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Re: Articles sur la santé

Posté : mar. mars 31, 2026 12:01 pm
par Arnaud BASSEZ
Et le meilleur hôpital du monde est…

Quentin Haroche
12 mars 2026
jim.fr


Si le monde du cinéma a ses Oscars (qui auront lieu lundi prochain), celui des hôpitaux a également sa propre cérémonie des prix : le classement annuel des meilleurs centres hospitaliers du monde réalisé par le magazine Newsweek. Chaque année, l’hebdomadaire américain dresse, en partenariat avec le site de statistiques Statista, la liste des meilleurs établissements de santé de la planète. Ce sont au total plus de 2 500 hôpitaux répartis dans 32 pays du monde (la Turquie et les Philippines font cette année leur entrée dans le classement) qui ont été évalués et comparés pour aboutir à cette liste des 250 « meilleurs » établissements de santé de la planète, publiée le 25 février dernier.

« Chaque hôpital a été examiné et s’est vu attribuer un score basé sur quatre sources de données : les recommandations d’experts médicaux (y compris des médecins, des directeurs d’hôpitaux et d’autres professionnels de la santé), les indicateurs de qualité des hôpitaux, les données existantes sur l’expérience des patients et l’enquête de Statista sur la mise en œuvre des Patient-Reported Outcome Measures (PROMs) » explique Newsweek. « Les PROMs sont définis comme des questionnaires standardisés et validés, remplis par les patients afin de mesurer leur perception de leur bien-être fonctionnel et de leur qualité de vie ». Cette méthode d’évaluation complexe et relativement opaque mélangeant critères objectifs et subjectifs (influencés par des facteurs culturels) est bien sûr critiquable et a été critiquée. Ce palmarès a cependant le mérite d’exister ce qui justifie pleinement cette analyse succincte.

La Mayo Clinic de Rochester conserve son titre

Comme chaque année, les hôpitaux américains dominent le classement. La Mayo Clinic de Rochester, dans l’Etat américain du Minnesota, conserve ainsi son titre de meilleur hôpital de la planète. Elle est suivie par le Toronto General Hospital du Canada, qui gagne une place par rapport à l’an dernier et par la Cleveland Clinic dans l’Ohio, qui complète le podium. En quatrième position (un rang gagné par rapport à 2025), l’Institut Karolinska de Stockholm décroche le titre de meilleur hôpital d’Europe. Le célèbre Massachusetts General Hospital de Boston (+ 1 place) ferme ce top 5. On compte quatre hôpitaux américains dans le top 10 du classement de Newsweek et seulement trois hôpitaux européens (l’Institut Karolinska, l’hôpital de la Charité à Berlin et l’hôpital universitaire de Zurich).

Quinze établissements de santé français figurent dans les 250 premiers du magazine Newsweek, dont six dans le top 100. Figurant à la 11e place du classement général (stable par rapport à 2025), l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière conserve son rang de meilleur hôpital français. Il est suivi par l’hôpital européen Georges Pompidou (32e du classement général, - 3 places par rapport à 2025), l’hôpital Claude Huriez de Lille (34e, - 8 places) et l’hôpital Pellegrin de Bordeaux (69e, + 6 places). Le secteur privé est bien représenté avec la clinique Santé Atlantique du groupe ELSAN, près de Nantes, considérée comme le cinquième meilleur établissement de santé français (78e au classement général, - 7 places). Sur les dix meilleurs hôpitaux français, cinq se trouvent à Paris.

L’hôpital Gustave Roussy, meilleur centre d’oncologie d’Europe

Le magazine Newsweek a également réalisé un classement des « meilleurs hôpitaux » de la planète pour 12 spécialités : chirurgie cardiaque, cardiologie, endocrinologie, gastro-entérologie, neurologie, neurochirurgie, gynécologie obstétrique, oncologie, orthopédie, pédiatrie, pneumologie, urologie.

Dans certaines d’entre elles, les hôpitaux français parviennent à tirer leur épingle du jeu. A en croire l’hebdomadaire américain, l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière possède ainsi les 8e meilleurs services de chirurgie cardiaque et de neurochirurgie de la planète et les 7e en cardiologie et en neurologie. En Europe, seul l’hôpital de la Charité à Berlin fait mieux dans ces domaines.

La France pourrait également s’enorgueillir de posséder le 6e meilleur centre de traitement du cancer de la planète et le meilleur d’Europe à l’hôpital Gustave Roussy de Villejuif. L’hôpital Necker à Paris s’offre lui une belle 7e place mondiale en pédiatrie, juste derrière le bien nommé hôpital pédiatrique de l’Enfant Jésus de Rome, meilleur hôpital pédiatrique d’Europe. Il est des secteurs en revanche où la médecine française obtient des résultats relativement médiocres. On ne retrouve ainsi pas un seul hôpital français dans le top 15 des meilleurs établissements de la planète en endocrinologie, gastro-entérologie et gynécologie obstétrique.

Le magazine Newsweek déclare réaliser ce classement pour aider ses lecteurs à faire le choix entre les milliers d’hôpitaux existants sur la planète. Il est cependant assez rare d’avoir les moyens (ou même le temps) de se rendre dans n’importe quel endroit de la planète pour se faire soigner. Si vous faites partie de ces quelques happy few, n’hésitez pas à consulter un cardiologue à Cleveland et un neurologue à Boston, à accoucher à Rome, à faire suivre votre cancer à Séoul ou à emmener votre fils chez un pédiatre de Toronto. Pour les autres, on se contentera de suivre les recommandations de son médecin traitant.

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Les hôpitaux publics paient de plus en plus mal

Quentin Haroche
30 mars 2026



Les hôpitaux publics mettent en moyenne 73 jours pour régler leurs factures, soit bien plus que le délai légal de 50 jours.

Le 18 février dernier, l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) publiait un rapport particulièrement alarmant sur l’état des finances des hôpitaux en France. Le déficit des établissements publics de santé (EPS) a ainsi atteint le niveau record de 2,9 milliards d’euros en 2024, avec une hausse de 1 milliard d’euros par an sur les deux dernières années. Une situation budgétaire obérée qui a une conséquence indirecte : les hôpitaux publics mettent de plus en plus de temps à payer leurs factures.

Selon l’observatoire des délais de paiement de la Banque de France, le délai moyen de paiement par les hôpitaux publics s’élève, en 2025, à 73,1 jours, contre seulement 63,4 jours en 2024 et 55,1 jours à l’époque de la crise sanitaire. C’est bien au-delà du délai légal laissé aux hôpitaux pour régler leurs factures, fixé à 50 jours. Selon Olivier Rietmann, sénateur et auteur d’une proposition de loi pour lutter contre les retards de paiement actuellement débattue au Parlement, sur les 17 milliards d’euros que représentent les factures en retard en France, « plus de 5 milliards viennent du secteur public et la très grande majorité est directement imputable aux hôpitaux ».

Des conséquences négatives pour les prestataires

Ces retards de paiement ont évidemment des conséquences délétères pour les prestataires des hôpitaux publics, qui se retrouvent pris en étau entre la nécessité de réaliser leurs prestations (et de payer chaque mois leurs employés) et le non-paiement de leurs factures. Ces dernières semaines, la presse s’est fait l’écho de ces difficultés : une société d’ambulances qui réclame 200 000 euros aux hôpitaux de Chaumont et de Langres, une entreprise d’intérim à qui un hôpital du Val-de-Marne doit 980 000 euros, une société de nettoyage qui cumule plus d’1,4 million d’euros de créance auprès de divers hôpitaux…

Dans le secteur de la restauration collective, où la commande publique représente 32 % du marché, ou dans ceux de la propreté et de la sécurité (25 % de commandes publiques), ces retards de paiement peuvent entrainer des faillites en chaine. En théorie, ces entreprises peuvent bien sûr entamer des procédures judiciaires pour réclamer leur dû plus rapidement. Mais en pratique, ils y rechignent, pour ne pas se mettre à dos leurs principaux clients. « Les hôpitaux nous font comprendre que si on insiste, ils s’en souviendront au renouvellement de l’appel d’offres » témoigne auprès du Point le chef d’une entreprise de sécurité qui attend ses paiements depuis six mois. « Même ceux placés en liquidation n’osent pas parler, parce qu’ils espèrent se relancer et ne veulent pas se griller auprès des collectivités » confirme un administrateur judiciaire.

Au vu de la gravité de la situation des entreprises commencent tout de même à se rebeller. Ces derniers mois, les fédérations des entreprises de la propreté, de la sécurité et de la restauration collective ont ainsi adressé des courriers à la ministre de la Santé et au Premier Ministre pour les alerter de la situation. « Sur un échantillon de seulement 35 dossiers, le montant des impayés s’élève à plus de 25 millions d’euros, avec un délai moyen de retard de 250 jours » indiquait par exemple la Fédération des entreprises de la propreté (FEP) dans un courrier à Sébastien Lecornu en date du 5 mars dernier. Seule timide réponse du gouvernement : la promesse d’une hausse du budget des hôpitaux en 2027, alors que le déficit de la Sécurité Sociale est déjà de plus de 21 milliards d’euros.

Une « culture du non-paiement » au sein des hôpitaux

Du côté des hôpitaux, on rejette d’ailleurs essentiellement la faute sur l’Etat et le manque de financement des établissements de santé. « La dégradation est essentiellement due à l’inflation, qui n’a pas été compensée, et aux revalorisations salariales du Ségur de la Santé qui ne l’ont pas été intégralement : 1,7 milliard n’était pas couvert » explique ainsi au Point la Fédération hospitalière de France (FHF). Un constat d’ailleurs déjà fait par l’IGAS dans son rapport du mois dernier.

Si, en juillet 2025, une circulaire ministérielle a été adressée aux hôpitaux publics pour les « sensibiliser au respect de la réglementation » en matière de délai de paiement, certains chefs d’entreprise estiment qu’une véritable « culture du non-paiement » s’est installée à l’hôpital. « Certains de mes clients trouvent tous les stratagèmes pour ne pas payer » explique ainsi la cheffe d’une entreprise de propreté qui réclame depuis huit mois son dû auprès d’hôpitaux bretons.

Les hôpitaux se servent notamment allégrement d’un tour de passe-passe juridique. La loi prévoit en effet, en matière de commande publique, que le délai de paiement ne court pas au moment de la réception de la facture mais lorsque l’administration ordonne au trésorier public de la payer. « Il suffit de laisser traîner le délai entre la réception de la facture et le contrôle que doit en faire le service dédié » explique Olivier Rietmann. Le sénateur souhaite d’ailleurs profiter de sa proposition de loi pour supprimer ce mécanisme qu’il juge trop avantageux pour l’administration. « Bercy s’est roulé par terre, ils ne voulaient pas qu’on en parle » relate-t-il. « L’objectif premier de Bercy est de freiner au maximum le déficit budgétaire. Il préfère donc ne pas décaisser les sommes dues et augmenter le déficit ».

Les hôpitaux publics se sont en réalité enfermés dans un cercle vicieux. Face à ces délais de paiement, les prestataires n’ont en effet pas d’autre choix que d’augmenter leurs prix. « En audition privée, plusieurs gestionnaires d’hôpitaux m’ont avoué qu’ils conseillaient à leurs prestataires d’augmenter leurs factures de 20 %, pour compenser les retards de paiement » révèle ainsi au Point Olivier Rietmann. Entre 2015 et 2023, la dette des hôpitaux vis-à-vis de leurs prestataires a ainsi doublé, passant de 3,8 à 7,5 milliards d’euros. « Cette mauvaise gestion finit par coûter une fortune à tous » conclut l’économiste de la santé Jean de Kervasdoué.

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Jour de carence dans la fonction publique : effets attendus et moins attendus

Juliette Seblon
30 mars 2026



Réintroduit en 2018, le jour de carence dans la fonction publique territoriale constitue un levier classique de régulation des arrêts maladie de courte durée. L’analyse menée à partir des données de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales met en évidence un effet significatif dès les premières années d’application, dans un contexte marqué par une hausse continue des arrêts maladie dans le secteur public.

Une diminution nette des arrêts maladie, concentrée sur les épisodes courts

Ainsi, l’étude confirme une réduction mesurable de l’absentéisme pour maladie ordinaire après la mise en œuvre du dispositif. La probabilité pour un agent de prendre au moins un arrêt diminue d’environ 11 %, tandis que le nombre total de jours d’arrêt recule de 13 %. Cette évolution ne relève pas d’un effet ponctuel mais traduit un ajustement durable des comportements.

L’impact se concentre essentiellement sur les arrêts de courte durée, en particulier ceux de deux à trois jours, directement affectés par la perte de rémunération. À l’inverse, les arrêts longs restent globalement inchangés, suggérant que la mesure agit davantage sur les décisions marginales d’arrêt que sur les situations médicales avérées. Ce résultat confirme que le jour de carence constitue un outil ciblé sur le micro-absentéisme, sans modification apparente des pathologies nécessitant des arrêts prolongés.

Un levier budgétaire immédiat mais partiel

La baisse des arrêts se traduit par une économie estimée à 86 millions d’euros par an, soit environ 4,5 % du coût total des congés maladie ordinaires dans la fonction publique territoriale. Cette économie repose sur une diminution moyenne d’environ 1,25 jour d’arrêt par agent et par an.

Toutefois, cette estimation reste strictement comptable et de court terme. Elle ne prend pas en compte d’éventuels effets indirects, comme une multiplication potentielle des accidents du travail, ni les conséquences éventuelles sur la santé des agents ou la qualité du service rendu. La littérature suggère en effet que la réduction des arrêts courts peut s’accompagner d’un présentéisme accru, avec un risque de dégradation secondaire de l’état de santé et un coût finalement augmenté pour les entreprises.

Un impact hétérogène en fonction des profils sociologiques

L’un des résultats les plus marquants de cette étude concerne la distribution inégale des effets selon les profils d’agents. La réduction des arrêts est significativement plus importante chez les agents jeunes, peu qualifiés et faiblement rémunérés. Chez ces derniers, la perte d’une journée de salaire représente un coût relatif plus élevé, renforçant l’effet dissuasif de la mesure.

À l’inverse, les agents appartenant aux catégories les plus qualifiées ou les mieux rémunérées apparaissent peu sensibles au dispositif, avec des effets non significatifs sur leurs comportements.

Les auteurs notent que si la mesure démontre son efficacité sur les indicateurs d’absentéisme, elle agit principalement sur les conséquences financières des arrêts plutôt que sur leurs causes. Or, l’augmentation des arrêts maladie dans la fonction publique est largement associée à des facteurs structurels tels que les conditions de travail, la pénibilité ou les contraintes organisationnelles.

Dans ce contexte, le jour de carence s’inscrit davantage comme un instrument de régulation budgétaire que comme une réponse globale aux enjeux de santé au travail. Son efficacité doit donc être interprétée à l’aune de ses effets secondaires potentiels.

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Traiter l'anaphylaxie sans aiguille grâce à l’adrénaline intranasale

Pr Guy Dutau
30 mars 2026



L'adrénaline intranasale pourrait bientôt concurrencer l'injection intramusculaire dans le traitement de l'anaphylaxie, avec un avantage décisif : plus besoin d'aiguille.

La gestion de l'anaphylaxie chez l'enfant se heurte à des obstacles importants liés à la peur des aiguilles et aux difficultés techniques associées à l'utilisation des dispositifs auto-injecteurs d'adrénaline intramusculaire, ce qui peut limiter leur utilisation. Les formulations d'adrénaline intranasale pourraient représenter un changement de paradigme en apportant des solutions à ces difficultés cliniques persistantes.

Une revue de la littérature internationale

Une revue de la littérature synthétise les données actuelles sur les formulations intranasales d'adrénaline, en analysant les études publiées qui abordent leur efficacité clinique, leurs technologies et leurs profils de sécurité (1). Trois produits font l'objet des publications recensées : neffy® (ARS Pharmaceuticals), qui utilise la technologie Intravail® et représente le premier produit commercialisé approuvé par la FDA ; UTULY™ (Bryn Pharma), qui emploie une stratégie à dose élevée (13,2 mg) pour surmonter les obstacles liés à l'absorption ; et FMXIN002 (Nasus Pharma), qui repose sur une technologie à base de poudre de microsphères offrant une stabilité de 5 ans à température ambiante.

Les études pharmacocinétiques montrent systématiquement que les concentrations plasmatiques d'adrénaline obtenues par voie intranasale sont comparables, voire supérieures à celles obtenues par injection intramusculaire manuelle, avec une cinétique d'absorption plus rapide. Une étude clinique de phase 3 menée auprès de 15 enfants présentant une anaphylaxie lors de tests de provocation alimentaire a montré une résolution des symptômes en 16 minutes (valeur médiane), sans événement indésirable grave.

De plus, contrairement à ce que l'on pourrait penser, la congestion nasale et les infections des voies respiratoires supérieures semblent favoriser l'absorption de l'adrénaline plutôt que la diminuer, une observation contre-intuitive qui lève les inquiétudes sur la fiabilité de l'administration intranasale en cas de congestion. Ces formulations sans aiguille offrent également des avantages notables tels que la suppression des obstacles liés à l'injection, la simplification des techniques d'administration, une meilleure stabilité thermique et un maintien de l'efficacité thérapeutique.

L'adrénaline intranasale représente une avancée importante dans la prise en charge de l'anaphylaxie, particulièrement chez l'enfant, où l'anxiété liée aux injections freine souvent le recours à l'adrénaline intramusculaire et compromet son efficacité. Ces résultats, obtenus chez l'enfant, pourraient bien valoir aussi pour les adolescents et les adultes, qu'ils redoutent ou non les aiguilles.

Où en est-on en France ?

À ce jour, aucune étude française ne semble avoir été publiée sur ce sujet. Une recherche dans PubMed avec la formulation « Intranasal epinephrine for anaphylaxis » permet d'identifier 38 articles, tous issus d'équipes étrangères. Rosenblum et coll. ont publié la première série de cas d’anaphylaxie à l'immunothérapie allergénique traités par neffy® (2). Les publications sur l'adrénaline intranasale dans l'anaphylaxie restent récentes et leur nombre croît rapidement, témoignant d'un intérêt scientifique grandissant pour cette approche.

EURneffy, spray nasal d'adrénaline indiqué en urgence dans l'anaphylaxie, a obtenu une autorisation de mise sur le marché européenne le 22 août 2024. Il s’agit du premier traitement de ce type, sans injection, disponible dans l'UE, pour les adultes et les enfants de 30 kg ou plus. En France, comme dans la plupart des pays européens, la disponibilité effective dépend encore des étapes nationales d'évaluation, de fixation du prix et de remboursement, ce qui explique le délai habituel après une approbation européenne.

La question de savoir si cette voie d'administration finira par s'imposer face au traitement de référence actuel - l'injection intramusculaire profonde à la face antéro-latérale de la cuisse - reste ouverte. Les données disponibles sont encourageantes, mais ce dossier mérite d'être suivi de près.

Re: Articles sur la santé

Posté : mer. avr. 01, 2026 5:27 pm
par Arnaud BASSEZ
Comme un malheureux air de déjà vu.

« Je voyais des gens pleurer dans les couloirs » : un professeur hospitalier dénonce un climat toxique au CHU de Nice (Interview)


Aurélie Haroche
01 avril 2026
jim.fr


Les situations de harcèlement au sein des hôpitaux tendent à être de plus en plus régulièrement dénoncées. Sur ce sujet sensible, nous avions ouvert nos colonnes au Professeur Bernard Granger qui a fondé, avec le Dr Mathieu Belhasen, un Observatoire de la répression des personnels hospitaliers, qui était notamment revenu sur la complexité et la longueur des procédures tant pour les victimes que pour les lanceurs d’alerte. Cet état de fait n’a pas dissuadé le professeur Thierry Piche de signaler au procureur de la République des faits de harcèlement, perpétués selon lui par la direction du CHU de Nice. Nous revenons avec lui sur les éléments qu’il dénonce.

Sollicitée, la direction du CHU de Nice n’a pas donné suite.

JIM.fr - Pouvez-vous rapidement vous présenter ?

Pr Thierry Piche - Je suis PUPH en gastro-entérologie et ancien président de la Commission médicale d’établissement. J’ai 58 ans et j’aurais pu achever sereinement ma carrière. J'ai beaucoup réfléchi avant de lancer cette alerte, sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale*.

Cependant, ce que j’ai constaté au sein du CHU m’a profondément touché. J’ai beaucoup discuté avec ma famille qui m’a encouragé à agir. Mon action n’est dirigée par aucun conflit d’intérêt. J’aurais tout à fait pu ne pas intervenir, mais la situation actuelle heurte mes valeurs. Vous ne verrez dans mes propos aucune diffamation car c’est la justice qui les confirmera ou non.

JIM.fr - Qu’est-ce qui vous a poussé à agir justement ?

Pr Thierry Piche - Je voyais des agents pleurer dans le service et pour moi c’était le signe clair que quelque chose n’allait pas. Petit à petit, j’ai eu la conviction qu’effectivement, des choses anormales avaient lieu au sein de l’établissement. En août 2025 j’ai donc décidé de consulter des avocats, qui m’ont indiqué qu’il était nécessaire de pouvoir s’appuyer sur des preuves. Et c’est ainsi que je me suis transformé en véritable enquêteur. Au début, ce fut très difficile parce qu’il règne une véritable omerta : les agents hospitaliers ont inévitablement peur de perdre leur travail, et c’est encore le cas.

Révolution complète dans l’équipe de direction

Ainsi, le climat délétère qui s’est installé s’observe notamment quand on essaie de rentrer en contact avec des personnes qui travaillent au sein de la direction, qui hésitent à parler au téléphone en s’inquiétant que « les murs aient des oreilles ». Cette réaction est évidement anormale.

JIM.fr - A quand remonte ce harcèlement selon vous et comment se manifeste-t-il ?

Pr Thierry Piche - Le développement de ce qui pourrait constituer un harcèlement institutionnel a débuté très tôt après l’arrivée du Directeur Général Rodolphe Bourret et a visé, non pas seulement quelques cas individuels (comme semble le considérer le Centre national de gestion), mais un corps directorial dans son ensemble. Ils ont été véritablement maltraités par la politique du Directeur Général et de son adjoint. Il est logique quand un nouveau directeur arrive au sein d’une organisation qu’il s’entoure de collègues qu’il connaît. Cependant, une révolution complète dans l’équipe de direction avec une telle violence est inepte. Ces directeurs ont été volontairement mis de côté : autour d’une quinzaine sont partis et huit ont écrit une lettre à l’Agence Régionale de Santé et au CNG, missive édifiante. Une solution « à l’amiable » a été mise en place : le directeur de l’ARS leur a accordé une protection fonctionnelle et de nouveaux postes ont été attribués. Mais les conséquences sont réelles, avec des divorces, des dépressions, des délocalisations forcées, etc... C’est un collectif, un corps administratif de la fonction publique qui n’a pas été défendu.

Cela me semble typique d’un management toxique qui s’est installé assez rapidement à la direction.

JIM.fr - Qui selon vous est responsable de cette situation ?

Pr Thierry Piche - Cela s’est fait avec la complicité de deux autres personnes que j’ai citées dans mon alerte, le Directeur général adjoint et la Directrice des Ressources Humaines. Cependant, le véritable responsable, c’est bien Rodolphe Bourret, le directeur général du CHU de Nice, ainsi que toutes les tutelles en santé qui ont été alertées (l’ex Président du Conseil de Surveillance du CHU, le DG d’ARS, l’ex Directrice du CNG) qui savaient et n’ont rien fait…. et vont devoir s’expliquer car « non il ne s’agit pas d’un petit groupe d’individus qui cherche à raconter une histoire erronée ».

Les organisations harcelantes

JIM.fr - Outre le harcèlement subi par le corps directorial, quelle autre situation de harcèlement dénoncez-vous ?

Pr Thierry Piche - Nous constatons au sein du CHU le déploiement de ce que j'appelle des organisations harcelantes. Il s’agit notamment de créer des situations de surcharge de travail, qui concernent initialement des petits corps de métier, l’air de ne pas y toucher, comme l’économat, les postes de sécurité incendie ou les vaguemestres. Des postes sont supprimés ou des périmètres d’action élargis. Quand les agents ne parviennent pas à s’adapter, on assiste à des départs. Tel est le but recherché : réduire la masse salariale. Cela peut être considéré comme du harcèlement institutionnel : les conditions de travail des agents sont volontairement dégradées pour les forcer à démissionner.

D’autres métiers ont ensuite été concernés. Ainsi, toujours au cours de l’année 2025, le passage aux journées de 10 heures a été imposé aux infirmièr(e)s de bloc opératoire. Et là encore, comme certaines personnes ne peuvent pas s’adapter, en raison notamment de contraintes familiales, des titulaires décident de partir. A chaque fois, se joue le même scénario. Cependant, un collectif (IBODE et IADE) ont déposé plainte devant le tribunal administratif (TA) toujours en cours. D’autres plaintes au pénal ou au TA ont été déposées ainsi que des signalements pour harcèlement. Des pétitions de plusieurs corps de métiers rassemblant plusieurs centaines de signatures ont été déposées dans le bureau du DG par les syndicats CGT et CFDT et envoyées à l’ARS…sans mesure corrective. Il ne s’agit nullement de l’observation unique d’un lanceur d’alerte (en l’occurrence moi-même).

Autre exemple de cette mécanique dite des organisations harcelantes, la mise en place à marche forcée d’un projet destiné à supprimer le bureau des admissions, pour s’orienter vers ce que l’on appelle « l’hôpital magnétique ». Ainsi, la préadmission se fait-elle directement à une borne, avec un QR code et un téléphone. Cela suppose bien sûr de ne pas être trop souffrant et à l’aise avec les nouvelles technologies. Dans le cas d’espèce, les secrétaires ont été conduites à changer de poste, avec des promesses qui n’ont pas été tenues et à ce jour le projet est tellement bien mené que de nombreux malades reçoivent des factures du Trésor Public pour des examens qu’ils ont passé pendant…une hospitalisation !

JIM.fr - Existe-t-il des conséquences de ces nouvelles organisations sur les patients ?

Pr Thierry Piche - Nous pouvons en effet voir les conséquences de ces évolutions à marche forcée sur le fonctionnement de l’hôpital et le rapport avec les patients. Par exemple, le service de facturation a connu des ratés, notamment parce que les personnels qui y ont été nouvellement affectés n’ont pas été suffisamment formés, toujours dans cette même logique de nouvelles organisations, la suppression du bureau des admissions crée maintenant des files d’attentes dans certaines consultations dont les malades se plaignent. La fonction du bionettoyage n’est pas non plus optimale dans l’hôpital (A propos des conséquences potentielles sur les patients, lire le témoignage d’une infirmière anesthésiste, ci-dessous).

Signalement de la médecine du travail

JIM.fr - Quelles autres alertes ont été lancées ?

Pr Thierry Piche - Je ne suis en effet pas le seul à avoir essayé de lancer l’alerte. Le service de la médecine du travail a ainsi envoyé un courrier virulent en 2024 et récemment encore en ce début du mois de mars 2026 un mail encore plus explosif au collectif des directeurs : il dénonce la façon dont des salariés, à l’issue d’un arrêt de travail ou d’un congé maladie, ayant une aptitude à la reprise du travail prescrite par des collègues de ville, des médecins du travail ou des médecins experts, sous conditions d’aménagements, se retrouvent placés en situation d’attente prolongée sans proposition de poste ! Or, c’est évidemment une faute de l’employeur, c’est contraire au code du travail. Les syndicats CGT et CFDT ont saisi l’Inspection du Travail qui va prochainement intervenir pour clarifier cette situation alarmante (entre-autre) qui place des agents en grande précarité financière et familiale.

JIM.fr - La médecine du travail vous semble empêchée d’effectuer son travail ?

Pr Thierry Piche - Au CHU de Nice, on compte 2,5 équivalents temps plein pour 9000 agents, un taux qui est totalement incompatible avec un véritable suivi. Bien sûr, la médecine du travail est en crise partout, mais il est des CHU où la situation n’est pas aussi dégradée. Par ailleurs, les collègues de la médecine du travail perçoivent bien une volonté de ne pas faire avancer les dossiers. Ainsi, une psychologue qui avait postulé a été saisie d’une demande pour le moins singulière des ressources humaines, qui lui ont demandé de pouvoir accéder à son agenda professionnel, ce qui s’oppose rigoureusement à la déontologie. Evidemment, la psychologue a refusé de rester dans ces conditions. D’autres psychologues qui ont candidaté ont connu la même déconvenue. Ainsi peut-on se demander si le CHU souhaite réellement recruter un psychologue pour soutenir la médecine du travail.

JIM.fr - Vous êtes en lien avec l’Observatoire de la répression des personnels hospitaliers fondé il y a quelques mois par le Professeur Granger. En quoi la situation du CHU de Nice entre-t-elle en résonance avec le combat mené par cet Observatoire ?

Pr Thierry Piche - En effet, je suis rentré en contact avec eux. Je n’avais pas conscience que ces questions de harcèlement (soupçonné à Nice) dépassent le seul cas du CHU de Nice, qui reste néanmoins le plus préoccupant en intensité comme l’a rappelé le président du SMPS. Le Syndicat des Médecins National Hospitalier / FO (SNMH/FO) a d’ailleurs révélé dans un communiqué de Presse récent que les Chefs de Pôles à Valenciennes (ancien poste de Rodolphe Bourret) percevaient des primes d’objectifs substantielles dont la légalité doit être vérifiée avec le Ministère de la Santé, dispositif également déployé à Nice.

JIM.fr - Cette situation vous semble-t-elle favorisée par le silence et l’inaction des autorités et aussi par les pressions d’ordre économique ?

Pr Thierry Piche - Je pense qu’il est important de ne pas diaboliser les préoccupations économiques. Et il faut bien distinguer ce qui relève de la politique de réduction des dépenses en santé, des méthodes présumées de harcèlement que je dénonce pour y parvenir. Car au fond, la situation du CHU de NICE, 3ème CHU le plus endetté de France, dévoile finalement l’urgence de refondre le système de santé Français qui est à bout de souffle, avec une part de la santé dans le PIB de 11.5% qui ne cessera d’augmenter avec l’explosion démographique, du vieillissement et des maladies chroniques. Un récent rapport de l’IGAS a une nouvelle fois lancé une alerte sur les dépenses des établissements publics de santé, mais ces déficits sont structurels et cela fait 20 ans que les conclusions de ce rapport sont connues ! Personnellement, je m’intéresse évidemment à ces questions, à travers plusieurs think tanks indépendants et apolitiques comme l’Institut santé (dirigé par l’économiste Frédéric Bizard). Cette refonte est indispensable maintenant pour les patients et les contribuables et n'a rien à voir avec de petites économies réalisées à marche forcée par des directions hospitalières, ou les « success story » régulièrement annoncées par chaque ministre de la santé dans l’espoir de sauver un système figé qui ne pourra plus jamais répondre aux besoins populationnels futurs.

Rupture avec le GHT

A mon sens, la multiplication de strates, la décentralisation de compétences vers des collectivités territoriales qui sont parfois politiquement opposées, l’absence de questionnement sur le fonctionnement du cœur du réacteur de l’assurance maladie participent tous à la sclérose du système. Nous avons créé des agences, des couches dans tous les sens, qui ne contrôlent rien. Et vous finissez par aboutir à un système public et privé qui s'est organisé tant bien que mal, qui n'est plus capable de répondre à un accès aux soins équitable, avec des offres qui sont parfois disproportionnées par rapport aux besoins. Car comment expliquer que la démographie médicale en région PACA soit l’une des plus élevée en France et que l’on décrive des zones dites de « déserts médicaux ». Pourquoi un tel manque d’anticipation ? La première question à poser : quels sont en 2026 les besoins populationnels en santé dans le médico-social et en matière de prévention.

JIM.fr - Parallèlement aux situations de harcèlement, vous dénoncez également des dérives dans l’organisation globale du CHU qui semblent participer à une même logique. Pouvez-vous par exemple nous parler des liens de la nouvelle direction du CHU avec les autres établissements de la région ?

Pr Thierry Piche - Il est éclairant de rappeler qu’une des premières actions de Rodolphe Bourret au moment de son arrivée fut de rompre avec le Groupe Hospitalier de Territoire (GHT), c’est-à-dire toute la galaxie d’établissements de santé de la région, dont des structures de premier plan, et notamment les hôpitaux de Cannes, Grasse, Antibes, Menton ou encore le Centre de lutte contre le cancer Antoine Lacassagne, la Fondation Lenval, l’Institut Arnault Tzank ou l’hôpital les Sources. Les responsables de toutes les structures impliquées dans le GHT ont écrit à l'ARS et au directeur général des lettres un peu cinglantes pour désapprouver l’abandon par Rodolphe Bourret du pilotage du GHT. Ils ont signalé comment ce défaut mettait en difficulté leurs institutions et la qualité des prises en charge sur le territoire.

C’est évidemment regrettable car à travers ce GHT, les parcours de soins coordonnés prévus pour bien orienter les malades n’ont pas été développé, le CHU considérant ses partenaires comme….des concurrents pour absorber leurs activités.

JIM.fr - A-t-il donné des raisons de sa rupture avec le GHT ?

Pr Thierry Piche - Je l’ignore ! Une médiation a été initiée par la médiatrice nationale en 2023. Cette médiation vient seulement de s’achever en décembre 2025, avec à ma connaissance une seule rencontre physique des directeurs généraux. Il y a un texte qui confirme que l’on est loin de la coopération idéale. De son côté, sur les réseaux sociaux, Rodolphe Bourret a continué à affirmer que le réseau était très actif.

JIM.fr - Quel autre changement la nouvelle direction a-t-elle choisi d’impulser dans l’organisation de l’établissement ?

Pr Thierry Piche - Quand il a pris ses fonctions, Rodolphe Bourret a mis en place la délégation polaire, dans le cadre de ce qu’il appelle « l’hôpital magnétique ». La délégation polaire est un outil utilisé depuis 20 ans, notamment dans les centres hospitaliers généraux. Cela consiste à déléguer par principe de subsidiarité des fonctions directoriales par délégation de signature à des médecins, qui sont des chefs de pôle, de façon à ce qu’ils soient responsabilisés. J’y suis plutôt favorable, en effet les médecins se plaignent souvent de ne pas être suffisamment impliqués.

Conduire une voiture sans essence

Cependant, jusqu’alors cela n’avait jamais été expérimenté dans un CHU avec cette dimension de délégation de signature qui impose des formations managériales aux chefs de pôles (RH, financier, gestion des conflits, éthique managériale, posture managériale, etc.). On ne devient pas directeur en 15 jours et vice versa pour un directeur qui souhaiterait faire de l’art médical ! Et, la façon dont cela a été déployé au CHU de Nice n’a nullement permis une installation sereine. Les choses ont été faites à la hussarde, bien trop précipitamment. Des experts de cette délégation polaire, comme le président du Syndicat des Managers Publics en Santé (SMPS), affirment qu’il n’est pas possible d’installer ce dispositif aussi vite, en seulement quelques mois.

Ainsi, si cette bonne intention a d’abord été accueillie positivement par le corps hospitalier, les retours aujourd’hui sont beaucoup moins favorables, en raison de la façon dont le déploiement a eu lieu. En allant trop vite, on désorganise l’hôpital. Le transfert de fonctions vers les pôles crée un engorgement au sein des directions des pôles. Par ailleurs, compte tenu des problèmes de déficit, les managers se retrouvent à devoir manager des services comme on « manage » une voiture sans essence.

*Cet article dispose que « Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur ».

Propos recueillis par Aurélie Haroche
Témoignage d’une infirmière anesthésiste en poste au CHU de Nice depuis 2014,

« Je souhaite alerter sur les conséquences particulièrement préoccupantes de la réorganisation récente du temps de travail, avec le passage imposé de journées de 12h à 10h, sans concertation préalable des équipes et du harcèlement de nos supérieurs hiérarchiques.

(…) J’ai toujours été fière de travailler pour ce service public : j’ai toujours été volontaire
(…). Mais au vu de l’état actuel, je ne sais pas si je vais rester.

Sur le plan professionnel, la situation est préoccupante. La réduction du temps de travail impacte la qualité et la sécurité des soins : le temps accordé aux patients est fortement diminué (il faut faire vite car les plages opératoires du bloc sont raccourcies), ce qui entraîne une baisse notable de l’attention qui leur est portée. Certains patients sont sacrifiés : annulés au dernier moment, passés sur d’autres salles ou sur les temps d’astreinte.

(..) Les tâches essentielles ; telles que la préparation, le rangement, les commandes, la vérification du matériel et des médicaments ne peuvent plus être réalisées dans des conditions satisfaisantes, exposant à des risques d’erreurs et à une dégradation des pratiques.

Nous n’avons plus le temps de former correctement les étudiants ni les nouveaux arrivants.
Par ailleurs, plusieurs dysfonctionnements majeurs sont à souligner. (…) En l’espace de 6 mois, j’ai perdu toute interaction sociale personnelle, les week-ends de repos étant des week-ends de récupération tant de sommeil que de moral et le seul jour off en semaine étant pour les rendez-vous professionnels pour ma maman ou mon enfant.
J’ai l’impression de vivre le mythe de Sisyphe, condamné à pousser le rocher en haut d’une montagne
.
Que l'on y prenne garde. Le démantèlement de l'hôpital public ne se fera pas sans une catastrophe sanitaire en corollaire. Le privé ne pourra pas absorber les patients excédentaires. Il y a des centres privés qui sont en capacité de gérer des patients aux pathologies lourdes, mais l'afflux de ces patients, risque un manque de prise en charge de qualité, voire un manque de prise en charge tout court.
Les soignants vont se transformer en mercenaires du soin. Au mieux offrant, au mieux payant, au mieux qualitatif. A quoi bon chercher à se détruire la santé, quand l'intérim permet et offre la souplesse des missions. Certes, en IDF il est plus facile de trouver des missions qu'en province et la distance est certainement moins grande pour le faire. Mais les directions qui multiplient les postes de directeurs ou directrices adjointes, chargés de faire des économies à la Patton, sans aucune considération humaine, avec un management sauvage et brutal devront bien rendre des comptes un jour. Il est à craindre un empilement de plaintes et surtout de suicide sur le lieux du travail, pour dénoncer les mises en danger des professionnels. Et un jour, quand l'hôpital aura viré son dernier médecin et sa dernière infirmière, que cet hôpital, racheté par un fond de pension étranger sera amené à rendre des comptes à l'assemblée des actionnaires, il est probable que le directeur se fasse à son tour virer. Il est dommage que ceci n'en soit que la conclusion. Il aurait été certainement plus pertinent qu'il en fut le commencement.

Ce n'est pas une uchronie, mais une vision Orwelesque de l'hôpital et de ce que nous serions amenés à être si...ça date du 23 mars 2011. Puissé-je me tromper.

Re: Articles sur la santé

Posté : jeu. mai 07, 2026 2:51 pm
par Arnaud BASSEZ
L’IA émerge comme un outil puissant de sécurité des patients en anesthésie pédiatrique

19 FÉVRIER 2026

SAN ANTONIO — L’intelligence artificielle pourrait bientôt aider les anesthésiologistes à garder les enfants plus en sécurité au bloc opératoire et à améliorer leur récupération grâce à une meilleure gestion de la douleur, selon une revue systématique présentée lors de la réunion annuelle 2025 de l’ASA (résumé A2056).


Fournir des soins anesthésiques aux enfants est particulièrement difficile, car leur anatomie peut varier considérablement, même chez les patients du même âge. Les chercheurs ont constaté que l’IA fonctionnait mieux que les méthodes standard pour déterminer la taille et l’emplacement appropriés des tubes respiratoires, surveiller les niveaux d’oxygène et évaluer la douleur postopératoire. L’IA a constamment amélioré la prédiction, l’atténuation et la gestion des complications; une précision clinique et une prise de décision accrues; et a permis aux anesthésistes d’intervenir plus tôt en cas de complications.


« Pensez à l’IA comme au copilote, pendant que l’anesthésiste prend toutes les décisions finales », a déclaré Aditya Shah, BS, auteur principal de l’étude et étudiant en médecine à la Central Michigan University College of Medicine, à Saginaw. « L’IA peut analyser en continu des milliers de points de données en temps réel et apprendre les schémas issus des cas passés, repérant les changements subtils plus rapidement et aidant à adapter les décisions à l’anatomie unique de chaque enfant. Cependant, cela ne remplace pas la formation et l’expertise de l’anesthésiste; ça ajoute simplement une couche supplémentaire de sécurité et de soutien. »

Les chercheurs ont analysé 10 études et ont constaté que les outils d’IA étaient plus efficaces que les méthodes actuelles de dépistage/analyse. Bien que les outils d’IA pour l’anesthésie pédiatrique soient encore en phase de recherche, leurs avantages importants rendent probable qu’ils seront intégrés à la pratique dans un avenir proche, a déclaré Shah.


Les études montrent que l’IA peut s’améliorer :

Surveillance du taux d’oxygène : Les anesthésistes utilisent des moniteurs pour surveiller le taux d’oxygène sanguin de l’enfant, mais les alarmes ne se déclenchent que lorsque les niveaux sont déjà dangereusement bas. Les chercheurs ont entraîné des systèmes d’IA à analyser en continu les données seconde par seconde des niveaux d’oxygène provenant des machines d’anesthésie, basées sur plus de 13 000 chirurgies. Le modèle d’IA analyse en temps réel la respiration, l’oxygène et les données cardiaques de l’enfant, détectant de petits changements que les humains ne peuvent pas détecter. Il peut avertir les anesthésistes jusqu’à 60 secondes avant que le système d’alarme standard ne sonne. Cela donne aux anesthésistes une minute supplémentaire pour ajuster le ventilateur, éliminer les sécrétions ou régler le problème des voies respiratoires avant que le taux d’oxygène de l’enfant ne devienne dangereusement bas, ce qui pourrait prévenir des blessures cardiaques ou cérébrales.



Évaluation de la douleur postopératoire : La douleur est difficile à évaluer chez les enfants, qui ne peuvent souvent pas communiquer ce qu’ils ressentent. Les méthodes actuelles sont précises d’environ 85% à 88%, incluant l’échelle FLACC (Face, Jambes, Activité, Pleur, Consolabilité), un outil de 0 à 10 points que les professionnels de la santé utilisent pour évaluer la douleur chez les enfants en fonction de ce qu’ils observent, et l’échelle FACES de Wong-Baker, qui montre une série de visages allant du sourire aux pleurs que l’enfant doit choisir. Les chercheurs ont enregistré plus de 1 000 évaluations de la douleur chez 149 tout-petits — telles que les pleurs, l’agitation, la protection de la gorge et les expressions faciales — et ont entraîné un système d’IA pour reconnaître quels indices étaient les plus importants pour détecter la douleur. L’outil d’IA mesurait la douleur des enfants avec une précision de 95%.

Précision de la taille et du placement des tubes respiratoires : La taille des tubes respiratoires et la profondeur de placement dans la gorge sont essentielles pour éviter des complications graves, notamment des dommages à la paroi des voies respiratoires et des niveaux d’oxygène insuffisants. Les formules actuelles utilisent l’âge ou la taille de l’enfant, mais l’anatomie de l’enfant peut varier. Diverses études montrent que l’IA peut rendre ce processus plus précis. Dans une étude menée auprès de 37 000 enfants, des modèles d’apprentissage automatique (un type d’IA) ont utilisé les caractéristiques des patients pour prédire la taille et la profondeur du tube respiratoire beaucoup plus précisément, réduisant les erreurs de 40% à 50%.

« L’IA peut offrir un soutien décisionnel personnalisé et en temps réel aux anesthésistes, réduisant potentiellement les complications et les résultats chez les enfants, où la précision est particulièrement cruciale », a déclaré Patrick Fakhoury, BS, coauteur et étudiant en médecine à la Central Michigan University College of Medicine. « Pour les parents, la vraie valeur de l’IA, c’est la tranquillité d’esprit. »

Par Paul Bufano

Article original en anglais, source : anesthesiologynews.com

Re: Articles sur la santé

Posté : ven. mai 08, 2026 12:06 pm
par Arnaud BASSEZ
Quand les médecins radiés en France vont exercer à l’étranger (et vice-et-versa)

Aurélie Haroche
07 mai 2026
jim.fr


Ce n’est malheureusement pas si rare. Régulièrement, à l’occasion de mises en cause de médecins dans différents types d’affaires et notamment pour des agressions sexuelles, l’absence de prise en considération d’éventuelles condamnations pénales par les instances ordinales est signalée. L’affaire de l’ancien chirurgien Joël Le Scouarnec condamné pour détention d’images pédopornographiques avant de l’être pour des dizaines de viols et qui avait pourtant pu continuer à exercer en avait été un exemple marquant, compte tenu de la gravité des actes du praticien, mais il ne s’agit pas d’un cas isolé. Au-delà même de la prise en compte des condamnations pénales par les instances ordinales, les radiations ordinales elles-mêmes peuvent parfois être ignorées. On se souvient ainsi qu’’il avait été découvert il y a quelques années comment un médecin généraliste radié en 2018 après une condamnation pour abus de faiblesse concernant deux patientes dans un établissement hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD) avait pu continuer à pratiquer la médecine pendant cinq ans dans plusieurs établissements hospitaliers.
Passer la frontière pour abolir son passé

Dès lors puisque les contrôles sont si défaillants en France, comment espérer qu’ils puissent être efficace quand il s’agit de médecins étrangers objets d’une radiation dans leur pays ou de médecins français radiés tentant de travailler au-delà de nos frontières. L’enquête menée par un consortium de médias, dont Le Monde et France Télévisions ne révèle malheureusement aucune bonne surprise : oui, il est possible pour un médecin interdit d’exercer dans son pays de travailler ailleurs en Europe. C’est le cas par exemple du docteur A. cardiologue, condamné à quatre ans de prison en mars 2024 (dont trente mois avec sursis) après les plaintes de 11 patientes pour agressions sexuelles et qui a été retrouvé dans un hôpital belge. Ou a contrario, celui du docteur O. anesthésiste radié en Belgique mais qui aujourd’hui travaille dans un hôpital du nord de la France. Et ces échanges de ce que la presse italienne a appelé « les médecins zombies » ne se limitent pas au Quiévrain. Partout, des praticiens persona non grata dans leur pays d’origine soignent des patients qui ne se doutent pas que leur exil cache un passé peu avouable.
Il est des pays où les médecins ne sont jamais condamnés

Pourtant, il existe un dispositif de signalement. Le système d’information du marché intérieur (IMI) permet aux instances de régulation concernées dans chaque pays de transmettre des alertes. Les fiches sont très détaillées, reprenant notamment les motifs d’interdiction et renseignant plus de 53 items. Mais ce dispositif souffre de nombreuses failles. D’abord, tous les pays ne l’utilisent pas avec la même diligence. Selon l’Union européenne entre 2016 et 2025, 17 000 alertes anonymisées concernant des médecins ont été transmises via ce dispositif. Mais quand le Royaume-Uni a émis 7 100 alertes, la France et sa population similaire n’en a adressé que 900. Sauf à croire que les praticiens britanniques sont particulièrement peu scrupuleux, il apparaît que le souci de la transmission d’information n’étreint pas tous les pays avec la même acuité (et les politiques de sanction varient peut-être également). Et que dire de ceux qui n’ont jamais transmis aucune information concernant des médecins radiés comme la Grèce, Malte ou encore l’Estonie : heureux sont les patients de ces pays qui connaissent des praticiens irréprochables.
Des notifications ignorées

Loin d’être exhaustif, le dispositif souffre également d’une autre faille majeure : il n’est que rarement consulté ! Le Monde s’est ainsi penché sur les notifications d’ouverture par les agents concernés des alertes de l’IMI. Les personnels roumains, polonais, italiens, espagnols, maltais, portugais s’attèlent consciencieusement à la lecture des informations transmises. En France, les notifications ne notifient personne, ignorées dans le grand silence de la toile. Explication de l’Ordre : jusqu’à janvier 2026, il n’avait pas accès au système. La Direction générale de l’organisation des soins (DGOS) quant à elle n’a pas souhaité répondre, mais remarque néanmoins que le système mériterait d’être amélioré ! Son utilisation peut en effet être complexe puisque les notifications ne concernent pas uniquement les médecins, mais aussi d’autres professions. Par ailleurs, quand bien même les transmissions seraient faites correctement et les notifications lues, contourner le système n’est pas impossible : dans le cas du praticien français exerçant en Belgique évoqué plus haut, la notification à l’IMI est intervenue après son inscription sur les listes de l’Ordre belge. Il n’en reste pas moins que les manquements révélés par ce consortium de journalistes signalent une bien piètre attention accordée à la sécurité des patients européens. Au Royaume-Uni, les radiations sont rendues publiques.

Re: Articles sur la santé

Posté : mar. mai 12, 2026 3:52 pm
par Arnaud BASSEZ
Le cerveau inconscient est plus actif qu’on ne le pensait

Par Nicolas Gutierrez C. le 06.05.2026 à 17h00
source science et vie


Une étude avec des personnes sous anesthésie montre que le cerveau continue à traiter ce que l’on entend, même quand nous ne sommes pas conscients.
Le cerveau entendrait tout ce que l’on dit autour de nous même lorsque nous sommes sous anesthésie générale.

À quel point le cerveau est-il conscient lorsque nous sommes inconscients ? Sous anesthésie, les neurones dédiés à l’audition s’activent lorsqu’il y a un son, mais nous ne nous en apercevons pas. Comme si cette information n’atteignait pas le reste du cerveau à cause de la perte de connexions neuronales provoquée par l'anesthésiant. Or, ces messages auditifs parviennent bien à pénétrer au plus profond du cerveau !

Une étude publiée le 6 mai 2026 dans Nature par des chercheurs du Baylor College of Medicine au Texas montre en effet que l’information auditive voyage jusqu’à l’hippocampe, localisé à la base du cerveau, et que cette structure traite cette information, malgré l’état d’inconscience. “Cela nous pousse à repenser ce que ça veut dire d’être inconscient, affirme le neurochirurgien Sameer Sheth, directeur de l’étude, dans un communiqué. En coulisse, le cerveau fait beaucoup plus que ce qu’on pensait.”

Re: Articles sur la santé

Posté : mar. mai 19, 2026 4:29 pm
par Arnaud BASSEZ
Tous les articles sont issus du jim.fr

Douleur thoracique chez la femme : mieux connaître les biais de prise en charge

Laurence Salmon
18 mai 2026



Le risque cardiovasculaire féminin reste sous-estimé, notamment chez les femmes jeunes. Symptômes atypiques, outils diagnostiques inadaptés et causes spécifiques d'infarctus contribuent aux retards de prise en charge.

La douleur thoracique constitue l’un des motifs les plus fréquents de consultation en urgence et en médecine ambulatoire. Si elle évoque en priorité un syndrome coronarien aigu, son évaluation chez la femme présente des particularités liées à des différences de présentation clinique, de facteurs de risque, de physiopathologie et de performances des examens diagnostiques. Ces spécificités contribuent à ce jour à un pronostic cardiovasculaire moins favorable chez les femmes.
Un risque cardiovasculaire trop souvent sous-estimé

Les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de mortalité chez les femmes. Malgré cela, le risque cardiovasculaire féminin reste souvent sous-estimé, notamment chez les femmes jeunes, ce qui conduit à une moindre suspicion diagnostique en cas de douleur thoracique, contribuant à des erreurs diagnostiques ou à des retards de prise en charge.
Les femmes présentent des spécificités diagnostiques. Les syndromes coronariens aigus ne sont pas toujours liés à l’athérosclérose, comme c’est le cas chez l’homme. La dissection coronaire spontanée, le spasme coronaire, l’embolie coronaire ou l’infarctus du myocarde sans obstruction coronarienne sont notamment plus fréquents chez la femme (jusqu’à 65 % de l’ensemble des cas surviennent chez des femmes).
Il faut noter que la dissection coronaire spontanée concerne majoritairement des femmes, souvent jeunes (jusqu’à 45 % de femmes de moins de 50 ans), notamment pendant la grossesse ou le post-partum.
Le syndrome de Takotsubo, caractérisé par une dysfonction ventriculaire gauche transitoire souvent déclenchée par un stress émotionnel ou physique, survient principalement chez les femmes ménopausées.
Enfin, certaines pathologies, comme la dissection aortique, les myocardites, les péricardites ou les valvulopathies présentent également des différences de présentation et de pronostic selon le sexe.

Certains facteurs de risque ont un impact plus marqué chez les femmes, notamment le tabagisme, le diabète de type 2 et les facteurs psychologiques, tels que l’anxiété et la dépression. Une étude a montré une contribution au risque d’infarctus plus élevée chez les femmes que chez les hommes, pour le diabète (26,8 % versus 9,9 %), la dépression (25,5 % versus 8,7 %) et le tabagisme (38,9 % versus 35,1 %).
Par ailleurs, des facteurs de risque spécifiques aux femmes restent insuffisamment pris en compte, notamment les complications liées à la grossesse, le syndrome des ovaires polykystiques ou les variations hormonales au cours de la vie.
Des symptômes encore souvent mal interprétés

Chez la femme, la douleur thoracique reste le symptôme principal du syndrome coronarien aigu, mais la fréquence plus élevée chez la femme de symptômes associés, tels que dyspnée, fatigue, douleurs épigastriques, nausées, douleurs dorsales ou cervicales, peut faire évoquer à tort une cause non cardiaque.
Le biais ne tient pas uniquement à une présentation différente, mais aussi à l’interprétation des symptômes. Les douleurs thoraciques chez les femmes sont plus souvent attribuées à l’anxiété, à des troubles digestifs ou à des douleurs musculosquelettiques, ce qui peut retarder la prise en charge.
Des outils diagnostiques qui présentent des limites

À l’électrocardiogramme, les femmes ont un QTc plus long, des seuils de sus-décalage du segment ST différents et des anomalies parfois moins marquées, ce qui peut compliquer le diagnostic.
Les concentrations de troponine sont généralement plus faibles chez les femmes, pouvant conduire à sous-diagnostiquer certains infarctus si des seuils non adaptés sont utilisés. À titre d’exemple, la limite supérieure de référence (99e centile), mesurée dans un échantillon représentatif, était d’environ 16 ng/L chez les femmes et 34 ng/L chez les hommes.
Les tests d’effort sont également moins sensibles et moins spécifiques chez la femme, ce qui peut entraîner de faux positifs ou des faux négatifs et retarder le diagnostic de maladie coronarienne.
L’utilisation d’outils diagnostiques conçus principalement à partir de populations masculines contribue à ces biais diagnostiques.
Des inégalités dans la prise en charge

Concernant la revascularisation, les femmes bénéficient moins souvent d’une angioplastie coronaire et, lorsque celle-ci est réalisée, elles atteignent moins souvent les délais optimaux de prise en charge. Les femmes présentent davantage de complications précoces, notamment hémorragiques. Néanmoins, elles tirent un bénéfice clinique des traitements de revascularisation, en particulier dans la maladie coronarienne stable.
Chez les femmes, le risque hémorragique est plus élevé sous bithérapie antiplaquettaire et anticoagulants. Un traitement plus court peut réduire ce risque sans majorer les événements cardiovasculaires.
Elles reçoivent moins fréquemment certains traitements en prévention secondaire, notamment des bêtabloquants et des inhibiteurs de l’enzyme de conversion, ainsi que des prescriptions pour participer aux programmes de réadaptation cardiaque.

La faible représentation des femmes dans les essais (10 à 20 % des participants) limite les données sur les adaptations de traitement et les recommandations spécifiques selon le sexe, contribuant aux différences de prise en charge observées.
Ce que disent les recommandations

Les guidelines de la société européenne de cardiologie (ESC) de 2023 sur les syndromes coronariens aigus n’incluent pas de recommandations thérapeutiques différentes selon le sexe, mais consacrent toutefois des sections spécifiques à la dissection coronarienne spontanée et à l’infarctus du myocarde sans obstruction coronarienne, ainsi qu’à la prise en charge pendant la grossesse. Elles insistent également sur la sous-représentation des femmes dans les essais randomisés, la nécessité d’augmenter le recours à la réadaptation cardiaque et l’importance de rester attentif aux biais de prise en charge.
L’Association américaine de cardiologie (AHA) a publié en 2026 un document consacré aux syndromes coronariens aigus chez les femmes préménopausées, soulignant notamment la nécessité d’améliorer la sensibilisation de l’ensemble des professionnels de santé afin de réduire les retards diagnostiques et thérapeutiques chez ces patientes.

Cet article a d’abord été publié sur univadis.fr qui, comme JIM, fait partie du réseau professionnel Medscape.

Citer cet article: Douleur thoracique chez la femme : mieux connaître les biais de prise en charge - JIM - 18 mai 2026.
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La pollution atmosphérique s’invite au bloc

Dr Bernard-Alex Gauzere
18 mai 2026



Une étude menée sur près de 50 000 patients opérés en Utah montre qu'une exposition élevée aux PM2,5 dans les sept jours précédant la chirurgie est associée à une augmentation du risque de complications postopératoires.

L'exposition à court terme aux particules fines d'une taille inférieure à 2,5 µm (PM2,5) est un facteur de risque de morbidité et de mortalité cardiovasculaires, respiratoires et neurologiques.Les patients en période périopératoire pourraient être particulièrement sensibles aux PM2,5. En effet, le stress lié à la chirurgie engendre un traumatisme pulmonaire, un stress hémodynamique et une inflammation systémique, des réponses physiopathologiques qui recoupent étroitement celles déclenchées par l'exposition à la pollution atmosphérique. Cette convergence mécanistique pourrait aggraver les complications postopératoires.

Les études portant sur ce sujet demeurent rares et se limitent souvent à des populations spécifiques, tout en reposant sur des approches fréquentistes. L'approche fréquentiste s'appuie sur les données observées pour estimer le paramètre le plus vraisemblable, assorti d'un intervalle de confiance : si l'on répétait l'expérience un grand nombre de fois, 95 % des intervalles ainsi construits contiendraient la vraie valeur du paramètre. Ces méthodes peinent toutefois à produire des estimations probabilistes cliniquement interprétables. Les méthodes bayésiennes hiérarchiques constituent une alternative intéressante : elles permettent l'intégration de connaissances a priori et s'adaptent naturellement à la modélisation de structures de données complexes et hétérogènes.

En tenant compte de ces considérations physiopathologiques, le contexte périopératoire constitue un cadre d'étude particulièrement favorable à l'analyse des effets aigus de la pollution atmosphérique. Les pics épisodiques de PM2,5 (liés aux feux de forêt ou aux inversions thermiques hivernales) surviennent indépendamment du calendrier opératoire, les interventions programmées étant fixées indépendamment des conditions atmosphériques.

L'objectif de cette étude était double : épidémiologique et méthodologique. D'une part, explorer la relation entre l'exposition préopératoire aux PM2,5 et la survenue de complications postopératoires au sein d'une cohorte monocentrique ; d'autre part, démontrer la faisabilité et les atouts d'une modélisation bayésienne en épidémiologie environnementale périopératoire. Les auteurs ont analysé un critère de jugement combiné, en recourant à l'inférence bayésienne pour privilégier l'interprétabilité clinique, la sensibilité aux hypothèses a priori et la communication transparente de l'incertitude.
Près de 50 000 patients opérés en Utah

Il s'agit d'une étude de cohorte rétrospective monocentrique portant sur 49 615 patients ayant subi une intervention chirurgicale élective entre 2016 et 2018, bénéficiant d'une anesthésie générale programmée à l’University of Utah Health. Étaient exclus les patients classés ASA 5-6, les interventions sans anesthésie générale, les actes obstétricaux, les traitements par électroconvulsivothérapie et les bronchoscopies.

L'analyse se limitait aux patients résidant dans la zone urbaine de Wasatch Front (Salt Lake, Utah, Davis, Weber, Cache et Box Elder). Les adresses ont été géocodées et reliées aux estimations quotidiennes de PM2,5 à l'échelle des secteurs de recensement. La variable d'exposition correspondait à la concentration maximale enregistrée sur 24 heures dans les 7 jours précédant l'intervention. Le critère de jugement combinait : pneumonie, infection du site opératoire, infection urinaire, septicémie, accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde et thromboembolie. Un modèle de régression logistique bayésienne hiérarchique à a priori faiblement informatifs a été ajusté pour l'âge, le sexe, la saison, la précarité socio-économique du quartier et l'indice de comorbidités d'Elixhauser, avec le secteur de recensement comme effet aléatoire de groupe.
Plus l'air est pollué la semaine précédant la chirurgie, plus le risque de complications augmente

L'âge médian était de 53,2 ans (écart-type = 17,7), 52,2 % des patients étaient des femmes et l'indice d'Elixhauser moyen s'élevait à 0,89 (écart-type = 1,95). Le nombre annuel de procédures a progressé de 15 375 en 2016 à 16 704 en 2018.

Le taux global de complications atteignait 4,85 % (2 411 patients) : pneumonie (n = 509), infection du site opératoire (n = 589), infection urinaire (n = 739), septicémie (n = 1 353), accident vasculaire cérébral (n = 1), infarctus du myocarde (n = 184) et thromboembolie (n = 431). Les hommes étaient plus souvent touchés que les femmes (5,94 % contre 3,86 %). Le risque de complications augmentait avec l'indice de comorbidité d'Elixhauser : les patients sans complications présentaient un indice moyen de 0,6 (écart-type = 1,52) contre 5,15 (écart-type = 3,72) chez ceux présentant des complications. La fréquence des complications était stable selon la saison.

La survenue de complications progressait de façon dose-dépendante avec la concentration de PM2,5. Chaque hausse de 10 µg/m³ dans les 7 jours précédant la chirurgie était associée à une augmentation relative de 8,2 % du risque (OR = 1,082) ; pour une élévation de 1 à 30 µg/m³, ce risque progressait de plus de 27 % (IC à 95 % : 4 %–55 %). Au seuil de 35 µg/m³, le taux de complications passait de 4,8 % à 6,2 % ; la probabilité a posteriori d'un risque accru au-delà de ce seuil atteignait 93,2 %. Ces dépassements étaient répartis de façon homogène entre les comtés et les saisons.

Les résultats se sont révélés stables selon les choix d'hypothèses a priori et les spécifications du modèle. L'effet était le plus marqué chez les patients à forte charge de comorbidités, évoquant une vulnérabilité accrue en période de stress physiologique aigu. Les distributions a posteriori complètes offrent une régularisation naturelle et une quantification de l'incertitude inaccessibles aux méthodes fréquentistes classiques.

Les limites et apports de cette étude

L'exposition aux PM2,5 a été estimée à partir du secteur de recensement, sans tenir compte des variations individuelles liées aux activités quotidiennes, aux sources industrielles de proximité, au lieu de travail ou aux expositions en milieu clos. La composition chimique des particules, susceptible d'en moduler la toxicité, n'a pas été caractérisée. La taille de l'échantillon restreint les analyses en sous-groupes, en particulier par spécialité chirurgicale. En tant qu'étude observationnelle, elle ne permet pas d'établir un lien de causalité : les PM2,5 doivent être interprétées comme des marqueurs de mélanges complexes de polluants plutôt que comme un agent causal isolé. Une validation sur une cohorte multicentrique de plus grande envergure reste nécessaire.

La principale contribution de cette étude est d'ordre méthodologique en montrant comment la modélisation bayésienne hiérarchique peut être appliquée à l'épidémiologie environnementale périopératoire, offrant ainsi une interprétabilité probabiliste, une régularisation et une quantification de l'incertitude qui ne sont pas directement accessibles dans les approches fréquentistes classiques

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Rist et Robinet s’opposent sur le financement de l’hôpital

Quentin Haroche
19 mai 2026


La ministre de la Santé et le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) ne sont pas sur la même longueur d’onde concernant la question des besoins financiers de l’hôpital.

La ministre de la Santé Stéphanie Rist et le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) et maire de Reims Arnaud Robinet sont du même bord politique et devraient, a priori, soutenir le même candidat lors de la prochaine élection présidentielle. Ils n’étaient pourtant pas totalement raccord ce mardi en ouverture de l’édition anniversaire du salon Santexpo à Paris (qui fête ses 60 années d’existence) au moment d’évoquer les défis qui attendent l’hôpital public et les solutions à y apporter.

Dans un contexte budgétaire très difficile et alors que l’élaboration des prochains budgets de la Sécurité Sociale et de l’Etat s’annonce ardue, la ministre a ainsi tenu à indiquer que les cordons de la bourse allaient rester assez serrés cette année. « Il y a certes un besoin de financement, mais l’Ondam (le budget de l’Assurance maladie) a déjà augmenté de 44 % depuis le début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron » a ainsi commencé la ministre.

Le ton de l’intervention ministérielle était pleinement donné lorsque Stéphanie Rist a dénoncé la « facilité démagogique » consistant à « tout attendre de l’Etat ». « Je crois que la situation de l'hôpital appelle à un partage collectif de la contrainte » entre l’Etat et les hôpitaux a-t-elle poursuivi. Paraphrasant le président américain John Kennedy (rien que cela), elle a demandé aux soignants « de ne pas simplement attendre ce que l’Etat peut faire pour vous, mais de réfléchir aux solutions que vous pouvez apporter à l’intérêt général ».
Stéphanie Rist promet d’ «accélérer » la réforme de la certification périodique

Malgré ce discours rigoriste, la ministre n’est pas venue complètement les mains vides. Elle a ainsi annoncé qu’elle prendrait « dans les prochains jours » une instruction pour débloquer environ 6 milliards d’euros d’investissements, visant à financer des projets hospitaliers en région. Mais la rhumatologue a cependant prévenu. « Les déficits des établissements, publics comme privés, ne sont pas à conjuguer au passé : pour être soutenable, les investissements devront être conditionnés à la mise en œuvre de mesures d'efficience pour que chaque euro d'argent public soit bien utilisé » a-t-elle précisé.

Pour le reste, la ministre aura procédé à peu d’annonces concrètes lors de son discours et aura surtout annoncé le lancement de chantiers de réflexion dans divers domaines. Des comités vont ainsi se réunir pour plancher sur des sujets aussi variés que le développement des alternatives à l’hospitalisation, le renforcement de la coopération entre la ville et l’hôpital et entre le public et le privé, le développement des compétences des infirmières en pratique avancée (IPA), la prévention des troubles mentaux chez les soignants, la lutte contre les violences à l’hôpital etc.

La ministre a également annoncé le lancement prochain d’un « cadre politique pour l’attractivité des métiers du soin et du bien ». Là encore, le Dr Rist a préféré éviter d’aborder les questions salariales, pour plutôt évoquer la question de la « validation des acquis d’expérience » et de la formation continue, promettant d’ «accélérer » la réforme de la certification périodique et de l’agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC), sans plus de précision.
Arnaud Robinet dénonce le coût « exorbitant » des retraites

Ces annonces quelque peu formatées répondaient à un discours bien plus offensif du président de la FHF Arnaud Robinet. Le maire de Reims n’a pas hésité à parler de « coupes budgétaires aveugles » et à demander clairement un effort budgétaire de la part de l’Etat. Nul doute pour lui que les sources de difficultés de l’hôpital public sont financières et non organisationnelles. Il a ainsi expliqué que les dotations financières des dernières années issues du Ségur ne sont pas suffisantes pour compenser la hausse des charges.

Dans un discours encore relativement rare chez les hommes politiques, l’ancien député a également dénoncé le coût « exorbitant » et de plus en plus difficile à supporter des retraites pour l’hôpital public, rappelant que le gouvernement prévoyait de faire augmenter le taux de cotisation de retraite des employeurs à l’hôpital de 12 points entre 2025 et 2028.

« Procéder à des économies aveugles seraient une erreur historique » a lancé le maire de Reims, dans un appel clair au gouvernement mais également aux futurs candidats à l’élection présidentielle, tout en reconnaissant que « des marges d’efficience existent, notamment dans l’organisation des parcours de soins ». Le maire de Reims a également appelé à faire de la « transition démographique » la grande cause de l’année 2027, considérant que la prise en charge du vieillissement de la population constituerait le principal défi du système de santé dans les prochaines années.

Enfin, Arnaud Robinet a de nouveau appelé une loi de programmation pluriannuelle du système de santé, un leitmotiv de la FHF depuis plusieurs années. Une fois les discours terminés, le maire de Reims a d’ailleurs remis à la ministre une proposition de loi élaborée par la FHF. Mais au vu du discours de Stéphanie Rist et des marges de manœuvre du gouvernement dans les 12 prochains mois, difficile à croire qu’elle en fera grand-chose.

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Ebola : un patient américain internationalise la crise

Frédéric Haroche
19 mai 2026


L’épidémie d’Ebola qui frappe actuellement la République démocratique du Congo (RDC) prend une nouvelle dimension après la contamination d’un ressortissant américain. Alors que les autorités sanitaires internationales s’alarment de la progression rapide de la maladie, Washington renforce ses mesures de protection.
Une épidémie à haut risque dans un contexte explosif

L’épidémie actuelle en RDC serait déjà à l’origine de 131 décès et 513 cas, selon le ministre congolais de la Santé, Samuel Roger Kamba, qui n’affirme pas, cependant, que tous ces cas sont biologiquement confirmés. La majorité des patients sont des adultes jeunes âgés de 20 à 39 ans et près des deux tiers sont des femmes. Il s’agit de la 17ᵉ épidémie d’Ebola recensée en RDC depuis 1976, la précédente s’étant achevée en décembre 2025. Mais cette flambée suscite une inquiétude particulière en raison de la souche impliquée, Bundibugyo, nettement moins étudiée que la souche Zaïre. Identifiée en 2007, cette souche n’a provoqué jusqu’à présent que deux épisodes épidémiques: en Ouganda en 2007 puis en RDC en 2012, et, à la différence de la souche Zaïre, aucun vaccin ou traitement spécifique n’a démontré d’efficacité contre elle.

L’épicentre de l’épidémie se situe dans la province de l’Ituri, région aurifère du nord-est de la RDC située à proximité immédiate de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Les importants mouvements quotidiens de population liés à l’activité minière augmentent considérablement les risques de diffusion régionale et plusieurs cas suspects ont déjà été identifiés hors de la zone initiale, notamment à Butembo et à Goma. À ces difficultés logistiques s’ajoute un défi désormais classique des crises Ebola : la méfiance des populations et la circulation de rumeurs.

Le codécouvreur du virus Ebola, Jean-Jacques Muyembe, rappelle dans Le Point : « Chaque épidémie d’Ebola s’accompagne de rumeurs. À Kikwit, nous avions même mis en place des “bureaux de rumeurs” chargés de collecter et d’analyser les fausses informations ». Il souligne également : « aujourd’hui encore, certaines populations pensent qu’Ebola est une invention du gouvernement destinée à obtenir de l’argent ». Pour lui, la réponse ne peut être uniquement médicale : « Il faut convaincre les populations qu’Ebola existe réellement et que les mesures sanitaires peuvent sauver des vies. »
Une contamination qui change l’échelle de la crise

Le 17 mai, un ressortissant américain ayant travaillé auprès de patients en RDC a été testé positif au virus Ebola de souche Bundibugyo après avoir développé des symptômes durant le week-end. Rapidement, les autorités américaines ont activé une coordination impliquant les CDC et le Département d’État afin d’organiser son transfert vers l’Allemagne. Plusieurs facteurs ont motivé ce choix : une durée de vol réduite depuis l’Afrique centrale, mais aussi l’expérience allemande acquise lors de précédentes prises en charge de patients atteints d’Ebola. Les sujets considérés comme contacts à haut risque doivent également être transférées en Allemagne.

Cette contamination a donc immédiatement provoqué une réaction de Washington. Dès le lendemain, les autorités sanitaires américaines ont annoncé une série de décisions destinées à limiter tout risque d’importation du virus. Parmi ces mesures figurent notamment le renforcement du dépistage des voyageurs arrivant de RDC, d’Ouganda et du Soudan du Sud, des restrictions temporaires pour certains voyageurs étrangers, une coopération accrue avec les compagnies aériennes et le renforcement des capacités nationales de diagnostic et de préparation hospitalière.

Le CDC a également diffusé des avis sanitaires destinés aux voyageurs américains projetant de se rendre dans les zones concernées.

Sur le plan politique, le président américain Donald Trump a cherché à tempérer les inquiétudes : « Je pense que ça a été confiné pour le moment à l’Afrique », a-t-il déclaré à la Maison-Blanche. Dans le même temps, l’ambassade américaine à Kampala a suspendu temporairement ses services de visas. Washington a également annoncé le déblocage de 13 millions de dollars destinés à financer des actions d’urgence.

Au-delà du cas individuel de ce patient américain, cette contamination met en lumière une épidémie locale devenue ainsi une préoccupation internationale majeure, dans un contexte où l’absence de vaccin validé contre la souche Bundibugyo pourrait compliquer la réponse sanitaire.

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IA : panique à l’hôpital ?

Frédéric Haroche
15 mai 2026



Le CHU de Montpellier va servir de laboratoire pour développer « une IA hospitalière souveraine, encadrée et réplicable » partout en France. C’est, en tout cas, le vœu formulé par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, le 9 avril dernier, lors de l’annonce du financement exceptionnel par l’État du projet « Alliance Santé IA » à hauteur de 14,9 millions d’euros.

En pratique, Alliance Santé IA est un programme destiné à déployer l’intelligence artificielle dans les soins, l’organisation hospitalière et la recherche. Derrière l’affichage technologique (infrastructures certifiées pour l’hébergement des données de santé (HDS), intégration au dossier patient informatisé (DPI) et agent conversationnel « souverain ») l’établissement avance un objectif immédiatement compréhensible : restituer du temps aux équipes tout en documentant la sécurité et l’efficacité des outils.

Pour Anne Ferrer, directrice du CHU, s’exprimant sur France 3, il s’agit d’« une véritable opportunité de simplification du travail administratif »
Quand la CGT s’oppose à la révolution

Cependant, certains agents s’inquiètent d’hypothétiques suppressions de postes parmi les salariés non fonctionnaires. La CGT appelait ainsi à la mobilisation ce mardi 12 mai 2026. « L’établissement nous dit que l’IA va aider les professionnels à mieux travailler, que ça va être formidable, mais ce qui nous inquiète fortement, ce sont les répercussions sociales », rapporte Philippe Peretti, secrétaire adjoint du syndicat au CHU de Montpellier. Le syndicaliste avance même un chiffre qui viendrait, selon lui, « de la direction générale » : 10 à 12 % d’emplois supprimés à terme.

Force Ouvrière se montre plus nuancé sur le sujet. Le syndicat estime que si l’intelligence artificielle risque effectivement de supprimer certains emplois, elle en créera nécessairement d’autres. « Ce ne seront peut-être pas les mêmes métiers, ni les mêmes qualifications, mais cela peut s’accompagner. D’autant qu’il s’agit ici d’une IA qui nous est propre, élaborée chez nous. »

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Accès aux soins : derrière des délais stables, une fracture silencieuse s’aggrave

Frédéric Haroche
19 mai 2026


L’accès aux soins reste l’une des principales préoccupations des Français, mais sa mesure demeure souvent approximative. Densité médicale, distance au praticien (en km et/ou en minutes) ou nombre de professionnels disponibles n’offrent qu’une photographie indirecte du problème. L’étude « Cartes de France 2026 de l’accès aux soins » adopte une approche différente : analyser les délais réels d’obtention des rendez-vous à partir de 234 millions de consultations réalisées en 2025 auprès de plus de 80 000 professionnels de santé utilisateurs de Doctolib.

Enseignement n°1: le premier recours tient encore. Les médecins généralistes affichent un délai médian de trois jours, les kinésithérapeutes six jours, les pédiatres huit jours et les chirurgiens-dentistes dix jours. Mais derrière cette stabilité apparente, les auteurs mettent en garde contre des équilibres précaires.
La médecine générale tient… sous tension

Concernant la médecine générale les indicateurs se dégradent discrètement. Si le délai médian reste stable à trois jours, la part des rendez-vous obtenus au-delà d’une semaine est passée de 32 % à 35 % entre 2023 et 2025. Plus préoccupant : près de la moitié des départements (47 %) enregistrent une hausse des délais. Cette évolution survient dans un contexte démographique tendu. La France compte désormais 55 790 généralistes libéraux, soit une baisse de près de 8 % en dix ans. Même si le nombre de jeunes médecins progresse, les projections laissent envisager des tensions persistantes jusqu’au milieu des années 2030.
Cardiologues et dermatologues : les spécialités les plus saturées

L’étude confirme l’écart majeur entre premier recours et spécialités. La cardiologie affiche le délai médian le plus élevé : 42 jours (malgré l’urgence de moultes situations). Vient ensuite la dermatologie avec 32 jours. Plus de 70 % des rendez-vous dans ces disciplines sont obtenus au-delà d’une semaine.

Les écarts territoriaux atteignent des proportions considérables : en cardiologie, les délais varient de 16 jours à Paris à 164 jours dans le Gers ; en ophtalmologie, de 5 jours à 153 jours selon les départements.

Cependant, les signataires de l’étude invitent à abandonner une vision simpliste opposant zones urbaines et déserts médicaux ruraux. Chaque spécialité possède ainsi sa propre géographie : tensions en cardiologie entre l’Occitanie et la vallée du Rhône, difficultés en ophtalmologie dans l’Ouest, problèmes spécifiques en dermatologie dans le Nord et le Centre-Est.
Plus de médecins ne suffit pas

L’un des résultats les plus contre-intuitifs de ce travail concerne la relation entre densité médicale et délais d’accès. L’étude suggère que l’organisation pèse autant, voire davantage, que les effectifs. L’exemple emblématique est l’ophtalmologie : malgré des effectifs relativement stables, le délai médian a été divisé par deux en huit ans, passant de 43 à 21 jours grâce au travail aidé et à la réorganisation des parcours avec l’apport d’orthoptistes et d’opticiens.

Pour les auteurs, télé-expertise, assistants médicaux, CPTS et coopération interprofessionnelle pourraient, à l’avenir, constituer des leviers majeurs pour fluidifier l’accès aux soins.
Un phénomène invisible : le renoncement massif

Le chiffre le plus marquant du rapport n’est peut-être pas le délai. Près de 63 % des patients déclarent avoir déjà renoncé à chercher un rendez-vous.

Plus surprenant : ce renoncement ne touche pas prioritairement les populations précaires. Les cadres et les jeunes actifs de 25 à 34 ans renoncent davantage que les ouvriers ou les personnes sans activité. Les contraintes d’organisation semblent donc désormais peser autant que les contraintes économiques (limitées pour une large part de la population qui bénéficie d’une mutuelle).
L’intelligence artificielle déjà intégrée dans le parcours de soins

Ce rapport constate également l’irruption de l’intelligence artificielle dans les rapports patients-soignants. Ainsi, près d’un patient sur deux utilise désormais une intelligence artificielle conversationnelle pour des questions de santé. Chez les 18-24 ans, ce chiffre atteint 75 %. Et l’impact de l’IA paraît réel : plus de 60 % des utilisateurs déclarent que cette technologie modifie leur comportement de recours aux soins et un quart affirme consulter plus rapidement après l’avoir utilisée. Mais l’effet n’est pas univoque : chez certains profils, notamment les étudiants, l’IA semble aussi conduire à différer ou abandonner la recherche d’une consultation (ce qui parfois salutaire lorsque les symptômes présentés sont spontanément résolutifs).

Re: Articles sur la santé

Posté : mer. mai 20, 2026 7:10 pm
par Arnaud BASSEZ
Burn-out infirmier : petits gestes ou grands programmes ?

Geneviève Perennou
20 mai 2026
jim.fr


Pleine conscience, gratitude, groupes Balint : une méta-analyse de 63 études fait le tri entre les interventions qui participent à réduire l'épuisement professionnel infirmier et celles qui sont sans effet.

L'épuisement professionnel chez les infirmières, reconnu par l' Organisation mondiale de la santé dans la onzième révision de la Classification internationale des maladies (CIM-11) comme un phénomène lié au travail, caractérisé par un sentiment d'épuisement ou de déplétion d'énergie, une distance mentale accrue vis-à-vis de son emploi et une diminution du sentiment d'efficacité professionnelle, représente un enjeu majeur de santé au travail. Il menace à la fois la fidélisation des personnels, la sécurité des patients et la qualité des soins, tout en fragilisant le bien-être psychologique et la qualité de vie des infirmières elles-mêmes. Une revue parapluie estimait en 2025 que 33 % d'entre elles présentent un épuisement émotionnel élevé, 25 % une dépersonnalisation marquée et 33 % un faible sentiment d'efficacité professionnelle, avec une prévalence globale oscillant entre 11 % et 56 %, qui a culminé à 39 % durant la pandémie de Covid-19. Face à ce constat, une revue systématique avec méta-analyse a cherché à quantifier et à comparer l'efficacité des stratégies visant à réduire ce phénomène, en s'appuyant sur le modèle tridimensionnel de Maslach et le cadre théorique « Exigences-Ressources au travail ».
Une méta-analyse de 63 études aux résultats contrastés

Six bases de données ont été interrogées depuis leur création jusqu'en octobre 2025. Les études retenues portaient sur des infirmières diplômées d'État, comportaient un groupe contrôle et recouraient à des instruments validés de mesure de l'épuisement professionnel.

Sur 9 833 articles identifiés, 63 ont satisfait aux critères d'inclusion (essais randomisés contrôlés, études quasi-expérimentales ou études contrôlées avant-après), dont 46 ont contribué à la synthèse quantitative. Le risque de biais a été évalué à l'aide de l'outil RoB 2 pour les essais randomisés et de ROBINS-I pour les études non randomisées. Les tailles d'effet ont été calculées selon la statistique de Hedges (g), sous un modèle à effets aléatoires ; le niveau de preuve a été évalué selon la méthode GRADE.

Les interventions ont été associées à une réduction significative de l'épuisement professionnel global, avec une taille d'effet modérée (g = −0,71 ; IC 95 % : −1,27 à −0,14 ; k = 11). Les effets les plus marqués concernaient l'épuisement émotionnel (g = −1,46 ; IC 95 % : −2,64 à −0,27) et la dépersonnalisation (g = −0,89 ; IC 95 % : −1,54 à −0,24), tandis que le sentiment d'accomplissement personnel n'évoluait que de façon minime, imprécise et inconstante. Les analyses de sensibilité restreintes aux seuls essais randomisés contrôlés confirmaient la direction des effets tout en atténuant les valeurs extrêmes. Aucun signe de biais de publication n'a été détecté.
La pleine conscience et la psychologie positive en tête, les approches passives sans effet

Parmi les approches évaluées, les programmes de pleine conscience et de yoga produisaient les améliorations les plus régulières sur l'épuisement émotionnel et la dépersonnalisation, y compris lorsqu'ils étaient délivrés via des plateformes numériques ou des applications mobiles.

Les interventions fondées sur la psychologie positive, notamment le protocole des « Trois bonnes choses » issu des travaux de Martin Seligman, offraient des effets comparables. Ce protocole invite les participants à consigner par écrit, chaque jour, trois événements positifs survenus dans leur journée, aussi modestes soient-ils, en réfléchissant brièvement aux raisons de leur survenue. Adapté au contexte infirmier chinois et délivré via une application de messagerie instantanée, ce journal de gratitude numérique ne requiert que quelques minutes quotidiennes, sans contrainte organisationnelle majeure. Ses effets bénéfiques sur l'épuisement émotionnel et l'intention de quitter la profession demeuraient perceptibles à six mois, résultat remarquable pour une intervention d'une telle légèreté.

Les approches en format atelier généraient quant à elles des effets moindres, mais globalement favorables. À l'inverse, les approches passives (modules en ligne non interactifs, brochures imprimées) n'étaient associées à aucune modification notable.

Du côté organisationnel, les formats favorisant la réflexivité collective, tels que les groupes de type Balint ou la supervision structurée, montraient des bénéfices dans six études sur douze, à condition d'être adossés à du temps protégé et à un soutien managérial explicite. La méta-régression révélait par ailleurs que les effets étaient systématiquement plus marqués dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, ce facteur contextuel expliquant environ 62 % de l'hétérogénéité observée pour la dépersonnalisation.

Plusieurs limites tempèrent ces conclusions. L'hétérogénéité statistique demeurait élevée dans la plupart des analyses. La majorité des études provenaient d'Asie de l'Est, du Moyen-Orient et des réseaux anglo-américains, ce qui restreint la généralisabilité des résultats. Les périodes de suivi étaient souvent brèves, ne permettant pas d'évaluer la durabilité des effets au-delà du moyen terme. Le risque de biais était jugé sérieux dans 30 % des études, essentiellement non randomisées, et les données sur la rentabilité économique des interventions restaient quasiment absentes.

Cette revue conclut que les programmes de pleine conscience et de psychologie positive constituent les approches les plus fiables et les plus déployables pour atténuer l'épuisement professionnel infirmier, en particulier l'épuisement émotionnel. Les formats relationnels hybrides (groupes Balint, supervision réflexive) offrent un potentiel complémentaire lorsqu'ils bénéficient de temps protégé et d'un portage institutionnel, tandis que les modules éducatifs passifs se révèlent insuffisants. Leur efficacité à long terme n'en demeure pas moins conditionnée à un soutien institutionnel solide et à des réformes structurelles portant sur les effectifs, la charge de travail et la culture organisationnelle. Les recherches futures devraient inclure des essais comparatifs en face à face, des analyses coût-efficacité et des études menées dans des contextes à ressources limitées, avec un suivi dépassant six mois.

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Coloscopie à l'hôpital : la préparation à faible volume pourrait s’imposer

Dr Sylvain Beorchia
20 mai 2026
jim.fr


L'essai INTERPRET montre qu'une préparation colique à 1 L permet un nettoyage de haute qualité, notamment du côlon droit, supérieur aux protocoles à 2 L et 4 L chez les patients hospitalisés, avec une meilleure tolérance.

En France, près de 1,5 million de coloscopies sont réalisées chaque année. Examen de référence pour l'exploration des pathologies coliques, la coloscopie offre à la fois des capacités diagnostiques et thérapeutiques. Cependant, la qualité de ses résultats dépend de nombreux facteurs : préparation du patient, nature de la pathologie explorée, conditions matérielles et expérience de l'opérateur.

La préparation intestinale est un élément clé, qui reste particulièrement difficile à optimiser chez les patients hospitalisés, souvent porteurs de comorbidités et polymédiqués. Les données comparant les différents types de préparation sont encore limitées, notamment entre le phosphate de sodium et les solutions à base de polyéthylène glycol (PEG).

Les préparations commerciales à base de PEG se distinguent les unes des autres par leur composition et leurs modalités d'utilisation : nature des additifs (acide ascorbique [ASC] ou siméthicone [SIM] en complément des électrolytes), volume à ingérer (2 ou 4 litres, auxquels s'ajoutent des liquides clairs), et fractionnement des prises. Leurs efficacités sont considérées comme équivalentes, mais leur tolérance diffère, goût, volume et fréquence des nausées étant moindres avec certaines formulations. Le PEG-ASC, mieux accepté par les patients, domine les publications récentes, mais la question d'une réduction du volume administré reste débattue.
Un essai italien multicentrique randomisé

Des patients hospitalisés dans sept établissements italiens (hôpitaux communautaires et universitaires) devant bénéficier d'une coloscopie programmée ont été randomisés sur quatre ans selon un schéma 1:1:1 pour recevoir, après une journée de régime sans résidus, une dose fractionnée de PEG-ASC à 1 L, de PEG-ASC à 2 L ou de PEG-SIM à 4 L (4). Étaient exclus les patients nécessitant une coloscopie en urgence pour hémorragie digestive active et ceux présentant des comorbidités sévères ou instables.

Le critère principal était une propreté intestinale adéquate, définie par un score ≥ 6 à l'échelle de Boston (BBPS) avec tous les segments ≥ 2. Les critères secondaires comprenaient une propreté de haute qualité (BBPS 8–9), une propreté de haute qualité du côlon droit (BBPS = 3) et l'acceptabilité, mesurée par la volonté de répéter la préparation.

Sur 665 patients randomisés (1 L : n = 228 ; 2 L : n = 218 ; 4 L : n = 219), une propreté globale adéquate a été obtenue dans des proportions comparables : 82,0 %, 78,0 % et 78,5 % respectivement (Δ1L–2L : +4,0 points [IC 95 % : −3,4 à +11,4] ; Δ1L–4L : +3,5 points [−3,9 à +10,9]). En revanche, le groupe 1 L se distinguait nettement sur la propreté de haute qualité : 46,9 % contre 35,3 % et 37,4 % (Δ1L–2L : +11,6 points [2,5 à 20,5] ; Δ1L–4L : +9,5 points [0,3 à 18,5]). Cet avantage se confirmait pour le côlon droit : 40,6 % contre 29,5 % et 31,6 % (Δ1L–2L : +11,2 points [2,1 à 20,0] ; Δ1L–4L : +9,0 points [0,0 à 17,9]). La tolérance était satisfaisante dans les trois groupes ; c'est néanmoins dans le groupe 1 L que la volonté de répéter la préparation était la plus élevée (84,2 %), malgré une fréquence plus importante de vomissements et de sensation de soif.
Place du protocole 1 L dans la littérature

Parmi les critères de qualité établis par les sociétés savantes, le score de propreté de Boston (BBPS) reste la référence. Or, 20 à 30 % des coloscopies sont précédées d'une préparation colique insuffisante, ce qui compromet directement la qualité de l'examen, sa tolérance, sa sécurité et, surtout, le taux de détection des adénomes (2, 3). Obtenir une préparation optimale passe par une explication adaptée au patient lors de la consultation préalable, étape d'éducation thérapeutique souvent écourtée en milieu hospitalier. Elle permettrait pourtant un choix personnalisé de la préparation, en tenant compte des contre-indications et facteurs de risque individuels : âge, état général, antécédents de chirurgie abdomino-pelvienne, constipation, traitements en cours (agonistes du GLP-1, neuroleptiques, antidépresseurs), comorbidités cardiaques, hépatiques, rénales ou diabète. Toutes les préparations coliques pouvant entraîner des troubles électrolytiques, le choix du produit doit résulter d'une évaluation rigoureuse de ces facteurs. Dans cet essai multicentrique randomisé, le protocole à base de 1 L fractionné de PEG-ASC a permis d'obtenir une efficacité globale de propreté intestinale non inférieure aux protocoles à 2 L de PEG-ASC et 4 L de PEG-SIM, avec des taux de nettoyage de haute qualité significativement plus élevés. Le bénéfice était particulièrement net au niveau du côlon droit, où une préparation insuffisante expose au risque de ne pas détecter des lésions proximales. L'acceptabilité était également meilleure avec 1 L et les événements indésirables restaient majoritairement bénins, à l'exception d'un décès rapporté.

Ces résultats s'inscrivent dans la continuité de l'essai de Frazzoni et coll. sur 1 004 patients hospitalisés, dans lequel le protocole 1 L de PEG-ASC montrait un profil de sécurité comparable au 4 L de PEG (5), et de celui de Vasallo et coll. sur 478 patients, qui rapportait 91 % de propreté colique avec 1 L de PEG-ASC contre 83 % avec le protocole de 4 L de PEG (6). Xiao et coll. (7) confirmaient sur 520 patients hospitalisés la non-infériorité du 2 L de PEG-ASC par rapport au 4 L de PEG standard, avec des profils comparables de troubles électrolytiques et d'insuffisance rénale aiguë, et une meilleure tolérance.

En milieu hospitalier, où la mobilité réduite, la constipation et les traitements concomitants altèrent fréquemment la préparation colique, un volume plus faible associé à une charge osmotique plus élevée pourrait favoriser un nettoyage plus homogène, même si le mécanisme exact n'a pas été élucidé. Malgré un régime pauvre en résidus et une meilleure acceptabilité, la proportion de préparations adéquates demeurait inférieure au seuil de 90 % recommandé actuellement, soulignant la difficulté persistante à atteindre cet objectif dans cette population (8).
Limites de l'étude, et pratiques françaises

Plusieurs limites méritent d'être soulignées. L'essai n'a pas été conçu pour évaluer le taux de détection des adénomes, qui reste le critère ultime de qualité d'une coloscopie. Il a été interrompu prématurément après quatre ans et n'incluait que peu de patients porteurs de comorbidités importantes, bien que celles-ci aient été jugées compatibles avec les deux préparations du groupe sponsor Norgine (diabète : 18,9 % ; maladie rénale chronique : 7,8 % ; insuffisance cardiaque légère : 6,0 % ; alitement ou déficience fonctionnelle sévère : 11,9 %). L'acceptabilité, par ailleurs, a été mesurée à l'aide d'un questionnaire non validé.

En pratique, certains cliniciens privilégient encore le PEG simple ou additionné de siméthicone (Ximipeg®) chez les patients âgés ou fragiles (insuffisance rénale chronique, insuffisance cardiaque avérée). Le PEG-ASC à 2 L reste la stratégie la mieux acceptée chez les patients standards, et la prise fractionnée en split-dose demeure optimale quel que soit le produit retenu. Une alternative émergente associe le PEG-ASC à de faibles doses de sulfate de sodium, malgré ses risques de troubles hydroélectrolytiques et d'insuffisance rénale aiguë (9). En France, la formulation minimaliste Plenvu® n'est pas remboursée.

En l'absence de modèles prédictifs ou d'algorithmes validés d'aide à la prescription, l'optimisation et la personnalisation de la préparation restent la règle, que le patient soit hospitalisé ou ambulatoire. Le recours aux habitudes de chacun, couplé à l'utilisation d'une pompe de lavage per-endoscopique pour atteindre un score de Boston supérieur à 7, demeure une option acceptable selon le profil du patient et l'indication de l'examen.

En conclusion, chez les adultes hospitalisés devant bénéficier d'une coloscopie programmée, 1 L de PEG-ascorbate a permis des taux de propreté de haute qualité, y compris du côlon droit, supérieurs à ceux du 2 L de PEG-ascorbate et du 4 L de PEG-siméthicone, avec une propreté globale adéquate comparable et une meilleure acceptabilité. Ces résultats, obtenus dans une population sans comorbidités majeures, devront être confirmés par des essais européens de plus grande ampleur, intégrant des critères de qualité consensuels. En attendant, le temps consacré à sensibiliser les patients hospitalisés à l'importance d'une bonne préparation colique reste un investissement essentiel pour améliorer à la fois l'acceptabilité et les résultats.

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Arrêt cardiaque extra-hospitalier : la compression thoracique suffit-elle ?

Dr Robert Haiat
20 mai 2026
jim.fr


Faut-il ventiler ou se contenter de comprimer le thorax ? Une revue systématique de 18 études et 230 000 patients apporte des éléments de réponse, sans totalement lever le doute.

Chaque année aux Etats-Unis, 3,8 millions de cas d’arrêt cardiaque surviennent en dehors de l’hôpital. Il possède une lourde mortalité. Les manœuvres de réanimation effectuées par les témoins de la scène améliorent le pronostic. Il s’agit d’une simple compression thoracique pour les témoins inexpérimentés ou d’une réanimation cardiovasculaire pour les réanimateurs. Les témoins peu expérimentés ont peur d’aggraver la situation et la ventilation bouche à bouche en rebute plus d’un.

Or, on ignore si la simple compression du thorax est plus efficace que les manœuvres de réanimation cardio-pulmonaires associées à la ventilation notamment en ce qui concerne l’état neurologique.

C’est cette incertitude qui a poussé les auteurs à tenter de le déterminer. Pour ce faire, ils ont recherché dans les données de PubMed, Scopus, Web of Science, Embase, Google Scholar et Cochrane les études randomisées, contrôlées et les études observationnelles qui avaient comparé ces deux techniques effectuées par un témoin.

Chaque année aux États-Unis, 3,8 millions d'arrêts cardiaques surviennent hors de l'hôpital, avec une mortalité très lourde. Lorsque les témoins interviennent avant l'arrivée des secours, le pronostic s'améliore, qu’ils entreprennent de simples compressions thoraciques, accessibles aux non-initiés, ou une réanimation cardio-pulmonaire (RCP) complète, associant compressions et ventilation, pour les personnes formées. Mais beaucoup hésitent à agir, craignant d'aggraver la situation, et le bouche-à-bouche reste un frein puissant.

La question reste pourtant ouverte : la compression seule est-elle aussi efficace que la RCP complète, notamment sur le plan du pronostic neurologique ? C'est pour répondre à cette incertitude que les auteurs ont mené une revue systématique, en interrogeant six bases de données (PubMed, Scopus, Web of Science, Embase, Google Scholar et Cochrane), afin d'identifier l'ensemble des essais randomisés contrôlés et études observationnelles ayant comparé ces deux approches réalisées par des témoins. Le critère principal d’évaluation le taux de survie jusqu’à la sortie de l’hôpital et l’évolution neurologique ; les critères secondaires comportaient : retour d’une circulation spontanée avant l’admission à l’hôpital ; survie jusqu’à l’hospitalisation ; survie 24 heures après l’admission ; mortalité à un mois.
Plus de 230 000 arrêts cardiaques

Au total, 18 études (dont 5 essais contrôlés randomisés et 13 cohortes observationnelles) ont été incluses, regroupant 232 655 patients. Parmi eux, 152 632 avaient bénéficié d’une simple compression thoracique et 80 023 d’une RCP.

La durée de la survie jusqu’à la sortie de l’hôpital était semblable avec les deux techniques (OR 0,85 ; IC 95 % : 0,61–1,19). Il en était de même pour l’état neurologique à la sortie de l’hôpital (OR 0,87 ; IC 95 % : 0,64–1,20). Le retour à une circulation spontanée (OR 1,06 ; IC 95 % : 0,89–1,27) et de survie avant l’admission (OR 1,12 ; IC 95 % : 0,79–1,49) étaient également semblables avec les deux techniques de réanimation.
Des résultats globalement rassurants

Concernant la mortalité à 24 heures (OR 0,92 ; IC 95 % 0,83-1,01), les analyses de sensibilité ont suggéré une survie plus faible avec la réanimation cardiopulmonaire standard (OR 0,87-0,90). La mortalité à un mois était globalement semblable sous les deux techniques (OR 1,26 ; IC 95 % : 0,98–1,62). Toutefois, les analyses de sensibilité nuancent ce résultat : elles suggèrent une mortalité à un mois plus élevée après compression seule (OR 1,32 ; IC 95 % : 1,02–1,71).

En conclusion, chez les adultes victimes d'un arrêt cardiaque extra-hospitalier, la survie à court terme et l'état neurologique sont globalement comparables après RCP complète et simple compression thoracique, ce qui confirme que la compression seule reste une stratégie efficace et accessible, susceptible de pousser davantage de témoins à intervenir. Toutefois, le signal observé sur la mortalité à un mois invite à la prudence avant de conclure à une équivalence absolue des deux techniques.

Re: Articles sur la santé

Posté : lun. juin 01, 2026 5:55 pm
par Arnaud BASSEZ
Le plan à 40 milliards d’euros de la Cour des Comptes pour sauver la Sécu

Quentin Haroche
28 mai 2026
jim.fr



Du sang et des larmes, voilà à peu de choses près le programme que la Cour des Comptes propose aux Français dans son dernier rapport sur les comptes de la Sécurité Sociale publié ce mercredi. Faisant le constat que les finances de la Sécurité Sociale sont grandement obérées, les magistrats comptables appellent les autorités à prendre des mesures d’économies pour ramener le budget à l’équilibre d’ici 2030. Une opération qui n’est pas forcément impossible à réaliser, puisque dans les années 2010, les gouvernements successifs avaient réussi à ramener le déficit de 22,6 milliards d’euros en 2011 à 1,4 milliard en 2018. Mais le retour à l’équilibre va nécessiter la prise de « mesures qui sont extrêmement impopulaires » prévient Bernard Lejeune, président de la 6ème chambre de la Cour des Comptes.

Le rapport de la Cour commence par dresser un tableau particulièrement noir de la situation financière de la Sécurité Sociale. En 2025, le déficit de la Sécu a atteint les 21,6 milliards d’euros, un record depuis 2012 hors Covid-19. Si, dans sa dernière loi de financement de la Sécurité Sociale (LFSS), le gouvernement mise sur une réduction du déficit à 19,4 milliards d’euros en 2026, la Cour des Comptes estime que cette prévision est bien trop optimiste et table plutôt sur une dégradation du déficit de 3 milliards d’euros en 2026 et de 3 à 5 milliards d’euros en 2027.
« La soutenabilité du système est à risque à moyen terme »

« Au-delà de 2026 et jusqu’en 2029, les déficits sociaux devaient rester supérieurs à 20 milliards d’euros, malgré un effort moyen attendu de l’ordre de 4 milliards par an » alerte la Cour et ce sans prendre en compte les conséquences de la crise pétrolière actuelle. La dette cumulée de la Sécurité Sociale pourrait ainsi atteindre les 150 milliards d’euros en 2029. « Avec le vieillissement de la population, la soutenabilité du système est à risque à moyen terme » prévient la Cour.

Le rapport estime donc « indispensables » d’engager un plan de retour à l’équilibre des comptes pour l’année 2030. Pour cela, il faudra réaliser 10 milliards d’euros d’économie par an, soit 40 milliards en quatre ans. Comment ? En tentant de raboter les dépenses un peu partout dans les différents secteurs. « Si la mesure magique à 40 milliards existait, on la connaîtrait » explique Bernard Lejeune.

Dans ce plan d’économies drastiques, c’est l’Assurance Maladie, qui affiche un déficit abyssal de 15,9 milliards d’euros en 2025, qui est la plus mise à contribution par la Cour. Les auteurs du rapport identifient quatre pistes d’économies potentielles.

Les franchises et participations forfaitaires tout d’abord. Ces sommes qui restent à la charge des patients sur les consultations médicales et certains actes de soins rapportent chaque année 2,3 milliards d’euros par an à l’Assurance Maladie. La Cour estime qu’en supprimant certaines exceptions injustifiées (pour les habitants de Mayotte par exemple) et en les étendant à davantage d’actes de soins (consultations de sage-femmes, de dentistes, de pharmaciens…), ces franchises pourraient rapporter 600 millions d’euros supplémentaires par an. Afin d’augmenter le rendement du recouvrement des franchises (qui est passé de 90 % en 2010 à 78 % en 2024), la Cour préconise également de mettre en place un système de prélèvement des franchises impayées sur le compte bancaire des assurés. Un tel mécanisme, déjà prévu par la loi mais inexistant en pratique en l’absence de décret d’application, pourrait rapporter 500 millions d’euros à l’Assurance Maladie selon la Cour.
Franchises, soins dentaires, transport, hôpital : les pistes d’économies de la Cour

Deuxième piste d’économies potentielles : les soins dentaires. La Cour indique qu’entre 2018 et 2024, les dépenses de soins dentaires ont augmenté de 3,9 % par an pour atteindre les 15,7 milliards d’euros par an. Or, cette hausse est surtout due à l’augmentation importante des honoraires des chirurgiens-dentistes (+ 19 % entre 2018 et 2024) et des orthodontistes (+ 25 %), qui sont les professionnels de santé libéraux les mieux rémunérés. La Cour demande notamment à la CNAM d’agir, lors des prochaines négociations conventionnelles, pour diminuer le coût des dépenses de prothèses afin de donner la priorité aux soins de prévention.

La Cour s’inquiète également du dérapage du coût du transport sanitaire, qui a atteint les 6,15 milliards d’euros, d’autant plus que l’Assurance Maladie supporte plus de 95 % du montant de cette dépense. Les auteurs du rapport préconisent ici de restreindre le champ de la prise en charge du transport sanitaire, de réduire les prescriptions, de favoriser le transport partagé, d’instaurer un moratoire sur les hausses de tarifs et de mieux lutter contre la fraude. Le tout pour des économies attendues de quelques centaines de millions d’euros.

Enfin, la Cour appelle, encore une fois, à mieux rationaliser le parcours de soins hospitaliers, afin de réduire les hospitalisations inutiles. Entre le recours encore trop faible à la chirurgie ambulatoire, les patients qui attendent des solutions d’aval non urgentes ou le recours injustifié aux urgences, les magistrats comptables estiment que ce sont 30 000 patients qui sont chaque jour à l’hôpital sans raison valable. Avec un nombre total de 10,8 millions de jours d’hospitalisation injustifiés par an, la Cour estime le montant des dépenses évitables à 4,2 milliards d’euros. Pour réduire ces dépenses, il faut, selon les auteurs du rapport, favoriser l’hospitalisation à domicile, renforcer la coopération entre la ville et l’hôpital et entre les secteurs public et privé et lancer un plan de transformation de l’offre hospitalière. La Cour vise ici 1,3 milliard d’euros d’économie par an.

Un grand nombre des propositions formulées par la Cour ne sont pas nouvelles. Difficile de croire cependant qu’elles seront mises en œuvre à un an d’une élection présidentielle, où les candidats ont généralement plus tendance à promettre de nouvelles dépenses que des mesures d’économie impopulaires.

Juste pour information, la grille des conseillers maîtres à la cour des comptes, où l'on constate que le salaire de départ est assez confortable 5 956,56 € bruts, avec un indice majoré à 1210 et une augmentation d'échelon chaque 1 an 4 mois, quand une secrétaire médical doit attendre entre 3 à 4 ans idem pour une infirmière ou une aide-soignante.
Peut-être une piste pour aider à réduire la facture non ?


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Ebola : le monde se barricade face au virus

Quentin Haroche
01 juin 2026
jim.fr



Malgré les appels à la solidarité de l’OMS, de nombreux pays du monde ferment leurs frontières aux résidents de RDC pour éviter d’importer le virus Ebola.

L’appel à l’unité et à la solidarité lancé par le Dr Tedros Ghebreyesus depuis la République démocratique du Congo (RDC) n’aura pas été entendu. En déplacement ce vendredi dans la province d’Ituri, dans le nord-est du pays, épicentre d’une épidémie de fièvre à virus Ebola depuis deux semaines, le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a appelé les nations du monde à ne pas tourner le dos à ce gigantesque pays d’Afrique centrale et à lui venir en aide. « Même si la situation est complexe, je pense qu’on peut arrêter cette chose : vous n’êtes pas seuls » a-t-il promis au peuple congolais, avant de recommander aux autres pays du monde de ne pas fermer leurs frontières avec la RDC. « L’OMS ne recommande pas l’interdiction de voyager car cela n’aide pas à lutter contre l’épidémie » a-t-il rappelé.

Mais la crainte de voir le variant Bundibugyo, très létal (son taux de mortalité est compris entre 30 et 50 %) et pour lequel il n’existe ni vaccin ni traitement, se répandre à travers le monde incite logiquement les pays voisins à la prudence. Alors qu’au moins 250 personnes ont déjà été emportées par le virus en RDC, le Rwanda et l’Ouganda (où une dizaine de cas ont déjà été signalés) ont d’ores et déjà fermé leurs frontières avec la RDC.

Le virus Ebola sera-t-il qualifié pour la Coupe du Monde ?

Les pays africains limitrophes de la RDC ne sont pas les seuls à craindre une importation du virus sur leur territoire. A plusieurs milliers de kilomètres de la région des grands lacs africains, au Brésil, deux personnes en provenance d’Afrique centrale (l’une venant de RDC, l’autre d’Ouganda), ont été placées à l’isolement après avoir présenté des symptômes compatibles avec une contamination par le virus Ebola, a annoncé ce dimanche le ministère de la Santé brésilien. Si les tests se sont révélés négatifs (l’un des voyageurs serait atteint du paludisme, l’autre d’une méningite), les autorités brésiliennes ont indiqué que les deux patients resteraient tout de même confinés jusqu’à nouvel ordre. « Le risque de transmission de la maladie au Brésil et en Amérique du Sud est considéré comme faible » tient tout de même à rassurer Brasilia.

En Amérique du Nord également, la prudence est de mise. Alors qu’ils doivent accueillir à partir du 11 juin la Coupe du monde de football (à laquelle doit participer l’équipe nationale de RDC), le Canada, les Etats-Unis et le Mexique ont tous les trois annoncé avoir pris des mesures sanitaires pour éviter que le virus Ebola ne vienne gâcher la fête. Au Mexique, les personnes en provenance de RDC et d’Ouganda devront respecter une quarantaine de 21 jours (considéré comme la période d’incubation maximale du virus Ebola) à leur arrivée sur le territoire. L’entrée sur le territoire américain est interdite pour toute personne (y compris les résidents américains) ayant séjourné en RDC, en Ouganda ou au Soudan du Sud les 21 derniers jours. Quant au Canada, il a tout simplement suspendu la délivrance de visas pour les ressortissants de ces trois pays jusqu’au 27 août prochain.

Deux semaines après qu’un agent humanitaire américain ait été contaminé par le virus et exfiltré en Allemagne pour y être pris en charge, les Etats-Unis ont annoncé changer de stratégie. Jeudi dernier, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a ainsi annoncé que l’armée américaine allait construire un hôpital de fortune au Kenya afin d’y prendre en charge les ressortissants américains contaminés par le virus. Mais ce vendredi, un tribunal kenyan a suspendu l’autorisation accordée par le gouvernement kenyan pour construire ce centre de quarantaine.
Mayotte : pas de panique mais de la vigilance

En France enfin, tous les regards sont tournés vers Mayotte. Chaque année, ce sont plus de 1 300 Congolais qui entrent légalement dans ce département français de l’Océan Indien pour y demander l’asile, auxquels il faut ajouter des milliers d’immigrés clandestins. La crainte que ces migrants n’importent le virus sur l’archipel est d’autant plus grande que les immigrés africains vivent généralement dans des bidonvilles, où la promiscuité et l’insalubrité sont importantes et l’accès aux soins quasiment inexistant.

Depuis que l’épidémie s’est déclarée en RDC, les autorités françaises affichent un discours alliant vigilance et minimisation du risque. Le préfet Frédéric Poisoit rappelle ainsi que le risque de propagation de l’épidémie à Mayotte est « considéré comme très faible » et que l’importation du virus sur l’archipel est « matériellement impossible » puisque les migrants congolais mettent généralement plus de trois semaines pour relier la RDC au département français. Le gouvernement a tout de même annoncé un renforcement des contrôles aux frontières maritimes. Par ailleurs, malgré ces déclarations rassurantes, un DGS Urgent a été envoyé ce vendredi à l’ensemble des médecins français pour leur rappeler qu’en cas de symptômes suspects chez une personne revenant de RDC ou d’Ouganda, les autorités doivent être immédiatement alertées.

Insuffisant pour les deux députées représentant Mayotte, qui estiment que le risque n’est pas assez pris au sérieux par les autorités. « La politique choisie est celle d’un accueil du virus » s’insurge la députée LIOT Estelle Youssouffa qui appelle à « intensifier les patrouilles en mer » pour éviter l’arrivée de migrants congolais par la mer. « L’arrivée sur l’île du virus Ebola est imminente » abonde dans le même sens la députée RN Anchya Bamana. « Le système de santé de Mayotte est déjà sous tension depuis des années » rappelle-t-elle dans une lettre au ministre de l’Intérieur, dans laquelle elle demande « une réelle fermeture des frontières maritimes ».

Plus facile à dire qu’à faire au vu du nombre très important de navires de fortune qui débarquent chaque semaine à Mayotte.

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La situation financière des hôpitaux continue de se dégrader

Quentin Haroche
22 mai 2026



Les hôpitaux publics affichent un déficit cumulé de 2,9 milliards d’euros et les cliniques privées un bénéfice de seulement 194 millions d’euros, selon les derniers chiffres de la Drees.

Ce mardi lors du salon Santexpo, le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) Arnaud Robinet et la ministre de la Santé Stéphanie Rist se sont opposés sur la question du financement de l’hôpital public. Le premier appelait à une augmentation des aides publiques face à la détérioration des comptes de l’hôpital, tandis que la seconde rappelait que les hôpitaux ne pouvaient pas tout attendre de l’Etat et devaient avant tout mettre en place des mesures d’efficience. Au lendemain de cette passe d’armes, les derniers chiffres publiés ce mercredi par la Drees, le service des statistiques du ministère de la Santé, signalent que la situation budgétaire des hôpitaux publics et des cliniques privées est plus obérée que jamais.

En 2024, les hôpitaux ont ainsi affiché un déficit cumulé de 2,9 milliards d’euros (en hausse de 500 millions d’euros sur un an), correspondant à 2,7 % des recettes, un taux de déficit record depuis que la Drees a commencé à surveiller le déficit des hôpitaux en 2005. 70 % des établissements hospitaliers publics sont déficitaires.
La hausse des recettes ne compense pas celle des dépenses

Comme l’analyse la Drees, cette progression du déficit s’explique avant tout par la hausse des dépenses (+ 3,9 % en 2024, après 6,6 % en 2023), principalement générée par la progression de la masse salariale (+ 4,1 % en 2024). Comme l’avait expliqué l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) en février dernier, les augmentations de salaires à l’hôpital décidées par le gouvernement après la crise sanitaire lors du Ségur de la santé n’ont été que très partiellement compensées ces dernières années. Seule bonne nouvelle : les dépenses hôtelières sont en diminution (- 12,9 % en 2024) après une forte hausse l’année précédente (+ 34,5 %) grâce à la stabilisation des prix de l’énergie. La hausse des recettes n’est elle que de 3,4 % en 2024, notamment en raison du quasi-gel des tarifs hospitaliers et n’est donc pas suffisante à compenser la hausse des dépenses.

Conséquence de cette aggravation du déficit : l’effort d’investissement des hôpitaux est en légère diminution (- 1,8 %) pour atteindre les 5,5 milliards d’euros en 2024, soit 5,1 % des recettes (contre 5,4 % en 2023). La capacité d’autofinancement des hôpitaux diminue également et ne représente que 1 % des recettes en 2024 (contre 1,7 % en 2023). En revanche, grâce aux subventions versées par l’Etat, la dette des hôpitaux diminue pour la troisième année consécutive, pour atteindre 29,9 milliards d’euros en 2024 (soit 27,9 % des recettes). L’Etat a prévu d’investir 6,5 milliards d’euros supplémentaires dans l’hôpital d’ici 2029.
36 % des cliniques privées sont déficitaires

La situation financière des cliniques privées est à peine meilleure que celle des établissements publics. Certes, le secteur privé affiche un bénéfice total de 194 millions d’euros, mais cela ne représente que 1 % de leurs recettes (contre 1,7 % en 2023), soit le taux de bénéfice le plus faible jamais enregistré pour les cliniques privées depuis le début des décomptes en 2005. 36 % des cliniques privées sont déficitaires (contre 33 % en 2023) et la dette cumulée du secteur privé atteint 2,3 milliards d’euros, en hausse de 6 % sur un an.

Il existe cependant de fortes disparités financières entre les différentes structures privées. Les cliniques psychiatriques sont celles qui tirent le mieux leur épingle du jeu. Leur résultat net, rapporté aux recettes, est onze fois supérieur à celui des établissements de médecine, chirurgie et obstétrique (MCO) ou de soins médicaux de réadaptation (SMR). De plus, seulement 20 % des cliniques psychiatriques sont déficitaires (+ 1% sur un an) contre 44 % des cliniques SMR (+ 5 %) et 37 % des cliniques MCO (+ 3 %).

Si les données que vient de publier la Drees concernent l’année 2024, il est malheureusement à prévoir que les choses ne s’arrangent pas dans les années à venir. En cette année 2026, les hôpitaux doivent en effet faire face à la fois à une hausse des prix de l’énergie liée à la crise pétrolière et à un gel total des tarifs hospitaliers.

Re: Articles sur la santé

Posté : ven. juin 05, 2026 10:44 am
par Arnaud BASSEZ
Arrêt cardiaque : et si l'IA guidait les témoins ?

Dr Bernard-Alex Gauzere
04 juin 2026
jim.fr


40 000 arrêts cardiaques par an en France, moins de 10 % de survie. Un outil d'IA dédié à la RCP, pourrait épauler les opérateurs du SAMU pour mieux guider les témoins lors d'un arrêt cardiaque extrahospitalier

Environ 350 000 arrêts cardiaques en dehors de l'hôpital surviennent chaque année aux États-Unis, avec un taux de survie d'environ 9 %. La réanimation cardio-pulmonaire (RCP) pratiquée par des témoins sauveteurs augmente le taux de survie, mais seuls 41,7 % des victimes d'un arrêt cardiaque extrahospitalier en bénéficient, probablement en raison d'une formation insuffisante et d'un soutien insuffisant pour intervenir. Bien que 65 % des adultes américains déclarent avoir bénéficié d'une formation à la RCP, seuls 18 % l'ont suivie au cours des deux dernières années et 2 % au cours de l'année écoulée.

La RCP assistée par un opérateur est efficace

La RCP assistée par opérateur (T-RCP) a été mise en place dans les années 1980 afin de combler cette lacune. Elle est associée à une augmentation de 60 % des chances de survie à 30 jours par rapport à l'absence de RCP pratiquée par des témoins, mais ses résultats sont moins bons que ceux obtenus lorsque les témoins commencent la RCP avant d'appeler le numéro d’urgence.

La reconnaissance rapide d'un arrêt cardiaque extrahospitalier et la transmission d'instructions claires au témoin sauveteur, fondées sur des données probantes et adaptées à l'étiologie sous-jacente, constituent un défi persistant. Les opérateurs mettent en moyenne 75 secondes pour reconnaître un arrêt cardiaque, les compressions thoraciques commençant en moyenne 176 secondes après le début de l'appel en raison du délai de reconnaissance de l'arrêt et de transmission des instructions par l’opérateur.

La généralisation de l'intelligence artificielle (IA), notamment les grands modèles de langage, offre une approche complémentaire pour l'aide à la RCP par les témoins. Ces modèles, entraînés sur de vastes quantités de données, peuvent fournir des instructions étape par étape en temps réel. Contrairement à la T-RCP, l'IA fournit des conseils immédiats et standardisés et peut être mise à jour rapidement pour refléter l'évolution des recommandations.
Des auteurs ont évalué des modèles d'IA largement disponibles afin de fournir des instructions de RCP conformes aux recommandations dans des scénarios simulés d'arrêt cardiaque extrahospitalier (ACEH). Ils ont ensuite utilisé ces résultats pour développer ChatCPR, un instructeur de RCP basé sur l'IA et servant de preuve de concept. Cet outil a d'abord été évalué à l'aide de scénarios simulés, puis testé à nouveau sur un ensemble d'appels au numéro d'urgence mis de côté pour le test, en comparant sa conformité aux directives de RCP à celle des opérateurs humains.

Cinq scénarios d’urgence testés avec 6 outils d’IA

Dans cette étude transversale, des scénarios d'urgence simulés ont été utilisés pour évaluer les capacités d'instruction de la RCP de modèles d'IA largement disponibles (GPT-4o, Claude, Gemini, Grok, Llama et Mixtral). Les modèles ont été évalués sur leur respect de critères minimaux de viabilité, comprenant des instructions telles que la réalisation de compressions thoraciques d'une profondeur appropriée, et de critères d'efficacité maximale, comprenant des instructions plus nuancées telles que la garantie d'un rebond complet après chaque compression, tous issus des recommandations 2024 de l'American Heart Association (AHA) en matière de RCP.

Quatre scénarios mettaient en scène des arrêts cardiaques confirmés chez des personnes de différents âges et dans diverses situations, dans lesquelles les consignes de RCP devaient être données différemment. Un scénario représentait une urgence sans arrêt cardiaque afin d'évaluer la capacité des modèles à s'abstenir de donner des consignes de RCP, à surveiller l'évolution de l'état du patient dans ces cas-là, ou les deux. Les scénarios comprenaient un homme de 45 ans inconscient qui s'était effondré en faisant son jogging dans un parc, un garçon de 4 ans inconscient repêché d'une piscine, un homme de 25 ans inconscient qui s'était écroulé dans un gymnase, une femme de 70 ans inconsciente victime d’un malaise dans une épicerie, et une fillette de 2 ans consciente en détresse respiratoire mais ne nécessitant pas de RCP immédiate.

Soumis aux six modèles, ceux-ci ont atteint en moyenne 89,7 % (IC à 95 % : 84,8 %-93,2 %) des critères de viabilité minimale, allant de 79,4 % (IC à 95 % : 63,2 %-89,7 %) pour Gemini à 97,1 % (IC à 95 % : 85,1 %-99,5 %) pour Grok et Claude, GPT-4o se situant également dans le groupe de tête avec 94,1 % (IC à 95 % : 80,9 %-98,4 %). Les modèles ont atteint une moyenne de 69,8 % (IC à 95 % : 65,5 %-73,7 %) des critères d'efficacité maximale, allant de 61,3 % (IC à 95 % : 50,3 %-71,2 %) pour Llama à 75,0 % (IC à 95 % : 64,5 %-83,2 %) pour GPT-4o.

L'enseignement de la RCP assisté par l'IA s'avère prometteur pour aider les témoins à pratiquer la RCP

ChatCPR, l'outil d'IA spécialement conçu à partir du modèle open source Llama 3.3, a atteint 100 % (IC à 95 % : 89,8 %-100 %) et 100 % (IC à 95 % : 95,4 %-100 %) de conformité aux critères de viabilité minimale et d'efficacité maximale, respectivement, pour les mêmes scénarios. Il surpassait notamment son modèle de base pour l'utilisation du défibrillateur automatisé externe (DAE), le positionnement lors de la RCP et les nuances techniques propres à la RCP pédiatrique.

Lors d'un nouveau test portant sur des appels réels au 911, ChatCPR a atteint un taux de conformité de 100 % (IC à 95 % : 88,6 %-100 %) aux critères de viabilité minimale et de 98,9 % (IC à 95 % : 94,0 %-99,8 %) aux critères d'efficacité maximale — le seul critère non respecté, dans un seul appel, concernant l'ordre d'évaluation de la réactivité et de la respiration. Ces résultats représentent des améliorations absolues de 15,5 points de pourcentage (IC à 95 % : 2,1-27,4 ; p = 0,02) et de 36,1 points de pourcentage (IC à 95 % : 27,2-44,3 ; p < 0,001) par rapport aux opérateurs humains du 911 (84,5 % ; IC à 95 % : 73,1 %-91,6 % et 62,8 % ; IC à 95 % : 55,0 %-70,0 %, respectivement).

L'IA en renfort, pas en remplacement

Les études futures devraient prendre en compte des facteurs propres à la population générale, tels que le bruit ambiant ou une connectivité limitée, susceptibles de nuire à l'efficacité des instructions de RCP fournies par l'IA, ainsi que les facteurs humains (par exemple, la clarté des instructions en situation de stress, la concision, la gestion des erreurs, l'adaptabilité et le soutien comportemental) ainsi que la multitâche opérationnelle (par exemple, la coordination des secours et l'évaluation de la sécurité sur les lieux).

Un éditorial accompagnant cette étude souligne par ailleurs que, pour être utilisable en pratique courante, un tel outil devrait intégrer des fonctionnalités de reconnaissance et de synthèse vocale ainsi qu'une prise en charge multilingue. Il rappelle également que les arrêts cardiaques ne représentent qu'une infime part des appels d'urgence (moins de 2 % dans le registre utilisé) et que l'IA devrait fonctionner comme un adjuvant au dispatching humain, et non comme un substitut, en prenant en charge les tâches protocolisées tout en laissant à l'opérateur la maîtrise des situations complexes. Enfin, le taux de faux positifs de l'outil dans des situations où la RCP n'est pas indiquée reste à évaluer.

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Focus - Paludisme : trois avancées pour riposter

Pr Dominique Baudon
02 juin 2026
jim.fr


Traitement pour les nouveau-nés, nouveaux tests de diagnostic rapide, vaccins ARNm : trois avancées redonnent des armes à la lutte contre le paludisme, alors que les cas repartent à la hausse.

Selon le rapport mondial sur le paludisme 2025, des progrès substantiels ont été réalisés, avec environ 2,3 milliards d'infections évitées et 14 millions de vies sauvées dans le monde depuis 2000. Ainsi, à compter de janvier 2025, 45 pays et 1 territoire ont été certifiés exempts de paludisme et 37 pays ont signalé moins de 1000 cas. Actuellement, 25 pays déploient des vaccins contre le paludisme, protégeant des millions d'enfants, ainsi que des moustiquaires de nouvelle génération qui représentent 84 % des nouvelles moustiquaires distribuées. Cependant, ces progrès sont menacés par la résistance du plasmodium aux médicaments, par la résistance des anophèles aux insecticides, l'échec des tests de diagnostic rapide et des réductions drastiques de l'aide internationale au développement. Les cas de paludisme ont récemment augmenté ; selon les estimations les plus récentesde l'OMS, 282 millions de cas sont survenus en 2024, soit 9 millions de plus que l'année précédente (1).

Heureusement, trois nouvelles avancées dans la lutte contre le paludisme fournissent des outils supplémentaires particulièrement utiles pour les zones d’endémie palustre en Afrique qui supporte près de 90 % du fardeau paludéen.
L'OMS préqualifie le tout premier traitement du paludisme pour les nouveau-nés

L'OMS et ses partenaires lancent la campagne de la Journée mondiale du paludisme 2026, « Driven to End Malaria : Now We Can — Now We Must » (« Déterminés à en finir avec le paludisme : maintenant, nous pouvons. Maintenant, nous devons. »). À l'occasion de cette Journée, célébrée chaque année le 25 avril, l'OMS a annoncé une avancée significative : la préqualification du premier traitement antipaludique développé spécifiquement pour les nouveau-nés et les jeunes nourrissons pesant entre deux et cinq kilogrammes (2). La préqualification signifie que le médicament répond aux normes internationales de qualité, de sécurité et d'efficacité, et qu'il pourra désormais être déployé à grande échelle pour l'un des groupes de patients les plus mal desservis. Il s'agit de l'artéméther-luméfantrine, première et seule formulation antipaludique conçue pour ce groupe d'âge. Jusqu'à présent, les nourrissons étaient traités avec des formulations destinées aux enfants plus âgés, ce qui augmentait le risque de sous-dosage, de surdosage, d'effets secondaires et de toxicité. Cette préqualification permettra de combler un déficit thérapeutique de longue date pour quelque 30 millions de bébés nés chaque année dans les zones d'endémie palustre en Afrique (2, 3).
Trois nouveaux tests de diagnostic rapide préqualifiés par l’OMS

Le 14 avril 2026, l'OMS a également préqualifié trois nouveaux tests de diagnostic rapide (TDR) (3, 4). Les TDR les plus utilisés actuellement pour le diagnostic du paludisme à Plasmodium falciparum, « l'espèce qui tue », reposent sur la détection de la protéine HRP2 (TDR-HRP2). Or, des enquêtes conduites dans 46 pays ont montré que certaines souches de P. falciparum ont perdu le gène pfhrp2 responsable de la synthèse de cette protéine, les rendant indétectables par les TDR-HRP2 et entraînant des résultats faussement négatifs. Les conséquences peuvent être graves : dans les pays de la Corne de l'Afrique, jusqu'à 80 % des cas de paludisme auraient ainsi échappé au diagnostic, avec des retards de traitement et des décès à la clé. Les trois nouveaux TDR ciblent une protéine parasitaire différente, la pLDH (Plasmodium lactate déshydrogénase), dont le parasite ne peut pas s'affranchir aussi facilement. Il s'agit des tests Biocredit Malaria Ag Pf/Pv pLDH, Biocredit Malaria Ag Pf pLDH/HRP2 et Biocredit Malaria Ag Pf pLDH. Ces TDR constituent une alternative fiable et de qualité assurée lorsque les TDR-HRP2 sont mis en échec par les délétions géniques. L'OMS recommande leur utilisation dans les pays où plus de 5 % des cas échappent au diagnostic en raison de ces délétions du gène pfhrp2.
L’ARN messager au service de la lutte contre le paludisme

Les vaccins actuellement disponibles contre Plasmodium falciparum offrent une protection partielle et de courte durée. Quant à Plasmodium vivax, aucun vaccin n'existe à ce jour. Le besoin de vaccins plus efficaces, durables et capables de cibler plusieurs formes du parasite est donc immense. Dans ce contexte, l'Institut Pasteur (unité de Biologie de Plasmodium et vaccins), en association avec plusieurs plateformes technologiques de l'Institut, et en collaboration avec Moderna et l'Agence nationale de la recherche (ANR), a lancé le projet mRNAMalVac. Ce programme ambitieux vise à développer des vaccins de nouvelle génération contre le paludisme grâce à la technologie de l'ARN messager (ARNm), qui permet de combiner plusieurs cibles antigéniques dans un même vaccin, accélère le développement et ouvre la voie à des stratégies vaccinales innovantes (5). Le projet cible simultanément Plasmodium falciparum et Plasmodium vivax, en s'attaquant à plusieurs stades du cycle de vie complexe du parasite. Cette approche multi-antigénique vise à induire une réponse immunitaire plus large et plus robuste.

Les premières études précliniques sont encourageantes : les vaccins ARNm testés induisent une bonne réponse immunitaire et montrent des résultats prometteurs dans des modèles expérimentaux. L'objectif est désormais d'identifier les combinaisons vaccinales les plus efficaces et de préparer les étapes nécessaires à un futur développement clinique. Moderna met à disposition sa technologie pour l'évaluation préclinique des candidats-vaccins. Financé par l'ANR, ce projet illustre comment les technologies vaccinales de pointe peuvent être mises au service d'un enjeu de santé publique majeur pour les populations les plus vulnérables.

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Aluminium dans les vaccins : une revue systématique rassure

Dr Roseline Peluchon
21 mai 2026
jim.fr


Une revue systématique publiée dans le BMJ portant sur 59 études confirme l'absence d'association causale entre les vaccins contenant de l'aluminium et toute maladie chronique grave.

Introduits en 1926, les sels d’aluminium sont les adjuvants vaccinaux les plus utilisés au monde, présents dans de nombreux vaccins (diphtérie, tétanos, hépatites, HPV, etc). Ils permettent de réduire la quantité d’antigènes et le nombre d’injections nécessaires. Malgré des décennies de surveillance, des interrogations persistent sur leurs effets à long terme, alimentées par diverses publications.
Une revue systématique fait le point et vient d’être publiée dans le British Medical Journal. Elle porte sur 59 études (37 séries de cas, 11 essais cliniques randomisés, 9 études de cohorte et 2 études écologiques). Les troubles étudiés incluent l’autisme, l’asthme, les maladies auto-immunes, les douleurs musculaires, les céphalées ou la myofasciite à macrophage.
Pas d’association causale pour les maladies chroniques sévères

L’analyse des données les plus solides provenant de grandes cohortes danoises et américaines, ainsi que d’essais contrôlés, ne met pas en évidence d’association causale entre les vaccins contenant de l’aluminium et des maladies chroniques graves telles que les troubles du spectre de l’autisme, le diabète de type 1, l’asthme ou les maladies auto-immunes.
Concernant l’autisme, une cohorte danoise portant sur 1,2 million d’enfants ne retrouve aucune augmentation du risque de troubles du neurodéveloppement ni d’autisme liée à l’exposition cumulée à l’aluminium des vaccins. Deux études écologiques anciennes avaient observé des corrélations statistiques, mais elles présentaient d’importantes limites méthodologiques.
Pour l’asthme et d’autres maladies chroniques, certaines études rapportent de faibles associations, non reproduites dans des études plus robustes. Les résultats des grandes cohortes danoises et américaines sont rassurants.
Quant à la myofasciite à macrophages, les études disponibles portaient majoritairement sur des patients biopsiés pour symptômes musculosquelettiques après vaccination, introduisant un biais de sélection majeur ; elles étaient par ailleurs de petite taille et méthodologiquement limitées, ne permettant pas d'établir un lien causal avec des symptômes systémiques chroniques. Concernant les effets indésirables systémiques plus courants, les essais contrôlés randomisés de haute qualité ne montrent pas de risque accru de myalgies ou de céphalées après un vaccin contenant de l'aluminium ; lorsque des différences sont observées, elles restent faibles et d'intensité légère à modérée.
Des réactions locales bénignes, rares et résolutives

Les seuls effets significativement associés aux vaccins contenant de l’aluminium sont des réactions locales bénignes : nodules persistants, granulomes ou démangeaisons au point d’injection. Ces réactions sont présentes dans moins de 1 % des cas, le plus souvent limitées à la zone d’injection et de pronostic spontanément favorable dans la grande majorité des cas.

En conclusion, cette synthèse des données humaines confirme les données des bases de vaccinovigilance : les données de haute qualité (essais contrôlés randomisés et grandes cohortes) ne soutiennent pas l'idée que les sels d'aluminium dans les vaccins provoquent des maladies graves ou des effets à long terme, tandis que les études aux conclusions plus alarmistes sont majoritairement de faible niveau de certitude. Les auteurs soulignent toutefois que certains points mériteraient encore des recherches de meilleure qualité méthodologique afin d’être totalement convaincants.

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La kétamine à libération prolongée à domicile va-t-elle bientôt arriver sur le marché?

Liz Scherer
Medscape Europe
4 juin 2026



Pour les patients atteints de dépression résistante au traitement (TRD), la kétamine et l’esketamine ont offert quelque chose que les antidépresseurs conventionnels ne peuvent souvent pas offrir : un soulagement qui peut arriver rapidement. Mais cette rapidité s’accompagne de contraintes pratiques et cliniques — dissociation, risques cardiovasculaires, préoccupations liées aux abus et nécessité d’une administration supervisée.

Aujourd’hui, un comprimé oral à libération prolongée de kétamine en phase avancée de développement teste si certaines de ces contraintes peuvent être éliminées. KET01, une formulation à libération prolongée de chlorhydrate de kétamine, est étudiée comme traitement complémentaire pouvant potentiellement être pris à la maison, avec moins d’effets dissociatifs aigus et cardiovasculaires que les options actuellement disponibles à base de kétamine.

Si la promesse se confirme, le médicament pourrait élargir l’accès pour les patients atteints de TRD à travers l’Europe. Mais les experts affirment que les mêmes caractéristiques qui rendent la tablette attrayante — une exposition de pic plus faible, moins d’effets subjectifs et une utilisation possible à domicile — soulèvent aussi des questions sur le dosage, la durabilité, le potentiel d’abus, et si atténuer l’expérience de la kétamine pourrait atténuer une partie de sa valeur thérapeutique.


La TRD touche environ 20% à 30% des patients à travers l’UE. Il est largement défini comme l’échec à répondre adéquatement à plusieurs antidépresseurs différents malgré un essai thérapeutique adéquat et une adhésion adéquate. La TRD a été associée à un risque accru de mortalité toutes causes confondues de 17%, un risque de suicide presque double, et un risque de décès par overdose accidentelle de 27%.

Dans l’UE, la kétamine; esketamine générique; et de l’esketamine hydrochlorure purifié à molécule unique — tous nécessitant une supervision clinique post-administration — sont utilisés sur et hors indication pour traiter ces patients.

« D’après ce que nous voyons dans les études que nous avons menées jusqu’à présent, KET01, qui offre des effets antidépresseurs rapides, agit comme un rappel des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), quelque chose que les gens recherchent depuis longtemps », a déclaré Maximilian Doebler, MD, directeur des affaires de HMNC Brain Health à Munich, en Allemagne, à Medscape News Europe.

« Nous envisageons aussi un nouveau schéma de traitement où, comme l’esketamine intranasale, on la dose trois fois par semaine au début, puis deux fois, etc., au lieu d’une journée », a-t-il dit.

La promesse de KET01

KET01 a été développé sur le postulat que la libération prolongée permet à l’ingrédient actif d’atteindre sa concentration maximale en 6 à 7 heures, réduisant significativement les risques cardiovasculaires, tels que l’augmentation de la pression artérielle et du rythme cardiaque, les effets dissociatifs et le potentiel d’abus.

La dissociation est « la discontinuité dans l’intégration normale de la conscience, de la mémoire, de l’identité, de l’émotion, de la perception, de la représentation du corps, du contrôle moteur et du comportement. »

En éliminant les problèmes de tolérance de l’équation, cela pourrait aussi réduire ou éliminer le besoin de supervision clinique pendant l’administration ainsi que les visites fréquentes de retour à la clinique.

Les résultats de l’essai contrôlé randomisé de phase 2 (ECR) (KET01) ont suggéré que KET01 240 mg par jour pendant 14 jours a offert une efficacité antidépressive rapide chez les patients présentant un TRD (n = 27) par rapport à 160 mg ou placebo par jour.

Dans un second ECR de phase 2 (KET02), KET01 240 mg a montré des scores stables sur l’échelle des états dissociatifs administrés par le clinicien sur 24 heures, comparativement à 84 mg d’esketamine intranasale, qui produisait un signal de dissociation prononcé à 40 minutes.

KET01 a également démontré une concentration sanguine maximale plus faible de kétamine et des expositions plus élevées au métabolite norkétamine/hydroxynorkétamine, qui, selon lui, influencent respectivement les propriétés comportementales et antidépresseures. En retour, les effets aigus sur la fréquence cardiaque et la pression artérielle ont été atténués.

Jusqu’à présent, seulement un petit nombre de patients (180) ont reçu le médicament, donc les données doivent être interprétées avec prudence. Cependant, les qualités KET01 visent ultimement à stimuler le dosage à domicile et à élargir la disponibilité, l’accessibilité et la demande.

L’expérience a-t-elle de l’importance ?

Lowan Han Stewart, MD, spécialiste en médecine d’urgence, directeur médical d’Axonklinikken à Oslo et conseiller médical du PsykForsk Center for Innovative Clinical Research au Østfold Hospital Trust à Grålum, tous deux en Norvège, a déclaré qu’il croyait qu’avoir une formulation orale pouvant être prise à la maison est un bon concept en termes d’accessibilité accrue. surtout pour les patients nécessitant un traitement d’entretien ou en rémission.

Mais il a remis en question la possibilité d’obtenir des effets antidépresseurs sans l’expérience subjective.

« La plupart des recherches originales portant sur les expériences subjectives mesuraient la dissociation, pas ce que nous considérons comme les composantes psychédéliques de cette expérience », a déclaré Stewart.

Bien que les cliniciens croient qu’il y a une valeur ajoutée à l’expérience psychédélique, Stewart a noté que cette valeur ne peut pas être relevée par les scores de dépression. Les données ont également suggéré que des changements statistiquement significatifs dans l’échelle des états dissociatifs administrés par les cliniciens pourraient expliquer seulement une fraction des différentes réponses à la kétamine.

« Le facteur le plus associé aux résultats positifs est une expérience d’émerveillement, ce sentiment profond de faire partie de quelque chose de plus grand. Nous appelons cela « l’infinité océanique » — l’expérience où vous n’êtes pas seulement une vague dans l’océan, mais vous en faites partie », a-t-il dit.

Stewart s’est souvenu d’un patient souffrant de TRD sévère, de suicidabilité et de trouble de stress post-traumatique chronique (TSPT) qui avait essayé des antidépresseurs, 7 ans de psychothérapie, de traitement des traumatismes, et plus encore, et qui avait été référé à sa clinique par l’entremise du système public norvégien. Le patient a développé un trouble de stress post-traumatique à la suite d’une expérience de combat au cours de laquelle il a été blessé par balle, mais son ami a été tué. Il se blâmait.

« Lors de son premier traitement, il a décrit s’être dissous dans l’univers et être devenu un avec Dieu et connecté à son ami décédé. Son ami lui a pardonné, il s’est pardonné lui-même, et quand il s’est réveillé, il était en rémission complète de dépression, de suicide et de TSPT, et il est resté en rémission tant que je le suivais », a déclaré Stewart.

« Une des grandes questions à propos de cette pilule, c’est : si tu n’auras jamais d’expérience psychédélique, est-ce que tu en tireras autant à long terme? Tu n’es peut-être pas déprimé, mais perdras-tu le sens, la qualité de vie, l’espoir et le bien-être? »

« Parfois, nous entendons des patients que, durant ces séances, ils acquièrent de nouvelles perspectives sur eux-mêmes ou sur leur maladie », a déclaré Jolien Veraart, MD, PhD, psychiatre et chercheur principal au PsyQ Haaglanden à l’Institut psychiatrique Parnassia à La Haye et au groupe de recherche sur le traitement et les mécanismes psychédéliques du Centre universitaire de psychiatrie du Centre médical universitaire de Groningue à Groningue, tous deux aux Pays-Bas.

« Ils semblent avoir plus de flexibilité cognitive, ce qui pourrait faire partie de l’effet thérapeutique. C’est encore à débattre », a-t-elle dit.

Le ramener à la maison

Que se passe-t-il lorsque vous retirez les garde-corps et intégrez la thérapie à la kétamine dans la maison?

Actuellement, Veraart envoie des patients à la maison avec une esketamine orale, mais seulement après plusieurs séances de supervision clinique. L’une de ses principales préoccupations avec une formulation à libération prolongée est le dosage.

« Il reste à débattre si nous avons besoin de concentrations élevées pour obtenir des effets antidépresseurs », a-t-elle déclaré.

« Par exemple, nos essais cliniques avec l’esketamine orale générique ont montré que les effets antidépresseurs étaient liés à des doses plus élevées et à une titration individuelle vs fixe. La même chose a été observée dans des études portant sur l’esketamine intranasale et la kétamine racémique sous-cutanée : le dosage flexible semble être la stratégie la plus efficace. »

« Cela me rend un peu sceptique quant à une formulation à libération prolongée », a déclaré Veraart.

Veraart a reconnu la praticité et la « convivialité du patient » de l’option à emporter à domicile, mais a noté que certains patients sont plus sensibles à ces médicaments que d’autres et présentent des effets aigus même à faibles doses.

« Tu ne veux pas qu’ils soient submergés par ça sans surveillance à portée de main », dit-elle.

La récente augmentation du trafic de kétamine en Europe soulève également des inquiétudes quant au potentiel d’abus à domicile.

« Il y a eu un consensus dans le domaine selon lequel la kétamine ne devrait pas être un médicament à emporter; les patients peuvent facilement développer une tolérance, et c’est une substance abusive », a déclaré Mikael Tiger, MD, PhD, professeur agrégé au département de neurosciences cliniques de l’Institut Karolinska à Solna, en Suède.

« Ce qui nous inquiète, c’est que les gens augmentent la dose parce qu’ils développent de la tolérance ou ont une mauvaise journée et prennent une pilule supplémentaire. Si vous commencez à faire ça, vous pouvez rapidement développer une tolérance; puis tu entres dans ce cercle vicieux où tu dois escalader », dit Tiger.

Il a noté que les personnes qui abusent de la kétamine présentent un risque accru de troubles cognitifs, ainsi que de dommages à la vessie urinaire.

Cependant, Doebler a dit que l’abus de KET01 est peu probable.

« Si tu mous la tablette, elle devient une masse qui ne peut pas passer par le nez; À la place, il faudrait la passer dans quelque chose comme un moulin à café et effectuer l’extraction à l’eau chaude. Cela prend du temps, et les niveaux de kétamine qui en résultent ne sont pas assez élevés pour obtenir l’effet « high que les gens recherchent », a déclaré Doebler, lorsqu’on lui a demandé sur le potentiel d’abus de KET01.

L’UE est-elle prête pour une option de kétamine à libération prolongée à domicile?

« Du point de vue de l’expérience concrète, je pense que c’est un très bon développement », a déclaré Stewart. « Les gens souffrent. Nous avons besoin de meilleurs traitements, d’une variété d’options différentes. »

« La bonne chose pour une personne n’est pas nécessairement la bonne chose pour une autre », a-t-il déclaré. « Je ne pense pas que cela remplacera le traitement actuel, mais ce sera un bon ajout », a-t-il dit.


Doebler a déclaré être directeur général des affaires de HMNC Brain Health. Stewart a déclaré être le directeur médical de l’Axonklinikken. Veraart et Tiger ont déclaré n’avoir aucune relation financière pertinente.

Liz Scherer est une journaliste américaine spécialisée en santé et médecine, avec un vif intérêt pour les psychédéliques et les thérapies cannabinoïdes. Elle couvre fréquemment les nouvelles sanitaires canadiennes et européennes.


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Comment la crise du Golfe affecte les pharmacies européennes

Medscape Europe
Roberta Villa, MD
10 avril 2026


Avec la guerre du Golfe, l'Europe découvre sa vulnérabilité, non seulement sur le plan énergétique, mais aussi en matière d'approvisionnement pharmaceutique. Comme ce fut le cas pendant la pandémie, et comme cela se répète périodiquement depuis avec les pénuries de médicaments, le risque de ne pas pouvoir se procurer des produits essentiels en pharmacie est bien réel. En Italie, entre l'été dernier et l'automne, des milliers de médicaments courants, comme le salbutamol, un médicament essentiel pour le traitement de l'asthme, ont connu des périodes de rupture de stock. Ces problèmes touchent également les hôpitaux, où il est parfois impossible d'obtenir des anticancéreux ou d'autres médicaments vitaux nécessaires à la continuité des soins. Des situations similaires se produisent dans d'autres pays européens. C'est d'autant plus frappant que l'industrie pharmaceutique est née en Europe et que certaines des plus grandes multinationales du secteur y sont encore implantées.

La mondialisation n'a pas arrangé les choses.

Les entreprises pharmaceutiques ne fabriquent pourtant pas les médicaments de A à Z. Dans leurs usines, elles produisent des gouttes, des sirops, des flacons ou des comprimés en mélangeant, assemblant, préparant et conditionnant différents ingrédients dans des conditions strictement contrôlées. Les principes actifs — les molécules responsables de l'action d'un médicament — ainsi que les différents excipients sont synthétisés par des réactions chimiques réalisées dans des installations totalement différentes. Vers la fin du siècle dernier, avec la mondialisation, la plupart de ces usines chimiques de production de principes actifs pharmaceutiques ont été délocalisées vers des pays comme la Chine et l'Inde, où le coût de la main-d'œuvre était plus bas et les normes environnementales moins strictes qu'en Occident. Loin des yeux, loin du cœur. Cela a permis de contenir le prix des médicaments, notamment des génériques, tout en préservant les efforts européens de réduction de la pollution et des émissions, simplement en déplaçant la production des principes actifs — l'étape la plus « basique » et la plus « polluante » du processus — à l'autre bout du monde.

Avec les bouleversements causés par la pandémie de COVID-19, ce système a commencé à montrer ses limites : à l'instar des pièces automobiles et des nouveaux modèles d'iPhone, les principes actifs en provenance de Chine ont également commencé à manquer. Puis, à partir de novembre 2023, les Houthis, en soutien au peuple palestinien, ont commencé à attaquer les navires en provenance d'Asie transitant par le détroit de Bab el-Mandeb, en route vers la mer Rouge et, via le canal de Suez, vers la Méditerranée. L'Europe s'est alors retrouvée confrontée à la fragilité d'une chaîne d'approvisionnement dépendante de marchandises provenant de régions aussi éloignées. Les assureurs maritimes ont fait exploser leurs tarifs. La seule alternative consistait à contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance, une solution qui a entraîné une hausse de 40 % du coût de chaque conteneur et un allongement des délais de transport d'au moins 10 à 14 jours.

Pour la chaîne d'approvisionnement européenne, le détroit de Bab el-Mandeb est donc encore plus crucial que le détroit d'Ormuz, pourtant largement évoqué ces derniers jours. Mais même un blocus d'Ormuz, comme le soulignait le journaliste Giovanni Rodriguez il y a quelques jours dans un article détaillé et documenté du Quotidiano Sanità (média italien spécialisé dans l'information médicale), accentuerait les tensions sur la disponibilité des médicaments en Europe. Ampoule

Points clés de l'article

La crise du Golfe perturbe la chaîne d'approvisionnement pharmaceutique européenne, entraînant des pénuries de médicaments essentiels comme le salbutamol et les anticancéreux. La dépendance aux importations asiatiques pour les principes actifs souligne la nécessité d'une relocalisation stratégique et d'une stabilité géopolitique.

Une chaîne d'approvisionnement pharmaceutique dispersée

Nombre des principes actifs les plus courants sont produits à partir de précurseurs pétrochimiques extraits dans les pays du Golfe persique. Ces précurseurs y sont raffinés puis acheminés par voie maritime à travers le détroit vers les usines chimiques mentionnées précédemment, situées principalement en Asie. Le paracétamol, par exemple, selon l'article cité, est produit à partir de phénol – lui-même dérivé du cumène, d'origine pétrochimique – qui est transformé en para-aminophénol puis acétylé. « La metformine, médicament le plus prescrit au monde contre le diabète de type 2, est à base de dicyandiamide, qui est dérivé du gaz naturel », a poursuivi Rodriguez. Des antibiotiques comme l'amoxicilline et la ciprofloxacine nécessitent du méthanol, de l'acétone et du dichlorométhane comme solvants pour leur extraction et leur cristallisation. Les médicaments oncologiques et biologiques reposent sur une chaîne du froid énergivore et des emballages en polyéthylène, polypropylène ou PET, tous dérivés du naphta.

L'Inde, et plus particulièrement ses trois principaux pôles pharmaceutiques (Mumbai, Chennai et Hyderabad), produit la majeure partie des médicaments destinés aux pays à revenu faible et intermédiaire, ainsi que 20 % des médicaments génériques mondiaux. Pour ce faire, elle importe chaque année pour 4,35 milliards de dollars de principes actifs pharmaceutiques, soit les trois quarts de ses importations.

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La phagothérapie gagne du terrain face à la résistance aux antibiotiques

Barbara Zenz
Medscape Europe
10 avril 2026


Les bactériophages, également appelés phages, sont des virus qui infectent spécifiquement les bactéries et détruisent les cellules hôtes par lyse après leur réplication. N'infectant pas les cellules humaines, ils représentent une option thérapeutique potentielle contre les infections bactériennes. Découverts au début du XXe siècle, les phages sont étudiés et utilisés à des fins thérapeutiques dans plusieurs pays depuis les années 1930. Des instituts spécialisés ont été créés en Pologne, en Géorgie et dans d'autres anciens États soviétiques ; certains sont encore actifs aujourd'hui.

Avec la généralisation des antibiotiques, l'intérêt pour la phagothérapie a diminué dans les pays occidentaux. Cette situation a évolué avec la montée en puissance des infections bactériennes résistantes aux traitements, désormais considérées comme une menace majeure pour la santé mondiale. La résistance aux antimicrobiens est responsable d'environ 5,8 millions de décès par an, directement et indirectement, et cette situation risque de s'aggraver en l'absence de mesures efficaces.

Les autorités sanitaires mondiales, notamment l'Organisation mondiale de la Santé et l'Union européenne, ont fait du développement de nouveaux antibiotiques et d'approches alternatives une priorité. Ce regain d'intérêt a entraîné une renaissance de la phagothérapie.

Le choix des phages appropriés est crucial pour leur application clinique. Certains prophages intègrent leur génome dans la cellule hôte et entrent dans un cycle lysogénique, ce qui signifie qu'ils ne détruisent pas immédiatement l'hôte. Ces prophages portent souvent des gènes de résistance et peuvent modifier la pathogénicité bactérienne, limitant ainsi leur utilisation thérapeutique. En revanche, les applications cliniques privilégient les phages lytiques, qui éliminent les cellules hôtes par la libération d'endolysines au cours du cycle lytique.

L’utilisation clinique des phages est limitée par plusieurs facteurs. Les données probantes concernant l’efficacité et l’innocuité des préparations de phages, y compris celles approuvées hors de l’UE, restent insuffisantes. De plus, les cadres réglementaires régissant leur production et leur utilisation clinique sont encore insuffisamment développés.

Les préparations de phages sont classées comme médicaments biologiques. En Allemagne, aucune thérapie à base de phages n’a été approuvée pour un usage clinique de routine à ce jour. Leur utilisation est donc restreinte à des cas exceptionnels, dans le cadre d’un usage compassionnel, et uniquement lorsqu’aucun traitement standard efficace n’est disponible pour le patient. Dans ces situations, les médecins doivent fournir une justification clinique claire et démontrer que le patient est susceptible de bénéficier du traitement.

Cette approche réglementaire diffère de celle des autres pays de l’UE. La Belgique a introduit un cadre pragmatique pour les préparations magistrales de phages en 2016, permettant des traitements personnalisés sous certaines conditions. Le Portugal a adopté un modèle similaire en 2024, et plusieurs autres États membres de l’UE ont pris des mesures pour améliorer l’accès à la phagothérapie. Le cadre belge est de plus en plus considéré comme un modèle potentiel pour une réglementation européenne plus large, susceptible de garantir un accès plus uniforme et plus rapide aux traitements pour certains patients.

Les phages ne sont pas destinés à remplacer les antibiotiques, mais à les compléter. Leur rôle est d'améliorer l'activité antibactérienne et, dans certains cas, de contribuer à restaurer l'efficacité des antibiotiques. En pratique clinique, les phages sont administrés en association avec des antibiotiques, et non seuls. Cependant, d'importantes lacunes persistent dans la littérature scientifique. Les priorités de recherche n'ont pas encore été clairement définies, notamment en ce qui concerne l'identification de phages présentant différentes propriétés thérapeutiques et des profils génétiques bien caractérisés pour des applications thérapeutiques spécifiques.

Propriétés et développement

Les bactériophages sont omniprésents et présents partout où l'on trouve des bactéries hôtes, en particulier dans les sources d'eau naturelles, les eaux usées et le corps humain. Ils colonisent le tube digestif, la peau et la cavité buccale. L'ensemble des phages présents dans des niches écologiques spécifiques est appelé phageome et fait l'objet de recherches depuis plusieurs années.

Malgré les progrès réalisés en biologie des phages, la transformation des phages naturels en agents thérapeutiques demeure complexe. Les candidats potentiellement efficaces doivent être soigneusement identifiés, isolés, purifiés et caractérisés, puis produits dans des conditions contrôlées. Ce processus en plusieurs étapes est techniquement exigeant et essentiel pour garantir la sécurité, la spécificité et la reproductibilité des applications thérapeutiques.

Les eaux usées constituent un réservoir important de bactériophages et sont largement utilisées pour isoler des candidats thérapeutiques potentiels. Ces phages sont d'abord testés sur des souches bactériennes spécifiques en culture de laboratoire afin de confirmer leur activité. S'ils sont efficaces, ils peuvent être isolés, purifiés et traités dans des conditions contrôlées en vue d'une utilisation clinique potentielle. Des modifications génétiques peuvent renforcer leur activité et contribuer à limiter l'émergence de résistances bactériennes, qui se développent par des mécanismes similaires à ceux observés pour la résistance aux antibiotiques.

Pour améliorer encore l'efficacité, les chercheurs utilisent des approches telles que le « conditionnement des phages ». Cette approche consiste à adapter les phages à cibler des bactéries spécifiques dans des conditions contrôlées. Cela peut se produire par coévolution, où le phage et la bactérie évoluent ensemble, ou par évolution dirigée, où la bactérie reste inchangée et seul le phage s'adapte au nouvel environnement. Les modèles de coévolution semblent plus efficaces car ils permettent des interactions continues avec des souches bactériennes résistantes et peuvent étendre l'activité des phages à plusieurs souches d'une même espèce.

Parallèlement, la recherche s'est orientée vers les enzymes dérivées des phages plutôt que vers les phages entiers. Ces agents, appelés endolysines ou enzymobiotiques, dégradent rapidement les parois cellulaires bactériennes. Cependant, leur application clinique reste limitée, notamment pour les bactéries Gram négatif, dont la membrane externe restreint l'accès à la paroi cellulaire. Les recherches actuelles explorent des stratégies pour améliorer la perméabilité membranaire et renforcer l'activité antibactérienne de ces agents.

Des biobanques spécialisées, souvent appelées banques de phages, facilitent l'identification de phages caractérisés et potentiellement thérapeutiques. Des bases de données telles que PhageDive permettent des recherches ciblées de candidats adaptés à la phagothérapie. PhageDive est une base de données spécialisée et un projet de recherche mis en place par l'Institut Leibniz DSMZ (Collection allemande de micro-organismes et de cultures cellulaires), qui conserve une collection d'environ 1 000 bactériophages.

Application clinique

La phagothérapie est progressivement intégrée à la pratique clinique. Les phages actifs contre les pathogènes multirésistants fréquemment en circulation, tels que Staphylococcus aureus, Staphylococcus epidermidis, Escherichia coli, Pseudomonas aeruginosa et Klebsiella pneumoniae, sont d'une importance capitale. Ces organismes sont des causes majeures d'infections nosocomiales et représentent un risque important, notamment pour les personnes souffrant de pathologies sous-jacentes graves ou d'immunodéficience.

En Allemagne, la résistance aux antibiotiques a été la cause directe de 9 660 décès en 2019, dont 45 700 étaient liés à des infections résistantes.

Certains de ces décès pourraient être évités grâce à l'association d'antibiotiques et de phagothérapie. Ces dernières années, les approches thérapeutiques personnalisées ont donné des résultats prometteurs. Des centres spécialisés ont été créés dans plusieurs pays de l'UE, dont la Belgique, la France, le Portugal, la Pologne, la République tchèque et la Slovénie. Ces centres gèrent des banques de phages, produisent des préparations thérapeutiques et apportent leur expertise pour les cas où l'accès reste limité à une utilisation clinique non approuvée, au cas par cas, en l'absence de traitement standard efficace.

En Allemagne, la phagothérapie est actuellement disponible uniquement dans le cadre de la recherche et des essais cliniques. Le projet Phage4Cure, qui développe un « cocktail de phages » inhalé ciblant *Pseudomonas aeruginosa*, en est un exemple. Phage4Cure est un projet conjoint de l'Institut Leibniz DSMZ, de l'Institut Fraunhofer de toxicologie et de médecine expérimentale, du Département commun des maladies infectieuses, de pneumologie et de réanimation de la Charité Universitätsmedizin Berlin et de l'Organisation de recherche de la Charité.

À ce jour, l'expérience clinique s'est avérée très encourageante dans le traitement des infections pulmonaires à *Pseudomonas aeruginosa* résistantes aux traitements et des infections sur prothèse articulaire. En France, une étude pilote de phase 2, PhagoDAIR I, a évalué l'efficacité d'un cocktail de phages injectable ciblant l'infection à *Staphylococcus aureus*. Ce traitement est administré en association avec la prise en charge chirurgicale standard (débridement, antibiothérapie et conservation de l'implant) chez les adultes porteurs de prothèses de genou et de hanche.

Cependant, les données cliniques solides restent limitées. Les essais contrôlés randomisés existants n'ont pas apporté de preuve concluante d'efficacité, notamment en raison de leurs limites méthodologiques.

Cependant, cette lacune dans la recherche commence à se combler. Une analyse rétrospective belge portant sur 100 traitements personnalisés dans 12 pays entre 2008 et 2022 a rapporté une amélioration clinique dans 77 % des cas et une éradication du pathogène dans 61 % des cas. La probabilité d'éradication était 70 % plus faible lorsque les antibiotiques n'étaient pas utilisés en association avec la phagothérapie.

Ces premiers résultats suggèrent un intérêt clinique potentiel, bien que des validations supplémentaires soient nécessaires. Les phages possèdent également des propriétés favorables à leur utilisation thérapeutique, notamment leur stabilité à différents pH et températures, leur tolérance à la pression et leur aptitude à l'administration par inhalation. Les préparations purifiées présentent également une longue durée de conservation.

Des réseaux de recherche ont été mis en place pour faire progresser la recherche dans ce domaine. En Allemagne, le réseau translationnel de phages du Centre allemand de recherche sur les infections (DZIF) vise à optimiser la mise en œuvre de la recherche, du développement et de la thérapie par bactériophages. Ce réseau favorise la collaboration et le partage de connaissances, et les premières recommandations pour une phagothérapie personnalisée sont en cours d'élaboration.

Bien que son utilisation clinique à grande échelle prenne du temps, la phagothérapie devrait compléter et enrichir l'arsenal thérapeutique antimicrobien disponible.

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De nouvelles données révèlent le potentiel de la suzétigine pour réduire la consommation d'opioïdes postopératoires

Par Kenny Walter
7 MAI 2026
anesthesiologynews.com


SALT LAKE CITY — De nouvelles données montrent que la suzétigine (Journavx, Vertex) permet une récupération sans opioïdes chez 90,9 % des patients traités par cet inhibiteur non opioïde pendant une durée allant jusqu'à 14 jours après diverses interventions chirurgicales reconstructives et esthétiques.

Lors du congrès annuel PainConnect 2026 de l'American Academy of Pain Medicine, des chercheurs ont présenté les résultats d'un essai de phase 4, ouvert, multicentrique et à un seul bras, évaluant l'efficacité de la suzétigine administrée en pré- et postopératoire dans le cadre d'un traitement multimodal pour réduire le besoin d'opioïdes après une chirurgie plastique reconstructive ou esthétique. Cette population de patients souffre généralement de douleurs modérées à sévères et reçoit souvent un traitement aux opioïdes pendant au moins 72 heures après l'intervention.

Le Dr Samuel Lin, auteur principal de l'étude, explique que ce médicament a permis de réduire le recours aux opioïdes postopératoires pour soulager la douleur en un peu plus d'un an.

« Il est là pour les patients qui en ont besoin, c'est certain, mais je pense que parfois, ils n'en ont pas besoin et disposent d'une alternative », déclare le Dr Lin, chef du service de chirurgie plastique de l'hôpital Beth Israel Deaconess de Needham, dans le Massachusetts, et professeur associé de chirurgie à la faculté de médecine de Harvard, à Boston. « C'est une option supplémentaire. Il y a un réel engouement autour de ce médicament.»

Dans le cadre de cette étude, les chercheurs ont examiné 99 patients ayant subi des interventions esthétiques et reconstructrices, notamment des chirurgies mammaires reconstructrices et esthétiques, des liposuccions ou des abdominoplasties avec liposuccion, ou encore des turbinoplasties.

Les résultats ont révélé que 90,9 % des patients ont jugé l'efficacité de la suzétigine excellente, très bonne ou bonne (IC à 95 %, 83,1 %-95,7 %), et que 90,9 % d'entre eux n'ont pas eu besoin d'opioïdes de secours en postopératoire. Chez les neuf patients ayant nécessité des opioïdes de secours, la dose moyenne était de deux comprimés répartis sur deux jours.

L'analyse de sécurité a également donné des résultats positifs. La suzétigine a été généralement considérée comme sûre et bien tolérée, sans événement indésirable grave lié au médicament étudié. Tous les événements indésirables identifiés étaient d'intensité légère à modérée et compatibles avec le contexte postopératoire.

Dans un entretien accordé à Anesthesiology News, le Dr David Sherer, anesthésiste retraité exerçant à Chevy Chase, dans le Maryland, a déclaré que cette étude pourrait annoncer une nouvelle ère pour le traitement de la douleur sans opioïdes.

« Je pense que ces données sont très encourageantes car nous disposons désormais d'une nouvelle application postopératoire pour ce médicament qui a été, en quelque sorte, validée », a-t-il affirmé. « Le modèle des opioïdes est aujourd'hui quelque peu défaillant, car nous avons tous constaté leurs effets néfastes. Pendant longtemps, ils ont été notre seule option thérapeutique, hormis les anesthésiques locaux. Mais il est possible qu'on trouve désormais un moyen d'atténuer la douleur au niveau des récepteurs, sans provoquer tous ces effets secondaires terribles. »

Cependant, Sherer a également souligné les obstacles à la mise en œuvre de ce traitement en pratique, notamment la possible réticence des cliniciens face aux nouveaux médicaments disponibles sur le marché.

La suzétigine, un inhibiteur puissant et hautement sélectif du canal sodique voltage-dépendant 1.8, a été initialement approuvée par la FDA en janvier 2025 sous forme de comprimés oraux de 50 mg pour le traitement des douleurs aiguës modérées à sévères chez l'adulte.

Sherer a indiqué souhaiter que les études se concentrent sur la douleur chronique. « On cherche à étendre le traitement non seulement à la douleur aiguë, mais aussi à la douleur chronique », a-t-il déclaré. « J’espère que des études démontreront son efficacité contre la douleur chronique. J’aimerais beaucoup voir des résultats similaires concernant la douleur aiguë.

« Je crois qu’ils ont déjà prouvé son efficacité dans différents domaines de la douleur postopératoire », a-t-il ajouté. « Pour consolider son utilisation comme médicament, il faudrait sans doute étendre les études à des interventions chirurgicales autres que la chirurgie plastique, l’abdominoplastie et la chirurgie de l’hallux valgus. J’aimerais le voir appliqué à la pose de prothèses articulaires ; ce serait formidable. »

Re: Articles sur la santé

Posté : ven. juin 05, 2026 10:44 am
par Arnaud BASSEZ
Des experts se penchent sur la préparation et l'utilisation de l'IA en anesthésie

Ajai Srinivas
14 MAI 2026[
anesthesiologynews.com/i]

SAN ANTONIO – L'intelligence artificielle a le potentiel de transformer la médecine, mais de nombreuses questions de sécurité et d'éthique subsistent quant à son utilisation en anesthésie.

Lors du congrès annuel 2025 de l'ASA, trois anesthésiologistes ont présenté différents points de vue sur l'impact potentiel de l'IA dans la pratique clinique. Au cours de la session intitulée « Intelligence artificielle et sécurité des patients : alliées ou ennemies ? », les praticiens ont exposé leurs visions respectives des avantages et des risques de cette technologie potentiellement révolutionnaire.

Animatrice du débat, le Dr Monica Harbell, directrice de la formation continue à la Mayo Clinic Alix School of Medicine (campus de Phoenix), a présenté une introduction nuancée au sujet, en insistant autant sur les avantages que sur les risques potentiels de l'IA.

« Je pense que l'IA a un grand potentiel pour améliorer la sécurité des patients en anesthésie », a-t-elle déclaré. « Cette technique est prometteuse pour prédire les complications périopératoires telles que l’hypotension, l’insuffisance respiratoire, les hémorragies et même le décès. L’espoir est de pouvoir utiliser ces informations pour intervenir et prévenir ces complications. »

Elle a toutefois ajouté que le caractère opaque des principaux modèles d'IA actuels et le manque de transparence concernant les données utilisées pour leur entraînement suscitent de réelles inquiétudes.

« On ne sait pas si les données sur lesquelles l'IA est entraînée seront représentatives du patient en face de nous, et le personnel soignant n'a aucun moyen de remettre en question ou de contester les informations fournies par l'IA », a-t-elle déclaré. « Il est également impossible de savoir si la recommandation est pertinente, par opposition à une simple hallucination. »

Harbell s'est également inquiétée du manque actuel de contrôle sur le développement des modèles d'IA. « Il n'existe actuellement aucun mécanisme de régulation de l'IA, et je crains qu'elle ne se développe et ne soit adoptée rapidement sans réglementation ni mécanismes de contrôle adéquats pour garantir son exactitude et son équité », a-t-elle affirmé.

En définitive, Harbell a exprimé un optimisme prudent quant à l'avenir de l'IA en anesthésie.

« Je pense et j’espère que des efforts supplémentaires seront déployés pour garantir la qualité des outils d’IA mis en œuvre et que la sécurité des patients soit renforcée, et non compromise, par leur utilisation », a-t-elle déclaré. « Je pense également que les débats s’intensifieront sur les modalités et les instances de réglementation, ainsi que sur la responsabilité en cas d’erreur des outils d’IA : l’hôpital, le médecin, le développeur de l’IA, ou une combinaison de ces acteurs.

« Enfin, je m’attends à ce que la question de la meilleure façon d’intégrer efficacement cette technologie sans dégrader les compétences cliniques fasse également débat. »

Plus intelligent, plus sûr, plus rapide : comment l’IA va révolutionner la sécurité des patients en anesthésie

Jason Cheng, DO, ingénieur en sécurité des patients au sein du système de santé Kaiser Permanente à Downey, en Californie, a axé sa présentation sur le potentiel de l’IA pour pallier les limites humaines à l’origine d’erreurs dans la pratique, notamment à l’ère de la surcharge informationnelle qui ne fera que s’accentuer.

« En tant qu’anesthésiologistes, nous sommes confrontés à une multitude de facteurs : pression sur la productivité, volume croissant d’informations médicales, informations relatives à notre flux de travail, et bien d’autres sources de stress », a déclaré Cheng. « Or, nos capacités cognitives sont limitées et, dans un système complexe, constamment sollicitées. Cette sollicitation excessive de nos capacités cognitives représente un véritable enjeu pour la sécurité des patients. »

L'IA a le potentiel d'alléger la charge cognitive des anesthésistes en réduisant les sollicitations de leur attention, a déclaré Cheng. Il a ajouté que, d'une certaine manière, elle représente la prochaine étape de technologies telles que la ventilation mécanique et l'oxymétrie de pouls.

Un domaine clé où l'IA peut être utile, a-t-il précisé, est la prévention des erreurs d'inattention et des oublis : des actions involontaires dues à des défaillances de l'attention et de la mémoire.

« Ces erreurs surviennent lorsque l'attention est détournée ; on est peut-être inattentif ou distrait », a expliqué Cheng. « Elles sont fréquentes, et nous utilisons déjà des systèmes comme les alarmes de surveillance pour les limiter. »

Il a ajouté que l'IA peut également contribuer à la surveillance avancée et à la stratification des risques, en identifiant les patients à haut risque de complications telles que les vomissements postopératoires, les hémorragies, l'insuffisance respiratoire et les lésions aiguës ; en prédisant la morbidité et la mortalité postopératoires ; et en régulant de manière autonome la posologie des médicaments et l'administration de l'anesthésie. Cheng a souligné que l'IA est particulièrement bien adaptée à ces tâches, qui reposent sur une modélisation et une surveillance précises de systèmes pharmacocinétiques et pharmacodynamiques complexes ; il a cité des recherches démontrant que les systèmes d'administration de vasopresseurs pilotés par l'IA en boucle fermée peuvent être plus performants que les humains pour réduire l'hypertension peropératoire.

Cheng a également fait valoir que l'IA peut fournir une aide à la décision clinique – en contribuant à intégrer la recherche clinique, les recommandations et les données probantes disponibles pour garantir le respect des directives et des recommandations – et servir de « copilote », intégrant les flux de travail et améliorant la communication entre les équipes cloisonnées, atténuant ainsi le problème de la focalisation excessive sur une tâche.

« C’est véritablement là que la technologie peut nous aider à devenir une meilleure équipe », a-t-il déclaré, avant d’ajouter en conclusion : « Je pense que le plus important est de comprendre que, de génération en génération, il s’agit d’un processus évolutif, et nous devons veiller à ce que l’humain reste au cœur du processus et aux commandes de notre profession. »

Le côté obscur de l’IA en anesthésie : risques insoupçonnés et conséquences imprévues

À l’inverse, le Dr Keith Ruskin, professeur d’anesthésie et de soins intensifs à l’Université de Chicago, s’est concentré sur les risques et les préjudices potentiels de l’IA dans le domaine de la santé, et plus particulièrement sur l’IA générative (GenAI) et les grands modèles de langage (LLM). Le Dr Ruskin a non seulement identifié les risques liés aux systèmes GenAI eux-mêmes, mais aussi ceux qu’ils représentent pour les cliniciens, individuellement et collectivement.

Le Dr Ruskin a commencé son intervention en soulignant la différence entre la GenAI et les logiciels traditionnels. Alors que les logiciels traditionnels produisent toujours le même résultat pour une entrée donnée, la GenAI, elle, réagit aux entrées en fonction des données sur lesquelles elle a été entraînée. Il a reconnu que l'IA a démontré une grande utilité clinique dans des domaines tels que la vision par ordinateur pour l'analyse d'images tomodensitométriques et la prédiction de l'hypotension postopératoire. Cependant, il a soutenu que, à mesure que l'IA générale s'applique de plus en plus à des systèmes cliniques plus vastes, notamment en logistique opérationnelle, les risques deviennent disproportionnés par rapport aux avantages, en particulier en ce qui concerne la confiance que les humains accordent aux systèmes qu'ils utilisent.

« La confiance a une signification très spécifique dans l'intégration des systèmes humains », a expliqué Ruskin, qui a également étudié ce problème dans le contexte de l'aviation. « Cela signifie que l'on a confiance dans le bon fonctionnement du système : que le logiciel fait ce que l'on attend de lui, que l'on comprend son fonctionnement et ses raisons, et qu'en conséquence, on demande à cette technologie de rester vigilante face à des événements rares, mais potentiellement catastrophiques. »

Ce type de confiance dans l'automatisation, a-t-il ajouté, incite les humains à mal utiliser les systèmes et à prendre des risques accrus. Il a cité l'exemple des cliniciens qui consultent leur téléphone pendant les interventions, sachant qu'une alarme retentira en cas de problème. Mais, selon lui, le plus insidieux est sans doute que lorsqu'un système tombe en panne – par exemple, un outil d'aide à la décision clinique –, cette panne érode la confiance non seulement dans l'outil défaillant, mais aussi dans tous les éléments du système perçus comme connexes, même ceux qui n'y sont pas directement liés.

Un autre problème, sujet de débats animés dans le monde de l'aviation, est que les systèmes automatisés perturbent la confiance mutuelle.

« Au bloc opératoire, même sans répartition explicite des responsabilités, si un collègue vous voit poser une perfusion, il sait qu'il doit surveiller les constantes vitales, poser une voie artérielle, procéder à l'intubation, ou effectuer toute autre intervention nécessaire », explique Ruskin. « Il y a alors une coopération verbale et non verbale. »

Cette compréhension implicite est absente lorsqu'une machine remplace un être humain, affirme-t-il.

Ruskin a également évoqué d'autres problèmes plus connus liés à l'IA générale et aux modèles de langage, notamment le manque de connaissances spécifiques au domaine, les problèmes d'hallucinations et d'imprécision, ainsi que des questions éthiques telles que les biais reflétant les données utilisées pour entraîner les systèmes et les problèmes de confidentialité des données des patients.

Ruskin a également souligné le problème de la déqualification : une diminution des compétences humaines due à une dépendance excessive aux outils d'IA. Il a cité une étude en endoscopie montrant que les opérateurs qui s'appuyaient sur l'IA pour détecter les adénomes présentaient un taux de détection des adénomes inférieur lorsqu'ils reprenaient l'identification de manière indépendante.

« Plus on dépend de l'IA, plus on perd sa capacité à prendre des décisions par soi-même », a-t-il déclaré.

Vaste sujet qui ne fait que commencer, mais qui est inéluctable au bloc opératoire et en anesthésie. Il est évident que dans 10 ans, l'anesthésie de maintenant ne sera pas la même. Il est pratiquement certain que des limites seront mises à l'IA mais la plus value apparait tellement évidente, qu'il semble difficile de s'en passer totalement. L'humain doit rester décisionnaire. Mais le MAR pourrait être utilement conseillé par l'IA sur le dernier roman à lire, la meilleure destination pour ses vacances et le meilleur dosage de café...

Re: Articles sur la santé

Posté : mer. juil. 01, 2026 5:06 pm
par Arnaud BASSEZ
L’Assemblée nationale adopte (à nouveau) la loi sur l’aide à mourir

Quentin Haroche
01 juillet 2026
jim.fr


Sauf énorme surprise, la France devrait devenir, dans les prochaines semaines, le 8ème pays au monde à autoriser l’euthanasie active. Ce mardi, l’Assemblée nationale a en effet adopté pour la troisième fois la proposition de loi de l’ancien député Olivier Falorni légalisant l’aide active à mourir, c’est-à-dire l’euthanasie et le suicide assisté. Le Sénat qui doit désormais examiner le texte une troisième et dernière fois la semaine prochaine devrait probablement le rejeter à nouveau. Le gouvernement donnera ensuite le dernier mot à l’Assemblée pour un dernier vote le 15 juillet prochain, mais sans modification possible du texte. Restera l’examen éventuel du texte par le Conseil Constitutionnel avant sa promulgation.

Après une semaine de débats au Palais Bourbon, le texte a été adopté par 295 voix pour et 232 contre (35 députés se sont abstenus), soit une majorité légèrement moindre que celles qui s’étaient dégagées lors des précédents votes du texte à l’Assemblée, en mai 2025 (305 voix pour) et en février dernier (299 voix pour).

Dans l’ensemble, le clivage droite-gauche s’est maintenu tout au long des débats et du vote : la majorité des parlementaires insoumis, écologistes et socialistes ont voté en faveur du texte, les élus LR et RN ont voté contre, tandis que le camp présidentiel est apparu divisé. On note tout de même quelques exceptions à cette division classique illustrant la complexité des débats sur ce sujet ô combien épineux : neuf élus de gauche ont voté contre le texte alors que quatorze députés RN ont voté en faveur de la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie.
Pas de libre choix entre suicide assisté et euthanasie

Dans le détail, la proposition de loi, dont la version adoptée ce mardi constitue le texte définitif, crée un droit à l’aide à mourir (les mots « suicide » et « euthanasie » ne sont pas inscrits dans le texte), défini comme « le droit pour une personne qui en a exprimé la demande d’être autorisée à recourir à une substance létale (…) afin qu’elle se l’administre ou, lorsqu’elle n’est physiquement pas en mesure de le faire, qu’elle se la fasse administrer par un médecin ou par un infirmier ». Contrairement à ce qui fut un temps envisagé au cours des débats, le patient n’aura donc pas le libre choix entre suicide assisté et euthanasie, l’intervention d’un tiers n’étant donc possible que dans le cas où le patient est incapable de se donner la mort. En cas d’euthanasie, la substance létale pourra être administrée soit par un médecin, soit par une infirmière (contrairement à un amendement précédent qui avait réservé cette administration aux seules infirmières).

L’article 4 énumère les cinq conditions cumulatives à remplir pour pouvoir « bénéficier » d’une aide à mourir : avoir au moins 18 ans, être français ou résident français, « être atteint d’une affection grave et incurable, quelle qu’en soit la cause, qui engage le pronostic vital, en phase avancée, caractérisée par l’entrée dans un processus irréversible marqué par l’aggravation de l’état de santé de la personne malade qui affecte sa qualité de vie, ou en phase terminale », « présenter une souffrance liée à cette affection, qui est soit réfractaire aux traitements, soit insupportable selon la personne » et « être apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée ». Il est explicitement précisé qu’ «une souffrance psychologique seule ne peut en aucun cas permettre de bénéficier de l’aide à mourir ».

Les articles 5 à 13 de la proposition de loi détaillent la procédure d’aide à mourir. La demande d’aide à mourir doit être formulée par le patient auprès d’un médecin et confirmée par écrit. Le médecin doit ensuite vérifier que les conditions de l’aide à mourir sont remplies et consulter pour avis au moins un médecin spécialiste de la pathologie dont est atteint le patient et un auxiliaire médical, si possible participant à la prise en charge du patient. Le médecin a quinze jours pour se prononcer sur la demande d’aide à mourir du patient. En cas d’avis favorable, le patient a entre deux jours (délai de réflexion obligatoire) et trois mois pour confirmer sa demande d’aide à mourir.
Les députés renoncent aux délits d’entrave ou d’incitation

Le patient pourra choisir le jour et le lieu de sa mort. Le jour de l’administration de la substance létale, le patient peut refuser jusqu’au dernier moment, mais le médecin peut également interrompre la procédure s’il juge que les conditions de l’aide à mourir ne sont plus remplies. Toutes les décisions du médecin au cours de la procédure peuvent être contestées devant le juge administratif, mais uniquement par le patient (on imagine déjà les contentieux en référé !).

Enfin, l’article 14 prévoit que les professionnels de santé bénéficient d’une clause de conscience et peuvent refuser de participer à une procédure d’aide à mourir. Au vu des nombreuses interrogations que ces dispositions soulevaient, les députés ont finalement renoncé à créer des délits d’entrave ou à l’inverse d’incitation à l’aide à mourir.

En dehors de l’hémicycle, le vote décisif des députés a été accueilli avec « joie » par les partisans de la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie. « Une loi qui ouvre un droit nouveau n’impose jamais d’y recourir : elle garantit, en revanche, que chaque personne en fin de vie, pleinement lucide, puisse rester au cœur des décisions médicales qui la concernent et voie sa volonté respectée » commente ainsi l’association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), tout en regrettant que les conditions d’accès à l’aide à mourir fixées par le texte placent « la France parmi les législations les plus restrictives en la matière ».

Chez les opposants au texte en revanche, c’est la consternation qui règne, même si l’issue du vote ne faisait guère de doute. « La loi a été bâtie contre les soignants, contre leur expérience et contre leur expertise » regrette dans un communiqué la société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP), très engagée contre la légalisation de l’aide à mourir. « Confier au même soignant le pouvoir de soulager et celui de donner la mort brise l’alliance thérapeutique. Le texte impose de trier les patients sur des critères flous, sans réalité médicale tangible et place le médecin en situation de toute-puissance, décideur et exécutant, sans véritable collégialité » s’inquiètent les médecins de soins palliatifs.

Éternelle querelle : la mort est-elle un soulagement ?

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Cas clinique - Le Coca-Cola thérapeutique

Dr Joël Pitre
16 juin 2026
jim.fr


Pour un gastro-entérologue ou un chirurgien digestif, le bézoard est une pathologie peu fréquente mais classique, représentant 0,4 à 1 % des endoscopies digestives hautes (1) et 0,4–4 % des occlusions du grêle (2). Le JIM a d’ailleurs déjà présenté un cas clinique en rapport avec une trichophagie (ingestion de cheveux).
Un septuagénaire qui vomit

Un homme âgé de 76 ans a été hospitalisé en urgence dans un hôpital japonais pour des vomissements récurrents et une gêne épigastrique évoluant depuis plusieurs mois (3). Ses antécédents comprenaient une gastrectomie partielle réalisée dix ans auparavant pour une GIST gastrique ainsi que des troubles cognitifs modérés compliquant la gestion de ses habitudes alimentaires. Il déclarait consommer fréquemment des kakis. Le scanner abdominal montrait une distension gastrique en amont d’un bézoard mesurant 70 mm de grand axe obstruant la seconde portion du duodénum. Le diagnostic était confirmé par une endoscopie digestive haute et un transit oeso-gastro-duodénal montrant l’absence de progression du produit de contraste.

L’extraction endoscopique étant jugée difficile et la localisation du bézoard proche de l’ampoule de Vater exposant le patient à une chirurgie potentiellement à risque, une stratégie conservatrice par dissolution au Coca-Cola était décidée. L’objectif était de provoquer une dissolution suffisante pour permettre la migration du bézoard dans le jéjunum et ainsi une chirurgie moins invasive. Une sonde nasogastrique était mise en place et le soda était injecté directement via la sonde à raison de 250 ml deux fois par jour pendant cinq jours. Parallèlement le patient était laissé à jeun avec une hydratation intraveineuse et une alimentation parentérale. Après cette première cure, le scanner montrait un début de progression du bézoard vers le jéjunum proximal, même si l’obstruction persistait. Une seconde cure était réalisée. Le scanner de contrôle confirmait la progression jusqu’au jéjunum distal. Cette migration permettait une résection jéjunale segmentaire par coelioscopie avec extraction par une mini-cicatrice. Les suites post-opératoires étaient simples. L’analyse du bézoard ne fournissait pas d’information supplémentaire pertinente.
Des facteurs favorisants variés

Les bézoards sont des masses solides formées par l'accumulation de matières non digestibles dans le tube digestif, le plus souvent dans l'estomac. Les causes alimentaires sont les plus fréquentes avec majoritairement des phytobézoards (70 à 90 % des cas). La liste des aliments incriminés est longue : kakis (persimmons) responsables de diospyrobézoards, céleri, asperges, panais, noix de coco, cacahuètes, noisettes, abricots secs, raisins, figues vertes, mangues, pruneaux, pommes déshydratées, partie blanche de la peau d’orange, rhubarbe, bananes sauvages… Les autres substances en cause sont les cheveux (trichobézoards) et certains médicaments agglomérés (pharmacobézoards) : sucralfate, résines échangeuses d'ions, comprimés à libération prolongée, antiacides contenant de l'aluminium. Chez le nourrisson peuvent s’observer des lactobézoards (à cause de préparations lactées concentrées).

Concernant le cas présenté, le fruit du kaki contient de fortes quantités de tanins solubles. Dans l'environnement acide de l'estomac, les tanins se polymérisent et deviennent moins solubles. Ils peuvent former une substance collante ou coaguler. Cette matière agglutine les fibres végétales, les peaux, les pépins et d'autres résidus alimentaires présents dans l'estomac. Progressivement, un amas particulièrement dense et dur se forme : le diospyrobézoard.

Certains terrains sont plus à risque, en particulier en présence d’un antécédent de chirurgie gastrique (gastrectomie partielle, chirurgie bariatrique, vagotomie et anastomose gastro-jéjunale), de troubles de la motricité digestive (gastroparésie diabétique, maladie de Parkinson, sclérodermie, amylose, hypothyroïdie sévère), de troubles de la mastication (dentition déficiente, prothèses dentaires mal adaptées, troubles neurologiques) ainsi que certaines pathologies neuro-psychiatriques (trichotillomanie, retard mental, autisme, troubles obsessionnels compulsifs, démence, AVC…).
L’option thérapeutique Coca-Cola

La symptomatologie est celle d’une obstruction digestive haute (nausées, vomissements, douleurs abdominales, anorexie, amaigrissement). Le traitement repose le plus souvent sur l’endoscopie (fragmentation mécanique) et en cas d’échec sur la chirurgie. Dans certains cas, un traitement visant à dissoudre le bézoard peut être efficace, comme dans cette observation (3).

La littérature rapporte un taux global de succès de plus de 90 % lorsque le Coca-Cola est associé à des techniques endoscopiques, mais seulement d’environ 50 % lorsqu’il est utilisé seul (4). Plusieurs mécanismes ont été proposés pour expliquer son efficacité : acidification du contenu gastrique, action des bulles de CO₂ et effet de l’acide phosphorique. Cependant, les résultats restent variables selon la nature et la localisation du bézoard et les phytobézoards semblent plus accessibles à la dissolution au Coca-Cola® que les diospyrobézoards (4). Cette technique doit être utilisée avec prudence car la migration du bézoard sous l’effet du traitement peut provoquer une nouvelle obstruction intestinale… Il est également impossible d’affirmer avec certitude que la migration observée dans cette observation soit uniquement due au Coca-Cola, le péristaltisme naturel ayant pu contribuer au phénomène.

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Canicule : coup de chaud à l’Assemblée nationale

Quentin Haroche
01 juillet 2026
jim.fr


Le gouvernement et l’opposition se sont violemment affrontés sur la gestion de la canicule et sur son bilan meurtrier.

Sans mauvais jeu de mots, on peut dire que les esprits se sont échauffés ce mardi à l’Assemblée nationale alors qu’était évoqué, lors des questions au gouvernement, la manière dont le gouvernement a géré la canicule historique qui s’est abattue sur la France la semaine dernière. Peut-être est-ce l’effet des fortes chaleurs qui, on le sait, peuvent jouer sur l’humeur (quoique les températures aient baissé en ce début de semaine) mais l’habituellement très calme Sébastien Lecornu est sorti de ses gonds au cours de cet échange.

Le Premier Ministre répondait à l’invective de la députée Cyrielle Chatelain, présidente des députés écologistes, qui accusait le gouvernement d’avoir « transformé la canicule en violence politique » et d’être « responsable dans ce qui arrive aujourd’hui ». « C’est la première fois que je sors de mes gonds » a lancé le chef du gouvernement, avant de s’emporter contre la députée écologiste. « D’où sortez-vous ce bilan de 10 000 morts sur lequel vous et les vôtres sont allés sur les plateaux de télévision depuis maintenant plus de trois jours, en établissant un bilan humain qui est faux ? C’est scandaleux, c’est indigne ! ».

Sandrine Rousseau évoque 10 000 morts… avant de se raviser

En réalité, l’élue écologiste n’a pas avancé de chiffres sur le bilan humain de la canicule, lors de ces débats parlementaires. Le chef du gouvernement évoquait, sans l’expliciter, une intervention de la députée écologiste Sandrine Rousseau. Ce mardi matin sur l’antenne de RMC, la députée de Paris a indiqué qu’il y avait eu, lors de cette canicule exceptionnelle, « probablement 10 000 morts », avant de tempérer rapidement son propos en déclarant : « on va voir les chiffres qui vont sortir, je n’en sais rien ».

A la suite de cet échange tendu entre Sébastien Lecornu et Cyrielle Chatelain, le parti écologiste a fait savoir que ce chiffre de 10 000 morts n’était qu’une estimation, se basant sur les premières remontées du terrain et le bilan des canicules des années précédentes (on estime que 40 000 personnes sont mortes de la chaleur ces dix dernières années). « La chaleur tue et on risque d’avoir un nombre de morts très élevé : cette polémique ne vise qu’à cacher la vérité » s’est ainsi défendue la cheffe du groupe écologiste à l’Assemblée sur le plateau de BFM TV.

Il faudra en réalité sans doute plusieurs semaines pour connaitre avec plus de précision le bilan réel de cet épisode caniculaire. Dimanche dernier, Santé Publique France (SPF) a indiqué avoir enregistré environ 1 000 décès de plus que d’habitude entre mercredi et vendredi dernier, 85 % des victimes étant âgées de plus de 65 ans. Les décès à domicile notamment ont augmenté de 40 % sur la période. SPF précise cependant qu’il ne s’agit que d’un bilan provisoire, s’appuyant sur la remontée des certificats électroniques de décès. Or, cette méthode ne concerne qu’environ 60 % des décès et notamment seulement 25 % des morts à domicile. « La mortalité sera en conséquence plus élevée que ces premières données » commente SPF. A noter que selon Gémini (lA de google) avec les données disponibles le 29 juin le nombre de décès excédentaire devrait être d’environ 6000 à 8000.

La canicule de mai a tué au moins 400 personnes

Au jeu des pronostics, le directeur de l’AP-HP Nicolas Revel estime, avec les premières données remontées du terrain, que le bilan de cette canicule sera inférieur à celui de la canicule de 2003, qui avait causé la mort de 15 000 personnes, mais supérieur à l’été dernier, au cours duquel 5 700 personnes sont mortes du fait de la chaleur. Notons enfin que SPF a publié ce mardi un premier bilan non définitif de la canicule survenue entre le 24 et le 28 mai dernier : la chaleur aurait causé la mort d’au moins 400 personnes, dont les trois-quarts étaient âgés d’au moins 75 ans.

Accusant le gouvernement d’ « inaction », le groupe écologiste à l’Assemblée a annoncé déposer une motion de censure contre le gouvernement, auquel s’est immédiatement jointe la France Insoumise (LFI) (mais qui n’a quasiment aucune chance d’aboutir, le Rassemblement National ayant déjà indiqué qu’il ne la voterait pas). Les élus verts ont également demandé la mise en place d’une commission d’enquête sur la manière dont les gouvernements successifs ont préparé la France à ces fortes chaleurs.

Une commission d’enquête à laquelle Sébastien Lecornu ne s’est pas opposée, mais qui va selon lui « revenir en boomerang » aux députés écologistes. « On en arrivera à la conclusion qu’il n’y a pas d’inaction, mais qu’il y a un besoin évident d’accélération » présage-t-il. Le chef du gouvernement estime également qu’une telle commission permettra également « de regarder l’action dans les mairies écologistes, dans lesquelles on ne peut pas dire que le bilan soit à ce point édifiant ». Un moyen de rappeler à demi-mot que les élus écologistes, si critiques sur la gestion de la canicule, se sont opposés depuis plusieurs années à la climatisation des lieux publics, y compris des hôpitaux.

Si vous avez une solution pour la députée Rousseau, afin qu'elle évite de balancer des chiffres en l'air sans aucune source...

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L’heure de la sieste en dit long sur la longévité

Dr Pierre Margent
15 juin 2026
jim.fr


Faire la sieste le matin ou de façon prolongée et répétée est associé à une surmortalité chez les personnes âgées. Mesurée par actigraphie, la sieste pourrait devenir un marqueur clinique de fragilité.

Entre 20 et 60 % des personnes âgées font la sieste au cours de la journée. Si de brèves siestes peuvent immédiatement atténuer la fatigue et améliorer la vigilance, des siestes trop longues à un âge avancé ont été associées à des effets néfastes sur la santé, notamment des pathologies neurodégénératives, des maladies cardiovasculaires et une mortalité accrue.

Ces résultats reposent toutefois en grande partie sur des habitudes déclarées par les participants eux-mêmes. Des mesures objectives pourraient offrir un éclairage plus fiable sur la relation entre sieste et mortalité. Les études antérieures s'étant par ailleurs concentrées principalement sur la durée et la fréquence des siestes, le moment et la régularité auxquels les personnes âgées font la sieste demeurent insuffisamment explorés. Une sieste matinale pourrait refléter une somnolence marquée ou une perturbation du rythme circadien, tandis qu'une sieste après le déjeuner peut s'inscrire dans des normes culturelles et coïncider avec une baisse naturelle de la vigilance. La variabilité des siestes d'un jour à l'autre pourrait traduire des fluctuations de l'état de santé sous-jacent ou contribuer à une dérégulation circadienne, en particulier chez les personnes âgées souffrant de maladies chroniques. Il a récemment été montré que la variabilité de la durée des siestes était associée à des lésions neuropathologiques caractéristiques de la maladie d'Alzheimer plus sévères au moment du décès.

À partir de données issues d'adultes âgés non institutionnalisés, une étude de cohorte prospective examine si des schémas de sieste mesurés objectivement sont associés à la mortalité toutes causes confondues, en s'intéressant notamment à la durée, la fréquence, la variabilité et le moment de survenue des siestes.
Une cohorte prospective d'adultes âgés suivis jusqu'à 19 ans par actigraphie

La cohorte Rush Memory and Aging Project (MAP), initiée en 1997, a recruté des adultes âgés d'au moins 56 ans vivant dans le nord de l'Illinois (résidences pour retraités, logements subventionnés, groupes paroissiaux). À partir d'août 2005, un enregistrement actigraphique au poignet non dominant, d'une durée pouvant atteindre 14 jours, a été intégré comme évaluation annuelle. Le suivi de la mortalité toutes causes confondues s'est poursuivi jusqu'en avril 2025.

Les épisodes de sieste étaient définis comme des périodes de sommeil survenant entre 9 h et 19 h. Trois caractéristiques principales ont été étudiées : la durée (nombre moyen de minutes de sieste par jour), la fréquence (nombre moyen d'épisodes quotidiens) et la variabilité (écart-type de la durée d'un jour à l'autre). Le moment habituel de la sieste a été déterminé à partir de fenêtres glissantes de trois heures permettant de classer les participants en trois groupes : sieste matinale (9 h–12 h ou 10 h–13 h), en début d'après-midi (11 h–14 h, 13 h–16 h ou 14 h–17 h) ou en fin d'après-midi (15 h–18 h ou 16 h–19 h). Le statut cognitif ainsi que diverses covariables (âge, sexe, niveau d'éducation, indice de masse corporelle, comorbidités, activité physique et traitements médicamenteux) ont également été recueillis. Des modèles de régression de Cox ont été utilisés pour estimer les associations entre caractéristiques de la sieste et mortalité.

Après exclusions diverses, la cohorte comprenait 1 338 participants d'âge moyen 81,4 (ET : 7,4) ans ; 76 % étaient des femmes et 93 % d'origine européenne. Le dispositif actigraphique avait été porté en moyenne 9,58 (1,22) jours. La quasi-totalité des participants (1 324, soit 99 %) avaient fait au moins une sieste au cours de la période d'enregistrement.
Siestes longues, fréquentes et matinales

Les participants les plus âgés présentaient des siestes plus longues (r = 0,25 ; p < 0,001), plus fréquentes (r = 0,26 ; p < 0,001) et de durée plus variable (r = 0,07 ; p = 0,01). Ceux qui faisaient la sieste le matin étaient plus âgés que ceux la faisant en début ou en fin d'après-midi (F = 11,23 ; p < 0,001). La durée était fortement corrélée à la fréquence (r = 0,93 ; p < 0,001) et à la variabilité (r = 0,65 ; p < 0,001), sans qu'aucune corrélation ne soit observée entre le moment de la sieste et sa durée ou sa fréquence.

Au terme d'un suivi maximal de 19 ans (moyenne : 8,30 [4,78] ans), 926 participants (69,2 %) étaient décédés. Après ajustement sur l'ensemble des covariables, une durée plus longue (HRa par heure supplémentaire : 1,13 ; IC 95 % : 1,04–1,23 ; p = 0,005) et une fréquence plus élevée (HRa par épisode journalier supplémentaire : 1,07 ; IC 95 % : 1,02–1,13 ; p = 0,003) étaient associées à une mortalité accrue. Les participants faisant la sieste le matin présentaient un risque de décès plus élevé que ceux la faisant en début d'après-midi (HRa : 1,30 ; IC 95 % : 1,03–1,64 ; p = 0,03). En revanche, la variabilité de la durée d'un jour à l'autre n'était pas associée à la mortalité après ajustement (HRa par heure d'augmentation : 1,01 ; IC 95 % : 0,89–1,14 ; p = 0,93).
Un marqueur de vulnérabilité accessible au poignet

Ces résultats confirment une relation dose-réponse entre durée de la sieste et risque de décès, et soulignent le rôle particulier de la sieste matinale comme marqueur de vulnérabilité. Plusieurs mécanismes pourraient expliquer ce lien : une perturbation des rythmes circadiens, une élévation tensionnelle, un dysfonctionnement endothélial et une activation du système sympathique, à l'origine d'un état pro-inflammatoire et pro-athérogène. Des siestes diurnes excessives peuvent par ailleurs être le reflet ou la cause d'un syndrome d'apnées du sommeil. Une inflammation systémique, source de fatigue chronique, pourrait également contribuer à allonger et à multiplier les épisodes.

L'évaluation des siestes par actigraphie pourrait ainsi permettre d'identifier précocement les individus à risque et d'orienter des mesures préventives adaptées.
Plusieurs réserves s'imposent toutefois. L'actigraphie ne permet pas de distinguer avec certitude une sieste d'une période d'immobilité sans sommeil. La population étudiée était très majoritairement d'origine européenne, ce qui limite la portée des résultats, notamment dans des cultures où la sieste est une pratique courante, telles que les cultures hispanique ou chinoise. Enfin, ces conclusions ne sauraient être directement extrapolées à des populations plus jeunes.

Néanmoins, l'évaluation des siestes par dispositif actigraphique pourrait permettre d'identifier précocement les individus à risque et d'initier des mesures préventives adaptées.

Ce sont les chirurgiens qui vont se réjouir, vu que pour eux, la définition d'une anesthésie est : un patient à moité endormi pour un anesthésiste à moitié éveillé...

Re: Articles sur la santé

Posté : jeu. juil. 02, 2026 6:33 pm
par Arnaud BASSEZ
Première année de médecine : réformer oui, mais pas trop vite

Quentin Haroche
02 juillet 2026
jim.fr


La conférence des doyennes et des doyens de médecine a demandé que la réforme de la première année de médecine envisagée par le gouvernement soit reportée à la rentrée 2027.

Le 17 avril dernier, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a satisfait aux demandes de la majorité des syndicats d’étudiants et des doyens de faculté de médecine en annonçant une réforme d’ampleur de la première année d’études de santé. Fini le système PASS/LAS mis en place en 2019 : la ministre a annoncé le retour à un système plus classique de licence santé unique, où les étudiants pourront choisir, à la fin de la première ou de la deuxième année de licence et selon leurs classements, s’ils se tournent vers la médecine, la maïeutique, l’odontologie, la pharmacie ou la kinésithérapie (MMOPK).

Cette annonce aurait dû normalement satisfaire les doyens de faculté de médecine, qui réclamaient depuis de nombreuses années l’abandon du système PASS/LAS, jugé illisible et injuste. La décision du gouvernement était d’autant plus satisfaisante pour les doyens que la ministre a également annoncé le quasi-abandon des oraux de fin d’année, très critiqués pour leur caractère inégalitaire.
Les facultés de médecine ne seront pas prêtes pour la rentrée 2026

Pourtant, ce lundi, la conférence des doyens (et doyennes) des facultés de médecine s’est une nouvelle fois inquiétée non pas du fond de la réforme, qu’elle soutient dans ses grandes lignes, mais de son calendrier. Alors que le gouvernement souhaite que la réforme s’applique dès la rentrée prochaine, les doyens estiment que ce projet n’est « pas soutenable, pas réaliste et impossible à organiser ». Ils demandent donc que l’entrée en vigueur de la réforme soit reportée à la rentrée 2027 et que le système PASS/LAS soit maintenu une dernière fois pour l’année universitaire 2026/2027.« Nous ne sommes pas conservateurs mais nous demandons juste une réforme faisable » a ainsi fait savoir la Pr Isabelle Laffont, présidente de la conférence des doyens, lors d’une conférence de presse.

La spécialiste de médecine de réadaptation rappelle ainsi que la réorganisation complète de l’offre de formation universitaire en l’espace de quelques mois « est extrêmement lourde ». « Elle nécessitera des moyens humains et financiers importants. Or, à ce jour, cette réforme nous est annoncée sans moyens opérationnels comme ça a été le cas pour la précédente réforme » insiste la doyenne de la faculté de Montpellier. Elle s’inquiète notamment de la volonté du gouvernement que tous les étudiants de première année suivent un enseignement dit disciplinaire, c’est-à-dire non strictement médical, afin de pouvoir éventuellement se réorienter dans une autre licence. Un tel système « est beaucoup plus demandeur en moyens financiers et en moyens humains, notamment en nombre d'enseignants-chercheurs, que le système actuel » prévient-elle.

Alors que dans les prochains jours, les nombreux néo-bacheliers souhaitant tenter des études de médecine devront confirmer leurs choix sur le système d’admission universitaire Parcoursup, la Pr Laffont indique que de nombreuses facultés ne sont pas en capacité de proposer une offre de formation claire pour la rentrée 2026. « Quand une offre de formation est publiée sur Parcoursup, nous devons être capables de dire combien il y aura d'heures de cours, de travaux dirigés et quels enseignants assureront ces enseignements, c'est un travail colossal » alerte-t-elle.
Les doyens opposés au droit au redoublement

Sur le fond également, la conférence des doyens exprime quelques réticences. Ces professeurs de médecine s’inquiètent notamment du fait que seulement un tiers des enseignements des étudiants seront consacrés à la santé, puisqu’ils devront également suivre des enseignements dits disciplinaires et transversaux (centrés sur les compétences psychosociales et l’éthique). « Il faut offrir aux étudiants un socle commun et suffisant de connaissances scientifiques en lien avec la santé » martèle Isabelle Laffont.

Les doyens ne voient pas non plus d’un bon œil la volonté du gouvernement de rétablir le droit pour les étudiants en première année de médecine de redoubler, droit qui avait été supprimé en 2019. « C’est une revendication étudiante, nous l'entendons, mais il faut être très prudent » prévient la Pr Laffont. « On ne peut pas dire à tous les lycéens qu'ils pourront accéder aux études de santé, leur promettre aussi qu'ils pourront redoubler, avec un nombre de places qui restera très limité ensuite ». De manière générale, les doyens souhaitent que le nombre de places ouvertes dans les études de médecine soit diminué, à mille lieux de la volonté du gouvernement d’augmenter le nombre de médecins formés pour lutter contre les « déserts » médicaux.

Si le gouvernement s’obstine à mettre en place la réforme de la première année de médecine dès la rentrée prochaine, les doyens craignent que l’année universitaire 2026-2027 ne soit une promotion « crash-test », qui devra essuyer les plâtres d’une réforme décidée à la va-vite, comme ce fut malheureusement souvent le cas ces dernières années avec les différents changements de cap des études de médecine. « Nous entrons dans une période de turbulences et d’incertitudes qui nécessite beaucoup d’agilité » conclut la Pr Laffont.

Re: Articles sur la santé

Posté : lun. juil. 20, 2026 5:54 pm
par Arnaud BASSEZ
Main gauche et chirurgie

Dr Joël Pitre
20 juillet 2026
jim.fr



Les chirurgiens gauchers font face à des obstacles évitables qui pèsent sur leur formation, et parfois sur leur sécurité au bloc.

Les gauchers représentent environ 10 % de la population générale, et cette proportion se retrouve bien sur parmi les professions médicales, y compris la chirurgie. Dans un environnement opératoire largement conçu pour des droitiers, la latéralité influence non seulement la prise en main d’instrument mais aussi l’ergonomie, l’apprentissage technique et l’organisation de l’équipe. La discordance entre préférence manuelle individuelle et matériel, postes de travail et habitudes pédagogiques peut engendrer une surcharge cognitive et des contraintes biomécaniques répétées, susceptibles d’affecter la confiance, la vitesse d’apprentissage et, potentiellement, la sécurité procédurale. Quelles sont les difficultés rencontrées par les chirurgiens gauchers ? C’est l’objet d’une étude transversale menée auprès de chirurgiens et d’internes en Inde (1). L’objectif principal était d’évaluer les obstacles spécifiques auxquels sont confrontés les chirurgiens et internes gauchers durant leur formation et leur pratique, ainsi que la disponibilité réelle des instruments adaptés à la main gauche. Les auteurs sont partis du constat que la chirurgie reste largement pensée pour des utilisateurs droitiers, ce qui peut créer des inégalités.
77 chirurgiens et internes gauchers

Il s’agissait d’une enquête menée par questionnaires semi-structuré, durant quatre mois auprès de chirurgiens et d’internes gauchers dans plusieurs facultés médicales de l’Etat du Karnataka (Inde). Le questionnaire explorait les données démographiques, l’expérience de formation, l’existence d’un mentorat, les difficultés pratiques, l’anxiété liée au travail au contact de mentors droitiers et l’accès à des instruments adaptés.

Soixante-dix-sept participants étaient inclus, majoritairement des hommes (54,5 %), avec une forte représentation de la chirurgie générale (55,8 %). La plupart connaissait déjà les problèmes liés à la latéralité avant de choisir la chirurgie (88,3 %). Malgré cela, 85,7 % ont déclaré des difficultés pratiques pendant leur formation, 70,1 % ressentaient de l’anxiété lorsqu’ils travaillaient avec des mentors droitiers, et 57,1 % se sentaient poussés à devenir ambidextres. Par ailleurs, 22,1 % avaient déjà envisagé d’abandonner leur formation à cause de ces difficultés.

L’écart entre connaissance et accès réel aux outils est frappant : 81,8 % connaissaient l’existence d’instruments pour gauchers, mais seulement 10,4 % y avaient effectivement accès. Le sentiment que de tels instruments devraient être disponibles de manière routinière était très marqué, avec un score moyen élevé sur l’échelle de Likert. L’étude montre aussi une association significative entre le niveau de formation et l’accès aux instruments adaptés, les seniors y ayant davantage accès que les juniors.

Au total, les chirurgiens gauchers subissent des barrières ergonomiques et pédagogiques réelles, mais surtout évitables, liées à l’organisation du système de formation plutôt qu’à une limitation individuelle. L’absence de mentorat spécifique, la faible disponibilité d’instruments adaptés et la pression à l’adaptation permanente contribuent à une surcharge cognitive, à de l’inconfort, et potentiellement à un risque accru d’erreurs ou de blessures.
Vers une formation plus inclusive

Plusieurs études confortent ces résultats, y compris le fait que les gauchers opèrent souvent de leurs deux mains (2,3). La formation des chirurgiens gauchers devrait idéalement être réalisée par des chirurgiens gauchers (3). A contrario, beaucoup de chirurgiens droitiers ont rencontré durant leur parcours hospitalier des chirurgiens gauchers capables de gestes techniques que seule leur gaucherie autorisait (données personnelles). Ces capacités techniques hors normes (non publiées !) sont du même ordre que les prouesses de certains tennismen gauchers (John McEnroe…). Le développement de la chirurgie coelioscopique et plus encore robotique devrait à l’avenir réduire ces difficultés au moins sur le plan ergonomique.

Les limites principales sont le caractère déclaratif par questionnaires et le risque de biais de sélection. Néanmoins, les résultats s’inscrivent dans la littérature internationale et renforcent l’idée qu’une meilleure prise en compte de la latéralité est nécessaire dans les cursus chirurgicaux. Dans ce milieu très traditionnaliste, marqué par le paternalisme, ces observations s’intègrent dans la reconnaissance des difficultés rencontrées en chirurgie pour exercer leur métier par les chirurgiennes, les praticien(ne)s de petite taille (4) et plus largement les minorités.

II existe des lames de laryngo pour gaucher. Mais elles sont rares. Il faut reconnaître que les droitiers tiennent le laryngo avec la main gauche (les urgentistes par la lame, les IADE par le manche), mais ils ne savent pas intuber. On ne sait pas quand on intube 3 à 4 fois dans l'année.

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Une campagne d’information pour faire connaître la e-notice des médicaments

Stéphanie Lavaud
20 juillet 2026



L’ANSM a lancé une campagne digitale afin de faire connaître la notice numérique des médicaments accessible par QR code. Ce nouveau service en cours d’expérimentation permet d’accéder facilement à une information médicale de référence régulièrement mise à jour [1].
Complémentaire de la notice papier

« La e-notice offre un accès rapide à une information médicale actualisée au rythme de l’évolution des connaissances scientifiques et des décisions des autorités de santé », explique l’ANSM.

Accessible depuis un QR code sur certaines boîtes de médicaments, elle permet, au-delà de la notice, d’accéder également à des informations complémentaires comme des conseils de « bon usage », des informations de sécurité, des vidéos pour certains médicaments, des mesures additionnelles de réduction du risque, ou encore le résumé des caractéristiques du produit (RCP).

A ce stade, la e-notice constitue un outil complémentaire : « la notice papier demeure dans la boîte des médicaments vendus en pharmacie de ville », précise l’ANSM.
Phase pilote à l’échelle nationale en cours

La e-notice est actuellement déployée dans une phase pilote, lancée fin 2025 pour une durée de deux ans, qui permettra d’évaluer son utilisation par les patients et les professionnels de santé. Au total, 590 médicaments sont concernés par ce dispositif, 170 disponibles en pharmacie de ville, et environ 420 en établissement de santé. Les premiers résultats intermédiaires sont attendus pour début 2027.

Une campagne sur les réseaux

La campagne d’information se déroulera en deux temps : en juillet puis en septembre 2026, indique l’ANSM.

Elle sera diffusée, notamment sur les principales plateformes des réseaux sociaux afin de sensibiliser le grand public et les pharmaciens à ce nouveau service, via notamment des vidéos pédagogiques diffusées sur YouTube, ainsi que sur les plateformes Instagram, TikTok et Facebook.

Cet article a été initialement publié sur Medscape France qui comme le Jim fait partie du Réseau professionnel Medscape

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La mortalité a doublé en Ile-de-France lors de la canicule de juin

Selon des données non définitives publiées par Santé Publique France (SPF) publié ce jeudi, la mortalité toutes causes confondues a explosé en Ile-de-France lors de la canicule exceptionnelle du mois dernier. Lors de la semaine du 22 juin, la mortalité a ainsi augmenté de 122 % par rapport à l’année précédente, soit 1 565 décès de plus que prévu. La mortalité a également augmenté durant la semaine du 29 juin mais dans une moindre mesure : + 18 %, soit 224 décès supplémentaires.

La vaccination infantile DTC en hausse dans le monde

Selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) publiés ce mercredi, 90 % des enfants de moins d’un an dans le monde, soit 116 millions de bébés, ont reçu au moins une dose du vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (DTC) et 85 % ont reçu les trois injections. C’est, pour les deux indicateurs, un point de pourcentage de plus qu’en 2024 et quatre de plus qu’en 2021, mais la vaccination infantile n’a toujours pas retrouvé son niveau de 2019 d’avant la pandémie de Covid-19.

Ebola : l’épidémie dépasse 2 300 cas et 900 morts

L’épidémie de virus à fièvre Ebola en cours depuis deux mois continue de progresser en République démocratique du Congo (RDC). Selon le dernier bilan publié ce samedi par les autorités congolaises, on dénombre 2 344 cas confirmés et 930 morts, auxquels il faut rajouter 20 cas et deux décès en Ouganda. Mardi dernier, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait indiqué que l’épidémie actuelle était la plus rapide de l’histoire et que le bilan réel de la crise était sans doute bien plus élevé.

Lancement d’une étude sur les conséquences sociales de l’insuffisance rénale chronique


La société française de transplantation (SFT) et l’association de malades du rein Renaloo ont lancé le mois dernier l’étude Workit, qui vise à mesurer les conséquences professionnelles, sociales et économiques de la maladie rénale chronique pour les patients. Un questionnaire va ainsi être adressé aux plus de 100 000 patients en France qui sont soit traités par dialyse, soit ont bénéficié d’une greffe rénale, pour connaitre l’impact de ces traitements sur leur vie sociale.

Nouvelles recommandations sur les acouphènes invalidants

La Haute Autorité de Santé (HAS) a publié ce jeudi de nouvelles recommandations sur le diagnostic et la prise en charge des acouphènes invalidants, qui concernent 10 à 19 % des adultes, dont 1 à 4 % se plaignent d’une détérioration de leur qualité de vie. « Le diagnostic repose sur une démarche structurée en plusieurs étapes : anamnèse, examen clinique, évaluation fonctionnelle et examen morphologique (imagerie), complétées si besoin par des questionnaires validés pour mesurer le retentissement de l’acouphène » explique la HAS. « La prise en charge thérapeutique est graduée et personnalisée selon le niveau d’audition et de handicap : les thérapies cognitivo-comportementales sont recommandées dans tous les cas, une thérapie sonore par aides auditives peut être proposée en cas de baisse d’audition associée, et l’indication d’un implant cochléaire est réservée à des situations bien définies ».

Re: Articles sur la santé

Posté : ven. juil. 24, 2026 5:40 pm
par Arnaud BASSEZ
Tous les articles sont issus du jim.fr

Quand le Conseil Constitutionnel ne croit pas en la génétique

Quentin Haroche
24 juillet 2026



Les « sages » ont censuré l’utilisation de deux techniques de médecine légale reposant sur la génétique, la généalogie génétique et le portrait-robot génétique.

En 2018, la police de Californie parvenait enfin à identifier « Golden Stake Killer », un tueur en série auteur de 13 meurtres dans les années 1970 et 1980. Pour parvenir à retrouver le criminel plus de 30 ans après son dernier meurtre, la police américaine a utilisé une technique révolutionnaire : la généalogie génétique. Cette technique consiste à comparer une trace ADN retrouvée sur une scène de crime, qui ne correspond à aucun individu inscrit dans l’un des fichiers de la police, avec les empreintes génétiques contenues dans des bases de données privées, afin d’identifier le criminel via l’un des membres de sa famille.

Depuis l’affaire du Golden Stake Killer, la technique de la généalogie génétique a permis d’élucider plus de 700 affaires criminelles aux Etats-Unis. Les bases de données qui sont utilisés dans ces enquêtes sont celles des entreprises privées américaines spécialisées dans la génétique dite récréative. Plusieurs millions d’Américains ont en effet confié leur ADN à l’une de ces plateformes comme GED Match ou MyHeritage et on estime que 90 % de la population américaine possède au moins un cousin au 3ème degré inscrit sur l’un de ces sites, constituant ainsi une mine d’informations génétiques pour la police américaine.
Une technique déjà utilisée avec succès en France

Bien que l’utilisation de test ADN à des fins récréatives soit interdite en France, on estime qu’environ 1,5 million de Français ont leurs empreintes génétiques stockées dans les bases de données de ces entreprises américaines. Confrontée à des affaires classées irrésolubles, la justice française n’a donc pas hésité à utiliser à plusieurs reprises la technique de la généalogie génétique, en faisant appel à ces entreprises américaines. Cette technique a notamment permis d’identifier, près de 15 ans après son crime, le « prédateur des bois », un violeur en série actif dans les années 2000.

Ces recours à la généalogie génétique se sont cependant faits dans un certain flou juridique et c’est pourquoi le ministre de la Justice Gérald Darmanin avait inscrit dans son projet de loi « sur la justice criminelle et le respect des victimes », définitivement adopté par le Parlement le 9 juillet dernier, une disposition autorisant le recours à cette technique. Le texte prévoyait que le juge pouvait « ordonner l’analyse d’une trace biologique issue d’une personne inconnue et la comparaison de l’empreinte génétique ainsi obtenue avec les données de bases de données génétiques établies hors du territoire de la République sur le fondement d’un droit étranger ».

L’autorisation de cette technique était appelée de ses vœux par les forces de l’ordre et par les avocats de victimes de « cold-case ». Pourtant, contre toute attente, le Conseil Constitutionnel a censuré ce jeudi cette mesure, dans la décision qu’il a rendue sur la constitutionnalité du projet de loi. Les juges expliquent en effet que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 protège la vie privée et que ce droit à la vie privée « requiert que soit observée une particulière vigilance dans l'analyse et le traitement des données génétiques d'une personne » (on ne savait pas les révolutionnaires aussi visionnaires).
Le Conseil interdit également le recours au portrait-robot génétique

Or, le juge retient que le projet de loi « autorise un examen qui porte sur des caractéristiques génétiques constitutionnelles d'une personne sans qu'il soit nécessaire de recueillir son consentement » ce qui porte gravement atteinte à sa vie privée et à celle de ses apparentés. Le Conseil estime également que l’autorisation de la généalogie génétique entre en contradiction avec l’interdiction par le droit pénal français des tests génétiques récréatifs (une prohibition que certains proposent d’ailleurs de lever).

Certes, le projet de loi dispose « que les bases avec les données desquelles la comparaison est autorisée doivent garantir le consentement de leurs utilisateurs à l'utilisation de leur profil génétique à des fins d'identification dans une procédure pénale », mais le Conseil Constitutionnel que cela est insuffisant à assurer « une conciliation équilibrée entre l'objectif de recherche des auteurs d'infractions et le droit au respect de la vie privée ».

Selon le même raisonnement, le Conseil Constitutionnel a également censuré l’utilisation d’une autre technique de médecine légale introduite par le projet de loi : le portrait-robot génétique. Employée depuis une dizaine d’années par diverses politiques scientifiques à travers le monde, cette technique consiste à déduire certains traits physiques du criminel (sexe, couleur des yeux, des cheveux et de la peau, origine ethnique…) à partir de son empreinte génétique. Là encore, le Conseil a jugé que cette technique portait une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée.

Le projet de loi sur la justice criminelle a donc été promulgué ce jeudi, expurgé de ces dispositions autorisant le recours à la généalogie génétique. Tant pis donc pour la trentaine d’affaires classées qui auraient pu être potentiellement résolues grâce à cette technique selon Gérald Darmanin et qui resteront sans doute définitivement irrésolues. Les membres du Conseil Constitutionnel ne se sont pas montrés très sages.

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Refus de chirurgie pour métastases hépatiques : causes et conséquences

Dr Joël Pitre
24 juillet 2026


Pourquoi certains patients refusent-ils une chirurgie hépatique pourtant curative ? Une étude danoise identifie les facteurs impliqués et mesure l'impact de ce refus sur la survie.

En chirurgie oncologique, il n’est pas exceptionnel que certains patients refusent l’acte recommandé, pourtant censé être vital. Pour les métastases hépatiques d’origine colo-rectale (MHCR), il s’agit d’une situation clinique rare mais importante, car la résection hépatique reste souvent la seule option à visée curative. Dans ce contexte, le refus ne relève pas seulement d’une décision technique. Les MHCR sont le plus souvent métachrones et le refus s’inscrit dans un parcours oncologique déjà lourd, marqué par la chirurgie de la tumeur primitive et une première ligne ou parfois plusieurs lignes de chimiothérapie. Parfois ces parcours thérapeutiques sont marqués par des complications (réinterventions, séquelles, effets secondaires cumulatifs…). Dans le cadre d’une chirurgie hépatique pour MHCR, la proposition thérapeutique est validée en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) après l’avis d’oncologues, de chirurgiens, de gastroentérologues, de radiothérapeutes, d’anatomopathologistes, de radiologues interventionnels…. L’état général (opérabilité, comorbidités…) est également pris en compte et les patients sont informés de la décision prise en RCP. Alors, quels sont les ressorts de ce refus de chirurgie hépatique pour MHCR ? Une équipe de praticiens danois d’un grand hôpital de Copenhague a analysé les facteurs associés au refus de chirurgie pour MHCR (1). Ils ont cherché à en comprendre les raisons et à évaluer son impact sur la survie.

Il s’agit d’une étude rétrospective portant sur des patients atteints de MHCR et dont la situation avait été discutée en RCP. Les données étaient extraites du registre danois du cancer du foie. Les auteurs comparaient le parcours des patients ayant refusé la chirurgie à celui de patients similaires ayant eux accepté l’intervention, les deux groupes étant appariés selon un ratio 1 :4 sur le statut OMS (les quatre plus proches sur la liste après celui ayant refusé). Les variables analysées comprenaient les caractéristiques démographiques, l’état général, l’indice de comorbidité de Charlson, l’IMC, le statut tumoral, les traitements antérieurs et les modalités chirurgicales proposées. Les facteurs de refus étaient étudiés de façon multifactorielle en régression logistique, et l’impact sur la survie globale mesuré de façon actuarielle selon Kaplan-Meier et comparé dans les deux groupes selon un modèle de Cox.
Un long parcours oncologique et un IMC bas

Sur une cohorte de 2 727 patients traités dans cet hôpital entre 2013 et 2023, 263 patients exprimaient leur refus alors qu’une décision de chirurgie avait été prise en RCP (MHCR résécables et opérables). Après exclusions pour raisons variées (majoritairement parce que la chirurgie était finalement réalisée), il persistait une cohorte de 21 patients dont les résultats étaient appariés à ceux de 84 patients ayant des caractéristiques comparables.

Le refus de chirurgie était associé principalement à un IMC plus bas (OR 0,85 ; p = 0,03) et à un délai plus long depuis le diagnostic du cancer primitif (OR 1,03 ; p = 0,01). Les autres facteurs étudiés (âge, sexe, métastases extra-hépatiques, type de chirurgie proposée), n’étaient pas significativement associés au refus. Les raisons les plus fréquemment rapportées étaient le rejet d’une nouvelle chirurgie, la fatigue liée aux traitements, la perception d’une inaptitude à supporter une intervention supplémentaire, et parfois une préférence pour la chimiothérapie ou l’absence de traitement.
Un refus rare mais associé à une survie plus courte

Sur le plan pronostique, les patients ayant refusé la chirurgie avaient une survie significativement plus courte que ceux qui l’avaient acceptée. La médiane de survie était d’environ 2,4 ans chez les patients refusant la chirurgie contre 4,8 ans chez ceux opérés. Le taux de survie à 5 ans était respectivement de 19 % et 36 %. Selon le modèle de Cox, le risque de décès était significativement plus élevé chez les patients ayant refusé la chirurgie (hazard ratio : 1,87 ; IC 95 % : 1,02-3,43 ; p < 0,003), après ajustement sur les comorbidités. Ces données rejoignent celles rapportées chez les patients ayant refusé une chirurgie pour carcinome hépatocellulaire localisé (2) ou pour cancer du sein (3).

Ces résultats tendent à montrer que le refus de chirurgie ne semble pas s’expliquer seulement par l’âge, mais plutôt par un ensemble de facteurs liés à la perception de la fragilité, à l’état nutritionnel, à la lassitude thérapeutique et à la charge psychologique du parcours de soins. L’IMC bas et le délai depuis le diagnostic évoquent un terrain de fatigue cumulative, possiblement associé à une perception négative des bénéfices attendus de la chirurgie. Les motifs de refus traduisent souvent une volonté de préserver la qualité de vie après de multiples traitements déjà éprouvants. Le refus doit donc être compris comme une décision complexe, mêlant facteurs médicaux, psychologiques et personnels, et non comme une simple opposition au soin. L’étude souligne enfin l’importance d’une décision partagée approfondie, afin d’identifier précocement les freins à la chirurgie et de mieux accompagner les patients dans ce choix

La principale limite de cette étude est la petite taille de l’échantillon, qui réduit la puissance statistique et limite les ajustements possibles. Son caractère rétrospectif l’expose également aux biais de sélection, aux données manquantes et à un risque résiduel de confusion non mesuré, notamment autour de la fragilité ou de l’état fonctionnel réel. Néanmoins ce travail apporte une information originale sur un sujet peu étudié en chirurgie hépatique oncologique.

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Paris : des centres de santé font payer pour obtenir un rendez-vous plus rapidement

Quentin Haroche
24 juillet 2026



Contre 30 euros, le groupe Celsius Santé promet de pouvoir obtenir une consultation en moins de 24 heures dans ses centres de santé. Un système de coupe-file qui suscite la polémique.

On le sait, les délais pour obtenir un rendez-vous chez un médecin libéral sont de plus en plus longs. Même chez les médecins généralistes, chez lesquels le délai médian pour obtenir un rendez-vous n’est que de trois jours, il faut attendre au moins une semaine pour obtenir un rendez-vous dans 35 % des cas, selon la dernière « carte de France de l’accès aux soins », publiée par la fondation Jean Jaurès en mai dernier.

Une mauvaise nouvelle pour les patients, mais aussi une aubaine pour certains investisseurs du monde de la santé. Créé en 2024, le groupe Celsius Santé a ainsi décidé de capitaliser sur ces délais d’attente en créant un système de coupe-file au sein des deux centres de santé qu’il gère à Paris, l’un dans le IIIème arrondissement, l’autre dans le IXème. Les patients peuvent ainsi payer 30 euros en échange de la garantie d’obtenir un rendez-vous médical en moins de 24 heures et que leur prise en charge, imagerie et tests biologiques compris, prenne moins d’une heure.

« Votre santé n’attend pas » peut-on lire sur le site du groupe. « Ce tarif fixe de 30 euros est facturé au patient en cas de consultation réalisée. Cette offre de services est indépendante des soins/consultations médicales que vous recevrez, les frais de services étant distincts des honoraires médicaux ». Ce forfait de 30 euros n’est donc pris en charge ni par l’Assurance Maladie, ni, a priori, par les complémentaires santé.
« Les médecins libéraux ne sont pas des rabatteurs » rappelle le Dr Marty

L’idée de faire payer des patients pour qu’ils soient pris en charge plus rapidement fait grincer des dents chez certains observateurs, qui s’offusquent de voir la médecine réduite au rang d’un service comme un autre (des systèmes de coupe-file similaires existent dans les musées ou les parcs d’attractions) et surtout s’inquiètent que cela crée une rupture d’égalité dans l’accès aux soins (égalité qui est malheureusement déjà très théorique).

Alors que ce système semble remporter un certain succès (ouverts depuis moins d’un an, les deux centres de santé du groupe ont déjà enregistré plus de 20 000 consultations), l’UFML a ainsi publié ce jeudi un communiqué pour le dénoncer. « Les fondateurs des centres Celsius qui n’ont aucune connaissance médicale, se servent des difficultés d’accès aux soins pour gagner de l’argent sans rien faire, en laissant la responsabilité aux médecins qui y travaillent » dénonce ainsi le Dr Jérôme Marty, président du syndicat. « L’UFML rappelle que les médecins libéraux sont des professions indépendantes qui n’ont pas vocation à être des rabatteurs pour entrepreneurs sans scrupule ».

Le généraliste reproche au gouvernement et à la CNAM de laisser perdurer ce système et prévient que le modèle créé par Celsius Santé pourrait créer des émules. « C’est tout à fait clair : chaque médecin libéral peut, au vu de cette autorisation latente, mettre en place le même système sur tout le territoire et garantir à chaque patient la possibilité d’une consultation dans les 24h, service facturé 30 euros en sus du tarif de la consultation » écrit le Dr Marty. « Les médecins libéraux pourraient s’interroger sur la construction ainsi faite d’une inégalité ».
Lucie Castets dénonce un « système de santé à deux vitesses »

Alors que le groupe Celsius Santé souhaite ouvrir un nouveau centre de santé dans le XIIème arrondissement, la controverse a pris un versant politique. La maire de l’arrondissement, Lucie Castets, a demandé que l’autorisation d’ouverture de ce centre soit suspendue, le temps d’une enquête de l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France et de la direction générale de la répression des fraudes. Elle a ainsi fait adopter une résolution en ce sens par le Conseil de Paris, résolution qui dénonce le projet de « financiarisation de la santé » porté par ce système de « coupe-file ».

« Ce projet porte de nombreux risques, il illustre un phénomène que nous devons combattre collectivement : l’installation d’un système de santé à deux vitesses, une santé pour celles et ceux qui peuvent payer et une autre pour les autres, une santé où l’on ne soigne plus selon les besoins mais selon les moyens, une santé où la rapidité d’accès devient un privilège » commente celle qui fut candidate pour devenir Premier ministre en 2024. Pour améliorer l’accès aux soins dans la capitale, l’édile préconise de miser davantage sur les centres de santé associatifs à but non lucratif.

Face à cette polémique, le groupe Celsius Santé rappelle que ses centres de santé sont conventionnés en secteur 1 et pratiquent le tiers payant intégral, là où 80 % des spécialistes et 30 % des généralistes libéraux parisiens pratiquent des dépassements d’honoraires. « Notre modèle est innovant, il est normal qu’il suscite de l’incompréhension » commente auprès du Parisien Gaspard Mille, cofondateur de Celsius Santé. « Les patients qui le souhaitent peuvent avoir accès à une prise en charge rapide et un suivi, avec notamment des prélèvements ou des radios si nécessaire sur place, mais c’est une offre de service additionnelle et optionnelle qui découle d’un constat initial de temps d’attente trop long pour les soins non programmés en ville et aux urgences hospitalières. Nous nous positionnons en relais ». L’entrepreneur a invité Lucie Castets à venir visiter l’un des deux centres de santé du groupe… sans lui faire payer de supplément.

On est en plein dedans. Selon que vous serez puissant (et friqué)... Le dérapage ne fait que commencer.
Bientôt les urgences, le bloc opératoire, la chimio ?


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Stéphanie Rist confirme le doublement du plafond des franchises médicales

Quentin Haroche
24 juillet 2026



Les patients qui consomment le plus de soins pourront voir leur reste à charge sur l’année atteindre les 200 euros.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a ouvert la voie en annonçant ce mercredi vouloir « demander un effort à ceux qui achètent plus de 50 boîtes de médicaments par an ou vont plus de 25 fois chez le médecin par an ». La ministre de la Santé Stéphanie Rist a finalement confirmé ce jeudi ce que tout le monde avait compris dans les mots du chef du gouvernement : l’exécutif a bien l’intention de doubler le plafond de la franchise médicale et de la participation forfaitaire.

Les assurés sociaux doivent en effet s’acquitter, depuis 2008, d’un reste à charge lorsqu’ils achètent une boîte de médicaments (on parle alors de franchise médicale) ou qu’ils consultent un médecin (on parle de participation forfaitaire). Depuis 2024, le montant de ces franchises est de 1 euro par boîte de médicaments et de 2 euros par consultation chez le médecin. Les patients les plus précaires (mineurs, femmes enceintes, bénéficiaires de la C2S et de l’AME) en sont exonérés.

La franchise médicale et la participation forfaitaire sont plafonnées à 50 euros chacune. Au-delà de la 50ème boite de médicaments achetée dans l’année ou de la 25ème consultation médicale, le patient n’a donc plus à payer de reste à charge. Le gouvernement souhaite désormais faire passer chacun de ces plafonds à 100 euros.
Le gouvernement veut également augmenter le ticket modérateur

« Nous gelons le montant des franchises médicales. Seul le plafond annuel, inchangé depuis 20 ans, sera doublé. Et près de 18 millions de Français continueront d’en être totalement exonérés » explique ainsi sur X la ministre de la Santé. « C’est un choix de responsabilité pour garantir, pour tous, un accès à des soins de qualité aujourd’hui comme demain. Le gouvernement ne souhaite pas toucher aux franchises car cela reviendrait à alourdir la facture dès la première boîte de médicaments. A contrario, en augmentant le plafond, soit une contribution à partir de la 51e boîte, les mesures proposées permettent d’éviter le gaspillage et la polymédication ».

Ce vendredi sur France info, le Dr Rist a également annoncé que l’exécutif souhaite augmenter le ticket modérateur sur les soins dentaires, les transports sanitaires et « les médicaments les moins efficaces », ce qui entraînera un transfert de charges de la Sécurité Sociale vers les complémentaires santé. « La répercussion sur le prix d'une mutuelle ou d'une complémentaire n'est pas automatique » a assuré la ministre lorsqu’on l’a interrogée sur les conséquences de cette hausse du ticket modérateur sur le portefeuille des Français. « Nous travaillons avec ces complémentaires, avec des négociations, avec des travaux pour éviter au maximum cette augmentation des complémentaires. ». Mais elle reconnaît qu’elle ne peut pas assurer un « gel des tarifs » des mutuelles.

Ces deux mesures (hausse du ticket modérateur et doublement du plafond des franchises) pourraient générer entre un et deux milliards d’euros d’économies selon France Info, dont 750 millions d’euros pour le simple doublement du plafond des franchises. Des économies bienvenues alors que le déficit de la Sécurité Sociale prévu pour 2026 s’élève à 23 milliards d’euros, dont près de 16 milliards rien que pour l’Assurance Maladie. L’autre avantage de ces réformes est qu’elles peuvent être directement prises par décret, sans que le gouvernement n’ait besoin d’obtenir l’assentiment d’une Assemblée nationale très divisée. Quatre projets de décrets ont d’ailleurs d’ores et déjà été envoyés pour avis à la CNAM indique la ministre de la Santé.
« Une taxe immorale sur les plus malades »

Mais le principal inconvénient du doublement du plafonnement des franchises médicales est son caractère extrêmement impopulaire. Et ce d’autant plus qu’en touchant au plafond des franchises et non au montant, le gouvernement vise en particulier les malades chroniques. La décision du gouvernement a ainsi d’ores et déjà soulevé de très vives critiques au sein de la profession médicale.

« C’est une mesurette qui ne va pas changer grand-chose, ce n’est pas cela qui rendra notre système de protection sociale pérenne » commente ainsi auprès de nos confrères du Quotidien du médecin le Dr Luc Duquesnel, président de la branche généralistes de la CSMF. « C’est une taxe immorale et absurde sur les plus malades » dénonce de son côté le Dr Jean-Christophe Nogrette, secrétaire général de MG France. Quant au Dr Jérôme Marty, président de l’UFML, il estime que, par cette mesure, le gouvernement « tourne le dos aux fondements mêmes de l’Assurance maladie : désormais, plus vous êtes malades, plus vous payez ». « Je n’ai jamais vu un seul patient aller par plaisir chez le médecin, on ne choisit pas d’être malade » poursuit-il.

L’an dernier, la volonté du Premier ministre Français Bayrou de doubler à la fois le plafond et le montant des franchises médicales avait contribué à son renversement par l’Assemblée nationale. La promesse de ne pas toucher à ces franchises faisait d’ailleurs partie de l’accord de non-censure conclu entre Sébastien Lecornu et les députés socialistes. Le député PS Jérôme Guedj, spécialiste des questions de santé, dénonce ainsi un « passage en force » et « le non-respect de l’accord passé sur le précédent projet de loi de financement de la Sécurité sociale ».

En cas de menace de censure, Sébastien Lecornu renoncera-t-il à son projet de doublement du plafond des franchises. À moins d’un an de l’élection présidentielle, le chef du gouvernement fait pour le moment le pari que les oppositions n’oseront pas le renverser. « Les candidats qui chercheraient à empêcher tout budget à l'automne prendraient la responsabilité de condamner leur propre première année de quinquennat » affirme-t-il.

Quand on est malade, il convient de prendre une assurance tout Rist...
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Les infirmières scolaires autorisées à exercer en libéral ou à l’hôpital

Le ministère de l’Education nationale a publié vendredi dernier une circulaire autorisant les infirmières scolaires à « exercer, en dehors de leurs obligations de service, une activité de soins en tant qu'infirmier libéral » ou « une activité de soins dans un établissement public ou privé à but non lucratif ». Ce cumul d’activités « ne doit pas porter atteinte au bon fonctionnement du service » précise le texte. L’autorisation du cumul est demandée de longue date par les syndicats d’infirmières scolaires. Ils demandent désormais que la nouvelle règle soit inscrite dans la loi.

Re: Articles sur la santé

Posté : sam. août 01, 2026 4:54 pm
par Arnaud BASSEZ
Canicule : 33 000 climatiseurs livrés dans les hôpitaux et Ehpad selon le gouvernement

Quentin Haroche
31 juillet 2026
jim.fr



Malgré le triomphalisme du gouvernement, médecins et syndicats regrettent que l’exécutif n’ait réagi que dans l’urgence.

La promesse a été remplie… si l’on en croit en tout cas son auteur. Un peu plus d’un mois après que le Premier ministre Sébastien Lecornu a promis le 25 juin dernier, au milieu d’une canicule d’une intensité exceptionnelle, que 30 000 climatiseurs mobiles seraient livrés dans les hôpitaux et les Ehpad dans les prochaines semaines, l’objectif a été atteint, à en croire la ministre de la Santé Stéphanie Rist.

« La promesse du Premier ministre de faire livrer 30 000 climatiseurs a été tenue et même dépassée, car aujourd’hui 30 juillet, ce sont 33 000 climatiseurs qui ont été livrés dans les établissements, ce qui va permettre d’améliorer le confort de travail des patients et aussi le confort des patients » a ainsi dévoilé la rhumatologue ce jeudi. Comme l’avait indiqué France info il y a quelques semaines, ce n’est cependant pas l’Etat directement qui a commandé les climatiseurs, mais les hôpitaux, à charge pour eux de se faire rembourser ultérieurement par l’Etat. « Nous avons débloqué une enveloppe de 100 millions d’euros pour que les directeurs d’établissement, ceux qui en avaient besoin, puissent se fournir en climatiseurs » détaille la ministre. « C’est une mesure d’urgence qui a été prise ».
Les hôpitaux ne sont pas prêts face aux fortes chaleurs, dénonce Arnaud Robinet

Ce triomphalisme du gouvernement contraste avec les informations remontées du terrain ces dernières semaines, qui faisaient état d’une distribution quelque peu chaotique de ces climatiseurs, où certains hôpitaux étaient préférés à d’autres sans raison apparente. « Plusieurs remontées de terrain nous font part d’une limitation à 20 appareils par établissement, la grande majorité des établissements n’ont tout simplement aucune visibilité sur les délais de livraison » indiquait ainsi au début du mois le syndicat CFDT Santé-Sociaux.

Ce lundi, le président de la FHF Arnaud Robinet affirmait pour sa part que les établissements de santé n’étaient « toujours pas adaptés au réchauffement climatique » et indiquait n’avoir aucune visibilité sur le nombre de climatiseurs actuellement livrés dans les hôpitaux. « On a des difficultés entre des climatiseurs qu’on ne peut pas brancher, d’autres qui sont fabriqués à l’étranger et qui ne sont pas aux normes : ce n’est pas très sérieux, il n’y a pas d’uniformité sur l’ensemble du territoire » commentait celui qui est également maire de Reims.

Dans ce contexte, la déclaration de la ministre de la Santé selon laquelle la promesse de livraison des climatiseurs a été remplie a donc été accueillie avec colère par certains syndicats et notamment par la CGT. « Quand bien même ils auraient été livrés, c’est du matériel grand public, livré dans l’urgence dont la robustesse n’est pas suffisante pour un matériel qui doit être utilisé de manière professionnelle, qui va tourner de manière intensive dans un hôpital, 24 heures sur 24 » a ainsi commenté, auprès de l’AFP, Joran Jamelot, porte-parole de la branche santé du syndicat.
Des décisions « bonnes » mais « prises au dernier moment » commente un réanimateur

« C’est pitoyable, ce gouvernement qui va se gausser d’avoir livré 33 000 appareils d’appoint, alors que la situation de l’hôpital public est catastrophique, la moitié des surfaces hospitalières ne sont pas correctement climatisées » poursuit le syndicaliste.

Sans être aussi vindicatif, le Pr Bruno Mégarbane, chef du service de réanimation de l’hôpital Lariboisière à Paris, a lui aussi déploré ce jeudi sur TF1 que « ces décisions, qui sont bonnes, viennent un peu au dernier moment ». « Ce qui manque actuellement à cet hôpital, qui n’est toujours pas adapté pour faire face au réchauffement climatique, ce sont des plans stratégiques à long terme, avec un investissement en termes de climatisation » poursuit le réanimateur. S’il reconnait tout de même que la livraison des climatiseurs mobiles a été une « bouffée d’oxygène » pour les hôpitaux, il regrette qu’il n’existe pas de « normes de températures pour les chambres de patients ». Des propos qui rejoignent ceux d’Arnaud Robinet, qui a demandé que l’Etat lance un plan d’investissement de 2 milliards d’euros par an sur les vingt-cinq prochaines années pour adapter les hôpitaux au réchauffement climatique.

Cette polémique sur la livraison des climatiseurs intervient alors que la France est touchée par un quatrième épisode caniculaire depuis le début de l’année, pour le moment cantonné au sud-est du pays. 21 départements de la région ont été placés en vigilance orange ce vendredi par Météo France, avec des températures pouvant atteindre les 40 °C dans le Var notamment. En Gironde, malgré le recul des incendies (qui a permis le retour au domicile de plus de 100 000 évacués ce jeudi), la qualité de l’air est toujours considérée comme « mauvaise » ce vendredi par l’organisme Atmo.

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Des progrès dans la prise en charge du syndrome de Boerhaave

Dr Joël Pitre
24 février 2025


Hermann Boerhaave (1668-1738) était un célèbre médecin et botaniste néerlandais, nommé professeur de Médecine à la faculté de Leyde (Pays-Bas) en 1709. Il se présentait comme un successeur d’Hippocrate et de Sydenham.

Opposé aux préceptes de Galien, il est considéré comme l’un des précurseurs de l’enseignement médical, au chevet des malades, basé sur l’examen clinique et l’autopsie. Sa renommée était telle que son enseignement était suivi par des étudiants venus de toute l'Europe. Pierre Le Grand aurait assisté à certains de ses cours et nombre de têtes couronnées du Grand Siècle se disputaient ses élèves.

Le premier patient atteint du syndrome de Boerhaave

Il a donné son nom à une maladie qu’il a décrit en 1724 chez l’un de ses illustres patients, l’Amiral et baron Jan Gerrit van Wassenaer (1). Ce dernier, amateur de bonne chair et de robuste constitution, avait souvent des accès de goutte et de reflux avec régurgitations et pyrosis.

Il avait pour habitude de se soulager en se faisant vomir, en utilisant en particulier l’Ipéca (Carapichea ipecacuanha), plante médicinale rapportée du Brésil au siècle précédent par les Portugais. Boerhaave est donc appelé au chevet d’un homme de 50 ans, qu’il trouve littéralement plié en avant, recourbé sur son abdomen. Le moindre changement de position déclenche des douleurs atroces, encore plus intolérables que ses accès de goutte.

Comme à l’accoutumée, suite à un repas très festif, le baron a pris une tisane à base d’Ipéca pour se faire vomir. La potion faisant peu d’effet, il en a renouvelé la prise jusqu’à la survenue d’une douleur brutale et épouvantable, qu’il attribue à une « déchirure près de la partie supérieure de son estomac, rompu, déchiré ou disloqué ».

Les douleurs sont telles qu’il « pense sa mort inévitable ». L’ingestion de bière de Dantzig et de décoctions multiples (avoine molle, chicorée, coquelicot, amande, huile d’olive…), un lavement et deux saignées ne peuvent enrayer l’agonie à laquelle assistent impuissants Boerhaave et un célèbre médecin de l’époque, le docteur James De Bye.

Les deux savants comprennent que le problème siège à proximité du cardia et du diaphragme mais, comme ils n’ont aucune explication, ils obtiennent de la famille l’autorisation de réaliser une autopsie.

La deuxième cause de perforation œsophagienne

La première constatation est celle d’un emphysème sous-cutané puis d’un pneumopéritoine sous tension avec dilatation gastrique considérable. Ne trouvant pas la cause à l’étage abdominal, Boerhaave ouvre le thorax et finit par découvrir un pneumothorax sous pression, une pleurésie bilatérale (avec des résidus de bière et d’aliments) et une médiastinite qu’il rattache enfin à une volumineuse perforation du bord gauche de l’œsophage.

Les amateurs de vieux grimoires apprécieront le style et la description minutieuse que fait Boerhaave de la maladie puis de l’autopsie ainsi que la qualité de ses observations cliniques malgré la modestie de ses moyens thérapeutiques (1).

Affection rare, le syndrome de Boerhaave (SB) est une perforation spontanée de l’œsophage sans pathologie œso-gastrique sous-jacente. Son mécanisme est attribué à une augmentation brutale de la pression intra-œsophagienne associée à une dépression intra-thoracique, habituellement observée après vomissements ou « haut-le-cœur » répétés.

La majorité des perforations siègent au bord gauche de l’œsophage distal (évoluant vers la médiastinite et la pleurésie), plus rarement sur l’œsophage abdominal (évoluant vers la péritonite). Le SB représente 15 % des perforations de l’œsophage dont la très grande majorité (70-80 %) sont iatrogènes (endoscopies diagnostiques ou thérapeutiques, écho-endoscopies cardiaques par voie transoesophagienne, dilatations pneumatiques ou par bougies, chirurgicales…), les autres causes (5 %) étant traumatiques (plaie pénétrante, ingestion de caustique, impaction de corps étranger (observation personnelle de perforation par impaction d’un volumineux bulot !).

Un diagnostic à évoquer sans tarder

Une mise au point récente parue dans le British Journal of Surgery (2) fait le point sur les nouveautés dans la prise en charge de cette affection dont l’incidence rapportée est de 3,1 nouveaux cas par million d‘habitants et par an (3).

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que le diagnostic soit rarement évoqué d’emblée, la classique triade de Mackler (4) associant vomissements, douleurs rétro-sternales et emphysème sous-cutané étant rarement présente dans sa totalité.

Dans plus d’un cas sur 3, les vomissements sont absents et nombre de patients sont pris en charge pour des douleurs thoraciques ou rétro-sternales faisant suspecter une pneumopathie, un infarctus du myocarde ou un reflux gastro-œsophagien…

Le diagnostic est donc souvent retardé par rapport au début des symptômes ce qui aggrave bien sur le pronostic en particulier après la 24e heure.

Le diagnostic est assuré par le scanner thoraco-abdominal injecté, associé dans l’idéal à l’ingestion de gastrograffine (produit de contraste résorbable). Celui-ci peut montrer un pneumomédiastin, un œdème de la paroi œsophagienne, un hydro-pneumothorax typiquement du côté gauche et, enfin, une extravasation du produit de contraste oral. Auparavant contre-indiquée, l’endoscopie haute fait à présent partie du bilan des patients chez lesquels une stratégie non-chirurgicale est envisagée.

Une prise en charge multidisciplinaire

La stratégie thérapeutique consiste à fermer la brèche œsophagienne et à drainer les collections péri-œsophagiennes, médiastinales et éventuellement pleurales.

Selon l’état du patient, le délai par rapport aux symptômes initiaux et le degré d’expertise locale, des approches endoscopique ou chirurgicale sont possibles. Mais quelle que soit l’approche initiale choisie, les décisions doivent être prises de façon collégiales, multidisciplinaires et surtout réévaluées en fonction de l’évolution.

Quoi qu’il en soit le patient doit être admis dans une structure de surveillance continue, maintenu à jeun, être perfusé, placé sous antibiothérapie à large spectre et inhibiteurs de la pompe à protons et alimenté (par voie parentérale le plus souvent).

En l’absence de sepsis ou en cas de sepsis sans défaillance multi-viscérale, une approche endoscopique peut être envisagée dans un premier temps. Les options thérapeutiques sont : (i) la mise en place d’une endoprothèse (stent) plastique ou métallique, couverte partiellement ou totalement, pour 4 à 6 semaines, ou (ii) une cicatrisation dirigée de la perforation par la mise en place dans ou à travers celle-ci (dans la plèvre) d’une éponge fixée au sommet d’une sonde gastrique elle-même reliée à une pompe en pression négative (sur le modèle de la thérapie par pression négative des plaies et ulcères).

Les stents plastiques ou les stents métalliques partiellement couverts ont tendance à migrer facilement (dans l’estomac) et peuvent nécessiter plusieurs changements alors que les stents non couverts ont tendance au contraire à s’incruster par colonisation voire bourgeonnement excessif. Les éponges doivent être changées tous les 3 à 7 jours.

Eponges et stents peuvent être associés, simultanément ou successivement. D’autres procédés d’obturation ou de couverture se développent avec des prothèses associant stent et pression négative, des clips, des colles… Bien sûr, les collections péri-œsophagiennes doivent être drainées par voie percutanée radiologique (sous scanner) ou thoracoscopique.

Le traitement chirurgical peut associer une fermeture de l’orifice (par laparotomie ou thoracotomie gauche) par suture (renforcée par patch ou par la grosse tubérosité gastrique) et un drainage au contact, du médiastin, de la plèvre ou par l’orifice hiatal.

Plus rarement, une résection de l’œsophage perforé peut être nécessaire et la reconstruction par plastie gastrique réalisée dans le même temps ou secondairement. Cette seconde option est nécessaire en cas de sepsis gravissime. L’œsophage est alors dérivé au cou et une gastrostomie réalisée.

Un traitement endoscopique en première intention, quand il est possible

Le traitement est devenu majoritairement endoscopique en première intention depuis une dizaine d’années suite à l’expérience acquise dans le traitement des perforations ou fistules œso-gastriques qu’elles soient post-endoscopie ou post-chirurgie.

Des auteurs allemands ont récemment publié une série de 57 SB traités depuis 2010, en première intention par éponge (n = 25), stent (n = 14) ou chirurgie d’emblée (n = 14). Le traitement par éponge était efficace dans 80 % des cas où il était employé (5).

Le choix de l’endoscopie dépend néanmoins des compétences endoscopiques et radiologiques locales. En cas d’échec ou de sepsis grave avec défaillance multiviscérale, la chirurgie, parfois lourde et mutilante, reste une option valide.

Il n’y a que des recommandations et pas d’essai randomisé contrôlé compte-tenu de la rareté de l’affection et de l’hétérogénéité des types de perforations observées (instrumentales, chirurgicales ou spontanées).

Néanmoins la mortalité est clairement corrélée au délai de prise en charge > 24h, à l’âge, aux comorbidités et au volume d’activité des centres (6). Elle reste élevée et selon deux méta-analyses récentes, comprise entre 13 et 16 % (7,8).