples » indique notamment un communiqué de l’Inrae qui signalait déjà quelques mois plus tôt : « L’efficacité protectrice de ce vaccin a également été testée en termes de survie et d’absence de signes cliniques : après vaccination et infection, 100 % des individus ont survécu, et aucun signe clinique (détresse respiratoire, perte de poids...) n’a été observé, à la différence du groupe non vacciné et infecté. De plus, le vaccin candidat a été testé en termes de contagiosité sur le modèle hamster syrien, qui restitue la physiopathologie humaine de la Covid-19, et les résultats sont sans appel : les animaux vaccinés et infectés ne montrent aucune charge virale pulmonaire et nasale détectable, à l’inverse des animaux infectés non vaccinés présentant de fortes quantités d’ARN viral dans les poumons et les cavités nasales. Ces résultats, très prédictifs de l’efficacité d’un vaccin sur l’humain, permettent de conclure à l’abrogation totale de la contagiosité entre individus ».
De nombreux obstacles avant l’hypothétique solution pour vraiment mettre fin à l’épidémie
Ces données sont positives à plus d’un titre. D’abord, le caractère universel du vaccin représente un atout indéniable : les questions quant à l’utilité d’un produit adapté à Omicron (ou à un futur variant) ne se posent en effet alors plus. Plus encore, la voie d’administration et son efficacité quant à la réduction de la contagion constitue une réponse intéressante dans le contexte actuel marqué par une explosion des contaminations malgré des couvertures vaccinales très élevées. « Seuls les vaccins par voie nasale conduiront à une protection vaccinale quasi-stérilisante en agissant dès la porte d’entrée du virus pour éviter sa propagation, mais aussi le risque d’apparition de variants, et ainsi stopper la pandémie » explique Isabelle Dimier-Poisson, présidente de LoValTech. Cette voie d’administration et ce caractère universel paraissent d’autant plus importants que le parcours sera encore long pour le produit. Notamment pour des questions financières, l’essai de phase I ne devrait être lancé qu’au second semestre 2022 avec potentiellement des problèmes de recrutement (rencontrés par Sanofi). En effet, l’épidémie sera-t-elle encore d’actualité et même si c’est le cas le plus probable demeurera-t-il assez de candidats volontaires non vaccinés et/ou non immunisés naturellement ? Puis en cas de résultats concluants, seront mis en place les essais de phase II et III. Là encore, cependant, la question des financements est cruciale. Aussi, le calendrier le plus optimiste ne peut tabler que sur une mise sur le marché fin 2023, début 2024. Quel sera alors le besoin d’un vaccin, même universel et efficace pour empêcher les transmissions ? L’incertitude est complète.
Aurélie Haroche
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Publié le 01/02/2022
Obligation vaccinale des soignants : peut-on faire plus compliqué ?
Paris, le mardi 1er janvier 2022 - « Nous allons renforcer l'obligation vaccinale des soignants et des pompiers en intégrant la troisième dose à compter du 30 janvier », annonçait le ministre de la Santé, mi-décembre. « Nous ne voulons pas, comme en Écosse, que nous ayons 25 à 30% des soignants qui ne pourraient pas travailler parce qu'ils seraient tous cas contact et donc en quarantaine » ajoutait-il pour appuyer sa décision.
Vers une nouvelle vague de suspension
D’après des données arrêtées en fin de semaine dernière et publiées par Santé publique France, 68,2% des personnels des hôpitaux et cliniques, ont déjà reçu leur dose de rappel, soit 76,9% des salariés éligibles (en ne tenant pas compte de ceux "récemment infectés", est-il précisé). En outre, 69,4% des personnels des EHPAD et des services de soins de longue durée (USLD) ont reçu leur troisième injection, soit 77,8% des soignants éligibles. Enfin, concernant les professionnels libéraux : 81,4% ont reçu leur rappel, soit 86,3% des effectifs éligibles. Notons qu’une partie des soignants, comme des Français, bien qu’éligibles au rappel, doivent attendre pour en bénéficier en raison d’une contamination dans les derniers mois. Reste, qu’un certain nombre de soignants devrait être suspendu dans les semaines à venir…
Cette nouvelle étape pour l'obligation vaccinale des soignants a commencé le dimanche 30 janvier. Cette évolution a été précisée dans un « DGS-urgent » transmis à l'ensemble des professionnels agrémentés de schémas…complexes !
Kafkaïen
Dans le détail, un professionnel ayant reçu deux doses remplit les conditions de l'obligation vaccinale « du 30 janvier au 14 février 2022, s'il a reçu sa 2ème dose il y a moins de 7 mois ou s'il a déjà reçu une dose de rappel ; à partir du 15 février 2022, s'il a reçu sa 2ème dose il y a moins de 4 mois ou s'il a déjà reçu une dose de rappel ». Les professionnels n'ayant pas reçu leur dose de rappel ne seront donc pas tous suspendus immédiatement : ils devront cependant respecter les délais prévus, en prenant en compte le fait que ceux-ci seront réduits à partir de mi-février.
De plus, un professionnel infecté peut ne pas recevoir temporairement sa dose de rappel, tant que son certificat de rétablissement est valide. De même, un professionnel bénéficiant d'une contre-indication à la vaccination n'est pas obligé de se faire vacciner, « sauf dans les cas où la contre-indication n'est valable que temporairement ».
Ce même DGS-Urgent facilite les modalités de contrôle du statut vaccinal dans les établissements. Ainsi, « les responsables des structures peuvent habiliter des professionnels disposant d’une carte CPS à procéder à la consultation des données » dans SI vaccination. En outre, « les Cpam mettront à disposition des postes informatiques en leur sein pour les professionnels ne disposant pas de carte CPS mais qui sont habilités par les responsables des structures à accéder aux données » de vaccination.
Mais ces nouvelles directives apparaissent souvent comme un casse-tête administratif pour les établissements. Sur Europe 1, Joanny Allombert, le directeur du centre hospitalier d'Avranches-Granville rapporte qu’il a 2 800 attestations d'agents à récolter et, même en s'y étant mis dès le 12 janvier, la date limite arrive un peu tôt. « La difficulté est de mobiliser tout ce personnel sur ces questions, alors même que notre énergie va essentiellement sur la tenue des services » explique-t-il. « Notre engagement est là aujourd'hui, donc nous faisons évidemment ce qui doit être fait à ce titre, mais c'est effectivement très lourd », concède-t-il.
« Une personne qui n'a pas de statut vaccinal n'a plus la possibilité de travailler. Elle ne cotise plus pour la retraite, elle n'a plus d'avancement de grade. Derrière la mesure de suspension, c'est un ensemble de conséquences juridiques qui peuvent être difficiles pour la carrière d'un agent », déplore quant à lui, Jean-Rémi Richard, directeur général des hôpitaux du pays du Mont-Blanc.
Quoi qu’il en soit, sur les réseaux sociaux les praticiens n’ont pas manqué d’ironiser sur la complexité du nouveau dispositif…
Gabriel Poteau
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Publié le 08/02/2022
L’immortalité pour 3 milliards de dollars
Plusieurs milliardaires américains, dont Jeff Bezos, ont massivement investi dans Altos Labs, une start-up qui se propose de trouver un remède contre la mort et le vieillissement.
Les rêves de grandeur de Jeff Bezos n’ont décidément pas de limites. Après avoir commencé à conquérir l’espace, après s’être fait construire le plus grand yacht du monde, le fondateur d’Amazon et homme le plus riche du monde s’est lancé un nouveau défi : devenir immortel. Ni plus ni moins. Pour celui qui veut tout contrôler dans sa vie, la mort n’est pas une option. Comme d’autres milliardaires, il a donc décidé d’investir massivement dans Altos Labs, une start-up qui « se concentre sur la programmation du rajeunissement cellulaire afin de restaurer la santé des cellules et leur résilience avec le but d’enrayer la maladie et de transformer la médecine » selon son site Internet. En d’autres termes, tenter d’enrayer le vieillissement de notre organisme grâce à la médecine régénérative et aux cellules souches.
Deux prix Nobel dans l’équipe
Créé le 19 janvier dernier par Yuri Milner, un milliardaire russo-israélien qui investit massivement depuis plusieurs années dans la médecine, Altos Labs serait la start-up la mieux financée au monde.
Elle aurait ainsi déjà récolté 3 milliards de dollars pour financer ses recherches, en partie donc avec le soutien de Jeff Bezos. Avec ce budget conséquent, la société va pouvoir embaucher les meilleurs chercheurs du monde, attirés par un salaire conséquent (on parle d’un million de dollar par an) et un budget sans limite.
Dans sa « dream team » de chercheurs, Altos Labs compte déjà deux prix Nobel : le Japonais Shinya Yamanaka, prix Nobel de médecine 2012 spécialiste des cellules souches (qui travaille officiellement « sans rémunération ») et l’Américaine Jennifer Doudna, prix Nobel de chimie 2020 pour sa contribution à la découverte de la technologie CRISPR-Cas9. Autre belle prise de guerre, Hal Barron, futur PDG d’Altos et ancien directeur de Calico Life Sciences, une autre start-up visant à trouver un remède contre la mort (dont les travaux n’ont pas abouti) et qui était financé par Larry Page, fondateur de Google. Derrière la recherche de l’immortalité, se cache donc une rivalité entre les milliardaires de la Sillicon Valley.
Quid de l’âge de la retraite ?
Si la découverte d’un sérum d’immortalité n’est sans doute pas pour tout de suite, ce laboratoire au budget illimité pourrait permettre de faire des avancées dans le domaine du vieillissement ou de la lutte contre le cancer. « Ils vont certainement découvrir des traitements pour améliorer le système immunitaire des personnes âgées, soigner des pathologies ou trouver une solution pour vivre plus longtemps en bonne santé » estime Christine Monville, chercheuse à l’Institut des cellules souches. « Il n’y a rien de nouveau dans l’esprit des travaux qu’ils vont lancer car cela fait 10 ans que la science se penche sur le mieux vieillir mais la différence se fera sur l’application de ces connaissances par des équipes de pointe » résume Laurent Levy, directeur de la start-up médical Nanobiotix.
A l’heure où le vieux rêve de l’immortalité serait à portée de milliards, de nombreuses questions métaphysiques nous assaillent. Faudra-t-il repousser l’âge de la retraite ? Le traitement contre la mort sera-t-il pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie ? Sera-t-il disponible avec un compte Amazon Prime ? Autant d’interrogations qui nous dépassent.
Quentin Haroche
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Publié le 08/02/2022
Remplacement des appareils de ventilation de Philips : retenir son souffle avant de parler de scandale ?
Paris, le mardi 8 février 2022 – En France, plus d’un million de patients souffrant d’apnée du sommeil ont recours à un appareil de ventilation à pression positive continue. Les dispositifs Philips représentent une importante part du marché puisqu’ils équipent autour de 370 000 personnes dans notre pays.
Des dysfonctionnements très rares, surtout repérés lors des opérations de maintenance
En juin dernier, Philips a annoncé un rappel mondial d’un grand nombre de ses appareils de ventilation, majoritairement à pression positive continue (80 %) mais aussi parfois support de vie et non support de vie. En cause, la dégradation de la mousse insonorisante présente dans ces appareils expose les patients à deux composés organiques volatiles (COV), le Diméthyl Diazyine et le Phénol, 2,6-bis (1,1-diméthyléthyl)-4-(1-méthylpropyl), des composés irritants et potentiellement cancérigènes. Philips a ainsi indiqué lors d’une réunion en juin avec l’Agence nationale de Sécurité du médicament que 1 304 dysfonctionnements ont été signalés au niveau mondial, dont 92 en France (47 en métropole et le reste dans les territoires d’outre mer). Ces signalements concernent très majoritairement des constatations faites lors des opérations de maintenance. Seuls onze sont liés à « un incident patient (maux de tête, irritation des voies aériennes supérieures, toux, pression thoracique et infection des sinus), soit un taux d'événements de 0,00007 %. », assure Philips.
Utiliser un filtre en attendant un remplacement rapide
Compte tenu des contraintes liées à la vague de remplacement massive (qui concernent l’organisation de la production et la disponibilité des composants), des solutions d’attente avaient été préconisées. Il a ainsi été recommandé « d’insérer un filtre et de stopper l’humidification afin de réduire le risque d’inhalation de résidus de mousse en attendant le remplacement ou la réparation des appareils concernés », indiquait l’ANSM dans son compte-rendu de réunion. Cependant, les associations de patients avaient alors précisé qu’il était « compliqué d’arrêter l’humidification sur un appareil de PPC même en période estivale ». Alors que le corps médical avait confirmé les limites d’une telle manœuvre, les autorités et le fabricant avaient souligné qu’il ne s’agissait que d’une mesure transitoire. A l’époque, Philips estimait pouvoir « mettre à jour 70 % du parc concerné d’ici fin décembre 2021 », soit par le remplacement des appareils, soit par le remplacement de la mousse.
Une information restée confidentielle ?
Cependant, mi-octobre à l’occasion d’une nouvelle réunion de suivi, le calendrier était très différent. Alors qu’à l’époque seuls 4 % des appareils avaient été remplacés (6 % aujourd’hui), la société Philips indiquait espérer pouvoir changer 50 % des dispositifs à la fin du premier trimestre 2022, 75 % mi-2022 et 100 % fin 2022. Des délais qui irritent l’ANSM et plus encore les associations de patients, qui dès novembre avaient indiqué qu’un grand nombre de malades n’avaient pas été alertés. En réaction à ce signalement (ce qui paraît signifier qu’une telle démarche n’avait pas été réalisée auparavant), une lettre d’information a été envoyée aux médecins généralistes et pneumologues leur rappelant la « conduite à tenir » pour leurs patients établie en juin avec les sociétés savantes. « Nous vous recommandons, en concertation avec les professionnels de santé, de ne pas arrêter votre traitement, quel que soit le type d’appareil utilisé. Votre pneumologue ou prestataire de santé à domicile vous a contacté ou vous contactera afin d’organiser la réparation ou le remplacement de vos équipements, selon la disponibilité du matériel. En cas de céphalées, irritation (peau, yeux, voies respiratoires), de réactions inflammatoires, de toux, de pression thoracique, d’asthme et d’infection des sinus, ou d'autres symptômes pouvant être liés à l’utilisation du dispositif, contactez votre médecin. En cas de tels effets indésirables, nous vous invitons également à faire une déclaration sur le portail des signalements, en y précisant le numéro de série complet de l’appareil (votre médecin peut vous aider à faire cette déclaration) » précise le message de l’ANSM… un message dont la diffusion semble cependant avoir été trop restreinte (ce qui rappelle de précédents défauts d’information…).
Vers un nouveau scandale sanitaire ?
Hier, l’affaire a connu une large médiatisation avec le témoignage diffusé par BFMTV et RMC d’un homme de 44 ans, Mathieu, qui vient d’apprendre qu’il est atteint d’un lymphome. Aujourd’hui, il s’interroge sur le lien entre ce cancer et son utilisation d’un des appareils de Philipps objet du rappel mondial. Il s’irrite plus encore de n’avoir jamais été prévenu de cette procédure de rappel et de ne l’avoir découverte qu’au hasard de ses recherches sur internet. Concernant le risque de cancer associé à l’exposition à la mousse défectueuse, le lien potentiel (qui n’est pas totalement écarté par les autorités sanitaires et scientifiques) est particulièrement complexe à établir, d’autant plus que des travaux récents suggèrent que les patients atteints d’apnée du sommeil dès quarante ans pourraient connaître un risque accru de développer certaines tumeurs. Néanmoins, la mauvaise transmission des informations aux principaux concernés (une fois encore…) ne peut qu’alimenter les rumeurs et les craintes. Ainsi, sur une page Facebook créée par Matthieu, certains patients commencent à échanger des données venues d’outre-Atlantique. Un rapport de la Food and Drug Administration suggérant que Philips avait identifié le problème dès 2018 (à la suite de plaintes d’utilisateurs bien plus nombreuses que le chiffre cité par Philipps à l’ANSM) mais aurait tardé à agir est notamment commenté. Des interrogations concernant les raisons pour lesquelles certains appareils contenant la mousse incriminée ont été inclus dans la procédure de rappel et d’autres pourtant également concernés par cette mousse ne le sont pas émergent également. Enfin, les questions des patients portent sur la sûreté de la préconisation de continuer à utiliser les appareils (dans une pathologie où l’observance est déjà particulièrement difficile).
Mais les experts se montrent rassurants et formels sur le rapport bénéfice/risque toujours très favorable des appareils. Cependant, face à l’inquiétude croissante des patients (et alors que certains avocats habitués de ce type d’affaires commencent à s’y intéresser), l’ANSM n’a pas caché hier lors d’une réunion organisée en présence de Philips sa volonté d’une accélération du processus de remplacement. Le président de l’Airas, une association d’insuffisants respiratoires, Christian Trouchot se félicite par ailleurs : « Nous sommes sur une véritable avancée depuis l’année dernière, car l’agence de santé du médicament (ANSM) va demander à Philips deux enquêtes précises, portant sur des résultats médicaux, notamment ».
Aurélie Haroche
jim.fr