Les principaux incidents médicaux en vol

lundi 11 décembre 2006
par  Arnaud Bassez
popularité : 2%

article vu sur le site de la mascf

La démocratisation de l’usage de l’avion permet de le rendre accessible à la plupart de la population ; ainsi, les passagers embarqués sont de plus en plus représentatifs de la population générale et peuvent être non seulement en bonne santé mais aussi atteints de maladies graves. On considère qu’actuellement les personnes de plus de 65 ans représentent plus de 13% des voyageurs. Selon une étude menée par le service médical d’Air France sur une période de deux ans, 3 628 rapports écrits d’incidents médicaux ont été rédigés par l’équipage de bord. Ceci correspond à un incident médical pour 20 000 passagers transportés (soit 5 par jour) comprenant un décès sur 3 000 000 passagers (soit 20 décès sur 2 ans). Sur ces 20 décès, 7 passagers étaient des malades en phase terminale dont le décès était à court terme prévisible ; 13 des 20 décès n’étaient quant à eux pas prévisibles, ce qui équivaut à un décès inattendu sur 5 000 000 passagers transportés. Sur ces 2 années d’étude, 38 déroutements pour motif médical ont été effectués. Dans 89,6 % des cas, un médecin était présent à bord de l’aéronef dérouté et était intervenu auprès du passager malade. Les urgences médicales à bord de vols commerciaux sont beaucoup plus fréquentes sur les vols long-courriers (80% des cas).

La plupart des incidents médicaux à bord d’un aéronef sont bénins. Les malaises vagaux (évanouissement, malaise proche de l’évanouissement, vertiges…) sont les événements les plus fréquents. Les incidents cardiologiques, neurologiques, et respiratoires sont plus sérieux et représentent les situations qui entraînent le plus souvent un déroutement de l’aéronef.

Lorsqu’un incident médical survient, le personnel navigant est le premier à intervenir. Il est apte à évaluer la gravité de l’incident et à donner les premiers soins. En fonction de la gravité apparente de la situation, plusieurs possibilités sont envisageables.

Il est possible pour un aéronef en vol d’établir une communication avec des médecins au sol ; ces médecins peuvent travailler pour des urgences publiques ou privées. Ainsi, tout aéronef appartenant à Air France est en rapport 24 h/24 en tout point du globe avec les urgentistes du SAMU parisien. D’autres compagnies aériennes travaillent avec des sociétés privées spécialisées dans ce domaine (principalement International SOS et MedAire). Selon Air France, un déroutement proposé par le SAMU est pertinent dans 85% des cas, contre 50% quand il est proposé par un médecin passager et seulement 14% quand un membre de l’équipage le propose. Au final, la décision de déroutement sera toujours prise par le commandant de bord. Les déroutements pour motif médical ont lieu à 70% sur des vols long-courriers. Les incidents médicaux d’origines cardio-respiratoires représentent sur les vols Air France seulement 10% des incidents médicaux, mais motivent 60,8% des déroutements pour motif médical. Dans les faits, il est enregistré pour Air France un déroutement pour 20 000 vols. L’analyse de ces motifs de déroutements montre que dans 35% des cas il était justifié, alors que dans 38% des cas il était abusif. On notera que même dans ces cas de déroutement médical abusif, aucun médecin n’a été poursuivi (pénalement, civilement ou au plan ordinal). Ceci est toutefois à pondérer car il y a quelques années, une compagnie d’aviation américaine s’est retournée contre un médecin passager qui était intervenu suite à l’appel du commandant de bord. Il a été accusé d’avoir fait détourner abusivement l’avion alors que l’état de santé du passager malade, selon les experts de la compagnie, ne le nécessitait pas ! Selon une étude de 2000 effectuée par la Federal Aviation Administration (FAA), 13% des incidents médicaux aboutissent à un déroutement qui est dû pour ses principales raisons à une pathologie cardiologique dans 46% des cas, neurologique dans 18% et respiratoire dans 6%. Le déroutement a pour toute compagnie un véritable enjeu économique, judiciaire et logistique.

Lorsque le personnel navigant le juge nécessaire, le commandant de bord peut décider de faire appel à un médecin et de poser la fameuse question sous forme d’annonce « Y a-t-il un médecin dans l’avion ? ». Le médecin passager doit alors présenter sa carte professionnelle afin d’attester de ses compétences médicales. Sur certaines compagnies aériennes américaines, le médecin passager qui ne présente pas sa carte professionnelle au personnel navigant peut voir son aide refusée ! Le médecin va donc devoir réagir rapidement, confronté à une problématique qui n’appartient pas à sa spécialité ou avec laquelle il n’est pas familier, dans un espace exigu, bruyant, très éloigné des conditions habituelles dans lesquelles un patient est accueilli et traité par un médecin ; ce dernier était d’ailleurs peut-être fatigué, endormi, sous l’influence d’un hypnotique, avait consommé de l’alcool, supportait mal le décalage horaire… Dès lors, quel(s) moyen(s) thérapeutique(s) le médecin passager peut-il espérer utiliser pour traiter le passager malade ? Les équipements de secours sont adaptés au nombre de sièges passagers de l’appareil.

- Tout d’abord, il existe une trousse de premiers soins, destinée à l’usage de l’équipage et qui contient des médications usuelles réputées pour leur innocuité (antalgiques antipyrétiques, collyres, antiémétisants, décongestionnants nasaux, antispasmodiques, pansements gastriques…).

- Ensuite, il existe une trousse médicale d’urgence. Cette boîte est obligatoire dès que l’avion peut transporter plus de 30 passagers et qu’un point quelconque de la route aérienne prévue est situé à plus de 60 minutes de vol d’un aérodrome où une assistance médicale est disponible en cas de besoin . Pour Air France, le contenu de cette boite est défini en accord avec le SAMU et permet de faire face aux grandes urgences : drogues à visée cardio-vasculaire (Adrénaline, Trinitrine, Nifédipine, Atropine, Cédilanide, diurétiques), corticoïdes, anti-inflammatoires, broncho-dilatateurs, psychotropes, anti-paludéens, sérum glucosé hypertonique, stéthoscope, tensiomètre, canules, clamps, garrots, seringues…. Elle ne peut être utilisée qu’après accord du commandant de bord pour être remise à un médecin qui a fourni une preuve de sa profession, pour préparer un dialogue avec le SAMU ou pour utiliser le tensiomètre ou le stéthoscope pour des raisons médicales.

- Enfin, plusieurs compagnies aériennes embarquent à leur bord un défibrillateur semi-automatique. C’est le cas pour Air France qui, depuis fin 2002, en a équipé l’ensemble de sa flotte et a fait bénéficier ses 14 000 hôtesses et stewards d’une formation spécifique. Cette acquisition permettrait de sauver 1 passager sur 3 victimes d’un arrêt cardio-respiratoire soit, pour Air France, 2 passagers par an.


Documents joints

materiel à bord des avions

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lundi 8 février 2016
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Rapport d’activités du sou médical-macsf
(pour information, il n’y a aucun conflit d’intérêt).
Risque des professions de santé
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dimanche 23 novembre 2014
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mardi 4 décembre 2012
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lundi 11 décembre 2006
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1 anesthésiste 2 salles, vous avez dit pas de texte ?
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lundi 11 décembre 2006
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lundi 11 décembre 2006
par  Arnaud Bassez

Et si le médecin ne répond pas à l′appel ?

article vu sur le site de la MASCF
Quelle est la responsabilité du médecin passager français s’il ne répond pas à l’appel ?
Il est important de connaître l’immatriculation de l’aéronef ; en effet, l’article 3 de la Convention de Tokyo précise que « l’Etat d’immatriculation de l’appareil est compétent (...)

lundi 11 décembre 2006
par  Arnaud Bassez

Quelle est la responsabilité du médecin passager français intervenant auprès d’un passager malade ?

Article vu sur le site de la MACSF
Quelle est la responsabilité du médecin passager français intervenant auprès d’un passager malade ?
La mise en jeu des responsabilités du médecin passager
La jurisprudence française mettant en cause directement un médecin passager est inexistante.
Le médecin (...)

lundi 11 décembre 2006
par  Arnaud Bassez

Vers une médicalisation accrue du transport aérien

article vu sur le site de la MASCF
Avec l’arrivée du plus gros avion de ligne du monde, l’Airbus A380, les problèmes médicaux risquent de déranger plus d’une fois le médecin passager effectuant un vol long-courrier à son bord. L’idée d’embarquer des infirmières-hôtesses semble avoir été abandonnée par (...)

Brèves

Astreinte, la nouvelle donne selon la curia

samedi 24 février 2018

Cour de justice de l’Union européenne (CJUE)

  • Rôle : veiller à ce que la législation de l’UE soit interprétée et appliquée de la même manière dans tous les pays de l’UE ; garantir que les pays et les institutions de l’UE respectent la législation européenne.
  • Membres :
    - Cour de justice : un juge par État membre et 11 avocats généraux
    - Tribunal : 47 juges. En 2019, leur nombre sera porté à 56 (2 juges par État membre).
  • Création : 1952
  • Siège : Luxembourg
  • Site web : https://curia.europa.eu/jcms/jcms/j_6/fr/

Les rapports entre le droit communautaire et le droit français : Le principe de primauté du droit communautaire

Deux grands principes sont issus de décisions de la CJCE.

Le principe de primauté du droit communautaire énonce que le droit communautaire dans son ensemble (traités, règlements, directives) a une valeur supérieure au droit national dans son ensemble (Constitution, lois, règlement, etc.)

Ce principe de primauté a été posé dans un arrêt de 1964.

La CJCE a décidé que le droit communautaire devait l’emporter systématiquement sur le droit national et ce, quelle que soit la norme communautaire (traité, accords conclus par la communauté, droit dérivé, jurisprudence…). L’essence même de la communauté est d’avoir un droit communautaire supérieur aux droits nationaux.

Le droit européen primaire (traités et principes généraux du droit européen) et dérivé (règlements, directives, décisions) l’emporte sur toute disposition contraire du droit national : c’est le principe de primauté. La déclaration 17 relative à la primauté, annexée à l’Acte final du traité de Lisbonne, précise que « les traités et le droit adopté par l’Union sur la base des traités priment le droit des États membres ».

source : https://europa.eu

Dès lors, le jugement de la Cour européenne sur les astreintes, s’impose.

Cour de justice européenne. Communiqué de presse numéro 14-18 du 21 février 2018
Jugement de la Cour européenne sur les astreintes, qui rappelle que celles-ci sont bien du travail. Avec tout ce qui en découle.

AB

Le bonheur n’est pas dans le pré

samedi 18 mars 2017

Le rectificatif de notre nouveau décret est paru.

Rectificatif au Journal officiel n° 0061 du 12 mars 2017, texte n° 6, à l’article 1er :

- Au c du 1° du B du I de l’article R. 4311-12, au lieu de : « Réanimation préopératoire », lire : « Réanimation per-opératoire » ;

- Au 3° du B du I de l’article R. 4311-12, au lieu de : « réanimation préopératoire », lire : « réanimation per-opératoire ».

Rectificatif au Journal officiel n° 0061 du 12 mars 2017, texte n° 6, à l’article 1er

AB

Nouveau décret IADE

dimanche 12 mars 2017

Décret n° 2017-316 du 10 mars 2017 relatif aux actes infirmiers relevant de la compétence des infirmiers anesthésistes diplômés d’Etat

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NB : Une chose me questionne

L’article R. 4311-12 du code de la santé publique est remplacé par les dispositions suivantes :

[...]

« B. - L’infirmier ou l’infirmière, anesthésiste diplômé d’Etat est, dans ces conditions, seul habilité à :

[...]

« c) Réanimation préopératoire ;

C’est moi ou je ne vois pas de peropératoire ?

Décret n° 2017-316 du 10 mars 2017 relatif aux actes infirmiers relevant de la compétence des infirmiers anesthésistes diplômés d’Etat

Il s’agirait d’une coquille... C’est ennuyeux sur un décret. La correction serait apportée d’ici le 19 mars au JO.

A suivre...

AB

Du haut vers le bas

lundi 23 janvier 2017

JORF n°0017 du 20 janvier 2017
texte n° 26

Rapport au Président de la République relative à l’ordonnance n° 2017-50 du 19 janvier 2017 relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles dans le domaine de la santé

Rapport au Président de la République relative à l’ordonnance n° 2017-50 du 19 janvier 2017 relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles dans le domaine de la santé

Ordonnance n° 2017-50 du 19 janvier 2017 relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles dans le domaine de la santé

[...]

"La carte professionnelle européenne concerne uniquement trois professions de santé ; pharmacien, infirmier de soins généraux et masseur-kinésithérapeute."

Pour le moment...

AB

Parcours professionnels, carrières et rémunérations pour la fonction publique

mardi 24 mai 2016

Parcours professionnels, carrières et rémunérations pour la fonction publique ou PPCR

Les textes en date du 19 mai 2016, sont parus au JO. Ils sont à consulter sur l’article dédié avec les explications.

Voir aussi en complément l’article sur la Retraite-Grilles indiciaires-NBI-Arrêt Griesmar-Achat des années d’études-Cumul emploi retraite

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Afin d’harmoniser les déroulements de carrières dans les trois branches de la Fonction publique, deux textes -l’un pour les paramédicaux de catégorie A, l’autre pour ceux qui sont restés en catégorie active- instaurent à compter du 22 mai 2016 un cadencement unique d’avancement d’échelon, mettant fin au système des réductions d’ancienneté. Ils modifient les modalités d’avancement entre les échelons ainsi que leur nombre. Ces décrets mentionnent également les règles de reclassement des agents concernés dans les nouvelles grilles indiciaires au 1er janvier 2017.

- Pour les paramédicaux de catégorie A

Revalorisations indiciaires

Ces nouvelles grilles, fixées par le Décret n° 2016-647 du 19 mai 2016 et un arrêté, entrent en vigueur de façon rétroactive au 1er janvier 2016. Les revalorisations sont échelonnées entre 2016 et 2019.

Au 1er janvier 2019 :

  • Les Iade démarreront à l’IB 506 pour finir leur carrière à l’IB 821.
  • Une Iade gagnera 2027,4€ brut par mois en début d’exercice (+161,51€) et 3129,45€ en fin d’exercice (+156,99€).
  • les Iade bénéficieront d’une hausse mensuelle de 119,03€ en 2019

- Pour ceux restés en catégorie active lors du droit d’option

  • Iade : 433-761 au 1er janvier 2019.

NB : Une partie des gains indiciaires est destinée à relever le niveau des pensions de retraite, via la transformation de primes en point d’indices, actée par le Décret n° 2016-588 du 11 mai 2016 portant mise en œuvre de la mesure dite du « transfert primes/points » . C’est en 2017 que se verront les réelles hausses de salaires.

Enfin la valeur mensuelle du point d’indice majoré passe à 4,65, contre 4,63 depuis juillet 2010.

Texte de l’accord relatif à l’avenir de la fonction publique. La modernisation des parcours professionnels, des carrières et des rémunérations

AB