L’addiction, s’il vous plait !

mardi 4 août 2015
par  Arnaud Bassez
popularité : 4%

Le portable a-t-il sa place au bloc opératoire ?

Faut-il bannir les téléphones portables et autres tablettes des salles d’opération ? Aux Etats-Unis, la question se pose de plus en plus souvent après que des incidents aient été portés sur la place publique [1-3]. Certains hôpitaux et cliniques mettent en place des règlements concernant l’usage personnel des outils connectés et des sociétés savantes ont récemment mis en garde les praticiens sur le danger à laisser leur addiction à l’Internet envahir le champ professionnel, voire opératoire [4].

  • A l’hôpital, la distraction est source d’erreurs...parfois fatales

A l’hôpital, les progrès technologiques, via les smartphones et autres tablettes, ont permis nombre d’avancées médicales – plus d’informations sur le patient, sur les médicaments, plus d’alarmes, etc. –, susceptibles d’améliorer la prise en charge et dont personne ne discute l’intérêt.

Revers de la médaille, ils ont aussi, dans le même temps, augmenté les sources de distraction. Difficile de ne pas vérifier compulsivement ses e-mails, répondre dans la seconde aux textos, faire son shopping en ligne, etc : le pouvoir addictif et distractif de l’Internet est, on le sait tous, énorme et il n’y a pas de raison que les professionnels de santé y soient moins sensibles que les autres… Sauf qu’à l’hôpital, et en particulier dans le bloc opératoire, la distraction est source d’erreurs potentiellement graves (comme en avion, voir encadré).

Cet aspect, qui n’avait pas été anticipé, émerge peu à peu au fil de récents incidents médicaux dont les médias, essentiellement américains, se sont faits l’écho depuis plusieurs années, avec parfois des conséquences qui peuvent être fatales. En témoigne un accident survenu en 2011 au Texas [5] où une femme de 61 ans est admise à l’hôpital pour une neutralisation (par ablation) du nœud auriculo-ventriculaire dans le cadre d’une fibrillation atriale. Lors de l’opération, la saturation sanguine en oxygène chute dangereusement pendant 15 à 20 mn sans que l’anesthésiste chargé de surveiller la patiente s’en inquiète, conduisant au décès de celle-ci. Poursuivi en justice par la famille, le chirurgien a affirmé que l’anesthésiste était occupé à envoyer e-mails et textos ou à jouer depuis son téléphone ou sa tablette. Ce dernier a d’ailleurs reconnu se connecter pour lire des articles ou des livres pendant ses temps morts. Une occupation qui n’était, d’ailleurs selon lui, pas un problème puisqu’il « regardait le moniteur au moins toutes les 30 secondes et surveillait le patient au moins toutes les 30 minutes » peut-on lire dans sa déposition [5].

Le cas d’un patient resté partiellement paralysé après une opération pendant laquelle il a été prouvé que le neurochirurgien avait passé au moins 10 appels téléphoniques personnels a aussi défrayé la chronique [1-3].

Bloc opératoire = cockpit d’avion, mêmes précautions contre les distractions ?

Le concept de « cockpit stérile » qui a émergé en anesthésiologie vient de l’aviation. L’idée qui prévaut tient à la comparaison entre les phases critiques de l’anesthésie – endormissement et réveil – et les périodes critiques d’un vol – décollage et atterrissage [6]. L’une des principales règles est de limiter toutes sortes de distractions à ces moments cruciaux. Il en va de même pour l’opération chirurgicale en elle-même. Concrètement, cela revient à définir un protocole très précis de communication, excluant tout bavardage inutile. Comme dans un cockpit, les activités de chacun sont alors définies, les procédures standardisées et, bien sûr, toute activité susceptible de distraire l’équipage – ou les professionnels de santé – est exclue.

  • Mauvaises vibrations après césarienne

Mais il y a plus surprenant (affligeant ?) encore. On a tous connaissance d’anecdotes rapportant l’oubli d’un outil chirurgical dans le corps d’un patient…mais dernièrement il a été relaté le cas d’une jordanienne chez laquelle une radiographie a révélé la présence d’un téléphone portable, pour ainsi dire « perdu » par le chirurgien dans l’abdomen de la jeune femme lors de la césarienne qu’elle avait subi quelques jours plus tôt. C’est une improbable vibration émanant du ventre de la femme qui l’avait amené à consulter [7]. Si l’histoire se finit bien et peut prêter à sourire, on imagine néanmoins le risque d’infections nosocomiales si l’appareil avait été à court de batterie et n’avait pu se « signaler ».

Car outre l’accident chirurgical survenu par manque d’attention, le risque bactérien lié aux portables constitue bien évidemment une autre source non négligeable de risque. D’ailleurs, preuve que le portable a envahi l’hôpital, y compris le bloc opératoire, des études s’intéressent désormais au portage bactérien des téléphones des médecins après avoir d’abord incriminé les téléphones des patients et de leurs proches. Une des plus récentes s’est ainsi penchée sur les germes retrouvés sur les téléphones de chirurgiens orthopédiques et d’internes à l’entrée et à la sortie de la salle d’opération [8]. Au début du test, 83% des appareils présentaient des germes pathogènes, ils étaient ensuite désinfectés et une semaine après, revérifiés. Le résultat est parlant : 75% d’entre eux étaient à nouveau contaminés. La conclusion l’est tout autant : pas question de recommander aux médecins de laisser leur portable au vestiaire, les auteurs préfèrent leur conseiller de nettoyer très souvent leur téléphone.

  • Paparazzi des blocs opératoires

Enfin, moins grave en termes de conséquences mais totalement inapproprié et inélégant (et illégal), est la prise de photos au bloc de patients ou de pièces opératoires postées ensuite sur Facebook, voire revendues au marché noir. Dernière affaire en date aux Etats-Unis, les photos de Joan Rivers réalisées par un anesthésiste au cours d’une opération de la gorge et des cordes vocales, laquelle actrice est, par ailleurs, décédée une semaine après [9]. Si le lien de cause à effet n’est bien sûr pas établi entre les deux évènements, le procès intenté par la fille de l’animatrice a au moins mis à jour l’existence d’agissements, qui, s’ils sont rares, n’en sont pas moins glauques.

Ce phénomène de paparazzi des blocs opératoires n’est d’ailleurs pas exclusif des célébrités, ni propre aux Etats-Unis. Même s’il est difficile de trouver des témoignages sur le Net, des images prises à l’hôpital (sur lesquelles figurent prinicipalement des « selfies » d’internes mais aussi des photos de patients qui n’ont probablement pas donné leur accord) sont disponible sur les réseaux sociaux, notamment sur instagram (#urgences). L’anesthésiste évoqué précédemment a d’ailleurs reconnu avoir posté des photos de monitoring sur Facebook, sans que cela ne lui pose de problème, puisque « ce ne sont que des chiffres et que l’on ne voit pas le nom du patient ».

  • 66% des chirurgiens utilisent leur téléphone à l’hôpital, y compris en salle d’opération

Si les interférences ont autrefois servi de prétexte pour interdire l’utilisation d’appareils électroniques dans l’enceinte de l’hôpital, le problème semble aujourd’hui se limiter aux seuls moniteurs cardiaques (et encore sur des distances relativement courtes) et les progrès technologiques qui ont accompagné la généralisation de l’utilisation des appareils connectés ont laissé champ libre aux mobiles, tablettes et autres assistant numérique personnel (PDA) qui ont pénétré la salle d’examens cliniques et bloc opératoire. Difficile pour autant de connaitre l’étendue de l’envahissement numérique. On peut lire ça et là que nombre de chirurgiens se servent de ces appareils connectés pour diffuser de la musique en salle d’opération.

Une étude rapporte ainsi que 66% des chirurgiens utilisent leur téléphone à l’hôpital, y compris en salle d’opération et en unités de soins intensif [10]. Une autre présentée lors d’un congrès d’anesthésiologie a trouvé que dans 54% des cas, les infirmières et les internes étaient distraits par autre chose (et souvent du surf sur le Net) que les soins à apporter aux patients, même en étant surveillés. De la même façon, 56% des infirmiers qui gèrent les appareils de circulation extracorporelle pendant une chirurgie cardiaque ont reconnu se servir de leur téléphone pendant la procédure. Beaucoup estimant que parler au téléphone (42%) ou envoyer des SMS (52%) n’était pas une pratique engendrant des risques pour le patient [11].

Portables sous protection

Comment faire entrer les outils connectés au bloc en s’affranchissant des problèmes de stérilité ?

Comme on imagine mal passer son portable à l’autoclave, des entreprises ont vite compris qu’il y avait là un marché et ont créé des pochettes qui leur sont spécifiquement destinées. L’accès tactile à l’écran et au clavier reste possible – même avec des gants chirurgicaux – pour visionner des radiographies ou jouer à Candy Crush [12]. On n’arrête pas le progrès….

  • Des bonnes pratiques pour un usage approprié du téléphone à l’hôpital

Les distractions à l’hôpital ne sont pas une totale nouveauté (papotage, bippers, alarmes, lecture…) mais la technologie avec les nouvelles formes de communication en a créé d’autres, bruyantes et compulsives. Celles liées aux smartphones et autres objets mobiles ont d’ailleurs été classées parmi les « 10 risques technologiques liés au domaine de la santé 2013  » ("The Top 10 Health Technology Hazards for 2013") par l’ECRI (Economic Cycle Research Institute), une organisation à but non lucratif dédiée à l’amélioration des soins [13].

Pas facile pour autant de réglementer leur usage tant il y a autant de bonnes raisons d’utiliser toute cette technologie - obtenir des infos sur les antécédents d’un patient, envoyer l’image d’une lésion pour obtenir l’avis d’un confrère, etc - que de « mauvaises ».

Dès 2008, conscient du problème, l’American College of Surgeons (ACS) avait publié un document officiel afin « d’encadrer » l’utilisation des téléphones portables au bloc, stipulant à l’époque, que « l’usage indiscipliné des portables et autres appareils connectés – appels, e-mails, envoi de données, et ce, aussi bien pour les chirurgiens que pour l’équipe chirurgicale — pouvaient être sources de distraction et compromettre les soins au patient » [14].

L’ACS n’avait pas banni l’utilisation du portable mais avait listé 10 bonnes pratiques pour un usage approprié comme : éviter les appels personnels, sonneries silencieuses, suivi d’appels et alarme distincte pour les appels urgents. [15].

En avril dernier, des médecins et autres professionnels de santé, notamment l’American College of Surgeons et l’ American Society of Anesthesiologists (ASA), ont jugé bon de renouveler leurs recommandations sous forme d’une charte de bonne pratique de « réduction des bruits et de la distraction » durant les soins donnés aux patients [4].

Faudra-t-il tenir les smartphones à distance pour que le patient redevienne le principal sujet d’intérêt du médecin ?

Tout ce que vous twittez pourra être retenu contre vous

Aux Etats-Unis, tout ce que vous twittez ou postez sur Facebook, Instagram ou autres peut être retenu contre vous. Dans leurs recommandations, les Sociétés savantes rappellent donc aux médecins qu’ils peuvent être suivis à la trace sur le Net via le navigateur qu’ils utilisent. Tous les posts sur Facebook laissent leur empreinte. Il en va de même des SMS et autres textos. Toute tentative d’effaçage numérique est donc inutile, voire illégale et, dans certains cas, passible de poursuites, car considéré comme destruction de preuves. Enfin, prendre des photos avec un smartphone peut être considéré comme une violation des droits d’un patient [16].

NDLR (AB) Dès lors, que penser de cet article ?

Pourtant, la circulaire de 1995 qui interdit l’usage du portable dans les hôpitaux est toujours en vigueur, même si elle a été assouplie en Ile-de-France par l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris en 2010, quand il est devenu évident que les mobiles ne perturbaient pas les machines.
(Circulaire DH/EM1 n° 40 du 9 octobre 1995 relative aux perturbations électromagnétiques engendrées par les téléphones mobiles cellulaires pour certains dispositifs médicaux Bulletin officiel du ministère chargé de la santé n° 95/44 p. 227-230-(TEXTE NON CODIFIE)

Alors, faut-il sévir, rappeler et réactiver les zones « mobile free » ? « Les smartphones nous sont utiles », tempère la docteur Ségolène Arzalier-Daret, dans une enquête réalisée pour la Société française d’anesthésie et de réanimation (Sfar). « La profusion d’applications destinées aux professionnels nous encourage à les utiliser : outils d’aide à la décision, calculs de scores, convertisseurs, dictionnaire de médicaments... Mais une mise à jour des règles encadrant leur usage est sans doute nécessaire. Une procédure plus adaptée à notre vie actuelle sera sans doute mieux respectée !  »

§§§

A lire, les applications pour smartphones. Pour les utiliser au bloc et en dehors...


En parallèle, les résultats d’une étude publiée dans la revue médicale Anesthetic Surgery Journal montrent que les chirurgiens travaillent mieux et plus rapidement en musique, musique qui provient souvent de leur smartphone...

Les chercheurs de l’University of Texas Medical Branch (UTMB) à Galveston (Etats-Unis) ont voulu comprendre si la musique avait un impact sur la qualité du travail des chirurgiens en bloc opératoire.

Ils ont comparé le travail de 15 chirurgiens qui opéraient un pied de porc soit avec leur musique préférée soit sans musique. "L’objectif de l’étude était d’évaluer l’effet de la musique sur l’efficacité de la fermeture des plaies", expliquent les auteurs de l’expérience.

Les conclusions de l’étude ont montré que le temps de traitement moyen pour tous les chirurgiens qui avaient écouté de la musique était de 8% moins important par rapport à ceux qui avaient travaillé sans mélodie, avec une amélioration encore plus significative pour les internes les plus expérimentés, soit 10%. "Nous avons alors constaté que quand les chirurgiens travaillaient en écoutant leur musique préférée, les points de sutures sur les plaies étaient plus rapidement et mieux faits".

"La qualité des interventions étaient également meilleure dans les groupes de mélomanes ", concluent les auteurs de l’étude. "Notre étude prouve que la musique améliore l’efficacité de la suture des plaies ce qui pourrait se traduire, dans l’avenir, par des économies de coûts de soins de santé".

La musique aurait vraiment sa place dans les hôpitaux et cette étude semble faire écho aux conclusions des chercheurs du Penn State Milton S. Hershey Medical Center (Etats-Unis) présentées en 2014 au congrès américain annuel d’anesthésiologie de la Nouvelle-Orléans. Les scientifiques avaient observé que pour gérer le stress et la douleur dus aux opérations chirurgicales, les médecins pourraient simplement faire écouter du jazz aux malades ou leur faire porter un casque anti-bruits. En effet, après une opération chirurgicale, le jazz semble aussi efficace à réduire le rythme cardiaque et l’anxiété des patients. Comme les casques anti-bruits seraient capables de limiter la douleur.

Le Dr. Austin et l’équipe de chercheurs du Penn State Milton S. Hershey Medical Center ont réalisé une expérience avec 56 volontaires. Après leur hystérectomie (ablation de l’utérus), la moitié de ces femmes ont écouté du jazz et l’autre ont porté un casque anti-bruit.

Les chercheurs ont mesuré le rythme cardiaque, la tension, la douleur et le niveau de stress des patientes avant l’opération. Puis 30 minutes après l’intervention chirurgicale.

Les scientifiques ont constaté que une baisse du rythme cardiaque chez les deux groupes de femmes. Si les femmes bercées au jazz, affichaient un rythme cardiaque plus bas que les autres après 20 minutes d’écoute, celles qui portaient des casques anti-bruits ont eu moins mal après juste 10 minutes de cette expérience.

"L’idée d’avoir à subir une opération chirurgicale, en plus des peurs associées à l’anesthésie, crée un stress émotionnel et de l’angoisse pour de nombreux patients", explique le docteur Flower Austin, en charge de cette étude au Penn State Milton S. Hershey Medical Center. "Les anesthésistes donnent des anti-douleurs à leurs patients juste après l’intervention. Mais certains de ces médicaments peuvent entraîner d’importants effets secondaires".

"Notre objectif est de trouver comment incorporer cela à nos soins", explique le Dr. Austin. "Nous avons besoin de déterminer quel type de musique fonctionne le mieux, à quel moment l’écouter et savoir à quel moment le silence devrait prévaloir. Mais il est évident que la musique ainsi que le silence sont des moyens abordables, non-invasifs et qu’ils peuvent accroître la satisfaction des patients".

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source : Stéphanie Lavaud medscape.fr, Florence Deguen leparisien.fr, Agathe Mayer topsante.com

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REFERENCES :

  • 1. Richtel M. As Doctors Use More Devices , Potential for Distraction Grows, NewYorkTimes, 14 décembre 2011.
  • 2. Buckwalter-Poza R. Treat, Don’t Tweet : The Dangerous Rise of Social Media in the Operating Room, Pacific Standard, Apr 16, 2014.
  • 3. Luthra S. Do Cell Phones Belong In The Operating Room ? Washington post, 13 juillet 2015.
  • 4. Council on Surgical and Perioperative Safety (CSPS). CSPS Noise and Distraction Promotes Safe Perioperative Environment , april 2015.
  • 5. Nicholson E. Dallas anesthesiologist being sued over deadly surgery admits to texting reading ipad during procedures, the Observer, 1/04/14.
  • 6. Distractions in the Operating Room Threaten Patient Safety, AAOS Now, May 2012 Issue.
  • 7. Matyszczyk C. Gynecologist accused of leaving phone inside patient’s belly. May 13, 2015.
  • 8. Shakir IA, MD ; Patel NH, Chamberland RR et al. Investigation of Cell Phones as a Potential Source of Bacterial Contamination in the Operating Room. J Bone Joint Surg Am, 2015 Feb 04 ; 97 (3) : 225 -231.
  • 9. Slattery D, Ross B. Doctor who denied taking photos of Joan Rivers in operating room actually did take snapshots, court docs reveal, NYDailyNews, 25 juillet 2015.
  • 10. Saraf S. Use of mobile phone in operating room, J Med Phys 2009, 34(2) : 101-2.
  • 11. Smith T, Darling E, Searles B. 2010 Survey on cell phone use while performing cardiopulmonary bypass, Perfusion, Perfusion 2011, vol. 26 no. 5 375-380.
  • 12. eShield Covers Let You Bring Phones , Cameras, Tablets Inside Operating Rooms. Medgadget, 18 août 2015.
  • 13. ECRI Releases "The Top 10 Health Technology Hazards for 2013 "
  • 14. College’s Committee on Perioperative Care. Statement on use of cellphones in the operating room. Bull Am Coll Surg 2008 Sep ;93(9):33-4.
  • 15. ACS Cell Phone Statement [ST-59] Statement on use of cell phones in the operating room [by the American College of Surgeons].
  • 16. American Society of Anesthesiologists. Technology : An Uninvited Guest in the O.R.? April 1, 2015, Volume 79, Number 1.

Smartphone et vision : des effets encore sous-estimés ?

Publié le 01/11/2019

Le smartphone est un outil qui s’est imposé dans la vie quotidienne à la manière d’un prédateur silencieux en l’espace de quelques années. Le terme d’homo smartphonicus décrit cette mutation qui fait de nos contemporains des accros de leur téléphone intelligent et retentit peu à peu sur leurs comportements et leurs fonctions physiologiques, voire leur anatomie, tout au moins celle de leurs pouces. L’usage immodéré du smartphone peut-il retentir sur la vision ? Certaines études suggèrent que cet engin a cette capacité, du fait des dimensions réduites de son écran et des efforts d’accommodation incessants qui en résultent, d’autres mécanismes étant certainement à l’œuvre tant la physiologie de la vision est complexe.

Une étude pilote

D’ailleurs, l’étiologie précise des troubles et symptômes visuels liés à l’usage du smartphone n’est pas encore déterminée, ce qui fait tout l’intérêt d’une petite étude pilote dans laquelle ont été inclus 12 adultes jeunes (18-23 ans ; sexe féminin : 9/12), indemnes de tout trouble ou maladie de la vision binoculaire, y compris un éventuel syndrome de l’œil sec ou encore une accommodation défaillante. Bref, des participants volontaires et motivés, partis « bon pied bon œil » pour explorer les hypothèses des auteurs de l’étude.

L’épreuve à laquelle ils ont été soumis de leur plein gré a consisté en la lecture d’un texte, en l’occurrence une nouvelle, sur leur smartphone durant soixante minutes, au terme desquelles ont été pris en compte les effets éventuels sur divers symptômes oculaires, la vision binoculaire, le battement des paupières et la distance de travail, en se référant à l’état basal. Divers tests ont été réalisés à cette fin, incluant le délai de rupture du film lacrymal ou NIBUT (non-invasive tear break-up time), la fixation horizontale d’un point donné, la facilité d’accommodation binoculaire, la fréquence et l’amplitude des battements spontanés – évalués toutes les dix minutes – etc. La comparaison des performances d’avant et après la tâche imposée a reposé sur le test de Wilcoxon et les corrélations ont été établies à l’aide du test de Spearman. Au cours de cette dernière, les comparaisons ont reposé sur le test de Friedman.

Des effets peu alarmants mais significatifs à court terme…

Les symptômes de fatigue oculaire et ceux impliquant la surface oculaire ont augmenté après l’usage du smartphone, plus particulièrement les items explorant le confort, la lassitude et l’endormissement (p ≤ 0,02). La facilité d’accommodation binoculaire a diminué, passant d’une valeur médiane de 11,3 +/- 6,6 à 7,8 +/- 2,5 cycles/mn après la tâche visuelle (p = 0,01). En revanche, la distance de travail et la fixation d’un point n’ont pas été affectées, pas plus d’ailleurs que les résultats du NIBUT. Le nombre de battements de paupière incomplets a augmenté, passant d’une médiane de 6 au bout d’une minute de lecture à 15 à la soixantième minute (p = 0,0049). La fréquence totale des battements complets ou incomplets a augmenté progressivement au cours du temps sans que le seuil de signification statistique soit pour autant atteint (p = 0,08).

Cependant, la fréquence des clignements incomplets en l’espace de 60 minutes de lecture a été associée à une aggravation du score des symptômes impliquant la surface oculaire (ρ = -0,65 ; p = 0,02) et des items corrélés à la fatigue oculaire (ρ = 0,70 ; p = 0,01).

Cette étude pilote suggère que l’usage du smartphone n’est pas sans retentir sur l’œil. La lecture d’une soixantaine de minutes d’une nouvelle sur petit écran retentit sur la vision binoculaire et l’accommodation. Les symptômes ne sont pas sans rappeler ceux du travail sur écran à une nuance près : autant ce dernier est limité voire encadré et réglementé, autant le recours au smartphone est ad libitum, alors que le confort visuel médiocre lié à la taille de l’écran laisse plus à désirer. D’autres études sont les bienvenues…à court comme à long terme, en sachant que les résultats actuels relèvent peut-être d’épiphénomènes au regard de ce qu’un œil humain doit endurer tout au long d’une vie…

Dr Philippe Tellier
Référence
Golebiowski B et coll. Smartphone Use and Effects on Tear Film, Blinking and Binocular Vision. Curr Eye Res. 2019. Publication avancée en ligne le 7 octobre 2019.

Copyright jim.fr

— -

Arnaud BASSEZ

IADE/enseignant CESU

Administrateur


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ps : "dans lequel le SNIA a pris" (avec un S).

AB

Sur le bout des doigts

mardi 3 mars 2015

Ordinateurs à l’hôpital : l’hygiéniste a son mot à dire

La Société française d’hygiène hospitalière avait prévu de publier un guide de bonnes pratiques concernant les risques de contamination par les équipements informatiques… intention stoppée par la recrudescence du virus Ebola, qui a mobilisé experts et compétences.

Ce projet est remis à l’agenda 2015, a précisé le Dr Raoul Baron, hygiéniste au CHRU de Brest, à l’occasion de la Journée Accompagnement Hôpital numérique organisée par l’Anap fin janvier.

Le médecin a en effet été sollicité pour la publication du Guide « Poste de travail du professionnel de santé » récemment mis en ligne par l’agence. L’ouvrage rappelle que « l’hygiéniste doit définir, dans le cahier des charges, au moment du choix des équipements,et avant le lancement de l’appel d’offres, les contraintes en termes d’entretien et de désinfection ».

De même, le CLIN doit être mobilisé « pour veiller au respect des bonnes pratiques d’hygiène et de nettoyage en vigueur, voire définir des nouvelles règles de nettoyage des matériels ».

Raoul Baron a résumé les réponses apportées par une analyse de la littérature à quatre questions clés.

  1. Les claviers sont-ils contaminés ? Oui, dans leur quasi-totalité, avec une présence importante de bactéries responsables d’infections nosocomiales. Ces bactéries survivent de quelques heures… à 5 mois !
  2. Un clavier contaminé entraîne-t-il une contamination des mains ? Oui, encore, comme cela a pu être montré à l’occasion de situations épidémiques.
  3. Des mains contaminées mènent-elles à une contamination du patient ? Possible, indique l’expert, par un processus de transmission croisée.
  4. Un patient contaminé devient-il un patient infecté ? Parfois. C’est en tout cas ce que suggèrent deux études américaines citées par Raoul Baron.

Finalement, a-t-on des solutions ? La réponse est mitigée : oui, mais. Tout simplement parce que ces solutions, hygiène des mains et/ou hygiène des claviers, si elles existent, apportent le plus souvent des contraintes (voire des coûts) supplémentaires. Le médecin recommande en tout cas d’y travailler en amont de l’informatisation. Tandis que le guide de l’Anap apporte les premières pistes de réflexion.

source : dsih.fr

i.nformations

samedi 8 février 2014

L’Académie de Médecine crée un Conseil du Numérique en Santé

Communiqué de presse académie de médecine 13 janvier 2014

Signe des temps, et preuve que le sujet devient un enjeu profondément sociétal, avec la création d’un Conseil du Numérique de Santé, l’Académie de médecine se positionne sur un sujet essentiel.

Constituée d’experts reconnus dans leurs domaines respectifs, cette instance pluridisciplinaire (praticiens, représentants de patients et spécialistes des technologies) a pour mission « d’éclairer l’Académie sur les questions, notamment sur le volet éthique, que pose l’expansion aujourd’hui difficilement contrôlable de l’innovation numérique, aussi bien à l’intention des professionnels de santé que du public. »

«  Une Institution dans son temps », c’est le slogan de l’Académie de Médecine, née royale sous l’impulsion de Louis XV, monarque éclairé
Indépendante, celle-ci a pour mission de répondre aux demandes du gouvernement dans le domaine de la santé publique. Au fil des quatre siècles qui se sont écoulés depuis sa création, d’innombrables travaux ont été menés au service du bien commun et des progrès thérapeutiques, et onze prix Nobel sont issus de ses rangs.

Soucieuse d’intégrer l’apport des nouvelles technologies dans son champ de compétences, l’Académie vient de confirmer la création formelle d’un Conseil du numérique de santé. Une instance pluridisciplinaire qui aura pour mission, entre autres, « d’éclairer l’Académie sur les questions, notamment sur le volet éthique, que pose l’expansion aujourd’hui difficilement contrôlable de l’innovation numérique, aussi bien à l’intention des professionnels de santé que du public ».

Ce Conseil, composé d’experts de différents horizons, a débuté ses travaux dans le cadre d’un rapport élaboré par l’Académie de Médecine au sujet de l’éducation thérapeutique du patient.

  • Membres du Conseil :
    - Professeurs André AURENGO, Michel COSSON, Fabien KOSKAS, membres de l’Académie de Médecine

    - Professeur Françoise BRION, Paris-Descartes, membre de l’Académie Nationale de Pharmacie
    - Professeur Joël BELMIN, chef du service de gériatrie Hôpital Charles Foix (Ivry-sur-Seine)
    - Professeur Isaac AZANCOT, cardiologue, Unité de Traitement de l’Information Médicale - Hôpital Lariboisière
    - Docteur Monique ROMON, présidente de la Société Française de Nutrition
    - Mesdames et Messieurs Bernard d’ORIANO, Marianne CIMINO, Yannick MOTEL, Fédération LESISS

    - Paul VERDIEL, H2AD (télésanté)
    - Régis SENEGOU, Groupe SEPHIRA ( télétransmission médicale)

    - Frédéric FAURENNES, IDS santé (Conception et développement de solutions innovantes pour stimuler le dialogue médecin-patients)
    - Jean-Philippe RIVIERE, Vidal.fr (recherche et développement en informatique de santé)
    - Dominique GOUGEROT, Directeur Développement stratégique santé Berger-Levrault
    - Jean-François GOGLIN, SIS FEHAP (Fédération des Établissements Hospitaliers et d’Aide à la Personne)
    - Jean-Luc TREILLOU, Association pour la Prévention du Cardiométabolisme

source hospitalia

On notera l’absence de soignants. Vous savez, ces professionnels de santé qui sont au quotidien auprès de vrais patients dans les cliniques et les hôpitaux, et qui en une journée voient plus de malades que certains "experts" en un an.

Toutefois, il serait peut-être bon que les soignants parviennent à s’imposer dans la création de ces structures.

Là serait peut-être le rôle de l’ONI.

Non je rigole...


Le site e-sante.fr et l’éditeur Persomed ont lancé mardi 5 février 2014, l’outil e-docteur, qui permet aux internautes d’exprimer leurs symptômes et de comprendre les diagnostics envisageables pour prendre la décision la plus appropriée.

A partir des symptômes exprimés par l’internaute, e-docteur pose des questions (dans une base en contenant 3978) qui suivent une logique médicale. L’algorithme calcule ensuite les diagnostics envisageables, en indiquant leur probabilité. Il informe aussi l’internaute de l’urgence de la situation et de la conduite à tenir : simple auto-surveillance, prise de rendez-vous chez le médecin, visite aux urgences, etc. Tout au long du processus, des informations permettent à l’utilisateur d’en savoir plus sur les symptômes, les parties du corps concernées ou les maladies mentionnées.

"Il ne s’agit pas d’une arborescence de questions posées automatiquement, mais d’une logique informatique appelée "logique floue", qui prend en considération la probabilité de l’appartenance d’un symptôme à un diagnostic", explique Loïc Etienne, concepteur de e-docteur.

Ce médecin urgentiste assure avoir travaillé 25 ans sur ce concept, qui est aujourd’hui capable d’identifier 511 pathologies. "C’est le niveau d’un étudiant en 5e année de médecine", souligne Loïc Etienne. "Nous voulons arriver rapidement au-delà des 1.000 pathologies, ce qui s’approche du niveau d’un médecin généraliste", ajoute-t-il.

La suite sur le site ticsante

AB

Applis cablées

samedi 25 janvier 2014

19 applications, grand public et professionnelles, ont été récompensées aux Trophées de la Santé Mobile

C’est dans le cadre d’un marché de la santé mobile en plein essor qu’ont été remis le 21 janvier 2014, au Forum des Halles, à Paris, les premiers Trophées de la santé mobiles. Créée par dmd Santé, cette manifestation qui a réuni plus de 300 participants récompense les applis de santé les plus pertinentes, pour les professionnels, les patients et le grand public.

Les applications éligibles sont celles ayant reçu une note de 16/20 ou plus sur le site dmdpost.com. Cette note est attribuée par un algorithme pondérant les évaluations (plus d’une centaine) réalisées par des professionnels de santé et des patients ou personnes bien portantes, tous bénévoles et indépendants, selon un cahier des charges composé de 13 familles de critères.

Les 19 applications santé ayant été le mieux notées par ce jury ont été récompensées : 12 applications pour le grand public et 7 destinées aux professionnels de santé.

  • Pour ce qui concerne la spécialité, notons

- Vidal mobile

- Mapar Avec toutefois un point faible important pour ce dernier : sur Appstore uniquement, excluant de fait la communauté androïd, voire windows phone.

Le marché des applications est estimé à 4,5 milliards de dollars en 2013 au niveau mondial, il pourrait atteindre les 23 milliards de dollars en 2017 – dont 20 % en Europe - selon le cabinet d’audit PwC.

source dmdpost.com

Retrouvez une sélection d’applications professionnelles, dans la rubrique i.ade

AB

Urgence numérique

vendredi 9 mars 2012

Jeff Guiot, photographe, propose un ouvrage numérique sur le thème de la médecine d’urgence, « En tous temps, tous lieux - Médecine d’urgence », cette production est disponible exclusivement sur l’apple store.

Photographe pendant 8 ans au SIRP (Service communication du ministère de l’Intérieur), Jeff Guiot a collaboré avec plusieurs éditeurs pour la réalisation d’ouvrages sur des services d’intervention spécialisés (SPHP, GIPN, BRI CRS, RAID).

«  La médecine d’urgence est une véritable aventure humaine où la mort, l’exploit, le courage et l’abnégation se côtoient quotidiennement  », souligne Jeff Guiot.

En effet, discipline mêlant technicité et humanité, rappelons que le SAMU, héritage de médecins réanimateurs pionniers, est initié en toute illégalité en 1955 pour répondre à une mortalité routière importante. Depuis son officialisation en décembre 1965, il ne cesse d’évoluer pour s’adapter à des besoins de plus en plus importants. La mise en place de protocoles spécifiques et l’arrivée de l’hélicoptère permet de secourir des patients dans des lieux parfois inaccessibles.

Au travers de clichés retranscrivant le réalisme des situations d’urgence et l’intervention des différents protagonistes engagés, ce livre numérique nous fait découvrir, vivre et partager les sentiments, les ressentis des acteurs des secours : médecins, infirmiers, secouristes, ambulanciers, plongeurs ou pilote de la sécurité civile...

Au travers des chapitres, on découvre les contraintes liées aux différents types d’interventions, qu’il s’agisse de secours urbain, routier, alpin, côtier ou lors de situations de catastrophes.

medecine urgence 2012 (extrait)

En tous temps, tous lieux – Médecine d’urgence, Syllabaire Editions, 95 pages, catégorie Médecine, 6,99 €.
Disponible sur Ipad, ce livre ne peut être lu qu’avec iBooks 2 sur un iPad équipé d’iOS 5.

source infirmiers.com