Articles sur la santé

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Arnaud BASSEZ
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » mar. mai 19, 2020 11:39 am

Il n'y a pas que dans le monde des IADE que les coups bas se passent. Chez les médecins aussi.

AB

Publié le 13 avril 2020 à 06h00 Modifié le 13 avril 2020 à 10h56
Les services de réanimation pourront-ils tenir ?

Source :letelegramme.fr

Il n’est pas exclu que l’épidémie de coronavirus provoque jusqu’à 280 000 cas de réanimation en France.

La baisse du nombre de patients en réanimation, principal marqueur de cette crise, est une bonne nouvelle. Mais le flot pourrait durer encore de longs mois. Avec de nombreux problèmes à la clé.

C’était la priorité numéro 1 : éviter l’asphyxie des services de réanimation. Les mesures de confinement semblent porter leurs fruits : depuis le 8 avril, le nombre de patients admis dans ces services est en baisse. Le répit est réel, mais fragile. Car la stratégie pour éviter cette saturation se fait au prix d’une contrepartie : un étalement des cas dans le temps. Concrètement, en l’état, le nombre total de patients devant être admis en « réa » restera inchangé. Surtout si la maîtrise et la fin de l’épidémie passent par une indispensable immunité collective, qui ne pourra être acquise que lorsque 60 % de la population aura été contaminée. Pour les services de réanimation, cela représenterait, dans le meilleur des cas, quelques dizaines de milliers d’admissions.

Lits supplémentaires : de la « réanimation dégradée »

Le système de santé français, lui, peut théoriquement traiter jusqu’à 28 000 cas de réanimation par mois. Si l’épidémie en provoque 280 000, ce qui n’est pas exclu, faute de vaccin et d’antiviral efficace, il faudra dix mois, dans des conditions de flux parfaitement gérées et maîtrisées, pour y faire face. Dix mois, c’est fin décembre 2020. « Nous avons conscience de cela », acquiesce le Pr Alexandre Boyer, chef d’une unité de réanimation au CHU de Bordeaux. Son confrère Éric Maury, président de la Société de réanimation de langue française (SRLF) et professeur de médecine intensive et de réanimation, abonde, et met en avant d’autres paramètres. Un : la France ne compte que 5 300 lits de réanimation lourde, « avec de vrais respirateurs et le personnel médical qui lui est spécifiquement dédié ». En clair, les quelque 9 000 autres lits spécialement ouverts sur le territoire n’offriraient pas le même niveau de prise en charge. « C’est de la réanimation dégradée, avec du personnel bénévole plein de bonne volonté, mais pas spécialisé et habitué à ce service », tranchent les deux réanimateurs. « Je n’aimerais pas que mes proches y soient envoyés. Mais en ce moment, on n’a pas le choix », commente le Pr Maury.

Médicaments : « On ne sait pas si ça va suivre »

Deux : le personnel soignant spécialisé pourra-t-il tenir encore de longs mois ? « Les équipes sont vraiment très fatiguées », nous rapportait, mardi dernier, un infirmier anesthésiste breton parti en renfort dans un hôpital d’Ile-de-France, lui aussi conscient des spécificités de ces services (il a pu choisir une unité de réanimation où les cas ne sont pas les plus lourds).

Trois : certains services commencent à manquer de produits indispensables (curares, morphine, etc.). « Tout est calibré pour une situation normale, rapporte le Pr Maury. Là, tous les services de réa de France demandent les mêmes produits en même temps… comme dans les autres pays touchés ! On ne sait pas si ça va suivre. Il y a une semaine, on nous demandait de solliciter les vétérinaires… » À Bordeaux, le Pr Boyer fait aussi part de flux tendus sur les équipements. « Pour les masques, on a cinq jours devant nous. Pour les surblouses, on nous demande désormais de les réutiliser, après les avoir lavées à 60 degrés. »
Suite à ça
Les propos jugés dénigrants du Pr Eric Maury pour les anesth-réas provoquent un mini tollé

Source :whatsupdoc-lemag.fr

"Réanimation dégradée", "mainmise des anesthésistes-réanimateurs sur la gestion des flux des patients"... Les propos du professeur en médecine intensive et de réanimation Éric Maury à l'encontre des anesthésistes réanimateurs et en pleine épidémie de Covid-19 ne sont pas passés inaperçus.

C’est une mini crise dans la crise plus vaste de l’épidémie de Covid-19, qui rallume la guéguerre entre les MIR (médecine intensive et de réanimation) et les MAR (médecins anesthésistes réanimateurs). En cause : les propos tenus dans la presse par le professeur Eric Maury, membre du conseil d’administration de la société de réanimation de langue française, qu’a relevé le syndicat national des jeunes anesthésistes réanimateurs.
Dans Le Télégramme du 13 avril, le Pr Eric Maury établit une distinction entre la réanimation lourde, « avec de vrais respirateurs et le personnel médical qui lui est spécifiquement dédié », et la « réanimation dégradée, avec du personnel bénévole plein de bonne volonté, mais pas spécialisé et habitué à ce service ». Et d’ajouter : « Je n’aimerais pas que mes proches y soient envoyés. Mais en ce moment, on n’a pas le choix. »

Le Pr Eric Maury a également suscité le désarroi chez les anesthésistes-réanimateurs dans une dépêche APM du 15 avril.
« Dans un entretien à APMnews samedi, le Pr Maury a regretté la "mainmise" des anesthésiste-réanimateurs sur la gestion des flux de patients, notamment les décisions de transfert de patients d'une zone où les lits de réanimation sont saturés vers d'autres zones, et l'absence de concertation entre anesthésistes et réanimateurs médicaux dans la gestion de cette crise. »
Plutôt amusé par ce qui peut être interprété comme du dénigrement, le syndicat des jeunes anesthésistes réanimateurs analyse ainsi la situation : « Pas de trêve des confiseurs... y compris en période de crise sanitaire ! Si vous n'avez jamais lu de déclaration d'amour ou compris ce qu'était la confraternité : c'est le moment, faites confiance à certains! Merci »

L’APM a dû ajouter un addendum à sa dépêche pour préciser que « le Pr Eric Maury s’exprime en son nom propre et non en tant que président de la SRLF, et que la médecine intensive-réanimation a été en 1re ligne au même titre que les anesthésistes-réanimateurs, les urgentistes, les infectiologues, les pneumologues et les internistes ».
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Message par Arnaud BASSEZ » mar. mai 26, 2020 10:59 am

Publié le 23/05/2020
Faut-il croire en une deuxième vague ?

Paris, le samedi 22 mai 2020 – C’est encore à cause de nos fameux biais de perception. Avant de décrypter une information, nous avons tendance à décrypter son émetteur. Son expérience et ses aptitudes permettent-elles de préjuger de sa pertinence ? Si cette première question apparaît légitime et est en effet nécessaire pour déterminer le crédit que l’on peut apporter à une déclaration, elle s’accompagne souvent d’une analyse complémentaire potentiellement perturbante. Quels sont les liens de cette personne qui pourraient influencer son discours ? Quelles ont été ses déclarations précédentes ? Bien sûr, ces éléments de contextualisation sont importants pour évaluer le degré de crédibilité du message. Néanmoins, ils ne peuvent pas être suffisants pour décider a priori de l’intérêt de l’information. Ainsi, le fait que quelqu’un ait énoncé de nombreuses contre-vérités ou ait eu des relations étroites avec tel ou tel ne devraient pas entacher systématiquement et éternellement toutes ses assertions.

Si Didier Raoult le dit, c’est que c’est…

C’est dans ce cadre qu’il faut entendre avec prudence, bien sûr, les déclarations du professeur Didier Raoult concernant l’évolution de l’épidémie de Covid-19. En choisissant de dépasser les élémentaires règles d’évaluation scientifique pour clamer le bénéfice de l’hydroxychloroquine dans l’infection à SARS-CoV-2, le professeur Didier Raoult a vu sa crédibilité profondément altérée. Comment faire confiance à un discours qui s’émancipe si clairement des fondements scientifiques et qui revendique même de s’en émanciper ? Pourtant, quand le professeur Didier Raoult énonce, de la manière péremptoire qui le caractérise : « Nulle part il n’y a de deuxième vague (…) Eventuellement quelques cas sporadiques apparaîtront ici ou là (mais) l’épidémie est en train de se terminer » comme il l’a assuré dans une vidéo postée le 12 mai, faut-il rapidement ranger cette promesse dans la catégorie des élucubrations inutiles ? Bien sûr, le message suscite la défiance. Pourtant, le professeur Didier Raoult s’appuie d’une part sur sa connaissance des épidémies saisonnières d’infections respiratoires et d’autre part sur l’observation de la situation à l’étranger pour défendre une telle position.

On peut être iconoclaste et avoir raison

Cette dernière ne fait pas l’unanimité, notamment au sein des conseils scientifiques qui guident les dirigeants du monde entier dans la période actuelle de sortie prudente du confinement. Ainsi, les décideurs en sont convaincus : la deuxième vague est inévitable en Europe. D’ailleurs, les mesures de reconfinement adoptées dans certains pays d’Asie, lors d’une apparente reprise de l’épidémie, les confortent dans cette idée. Néanmoins, prudemment, quelques voix s’inscrivent dans la même ligne que le professeur Raoult, sans oublier de signaler que cette adhésion peut surprendre et susciter la défiance. « D’une manière générale, ce qu’a fait Didier Raoult à la science est impardonnable (...). Mais ce n’est pas le sujet ici. Il a eu raison de dire qu’une épidémie est en cloche » remarque ainsi sur Twitter le professeur de médecine d’urgence à la Pitié Salpetrière Yonathan Freund, rédacteur en chef de l’European Journal of Emergency Medicine. C’est également l’opinion du professeur d’épidémiologie Laurent Toubiana, qui admet : « C’est iconoclaste, mais pas plus que l’OMS qui dit que le coronavirus peut ne jamais disparaître (…) Ma thèse, c’est qu’il n’y a pas de deuxième vague », relève-t-il.

Le pire n’est pas forcément le plus sûr

Ces voix différentes invitent une nouvelle fois à nous rappeler que les certitudes sont impossibles et qu’il n’y a donc pas de raison de privilégier une perspective catastrophiste, plutôt qu’une autre. « On ne connaît pas (…) le cycle réel de cette maladie. On ne sait absolument pas s’il s’arrête après un tour de piste, comme son prédécesseur, ou s’il repart, avec plus ou moins de violence, pour une ou deux autres vagues. Personne n’a cette réponse mais on ne voit, pour l’instant, monter aucune deuxième vague à la hauteur de la première (seuls certains pays asiatiques voient augmenter lentement le nombre de contaminations, en raison de mesures encore renforcées de diagnostic et de contrôle) ou de cas sporadiques (retour de citoyens chinois aux frontières Nord-Est du Heilongjiang) qui montrent qu’il nous faut concevoir de vivre désormais avec ce virus, comme nous l’avons fait avec tous les autres depuis trois cent mille ans », remarque ainsi le professeur Jean-François Toussaint directeur de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (Irmes) dans une interview publiée sur le site de l’Université de Paris. De la même manière, Dominique Dupagne relève sur son blog : « Dans les pays qui ont connu une deuxième vague, celle-ci n’a jamais atteint une intensité supérieure au quart de la vague initiale ».
Exemples étrangers et historique
Si les certitudes sont donc impossibles, différents éléments peuvent permettre de construire des hypothèses sur la probabilité d’une deuxième vague ou tenter d’évaluer son ampleur, même si les mesures de confinement ont bouleversé nos représentations habituelles des épidémies. On l’a vu, l’analyse des situations étrangères est un premier axe riche d’enseignement. Ainsi, le professeur Jean-François Toussaint, interrogé par la Charente Libre, signale que la position consistant à mettre en doute la possibilité d’une deuxième vague : « se base sur des arguments d’analyse dans les 188 pays qui ont déclaré des cas et sur la dynamique évolutive de la maladie ». L’historique de la maladie est également un filtre pertinent. Or, le professeur Tubiana et le professeur Jean-François Toussaint constatent que si le virus a circulé en Europe avant le mois de février et dès la fin 2019, l’hypothèse d’une deuxième vague perd de sa solidité.

Un virus qui ne toucherait pas tout le monde

Ces experts mettent également en avant le fait qu’une partie de la population pourrait « résister » au virus. « Très vite, nous sommes nombreux à réaliser qu'une bonne partie de la population ne semble pas pouvoir être touchée par le virus. La confirmation est venu récemment de deux belles études dans Cell et Nature (…) : il y aurait une immunité croisée avec d'autres virus » relève Yonathan Freund. « Une partie non négligeable de la population pourrait ne pas être sensible au coronavirus, parce que des anticorps non-spécifiques de ce virus peuvent l’arrêter » observe également le professeur Toussaint. Les implications de telles théories sur la circulation du virus sont nombreuses, tandis que l’on constate également des zones d’ombre autour des données sérologiques. « Il y aurait donc une bonne proportion de la population que le virus ne peut toucher. Par ailleurs, les sérologies ont de nombreux faux négatif. On peut donc dire qu’il y a beaucoup plus de 5 % de patients avec des anticorps » se risque Yonathan Freund. « Ce virus n’est pas un marathonien, c’est un sprinter : il s’épuise très vite, et c’est peut-être notre chance », compare Jean-François Toussaint.

La deuxième vague en retard ?

Enfin, les données d’hospitalisation de ces derniers jours en France pourraient inciter à l’optimisme et pourraient conforter l’idée d’un virus n’affectant qu’une partie restreinte de la population. Plusieurs éléments sont ainsi mis en avant par Yonathan Freund : « Premier indice, le 93 et d'autres régions à forte densité de population, ou le confinement n'est pas possible ou en tout cas pas autant qu'ailleurs. Très vite, dans ces lieux, plus de circulation de virus et quasiment plus d'infection aiguë symptomatique. (…) Là où j'ai été très étonné, c'est sur le modèle qu'a constitué notre service d'urgences. Les deux premières semaines de "la vague", il y a eu près de 20 % des médecins (séniors ou internes) touchés. Tous les trois jours un nouveau. Et ce alors que nous prenions des précautions énormes. Au bout d'un moment, on s'est relâché, comme tout le monde. On est humain. Entre nous, et avec les malades. Un peu moins de précaution. Il n'y a plus eu un seul infecté. Donc 80 % du service n'a pas été touché malgré une certaine exposition. Tous les tests sérologiques de ces "non infectés" étaient négatifs, donc il ne s'agissait pas d'infection asymptomatique. Ou en tout cas pas celle qui fait de l'anticorps qu'on retrouve » détaille-t-il avant de conclure : « Le confinement était vraiment limite sur la fin à Paris, et dans certains quartiers en particulier (dont chez moi). Pourtant, 3-4 semaines après ces relâchements, zéro nouveaux cas diagnostiqués dans notre hôpital. Constat partagé ailleurs ».

Le déconfinement est-il trop prudent ?

Entendre ces considérations sur une deuxième vague possiblement limitée, voire inexistante, pourrait inciter à reconsidérer les mesures de déconfinement adoptées. Ceux qui veulent croire à l’absence de deuxième vague s’inquiètent ainsi d’un excès de précaution. Yonathan Freund est ainsi un partisan d’une véritable réouverture des écoles, des parcs et des plages. Dominique Dupagne, rappelant combien l’âge est le premier facteur de risque de formes graves commente également : « En tenant compte de ces données de mortalité, une autre stratégie se dessine, qui mériterait d’être envisagée : continuer la pédagogie sur les mesures barrières, orientée vers les sujets à haut risque : essentiellement les sujets âgés ou ceux qui cumulent les facteurs de risque, continuer à encourager le télétravail pour les plus de 50 ans. Ne plus lutter contre la diffusion du virus dans les populations quasiment sans risque de complications graves : enfants, adolescents, adultes de moins de 30 ans sans facteurs de risque. Trouver des solutions intermédiaires pour les sujets jeunes qui cohabitent avec des sujets à haut risque. Réserver l’autorité publique coercitive aux rares situations mettant en danger la vie d’autrui, comme les visites en EHPAD sans masque. Le principe serait de restaurer un libre-arbitre réfléchi, chacun choisissant ou non de s’exposer en fonction de son risque personnel ou familial et de ses priorités de vie. Cette attitude accélèrerait considérablement la constitution d’une immunité de groupe, avec des conséquences modérées en terme de surcroît de décès. Ses bénéfices sociaux, économiques et humains seraient en revanche considérables. Par ailleurs, même si nous n’avons pas de certitudes, il paraît hautement probable que les sujets ayant une sérologie SARS-CoV-2 positive présentent un risque infime de retomber malade et d’être de nouveau contaminant à court terme. Dès que nous disposerons de sérologies très fiables (dont la spécificité sera supérieure à 99 %), il sera utile de tester massivement la population. On pourrait donc permettre à une part importante des français de reprendre une vie normale, d’aller au restaurant, au cinéma et de prendre en charge les enfants. Cette population de moins de 50 ans (et donc à faible risque) se contaminerait sans danger significatif et accroîtrait considérablement l’immunité collective, au bénéfice du reste de la population qui continuerait à se confiner volontairement ».

En tout état de cause, même si l’inquiétude sur une deuxième vague est légitime, on ne peut que s’interroger sur certaines mesures du déconfinement, dont certaines se révèlent ubuesques. Ainsi, comment comprendre, comme le remarque Dominique Dupagne, que les salles du château de Chantilly soient ouvertes au public, mais pas son jardin, où les risques de contamination sont bien plus faibles que dans des lieux confinés et où l’aération n’est sans doute plus optimale ? Cet exemple constitue une des nombreuses incohérences des mesures de déconfinement, alors que parallèlement l’information sur les risques des plus menacés apparaît très restreinte.

Faut-il craindre, plus qu’une deuxième vague, un déconfinement sous l’eau ?

On pourra relire :
Le blog de Dominique Dupagne : https://www.atoute.org/n/article385.html

Le thread de Yonathan Freund : https://twitter.com/yonatman/status/1263509575522750464

Les interviews de Jean-François Toussaint dans la Charente Libre : https://www.charentelibre.fr/2020/05/20 ... 600838.php et sur le site de l’Université de Paris https://u-paris.fr/covid-19-le-point-de ... toussaint/

Aurélie Haroche

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Publié le 23/05/2020
Hydroxychloroquine dans la Covid-19 : point final ?

Sur la base d’un petit nombre d'expériences anecdotiques qui ont montré des réponses variables dans des analyses d'observation non contrôlées, et de petits essais ouverts et randomisés qui ont été aussi largement non concluants que sur-médiatisés et sur-politisés, l'hydroxychloroquine (HCQ) ou la chloroquine (CQ)- souvent en combinaison avec un macrolide de deuxième génération (azithromycine ou clarithromycine) - sont largement utilisées pour le traitement de la Covid-19, bien qu'il n'existe aucune preuve concluante d’un bénéfice.

Habituellement anodins lorsqu'ils sont utilisés dans des indications approuvées telles que les maladies auto-immunes ou le paludisme (et à de moindres posologies), le rapport bénéfice-risque de ces schémas thérapeutiques est mal évalué dans le cadre de la Covid-19. De plus, des études antérieures ont montré que le traitement par CQ, HCQ combiné ou non à un macrolide peut allonger l'intervalle QT, ce qui pourrait être un mécanisme de survenue d’arythmies ventriculaires avec leurs funestes conséquences, comme le font remonter les données de la pharmacovigilance.

Un travail de Bénédictin

Des auteurs ont compulsé un registre multinational sur l'utilisation de l'HCQ ou de la CQ avec ou sans macrolide, embrassant les données provenant de 671 hôpitaux de six continents, des patients hospitalisés entre le 20 décembre 2019 et le 14 avril 2020, avec le diagnostic de Covid-19 confirmé par laboratoire. Les patients qui ont reçu l'un des traitements susmentionné dans les 48 heures suivant le diagnostic virologique ont été inclus dans l'un des quatre groupes de traitement (CQ seule, CQ + macrolide, HCQ seule, HCQ + macrolide). Le groupe de contrôle comprenait les patients n’ayant reçu aucun de ces 4 traitements. Ont été exclus les patients chez lesquels l’un de ces traitements avait été initié plus de 48 heures après le diagnostic ou alors qu'ils étaient déjà sous ventilation mécanique, ainsi que ceux qui avaient reçu du remdesivir (un antiviral). Les objectifs principaux étaient la mesure du taux de mortalité hospitalière et l'apparition d'arythmies ventriculaires de-novo (tachycardie ventriculaire soutenue ou non, ou fibrillation ventriculaire).

Plus de décès et plus d’arythmies dans les groupes CQ et HCQ ± macrolides

Au total 96 032 patients (âge moyen 53,8 ans, 46,3 % de femmes) répondaient aux critères d'inclusion. Parmi eux, 14 888 faisaient partie des groupes de traitement (1 868 CQ, 3 783 CQ + macrolide, 3 016 HCQ, 6 221 HCQ + macrolide) et 81 144 faisaient partie du groupe contrôle ; 10 698 (11, 1 %) patients sont décédés à l'hôpital. Après contrôle des multiples facteurs de confusion (âge, sexe, race, ethnicité, IMC, pathologie cardiovasculaire sous-jacente, diabète, pathologie pulmonaire sous-jacente, tabagisme, immunodépression et gravité initiale de la maladie ) et comparé à la mortalité dans le groupe contrôle égale à 9,3 %, les 4 schémas thérapeutiques ont été chacun indépendamment associés à un risque accru de mortalité hospitalière. HCQ (18,0 %), rapport de risque 1,335, intervalle de confiance à 95 % IC 95 % 1,223 – 1,457) ; HCQ + macrolide (23,8 %, 1,447, 1,368 – 1,531) ; CQ (16,4 %, 1,365, 1,218 – 1,531) ; CQ + macrolide (22,2 % ; 1,368, 1,273 – 1,469). De plus, par rapport au groupe contrôle (0,3 %), les 4 schémas thérapeutiques ont été indépendamment associées à un risque accru d'arythmies ventriculaires de-novo pendant l'hospitalisation : HCQ (6,1 %, 2,369, 1,935 – 2,900), HCQ + macrolide (8, 1 %, 5,106, 4,106 – 5,983), CQ (4,3 %, 3,561, 2,760 – 4,596) et CQ + macrolide (6, 5 %, 4, 011, 3,344 – 4,812). L'âge, l'IMC, la race noire ou l'origine hispanique (par rapport à la race blanche), les maladies coronariennes, l'insuffisance cardiaque congestive, les antécédents d'arythmie, le diabète, l'HTA, l'hyperlipidémie, la BPCO, le tabagisme et l’immunodépression ont été associés à un risque plus élevé de décès hospitaliers. Inversement, le sexe féminin, l'origine asiatique, l'utilisation d'inhibiteurs de l'ACE (mais pas de bloqueurs des récepteurs de l'angiotensine) et l'utilisation de statines ont été associés à un risque réduit de mortalité hospitalière.

Des limites

Bien que portant sur de vastes effectifs internationaux sur six continents, cette étude n’en présente pas moins plusieurs limites. Rétrospective et observationnelle, toute constatation d'une diminution de la survie sous CQ ou HCQ doit donc être interprétée avec prudence. Bien qu’il existe une cohérence entre l'analyse primaire et les analyses appariées par score de propension, la possibilité de facteurs confondants non mesurés ne peut être formellement exclue. Ainsi, ne peut en être formellement déduite une relation de cause à effet entre pharmacothérapie et survie. De plus, cette étude ne s'applique pas aux patients non hospitalisés. Enfin, bien que la relation entre les traitements médicamenteux et l'apparition d'arythmies ventriculaires ait été évaluée, les auteurs n’ont pas mesuré les intervalles QT, ni stratifié le schéma d'arythmie (comme la torsade de pointes par exemple). Ils n’ont pas non plus établi si l'association entre le risque accru de décès hospitalier et les traitements médicamenteux était directement liée au risque cardiovasculaire, ni effectué une analyse dose-réponse des risques observés. Des essais cliniques randomisés seront nécessaires avant de pouvoir tirer une conclusion sur les avantages ou les inconvénients de ces molécules chez les patients atteints de Covid-19. Cette étude observationnelle multinationale en situation réelle de patients atteints de Covid-19 hospitalisés, révèle que le recours à l'hydroxychloroquine ou à la chloroquine (avec ou sans macrolide) n'a été associée à aucune preuve de bénéfice, mais a plutôt été associée à une augmentation du risque d'arythmies ventriculaires et à un plus grand risque de décès hospitaliers. Ces résultats confirment que ces traitements ne sont guère anodins, ne devraient pas être utilisés en dehors des essais cliniques et qu'une confirmation urgente par des essais cliniques randomisés est nécessaire (Discovery, où es-tu ?).

Dr Bernard-Alex Gaüzère
Référence
Mehra M R, Desai S S, Ruschitzka F, Patel AN : Hydroxychloroquine or chloroquine with or without a macrolide for treatment of COVID-19: a multinational registry analysis. www.thelancet.com Published online May 22, 2020 https://doi.org/10.1016/S0140-6736(20)31180-6
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » mar. mai 26, 2020 11:12 am

Publié le 25/05/2020
Attentes et défiance autour de l’ouverture du Ségur de la Santé

Paris, le lundi 25 mai 2020 – A 15h30 aujourd’hui, le Premier ministre et le ministre de la Santé présideront une conférence virtuelle exceptionnelle pour l’ouverture du « Ségur de la Santé ». Trois-cent participants ont été invités à assister à cette réunion préliminaire. A l’hôpital, les représentants des sections santé des centrales syndicales, des organisations professionnelles, des collectifs récemment créés et des fédérations sont attendus. Les soins de ville font également partie des acteurs de la discussion, ainsi que le secteur médico-social. Le gouvernement a souhaité une très large représentation, afin de promouvoir l’image d’une négociation consensuelle, évitant les ségrégations habituelles. Du côté des pouvoirs publics, Nicole Notat, ancienne dirigeante de la CFDT a été chargée de piloter cette refondation du système de santé. Le gouvernement compte sur sa réputation de conciliatrice et de pragmatisme pour garantir à l’ensemble des organisations participantes l’écoute qu’elles attendent et une véritable prise en considération du terrain.

Connaître très vite les marges de manœuvre budgétaires

Si le gouvernement a voulu multiplier les gages d’une discussion la plus ouverte possible, les syndicats abordent cette journée non sans une certaine défiance. Certains redoutent déjà que le Ségur ne se transforme en rendez-vous manqué. Aussi, espèrent-ils que dès aujourd’hui, le gouvernement formulera des annonces claires sur les marges de manœuvre budgétaires qu’il fixera. « Il y a une telle défiance chez les soignants que ce serait un signal fort de l’annoncer lundi » relève Anne Gervais, porte-parole du Collectif inter-hôpitaux.

Revalorisations : une refonte de la grille indiciaire inévitable ?

Si on ignore les intentions du gouvernement en la matière, on sait que l’objectif du ministre de la Santé et d’Edouard Philippe est d’exposer la méthode de discussion et son calendrier. Il a déjà été précisé que quatre champs de réflexion sont ouverts qui concernent les rémunérations et la revalorisation des carrières, l’organisation intra-hospitalière et le lien avec la ville, l’investissement et l’architecture territoriale.

Concernant la hausse des salaires, quelques pistes ont déjà été données. Le gouvernement sait qu’il ne pourra se contenter d’une politique de primes, qui a été jusqu’ici sa marque de fabrique, et qui a soulevé d’importantes critiques. Il paraît difficile d’éviter une refonte de la grille indiciaire de la fonction publique hospitalière. Si de nombreuses annonces concernant les infirmières ont déjà été faites, avec l’idée de ramener le salaire de ces professionnelles françaises au même niveau que la moyenne européenne (ce qui suppose une hausse d’environ 300 euros par mois), les attentes sont également fortes dans d’autres professions et dans certains secteurs, notamment dans les établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD). Parallèlement à la hausse des salaires, le Ségur de la santé doit également s’intéresser aux évolutions de carrière : des détails sont attendus sur ce que le gouvernement entend par la création de nouveaux « parcours professionnels ». Olivier Véran a également évoqué la possibilité de permettre à ceux qui le souhaitent de travailler davantage, une formulation qui a déconcerté de nombreux syndicats, même si d’aucuns, telle la Fédération hospitalière de France, confirment que la sortie du « carcan » des 35 heures est indispensable.

En finir avec les administrations technocratiques oublieuses des patients

La hausse des salaires et la refonte des carrières sont destinées à renforcer l’attractivité de l’hôpital. Si les professions médicales et paramédicales séduisent un nombre croissant de candidats (comme en témoignent les succès de ces filières sur la plateforme Parcoursup), les déceptions sont également nombreuses. Jusqu’à « 30 % des nouveaux diplômés chez les infirmiers abandonnent la profession dans les cinq ans », souligne par exemple Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des personnels infirmiers. D’une manière générale, les hôpitaux, en particulier en dehors des grandes villes, peinent à recruter. Outre des rémunérations décentes et des perspectives d’avenir redessinées, une organisation repensée autour des patients et des professionnels apparaît essentielle. Un grand nombre de syndicats appellent ainsi à en finir avec certaines logiques managériales qui font du nombre de lits occupés le seul critère d’évaluation. A cet égard, la souplesse qui s’est imposée pendant la crise sanitaire est riche d’enseignements et incite en effet à abandonner certains dogmes. Le gouvernement pourrait s’orienter vers une gestion plus médicale des établissements ; il a déjà promis de sortir du « tout administratif ». L’accent devrait également être mis sur une véritable coordination avec la ville : là encore certains dispositifs mis en place pour répondre à l’urgence et à l’objectif de surveillance de l’épidémie pourraient être inspirants et confirment que les obstacles habituels peuvent être assez facilement (?) dépassés. Sur cet aspect de l’organisation intra-hospitalière, pourrait par ailleurs être décidé un moratoire sur la fermeture des lits ou en tout cas une politique plus proche des besoins locaux.

Réfléchir aux investissements et aux logiques territoriales

Les équipes ont également pu constater combien la période de crise avait permis d’oublier les contraintes budgétaires qui habituellement conditionnent tout nouvel achat. Le gouvernement a promis d’évoquer la question des investissements. Avant la crise, une reprise de la dette hospitalière à hauteur de 10 milliards d’euros avait été actée ; la semaine dernière Olivier Véran a revu cette ambition à la hausse en parlant de 13 milliards d’euros. Mais au-delà de ces chiffres, ce sont des dispositions concrètes qui sont attendues par les syndicats notamment à propos de l’accélération de l’assouplissement de la tarification à l’activité. Olivier Véran devra notamment se montrer plus clair quant aux contours de ce qu’il a baptisé « la tarification par population ».

Concernant les investissements ils sont aujourd’hui souvent conditionnés aux autorisations des Agences régionales de santé (ARS). Ces dernières sortent affaiblies par la crise, même si des différences existent en fonction des régions. Mais d’une manière générale et alors que la levée progressive des plans blancs témoigne de nouvelles difficultés, à l’hôpital comme en ville, les critiques sont nombreuses et visent une certaine déconnexion du terrain. Ainsi, une administration plus territorialisée est espérée : quels contours la France, championne de la centralisation pourra-t-elle donner à cette attente ?

Déconfinement de la colère : séquence à haut risque

Alors que sur tous ces points, des détails précis sont attendus, la grande absente de ces discussions pourrait être l’augmentation des effectifs, ce qui suscite déjà au sein de certaines organisations crispation et déception. Globalement, les syndicats abordent ces discussions avec un esprit de défiance et onze organisations ont déjà programmé une journée d’action le 16 juin, tandis que des petits « regroupements » ont déjà été constatés ces derniers jours aux abords de certains établissements. Par ailleurs, un collectif de soignants baptisé « Les jours heureux » a publié dans Libération une tribune appelant à un véritable service public de la santé. Souhaitant, achever les discussions avant le 14 juillet afin qu’une grande partie des mesures discutées puissent être inclues dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, Olivier Véran et le gouvernement s’engagent dans une nouvelle séquence presque autant à risque que celle du déconfinement.

Aurélie Haroche

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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » mar. mai 26, 2020 11:24 am

Publié le 25/05/2020
La Chine prête à « enquêter » sur l’origine du SARS-CoV-2
Pékin, le lundi 25 mai – Sous la pression des Occidentaux, le gouvernement chinois s’est dit prêt à une coopération internationale pour préciser l’origine du virus. En Europe, le déconfinement s’accélère tandis qu’en Amérique latine on se prépare à des mois difficiles.

Un véritable caillou dans la chaussure de Pékin. Déjà accusé d’avoir dissimulé la gravité de l’épidémie de coronavirus à ses débuts et de mentir sur le nombre réel de victimes dans le pays, le gouvernement chinois doit faire face depuis plusieurs semaines à une théorie selon laquelle la pandémie actuelle serait dûe à un accident au laboratoire de virologie de Wuhan, berceau de l’épidémie. Loin d’être un délire complotiste, cette hypothèse a été émise par le très sérieux journal américain The Washington Post et est désormais défendue par l’administration Trump.

Le laboratoire de Wuhan nie toute responsabilité

Dans ce dossier, Pékin a finalement décidé de se montrer conciliant. Alors que plusieurs pays occidentaux ont, lors de la dernière réunion de l’Assemblée mondiale de la Santé, exigé une enquête internationale sur les origines du virus, le ministre des affaires étrangers chinois Wang Yi s’est dit prêt ce dimanche à une « coopération internationale » pour déterminer la source de la pandémie. Le ministre a précisé que cette future enquête devrait s’abstenir de toute « ingérence politique » et n’a pas manqué de critiquer au passage les responsables politiques américains qui « propagent des rumeurs pour stigmatiser la Chine ».

Cette décision du gouvernement chinois intervient après que la directrice du laboratoire de Wuhan mis en cause, Wang Yanyi, ait affirmé ce samedi à la télévision chinoise que son centre de recherche n’avait rien à voir avec l’épidémie actuelle. Selon elle, les accusations américaines sont de la « pure fabrication ». Si elle reconnait que le laboratoire de Wuhan détient bien des souches de coronavirus de chauves-souris, ces pathogènes sont différents du SARS-CoV-2 qui frappe actuellement la planète. La thèse d’une contamination via le marché aux animaux exotiques de Wuhan reste la piste privilégiée par Pékin, certains scientifiques évoquant un mélange entre coronavirus de chauve-souris et de pangolin dans le marché...

Accélération du déconfinement en Italie et en Espagne

En Europe, tandis que l’épidémie semble s’essouffler, le déconfinement s’accélère. En Italie (32 800 morts), après les cafés, les restaurants et les églises, ce sont les salles de sport et les piscines qui rouvriront leurs portes ce lundi. Avec des conditions particulières puisque les sportifs et nageurs italiens devront réserver leur place. La prochaine étape du déconfinement aura lieu le 3 juin, avec l’autorisation de se déplacer entre les régions et la réouverture des frontières.

Situation similaire en Espagne (28 800 morts) où le jusque là très prudent Pedro Sanchez a finalement concédé une accélération du déconfinement, sous la pression du parlement mais aussi de la rue, où les manifestations anti-confinement prennent de l’ampleur. Le Président du Conseil a ainsi annoncé ce samedi la reprise du championnat de football le 8 juin prochain et la réouverture des frontières en juillet. Rappelons qu’en Espagne, le déconfinement est à géométrie variable : les habitants de Madrid et Barcelone n’ont ainsi retrouvés leur liberté de circulation que ce lundi, deux semaines après leurs compatriotes.

Hécatombe annoncée en Amérique du Sud

Si la situation s’améliore en Europe, où beaucoup espèrent un été presque normal, elle s’aggrave fortement en Amérique du Sud, désormais l’épicentre de l’épidémie. Au Pérou (3 500 morts), le confinement, en vigueur depuis le 16 mars a été prolongé jusqu’au 30 juin. Au Brésil (22 700 morts), ce sont désormais plus de 900 personnes par jour qui décèdent du coronavirus. Les Etats-Unis viennent d’ailleurs d’annoncer qu’ils ferment leurs portes aux ressortissants brésiliens. La région s’apprête à vivre une période tragique, à l’image de celle vécu par l’Europe en mars-avril.

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Publié le 19/05/2020
Dangers du Covid-19 pour les soignants, fallait-il une méta-analyse…
Les professionnels de santé et, d’une manière générale la catégorie des soignants constituent une population à haut risque face aux infections contagieuses parmi lesquelles se rangent en bonne position celles liées aux représentants les plus pathogènes et les plus mortifères de la vieille famille des coronavirus. En l’occurrence, ce sont : SARS-CoV-2, SARS-CoV-1 et Middle Eastern respiratory syndrome (MERS)-CoV. Chronologiquement, c’est le SARS-CoV-1 qui a inauguré la série en 2003 en Chine. Le dernier venu a moins de six mois d’existence mais, à lui seul, il totalise le plus grand nombre d’infections et de publications attenantes.

Une revue rapide des bases de données électroniques de l’OMS –incluant PubMed, MEDLINE et Elsevier Embase- et des préprints du serveur de medRxiv, de 2003 jusqu’au 24 avril 2020 permet de dresser un état des lieux et d’intégrer les informations les plus récentes sur le Covid-19 en ce qui concerne spécifiquement le risque encouru par les soignants et les facteurs prédisposants : caractéristiques démographiques, fonction précise, degré d’exposition, variables environnementales et administratives, équipement de protection individuelle (EPI), infections. Les données ont été extraites par un expert qui s’est en outre penché sur les limitations méthodologiques de chaque étude. Une vérification a été faite par un second expert.

Une proportion significative de cas, généralement peu sévères mais pas toujours

Au total, 64 études le plus souvent transversales et rétrospectives répondaient aux critères d’inclusion dont 43 portant sur le risque encouru par les soignants (15 avec le SARS-CoV-2) et 34 sur les facteurs prédisposants (3 avec le SARS-CoV-2). Leur revue n’apporte que peu d’éléments nouveaux voire enfonce des portes ouvertes, mais elle a le mérite d’exister et de fournir des données chiffrées.

Les soignants ont été, de fait, exposés à un risque élevé d’infection au point de représenter une proportion importante des cas de Covid-19 dans certains pays (mais sans dépasser quelques pour cent, même dans les pires des cas), l’absence de protection appropriée en temps et en heure étant un facteur de risque indépendant majeur. La maladie a été en règle moins sévère chez les personnels soignants -avec tout de même une mortalité significative- mais la dépression, l’anxiété et la détresse psychologique ont été en revanche plus fréquentes notamment au cours de cette nouvelle épidémie…

Ce sont les EPI qui ont été le facteur le plus déterminant quant à l’incidence des infections chez le personnel soignant et l’association s’est avérée particulièrement étroite avec les masques et à un moindre degré, tout en restant significative, avec les gants, les surblouses, les protections oculaires…et le lavage des mains. Qui plus est, une relation de type dose-effet a été mise en évidence entre le risque de contamination et le recours aux mesures de protection précédentes. Aucune surprise quant aux gestes ou situations les plus dangereuses : l’intubation endotrachéale ou encore le contact direct avec le patient ou avec ses sécrétions corporelles figurent en priorité parmi ceux-ci. La formation et l’entraînement du personnel quant aux mesures visant à contrôler l’infection ont été comme il se doit associés à une diminution du risque encouru.

Avoir des masques très fitrants au minimum…

Dans cette analyse de la littérature qui a le mérite d’être exhaustive, figurent peu d’études spécifiques au SARS-CoV-2 et à l’appréciation fine des facteurs qui favorisent l’infection chez les soignants. De plus, la méthode de revue accélérée des données intégrant les préprints presqu’en temps réel reste bien grossière par rapport à celle des méta-analyses classiques où l’on prend son temps pour disséquer les études et en extraire la « substantifique moelle. » Les soignants, population à risque depuis toujours face aux maladies contagieuses, auront été mis à rude contribution au cours de cette pandémie de Covid-19 qui n’a rien à voir avec les épidémies de SRAS et de MERS limitées dans le temps et dans l’espace… si ce n’est la nécessité de se protéger au mieux de coronavirus très pathogènes, de préférence avec des EPI et au minimum avec les masques les plus filtrants.

Les soignants occupent une place stratégique dans la lutte contre la pandémie, la stabilité du système de santé et la transmission secondaire du virus : autant d’arguments pour leur assurer la sécurité dans l’exercice de leurs missions… et poursuivre de manière prospective les recherches visant à optimiser leur protection face aux maladies contagieuses.

Dr Philippe Tellier
Référence
Chou R et coll. : Epidemiology of and Risk Factors for Coronavirus Infection in Health Care Workers: A Living Rapid Review. Ann Int Med 2020 : publication avancée en ligne le 5 mai.doi: 10.7326/M20-1632.

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Publié le 22/05/2020
Le Danemark, le pays qui refuse le masque

Paris, le vendredi 22 mai 2020 - Dans une Europe endeuillée par la Covid-19, le Danemark fait globalement figure de bon élève. Le 29 avril, les autorités danoises pouvaient affirmer sans crainte que « l’épidémie était désormais sous contrôle ». A la date du 21 mai, le pays comptait un total de 561 morts (soit 96.8 morts par million d’habitant, un chiffre proche de celui de l’Allemagne).

La clé du succès Danois repose sur trois piliers.

Tout d’abord, le pays a mis en place dès le 22 mars une stratégie « offensive » de dépistage de la population, et ceci malgré la pénurie qui frappait également le pays. En outre, et comme en France, le pays a su augmenter ses capacités hospitalières en créant des établissements et des lits supplémentaires en réanimation. Enfin, le succès s’explique par le civisme des habitants et le strict respect des recommandations préconisées par les autorités de santé danoise : distanciation physique, lavage des mains et socialisation limitée.

Le pays pourrait apparaitre comme un modèle à suivre. Et pourtant, un élément détonne dans ce tableau : le refus du pays d’édicter une recommandation générale en faveur du port du masque.

Pas de preuve, pas de masque

Parmi les pays européens, le royaume est l’un des rares à ne pas émettre une telle recommandation. Mieux : les autorités vont même jusqu’à déconseiller son utilisation.

Pour les autorités danoises, la justification est simple : l’utilité du port du masque ne serait tout simplement pas prouvée.

Hans Jorn Jepsen Kolmos, microbiologiste et chercheur au CHU d’Odense résume ainsi le débat : « ce n’est pas une question de croire au masque ou pas (…) la position des autorités sanitaires est que, pour l’instant, nous n’avons pas de preuve clinique, scientifique, disant que les masques peuvent protéger efficacement le grand public. »

Adoptant une position proche de celle de l’OMS, les autorités danoises estiment que, même si certaines études partielles vont dans le sens de l’utilité du masque, le problème est que sa mauvaise utilisation par la population risquerait d’augmenter les risques d’infections plutôt que de les réduire.

Ainsi, le Professeur Brian Kristensen, chef de l’unité centrale des infections et de l’hygiène à l’Institut de sérologie d’État estime d’ailleurs qu’il est illusoire « de croire que cette protection constitue un rempart contre le Covid-19 pour les citoyens. Elle procure une fausse sécurité et peut dans le pire des cas propager le virus. »

En l’absence de « preuve scientifique » et tant que le bilan des morts reste stable, les autorités danoises indiquent ne pas vouloir changer de cap.

Distanciation physique sauf pour le sexe !

A ce stade, cette stratégie semble porter ses fruits : si le taux de reproduction du virus a légèrement augmenté suite à la reprise des activités dans les écoles, celui-ci reste en dessous de 1.

Mais récemment une déclaration du directeur général de la santé publique danois a de quoi susciter l’amusement ou le trouble. Søren Brostrøm, a déclaré que même les célibataires ne devaient pas s’empêcher d’avoir des relations sexuelles, même avec de multiples partenaires. La raison évoquée est simple à comprendre : « le sexe est bon. Le sexe est sain… Bien sûr que vous pouvez avoir du sexe dans cette situation. »

Or, il n’est pas besoin d’attendre une étude scientifique pour savoir que les pratiques sexuelles sont plutôt incompatibles avec le respect des gestes barrières… avec ou sans masque !

CH
jim.fr

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Message par Arnaud BASSEZ » mar. mai 26, 2020 6:21 pm

Publié le 26/05/2020
Un Covid-19, même sans gravité, confèrerait une immunité


Paris, le mardi 26 mai 2020 – Deux équipes, l’une du CHU de Strasbourg et l’autre de l’Institut Pasteur publient en pré print une étude instructive sur l’immunité que confère une infection par le SARS-CoV-2.

Des anticorps neutralisants dans 98 % des cas

Pour leurs travaux, elles ont réalisé une enquête auprès de 160 agents hospitaliers des hôpitaux de Strasbourg ayant présenté une forme mineure de Covid-19 confirmée par PCR.

La présence d’anticorps anti SRAS-CoV-2 a été mesurée par deux techniques, un test de diagnostic rapide et un test mis au point par l’Institut Pasteur (appelé S-Flow). L’activité neutralisante des anticorps a été mesurée avec un test dit de neutralisation de pseudovirus.

Les chercheurs ont pu constater que près de la totalité des malades ont développé des anticorps dans les 15 jours suivant le début de l’infection. Par ailleurs, chez 98% d’entre eux, des anticorps neutralisants ont été détectés après 28 jours.

Dans le détail, le délai médian entre l'apparition des symptômes et le prélèvement d'échantillons sanguins était de 24 jours (entre 13-39 jours). Le test immunodiagnostic rapide a détecté des anticorps dans 153 (95,6%) des échantillons et le test S-Flow dans 159 (99,4%). Des anticorps neutralisants (NAbs) ont été détectés dans 79%, 92% et 98% des échantillons prélevés, respectivement 13-20, 21-27 et 28-41 jours après le début des symptômes.

« Cela tend à prouver que, même pour les formes mineures de la maladie, les personnes atteintes développent des anticorps qui pourraient leur conférer une immunité pendant plusieurs semaines suite à l’infection » explique l’institut Pasteur dans un communiqué.

« On savait que les personnes atteintes de formes sévères de la maladie développaient des anticorps dans les 15 jours qui suivaient le début des signes. On sait maintenant que c’est également vrai pour ceux qui font des formes mineures, même si les taux d’anticorps sont vraisemblablement plus faibles » commente Arnaud Fontanet, un des auteurs de l’étude et responsable du département Santé globale à l’Institut Pasteur.

Gabriel Poteau
Référence
FAFI-KREMER S et coll. : Serologic responses to SARS-CoV-2 infection among healthcare workers with mild disease in eastern France, MedRxiv, 22 mai 2020

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Publié le 26/05/2020
La Covid-19 comme vous ne l'avez jamais vue

Londres, le mardi 26 mai – Le journal britannique Financial Times a regroupé plusieurs données épidémiologiques pour dessiner un portrait statistique de la pandémie de coronavirus.

Le temps d’une pandémie, les journalistes économiques du Financial Times, périodique de référence dans les milieux d’affaires européens, se sont convertis en épidémiologistes. Plus habitués à manipuler les chiffres de production, de rentabilité et de croissance, l'équipe du journal se penche désormais sur les nombres de morts et de contaminations pays par pays. Le Financial Times a ainsi mis en place un dossier épidémiologique complet en agglomérant des milliers de données statistiques, permettant ainsi de prendre véritablement conscience de l’ampleur d’une pandémie qui a tué à ce jour près de 350 000 personnes dans le monde.

La pandémie d’est en ouest

Le dossier épidémiologique du Financial Times permet de retracer le parcours du SARS-Cov-2. Malgré l’accélération de la mondialisation, la pandémie actuelle, comme les précédentes, n’a touché les différentes régions du monde qu’à plusieurs semaines d’intervalles. Le coronavirus a ainsi d’abord frappé l’Extrême-Asie en janvier, avec d’abord la Chine, berceau de l’épidémie, puis ses voisins coréens, japonais et thaïlandais. L’épicentre de l’épidémie s’est ensuite déplacé en mars en Europe occidentale (Italie, Espagne, France, Royaume-Uni) puis aux Etats-Unis en avril. Selon les dernières données, c’est désormais l’Amérique latine (et notamment le Brésil) qui est en passe de devenir le nouveau point chaud de l’épidémie.

Etat par état, les données colligées par le Financial Times permettent de déterminer si un pays a passé le pic de l’épidémie et quand. En France, le pic a été atteint le 16 avril dernier : à cette date, notre pays déplorait, en moyenne sur les sept derniers jours, 893 morts quotidiens (contre 94 morts au 24 mai). Par comparaison, alors que les états européens ont connu leur pic mi-avril, les Etats-Unis ne connaissent une lente baisse de la mortalité que depuis début mai, tandis qu’elle continue de progresser fortement au Brésil (multiplication par six de la mortalité en un mois).

Une mortalité générale augmentée de 67 % au Royaume Uni mais stable au Danemark, en Islande, en Norvège et en Israël

Au-delà du bilan officiel par pays, les journalistes du Financial Times se sont penchés sur la hausse de la mortalité générale. Selon la plupart des épidémiologistes, cette hausse donne une image plus fidèle de l’épidémie, puisqu’elle permet de compenser les disparités entre les pays quand aux capacités de dépistage et au recensement des morts (certains états continuant de ne comptabiliser que les décès à l’hôpital).

Image

L’analyse de la surmortalité générale laisse malheureusement présager que le bilan réel de l’épidémie est bien plus lourd que celui qui transparait du décompte officiel des victimes. Le 26 avril dernier, le Financial Times avait déjà émis l’hypothèse que la Covid-19 ait pu tuer 60 % de personnes de plus qu’annoncé officiellement.

Cette disparité entre bilan officiel et bilan réel ne concerne pas que les pays pauvres, au moyen de dépistage limité et à l’organisation erratique. Ainsi au Royaume-Uni, l’analyse de la surmortalité générale (+67 %) aboutit à un bilan de 54 000 morts supplémentaires depuis le début de l’épidémie, bien au-dessus des 37 000 décès officiels.

Les villes, où la densité de population est la plus forte, sont logiquement les plus durement touchés par l’épidémie : la mortalité toutes causes a augmenté de 400 % à New York, 170 % à Madrid, 100 % à Paris.

Et maintenant la crise économique

Enfin, les analystes du Financial Times ont comparé les réponses des différents pays à la pandémie, grâce à un « indice de confinement » élaboré par l’université d’Oxford. Plus un gouvernement a pris des mesures restrictives (comme la fermeture des écoles ou l’interdiction des rassemblements), plus l’indice de confinement de l’état est élevé. Au total, 140 pays dans le monde ont pris des mesures de distanciation sociale plus ou moins drastiques. Mi-avril, c’était 4,5 milliards de personnes, soit 58 % de la population mondiale, qui était placés en confinement.

Ces dernières semaines, l’Asie, l’Europe et les Etats-Unis ont commencé à lever ces mesures et à prendre le chemin prudent du déconfinement, afin d’éviter d’aggraver une crise économique qui s’annonce d’une envergure sans précédent. Les journalistes du Financial Times ne vont sans doute pas tarder à abandonner leurs habits d’épidémiologistes pour retrouver leur domaine de prédilection.

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Le mea culpa de François Hollande et Marisol Touraine

Alors que s'ouvre le Ségur de la santé qui doit imaginer l'hôpital du monde d'après, le Président François Hollande a reconnu une « part de responsabilité dans la situation de l'hôpital ». « J'ai présidé la France pendant cinq ans, donc j'ai ma part de responsabilité aussi dans la situation de l'hôpital [...]. Depuis des années, on a contraint l'hôpital et j'ai pris ma part, je ne veux pas m'exclure, même si j'ai apporté des moyens supplémentaires. On a mis une suradministration de codage d'actes, etc., et c'est ce que les personnels, notamment les médecins, rejettent aujourd'hui, et une tarification qui les a obligés à passer parfois plus de temps à remplir des papiers qu'à soigner », a déclaré l'ancien président de la République sur France Inter.

Également interrogée ce lundi sur Franceinfo, l'ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine a reconnu « il n'y a pas eu d'effort suffisant sur les rémunérations, même s'il y a eu des primes ».

Bon alors on fait quoi, on sort la machine à baffes ? ça fait des années que nous dénonçons la T2A (et pas que les médecins Mr Hollande, toujours ce côté élitiste de la gauche des bobos, contre les sans dents), quant à Touraine, une calamité ne venant jamais seule, les primes n'ont jamais fait un salaire ! N'est-ce pas ce que là encore, demandent les soignants depuis fort longtemps, si longtemps, trop longtemps.
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Message par Arnaud BASSEZ » mer. mai 27, 2020 11:10 am

Mortalité et immunité collective : les effets paradoxaux du confinement

Vincent Richeux
25 mai 2020
medscape.com


Paris, France — En France, à la date du 11 mai 2020 marquant la fin du confinement, entre 2 et 5 millions de personnes ont été contaminées par le SARS-CoV-2, selon une étude de l’institut Pasteur, publiée dans Science[1]. Les résultats suggèrent ainsi un taux d’immunisation de la population française compris entre 3 et 7%, largement insuffisant pour éviter une seconde vague de contamination.
Un taux d’immunisation de la population française compris entre 3 et 7%, largement insuffisant pour éviter une seconde vague.

L’analyse montre également que la faible immunisation de la population est directement liée au confinement, qui a eu « un impact majeur » sur la transmission du virus, selon les auteurs. Le R0, qui correspond au nombre moyen de personnes infectées par cas est passé de 2,90 à 0,67 pendant le confinement, ce qui signifie une baisse de 77% de la reproduction du SARS-CoV-2.

« Dans un contexte de grande incertitude, ces analyses de modélisation permettent de mieux comprendre cette épidémie et l’impact du confinement sur la propagation de SARS-CoV-2 », explique Simon Cauchemez, responsable de l’unité modélisation mathématique des maladies infectieuses à l’Institut Pasteur.

Un total de 95 200 hospitalisations

En se basant sur une modélisation mathématique et statistique, l’équipe dirigé par Simon Cauchemez a tenté de reconstruire l’évolution de l’épidémie en France à partir d’une analyse détaillée des hospitalisations et des décès par COVID-19, ainsi que des résultats d’enquêtes épidémiologiques. L’étude a été menée en collaboration avec Santé publique France et l’Inserm.

Début mai, 95 200 hospitalisations liées à une infection par le SARS-CoV-2 et près de 16 400 décès à l’hôpital ont été recensés en France, essentiellement en région parisienne et dans les régions de l’Est du pays. L’âge moyen des personnes infectées hospitalisées était de 68 ans, avec une légère majorité d’hommes (56%).

Concernant les décès à l’hôpital, ils sont survenus à un âge moyen de 79 ans et concernaient des hommes dans 60% des cas. Plus de 80% des décès ont touché des patients âgés de plus de 70 ans.

Ces données ne concernent que les infections les plus sévères. Pour avoir une évaluation plus large, les chercheurs les ont complétées avec des données d’enquêtes épidémiologiques, dont celle menée à bord du navire de croisière « Diamond Princess », où plus de 3 000 passagers ont été testés.

Taux de mortalité à 0,7%

Les résultats montrent que le risque d’hospitalisation en France est de 3,6% chez les personnes infectées par le SARS-CoV-2, tandis que le taux de mortalité s’élève à 0,7%. Chez les hommes de plus de 80 ans, la mortalité monte à 17%. Comparativement aux femmes, les hommes hospitalisés ont 60% de risque en plus d’être admis en soins intensifs, tandis qu’ils ont un risque de décès accru de 47%.

Le 11 mai, entre 3 et 7% de la population a été infectée, selon l’estimation. En Ile-de-France, cette proportion est de 7 à 16%, tandis que dans la région Grand Est, le taux d’infection serait compris entre 6% et 15%. « Ce niveau d’immunité de la population apparait insuffisant pour éviter une seconde vague d’infection », soulignent les auteurs.

En considérant un R0 proche de 3, observé avant le confinement, il faudrait un taux d’infection à 65% au sein de la population pour obtenir le bénéfice d’une immunité de groupe et contrôler la circulation du virus, précisent les chercheurs, qui appellent à maintenir les efforts pour limiter les contaminations. « Sans vaccin, l’immunité de groupe ne suffira pas à elle seule pour éviter une seconde vague ».

3 900 infections quotidiennes en post-confinement

Leur analyse permet également de mesurer l’impact « majeur » du confinement sur l’épidémie. Les chercheurs estiment qu’entre 150 000 et 390 000 infections par le SARS-CoV-2 se produisaient quotidiennement avant le confinement. Leur modélisation montre que le 11 mai, à la sortie du confinement, une moyenne de 3 900 infections surviendrait chaque jour en France.

Au niveau national, les admissions quotidiennes à l’hôpital pour aggravation des symptômes sont passées de 3 600 à 357 sur la même période, avec des baisses constantes observées dans toute la France. Les entrées quotidiennes en soins intensifs sont, quant à elles, passées de 700 fin mars à 66 le 7 mai 2020.

Les entrées quotidiennes en soins intensifs sont...passées de 700 fin mars à 66 le 7 mai 2020.

Les auteurs précisent que leur analyse ne tient pas compte de la dynamique de transmission du virus survenue dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), non représentative de la population générale. L’étude n’a donc pas inclus la mortalité observée dans ces établissements, où on estime que plus de 9 000 résidents sont décédés de l’infection.

Les chercheurs soulignent que leurs résultats ne seraient pas modifiés en tenant compte des décès hors hôpital. Néanmoins, si ces décès s’avèrent plus élevés que prévu, la part de la population infectée serait sous-évaluée, précisent-ils, ce qui impliquerait de mener une nouvelle évaluation.

références: Salje H, Tran Kiem C, Lefrancq N, Report: Estimating the burden of SARS-CoV-2 in France, Sciences, publication en ligne du 13 mai 2020.
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Re: Articles sur la santé

Message par Arnaud BASSEZ » mer. mai 27, 2020 5:34 pm

Publié le 27/05/2020
Ségur de la santé : une synthèse impossible ?

Paris, le mercredi 27 mai 2020 – Voulant manifester sa détermination, le ministre de la Santé a installé dès hier le premier groupe de travail du Ségur de la santé, dédié aux « carrières et rémunérations », parallèlement à l’organe global, le Comité national Ségur. Ce gage de réactivité n’a pas été suffisant pour totalement apaiser les premières crispations et inquiétudes qui se sont exprimées après la séance d’ouverture et les discussions préliminaires d’hier.

Ces critiques concernent notamment les organisations représentatives invitées, ainsi que le flou qui demeure sur certains points de méthode et de calendrier. Ainsi, le Collectif inter-hôpitaux remarque dans un communiqué publié hier soir à propos de la composition du Comité Ségur : « Il y a un déséquilibre au sein de ce comité dans la représentation des différents professionnels de santé, un faible nombre de représentants de personnels non médicaux et d’associations de patients. Le CIU (Collectif inter-urgences, ndlr) à l’origine d’une mobilisation sans précédent, n’est pas représenté ».

Des oubliés de taille

De fait, les infirmières apparaissent les grandes oubliées de cette concertation. Plusieurs associations et syndicats ont ainsi manifesté leur désarroi de n’avoir été conviés qu’à la dernière minute à la conférence de lancement de lundi. Par ailleurs, si l’Ordre national infirmier siège finalement bien au sein du Comité, parmi les participants au groupe « carrières et rémunérations », on ne trouve pas de syndicats spécifiques d’infirmiers (alors que la question de la revalorisation de leurs salaires est centrale), tandis que ceux des praticiens hospitaliers sont bien représentés auprès des centrales syndicales. On compte néanmoins chez les médecins quelques oubliés également, tels Jeunes Médecins et le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs (un acte manqué vis-à-vis des représentants d’une spécialité pourtant en « première ligne » !), ce que ces deux organisations ont publiquement déploré.

Où est la ville ?

Parallèlement à ces impairs regrettables concernant les acteurs impliqués dans la discussion, certains s’inquiètent que ces concertations présentées comme destinées à préparer l’organisation des soins de demain paraissent avoir fait l’impasse sur le monde libéral. « Le discours actuel est très centré sur la réforme de l’hôpital. Celle-ci est indispensable, comme il est tout aussi indispensable que la médecine de ville soit le pilier de notre système de santé. C’est en améliorant la coordination entre les médecins généralistes et les médecins des autres spécialités, c’est en renforçant l’attractivité de l’exercice libéral dans toutes les spécialités, c’est en rapprochant le rôle et les rémunérations des médecins libéraux français des autres pays européens, tout particulièrement des médecins libéraux en Allemagne, souvent citée comme exemple, que notre système de santé ira mieux. Si l’on veut améliorer le fonctionnement de l’hôpital, il faut aussi renforcer la médecine de ville » insiste la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF). Sur ce point, le ministre de la Santé a assuré que bien que les premiers éléments mis en avant semblent s’intéresser prioritairement à l’hôpital, l’architecture du monde libéral ne serait pas oubliée.

Au moins 7 milliards d’euros pour les seules revalorisations salariales dans le secteur public

Nous avons également évoqué comment l’absence d’annonces chiffrées a été regrettée. Néanmoins, des projections commencent à circuler. Ainsi, selon les Echos, le coût des revalorisations pourrait atteindre entre 5 et 6 milliards d’euros pour les infirmiers et les aides-soignants. Si on ajoute les hausses des rémunérations des médecins, l’effort pourrait atteindre entre 7 à 8 milliards d’euros pour les seuls hôpitaux publics selon des estimations de la Fédération hospitalière de France (FHF). A cette somme doivent s’ajouter les revalorisations dans le secteur privé et des engagements pour augmenter les recrutements et améliorer les équipements.

C’est donc un investissement considérable qui est espéré de l’État. Pour le financer, les pistes sont rares pour l’heure. Cependant, la FHP a avancé une suggestion : « supprimer la taxe sur les salaires pour financer ces revalorisations salariales et les évolutions de carrières ».

Des aspirations contraires ?

En dépit des crispations autour des défauts de représentation de certains acteurs essentiels et des attentes concernant les champs de discussions et de l’enveloppe budgétaire qui sera mobilisable, les propositions sont déjà nombreuses. Une première lecture de ces idées suggère que la synthèse pourrait être parfois difficile à réaliser, tandis que contrairement à ce que l’antienne sur le monde d’après voudrait laisser croire que beaucoup des attentes ne diffèrent guère de celles d’avant la crise sanitaire. Pour témoigner d’aspirations peut-être contradictoires, on relèvera qu’alors que les Agences régionales de santé (ARS) ont été l’objet de nombreuses critiques et que beaucoup attendent de cette concertation des changements en profondeur, la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) fait entendre une voix discordante en soulignant qu’il apparaît indispensable de « Renforcer le rôle des ARS et l’implication des élus au sein des territoires pour la déclinaison de la politique nationale de santé. Les missions des ARS doivent être repensées à l’aune de l’efficacité qu’elles ont démontrée pendant la crise, dès lors qu’elles exercent une régulation impartiale et pragmatique ». Si ce diagnostic pourrait ne pas être unanimement partagé, la FHP se montre sans doute plus en accord avec une position plus largement exprimée quand elle note : « Il convient donc de les affranchir d’une position intenable, à la fois gestionnaires de l’hôpital public et régulateurs de l’offre de soins. Ce double rôle ne satisfait personne, alors qu’elles doivent rapprocher les acteurs, les faire coopérer sans distinction de statut, et les mobiliser autour des missions de service au public à accomplir ».

Rien de nouveau sous le Ségur ?

Sur les ressemblances des propositions avancées hier avec celles mises en avant aujourd’hui, on pourra retenir les suggestions de MG France. Ainsi, le syndicat estime que les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) doivent s’imposer comme le modèle d’organisation des soins de ville, plaide une fois encore pour une régulation libérale autour du numéro spécifique 116-117 et défend la nécessité d’une revalorisation du tarif de la visite à domicile. Plus innovante est sa recommandation concernant la téléconsultation, lorsque le syndicat recommande que l’exception décidée pendant la crise (remboursement intégral des actes) devienne la règle.

Souplesse et gouvernance médicale

Sans doute ce qui fera le plus consensus concernera la volonté largement affirmée d’une souplesse des organisations et d’un renforcement du pouvoir médical au sein de la gouvernance. « La crise sanitaire a montré l’efficacité de la collaboration entre les acteurs de santé comme les hôpitaux publics et les cliniques privées qui ont su se mobiliser au service des patients, en s’adaptant avec souplesse, agilité et complémentarité » insiste ainsi la FHP qui développe : « La complexité technocratique et le contrôle normatif à outrance sont dénoncés depuis longtemps. La crise a montré que ces freins pouvaient être contournés dans les situations d’urgence ». De son côté, la plateforme de propositions mise en place par l’ensemble des syndicats de praticiens hospitaliers recommande de « Faire du Président de la Commission médicale de groupement (CMG) le président du Comité stratégique du GHT » en expliquant « Le principal objet des GHT, dépourvus de personnalité morale, étant le Projet Médical Partagé, il est nécessaire qu’il soit porté au plus haut niveau par un médecin et non le directeur de l’établissement support ». Cette plateforme préconise encore de : « Donner à la CMG et aux CME des compétences nouvelles en matière de gestion des ressources humaines médicales ». Ces instances devraient notamment pouvoir « doit donner un avis sur les nominations des chefs de structure inter établissements (…) et sur les nominations des chefs de service ou de pôle intra établissement ».

Pas le droit à l’erreur

Ainsi, on le voit, les exigences de l’ensemble des acteurs sont particulièrement aiguisées et laissent peu de latitude au gouvernement. L’annonce d’une journée de mobilisation le 16 juin et le lancement hier par la CGT des « mardi de la colère » confirment que les partenaires n’ont nullement l’intention de se contenter d’annonces cosmétiques. Pour exprimer votre sentiment concernant les engagements du gouvernement, vous pouvez d’ailleurs participer à notre sondage : https://www.jim.fr/medecin/debats/sonda ... &gratuit=1

Aurélie Haroche

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Oh ben ça alors, pas d'organisation infirmière ou de syndicat spécifique pour parler des rémunérations ? Encore et toujours une main mise des médecins qui sont propriétaires du monde de la santé. Allez, c'est déjà écrit ce Ségur, c'est un roman pour enfant. Bibliothèque rose ou verte, ça touchera peu ou pas les petites filles modèles ou les bons petits diables. On pourra écrire les mémoires des ânes.
La santé est un état précaire qui ne laisse augurer rien de bon.

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formateur AFGSU PARIS
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