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Re: Articles sur la santé

Posté : mar. mars 31, 2026 12:01 pm
par Arnaud BASSEZ
Et le meilleur hôpital du monde est…

Quentin Haroche
12 mars 2026
jim.fr


Si le monde du cinéma a ses Oscars (qui auront lieu lundi prochain), celui des hôpitaux a également sa propre cérémonie des prix : le classement annuel des meilleurs centres hospitaliers du monde réalisé par le magazine Newsweek. Chaque année, l’hebdomadaire américain dresse, en partenariat avec le site de statistiques Statista, la liste des meilleurs établissements de santé de la planète. Ce sont au total plus de 2 500 hôpitaux répartis dans 32 pays du monde (la Turquie et les Philippines font cette année leur entrée dans le classement) qui ont été évalués et comparés pour aboutir à cette liste des 250 « meilleurs » établissements de santé de la planète, publiée le 25 février dernier.

« Chaque hôpital a été examiné et s’est vu attribuer un score basé sur quatre sources de données : les recommandations d’experts médicaux (y compris des médecins, des directeurs d’hôpitaux et d’autres professionnels de la santé), les indicateurs de qualité des hôpitaux, les données existantes sur l’expérience des patients et l’enquête de Statista sur la mise en œuvre des Patient-Reported Outcome Measures (PROMs) » explique Newsweek. « Les PROMs sont définis comme des questionnaires standardisés et validés, remplis par les patients afin de mesurer leur perception de leur bien-être fonctionnel et de leur qualité de vie ». Cette méthode d’évaluation complexe et relativement opaque mélangeant critères objectifs et subjectifs (influencés par des facteurs culturels) est bien sûr critiquable et a été critiquée. Ce palmarès a cependant le mérite d’exister ce qui justifie pleinement cette analyse succincte.

La Mayo Clinic de Rochester conserve son titre

Comme chaque année, les hôpitaux américains dominent le classement. La Mayo Clinic de Rochester, dans l’Etat américain du Minnesota, conserve ainsi son titre de meilleur hôpital de la planète. Elle est suivie par le Toronto General Hospital du Canada, qui gagne une place par rapport à l’an dernier et par la Cleveland Clinic dans l’Ohio, qui complète le podium. En quatrième position (un rang gagné par rapport à 2025), l’Institut Karolinska de Stockholm décroche le titre de meilleur hôpital d’Europe. Le célèbre Massachusetts General Hospital de Boston (+ 1 place) ferme ce top 5. On compte quatre hôpitaux américains dans le top 10 du classement de Newsweek et seulement trois hôpitaux européens (l’Institut Karolinska, l’hôpital de la Charité à Berlin et l’hôpital universitaire de Zurich).

Quinze établissements de santé français figurent dans les 250 premiers du magazine Newsweek, dont six dans le top 100. Figurant à la 11e place du classement général (stable par rapport à 2025), l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière conserve son rang de meilleur hôpital français. Il est suivi par l’hôpital européen Georges Pompidou (32e du classement général, - 3 places par rapport à 2025), l’hôpital Claude Huriez de Lille (34e, - 8 places) et l’hôpital Pellegrin de Bordeaux (69e, + 6 places). Le secteur privé est bien représenté avec la clinique Santé Atlantique du groupe ELSAN, près de Nantes, considérée comme le cinquième meilleur établissement de santé français (78e au classement général, - 7 places). Sur les dix meilleurs hôpitaux français, cinq se trouvent à Paris.

L’hôpital Gustave Roussy, meilleur centre d’oncologie d’Europe

Le magazine Newsweek a également réalisé un classement des « meilleurs hôpitaux » de la planète pour 12 spécialités : chirurgie cardiaque, cardiologie, endocrinologie, gastro-entérologie, neurologie, neurochirurgie, gynécologie obstétrique, oncologie, orthopédie, pédiatrie, pneumologie, urologie.

Dans certaines d’entre elles, les hôpitaux français parviennent à tirer leur épingle du jeu. A en croire l’hebdomadaire américain, l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière possède ainsi les 8e meilleurs services de chirurgie cardiaque et de neurochirurgie de la planète et les 7e en cardiologie et en neurologie. En Europe, seul l’hôpital de la Charité à Berlin fait mieux dans ces domaines.

La France pourrait également s’enorgueillir de posséder le 6e meilleur centre de traitement du cancer de la planète et le meilleur d’Europe à l’hôpital Gustave Roussy de Villejuif. L’hôpital Necker à Paris s’offre lui une belle 7e place mondiale en pédiatrie, juste derrière le bien nommé hôpital pédiatrique de l’Enfant Jésus de Rome, meilleur hôpital pédiatrique d’Europe. Il est des secteurs en revanche où la médecine française obtient des résultats relativement médiocres. On ne retrouve ainsi pas un seul hôpital français dans le top 15 des meilleurs établissements de la planète en endocrinologie, gastro-entérologie et gynécologie obstétrique.

Le magazine Newsweek déclare réaliser ce classement pour aider ses lecteurs à faire le choix entre les milliers d’hôpitaux existants sur la planète. Il est cependant assez rare d’avoir les moyens (ou même le temps) de se rendre dans n’importe quel endroit de la planète pour se faire soigner. Si vous faites partie de ces quelques happy few, n’hésitez pas à consulter un cardiologue à Cleveland et un neurologue à Boston, à accoucher à Rome, à faire suivre votre cancer à Séoul ou à emmener votre fils chez un pédiatre de Toronto. Pour les autres, on se contentera de suivre les recommandations de son médecin traitant.

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Les hôpitaux publics paient de plus en plus mal

Quentin Haroche
30 mars 2026



Les hôpitaux publics mettent en moyenne 73 jours pour régler leurs factures, soit bien plus que le délai légal de 50 jours.

Le 18 février dernier, l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) publiait un rapport particulièrement alarmant sur l’état des finances des hôpitaux en France. Le déficit des établissements publics de santé (EPS) a ainsi atteint le niveau record de 2,9 milliards d’euros en 2024, avec une hausse de 1 milliard d’euros par an sur les deux dernières années. Une situation budgétaire obérée qui a une conséquence indirecte : les hôpitaux publics mettent de plus en plus de temps à payer leurs factures.

Selon l’observatoire des délais de paiement de la Banque de France, le délai moyen de paiement par les hôpitaux publics s’élève, en 2025, à 73,1 jours, contre seulement 63,4 jours en 2024 et 55,1 jours à l’époque de la crise sanitaire. C’est bien au-delà du délai légal laissé aux hôpitaux pour régler leurs factures, fixé à 50 jours. Selon Olivier Rietmann, sénateur et auteur d’une proposition de loi pour lutter contre les retards de paiement actuellement débattue au Parlement, sur les 17 milliards d’euros que représentent les factures en retard en France, « plus de 5 milliards viennent du secteur public et la très grande majorité est directement imputable aux hôpitaux ».

Des conséquences négatives pour les prestataires

Ces retards de paiement ont évidemment des conséquences délétères pour les prestataires des hôpitaux publics, qui se retrouvent pris en étau entre la nécessité de réaliser leurs prestations (et de payer chaque mois leurs employés) et le non-paiement de leurs factures. Ces dernières semaines, la presse s’est fait l’écho de ces difficultés : une société d’ambulances qui réclame 200 000 euros aux hôpitaux de Chaumont et de Langres, une entreprise d’intérim à qui un hôpital du Val-de-Marne doit 980 000 euros, une société de nettoyage qui cumule plus d’1,4 million d’euros de créance auprès de divers hôpitaux…

Dans le secteur de la restauration collective, où la commande publique représente 32 % du marché, ou dans ceux de la propreté et de la sécurité (25 % de commandes publiques), ces retards de paiement peuvent entrainer des faillites en chaine. En théorie, ces entreprises peuvent bien sûr entamer des procédures judiciaires pour réclamer leur dû plus rapidement. Mais en pratique, ils y rechignent, pour ne pas se mettre à dos leurs principaux clients. « Les hôpitaux nous font comprendre que si on insiste, ils s’en souviendront au renouvellement de l’appel d’offres » témoigne auprès du Point le chef d’une entreprise de sécurité qui attend ses paiements depuis six mois. « Même ceux placés en liquidation n’osent pas parler, parce qu’ils espèrent se relancer et ne veulent pas se griller auprès des collectivités » confirme un administrateur judiciaire.

Au vu de la gravité de la situation des entreprises commencent tout de même à se rebeller. Ces derniers mois, les fédérations des entreprises de la propreté, de la sécurité et de la restauration collective ont ainsi adressé des courriers à la ministre de la Santé et au Premier Ministre pour les alerter de la situation. « Sur un échantillon de seulement 35 dossiers, le montant des impayés s’élève à plus de 25 millions d’euros, avec un délai moyen de retard de 250 jours » indiquait par exemple la Fédération des entreprises de la propreté (FEP) dans un courrier à Sébastien Lecornu en date du 5 mars dernier. Seule timide réponse du gouvernement : la promesse d’une hausse du budget des hôpitaux en 2027, alors que le déficit de la Sécurité Sociale est déjà de plus de 21 milliards d’euros.

Une « culture du non-paiement » au sein des hôpitaux

Du côté des hôpitaux, on rejette d’ailleurs essentiellement la faute sur l’Etat et le manque de financement des établissements de santé. « La dégradation est essentiellement due à l’inflation, qui n’a pas été compensée, et aux revalorisations salariales du Ségur de la Santé qui ne l’ont pas été intégralement : 1,7 milliard n’était pas couvert » explique ainsi au Point la Fédération hospitalière de France (FHF). Un constat d’ailleurs déjà fait par l’IGAS dans son rapport du mois dernier.

Si, en juillet 2025, une circulaire ministérielle a été adressée aux hôpitaux publics pour les « sensibiliser au respect de la réglementation » en matière de délai de paiement, certains chefs d’entreprise estiment qu’une véritable « culture du non-paiement » s’est installée à l’hôpital. « Certains de mes clients trouvent tous les stratagèmes pour ne pas payer » explique ainsi la cheffe d’une entreprise de propreté qui réclame depuis huit mois son dû auprès d’hôpitaux bretons.

Les hôpitaux se servent notamment allégrement d’un tour de passe-passe juridique. La loi prévoit en effet, en matière de commande publique, que le délai de paiement ne court pas au moment de la réception de la facture mais lorsque l’administration ordonne au trésorier public de la payer. « Il suffit de laisser traîner le délai entre la réception de la facture et le contrôle que doit en faire le service dédié » explique Olivier Rietmann. Le sénateur souhaite d’ailleurs profiter de sa proposition de loi pour supprimer ce mécanisme qu’il juge trop avantageux pour l’administration. « Bercy s’est roulé par terre, ils ne voulaient pas qu’on en parle » relate-t-il. « L’objectif premier de Bercy est de freiner au maximum le déficit budgétaire. Il préfère donc ne pas décaisser les sommes dues et augmenter le déficit ».

Les hôpitaux publics se sont en réalité enfermés dans un cercle vicieux. Face à ces délais de paiement, les prestataires n’ont en effet pas d’autre choix que d’augmenter leurs prix. « En audition privée, plusieurs gestionnaires d’hôpitaux m’ont avoué qu’ils conseillaient à leurs prestataires d’augmenter leurs factures de 20 %, pour compenser les retards de paiement » révèle ainsi au Point Olivier Rietmann. Entre 2015 et 2023, la dette des hôpitaux vis-à-vis de leurs prestataires a ainsi doublé, passant de 3,8 à 7,5 milliards d’euros. « Cette mauvaise gestion finit par coûter une fortune à tous » conclut l’économiste de la santé Jean de Kervasdoué.

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Jour de carence dans la fonction publique : effets attendus et moins attendus

Juliette Seblon
30 mars 2026



Réintroduit en 2018, le jour de carence dans la fonction publique territoriale constitue un levier classique de régulation des arrêts maladie de courte durée. L’analyse menée à partir des données de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales met en évidence un effet significatif dès les premières années d’application, dans un contexte marqué par une hausse continue des arrêts maladie dans le secteur public.

Une diminution nette des arrêts maladie, concentrée sur les épisodes courts

Ainsi, l’étude confirme une réduction mesurable de l’absentéisme pour maladie ordinaire après la mise en œuvre du dispositif. La probabilité pour un agent de prendre au moins un arrêt diminue d’environ 11 %, tandis que le nombre total de jours d’arrêt recule de 13 %. Cette évolution ne relève pas d’un effet ponctuel mais traduit un ajustement durable des comportements.

L’impact se concentre essentiellement sur les arrêts de courte durée, en particulier ceux de deux à trois jours, directement affectés par la perte de rémunération. À l’inverse, les arrêts longs restent globalement inchangés, suggérant que la mesure agit davantage sur les décisions marginales d’arrêt que sur les situations médicales avérées. Ce résultat confirme que le jour de carence constitue un outil ciblé sur le micro-absentéisme, sans modification apparente des pathologies nécessitant des arrêts prolongés.

Un levier budgétaire immédiat mais partiel

La baisse des arrêts se traduit par une économie estimée à 86 millions d’euros par an, soit environ 4,5 % du coût total des congés maladie ordinaires dans la fonction publique territoriale. Cette économie repose sur une diminution moyenne d’environ 1,25 jour d’arrêt par agent et par an.

Toutefois, cette estimation reste strictement comptable et de court terme. Elle ne prend pas en compte d’éventuels effets indirects, comme une multiplication potentielle des accidents du travail, ni les conséquences éventuelles sur la santé des agents ou la qualité du service rendu. La littérature suggère en effet que la réduction des arrêts courts peut s’accompagner d’un présentéisme accru, avec un risque de dégradation secondaire de l’état de santé et un coût finalement augmenté pour les entreprises.

Un impact hétérogène en fonction des profils sociologiques

L’un des résultats les plus marquants de cette étude concerne la distribution inégale des effets selon les profils d’agents. La réduction des arrêts est significativement plus importante chez les agents jeunes, peu qualifiés et faiblement rémunérés. Chez ces derniers, la perte d’une journée de salaire représente un coût relatif plus élevé, renforçant l’effet dissuasif de la mesure.

À l’inverse, les agents appartenant aux catégories les plus qualifiées ou les mieux rémunérées apparaissent peu sensibles au dispositif, avec des effets non significatifs sur leurs comportements.

Les auteurs notent que si la mesure démontre son efficacité sur les indicateurs d’absentéisme, elle agit principalement sur les conséquences financières des arrêts plutôt que sur leurs causes. Or, l’augmentation des arrêts maladie dans la fonction publique est largement associée à des facteurs structurels tels que les conditions de travail, la pénibilité ou les contraintes organisationnelles.

Dans ce contexte, le jour de carence s’inscrit davantage comme un instrument de régulation budgétaire que comme une réponse globale aux enjeux de santé au travail. Son efficacité doit donc être interprétée à l’aune de ses effets secondaires potentiels.

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Traiter l'anaphylaxie sans aiguille grâce à l’adrénaline intranasale

Pr Guy Dutau
30 mars 2026



L'adrénaline intranasale pourrait bientôt concurrencer l'injection intramusculaire dans le traitement de l'anaphylaxie, avec un avantage décisif : plus besoin d'aiguille.

La gestion de l'anaphylaxie chez l'enfant se heurte à des obstacles importants liés à la peur des aiguilles et aux difficultés techniques associées à l'utilisation des dispositifs auto-injecteurs d'adrénaline intramusculaire, ce qui peut limiter leur utilisation. Les formulations d'adrénaline intranasale pourraient représenter un changement de paradigme en apportant des solutions à ces difficultés cliniques persistantes.

Une revue de la littérature internationale

Une revue de la littérature synthétise les données actuelles sur les formulations intranasales d'adrénaline, en analysant les études publiées qui abordent leur efficacité clinique, leurs technologies et leurs profils de sécurité (1). Trois produits font l'objet des publications recensées : neffy® (ARS Pharmaceuticals), qui utilise la technologie Intravail® et représente le premier produit commercialisé approuvé par la FDA ; UTULY™ (Bryn Pharma), qui emploie une stratégie à dose élevée (13,2 mg) pour surmonter les obstacles liés à l'absorption ; et FMXIN002 (Nasus Pharma), qui repose sur une technologie à base de poudre de microsphères offrant une stabilité de 5 ans à température ambiante.

Les études pharmacocinétiques montrent systématiquement que les concentrations plasmatiques d'adrénaline obtenues par voie intranasale sont comparables, voire supérieures à celles obtenues par injection intramusculaire manuelle, avec une cinétique d'absorption plus rapide. Une étude clinique de phase 3 menée auprès de 15 enfants présentant une anaphylaxie lors de tests de provocation alimentaire a montré une résolution des symptômes en 16 minutes (valeur médiane), sans événement indésirable grave.

De plus, contrairement à ce que l'on pourrait penser, la congestion nasale et les infections des voies respiratoires supérieures semblent favoriser l'absorption de l'adrénaline plutôt que la diminuer, une observation contre-intuitive qui lève les inquiétudes sur la fiabilité de l'administration intranasale en cas de congestion. Ces formulations sans aiguille offrent également des avantages notables tels que la suppression des obstacles liés à l'injection, la simplification des techniques d'administration, une meilleure stabilité thermique et un maintien de l'efficacité thérapeutique.

L'adrénaline intranasale représente une avancée importante dans la prise en charge de l'anaphylaxie, particulièrement chez l'enfant, où l'anxiété liée aux injections freine souvent le recours à l'adrénaline intramusculaire et compromet son efficacité. Ces résultats, obtenus chez l'enfant, pourraient bien valoir aussi pour les adolescents et les adultes, qu'ils redoutent ou non les aiguilles.

Où en est-on en France ?

À ce jour, aucune étude française ne semble avoir été publiée sur ce sujet. Une recherche dans PubMed avec la formulation « Intranasal epinephrine for anaphylaxis » permet d'identifier 38 articles, tous issus d'équipes étrangères. Rosenblum et coll. ont publié la première série de cas d’anaphylaxie à l'immunothérapie allergénique traités par neffy® (2). Les publications sur l'adrénaline intranasale dans l'anaphylaxie restent récentes et leur nombre croît rapidement, témoignant d'un intérêt scientifique grandissant pour cette approche.

EURneffy, spray nasal d'adrénaline indiqué en urgence dans l'anaphylaxie, a obtenu une autorisation de mise sur le marché européenne le 22 août 2024. Il s’agit du premier traitement de ce type, sans injection, disponible dans l'UE, pour les adultes et les enfants de 30 kg ou plus. En France, comme dans la plupart des pays européens, la disponibilité effective dépend encore des étapes nationales d'évaluation, de fixation du prix et de remboursement, ce qui explique le délai habituel après une approbation européenne.

La question de savoir si cette voie d'administration finira par s'imposer face au traitement de référence actuel - l'injection intramusculaire profonde à la face antéro-latérale de la cuisse - reste ouverte. Les données disponibles sont encourageantes, mais ce dossier mérite d'être suivi de près.

Re: Articles sur la santé

Posté : mer. avr. 01, 2026 5:27 pm
par Arnaud BASSEZ
Comme un malheureux air de déjà vu.

« Je voyais des gens pleurer dans les couloirs » : un professeur hospitalier dénonce un climat toxique au CHU de Nice (Interview)


Aurélie Haroche
01 avril 2026
jim.fr


Les situations de harcèlement au sein des hôpitaux tendent à être de plus en plus régulièrement dénoncées. Sur ce sujet sensible, nous avions ouvert nos colonnes au Professeur Bernard Granger qui a fondé, avec le Dr Mathieu Belhasen, un Observatoire de la répression des personnels hospitaliers, qui était notamment revenu sur la complexité et la longueur des procédures tant pour les victimes que pour les lanceurs d’alerte. Cet état de fait n’a pas dissuadé le professeur Thierry Piche de signaler au procureur de la République des faits de harcèlement, perpétués selon lui par la direction du CHU de Nice. Nous revenons avec lui sur les éléments qu’il dénonce.

Sollicitée, la direction du CHU de Nice n’a pas donné suite.

JIM.fr - Pouvez-vous rapidement vous présenter ?

Pr Thierry Piche - Je suis PUPH en gastro-entérologie et ancien président de la Commission médicale d’établissement. J’ai 58 ans et j’aurais pu achever sereinement ma carrière. J'ai beaucoup réfléchi avant de lancer cette alerte, sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale*.

Cependant, ce que j’ai constaté au sein du CHU m’a profondément touché. J’ai beaucoup discuté avec ma famille qui m’a encouragé à agir. Mon action n’est dirigée par aucun conflit d’intérêt. J’aurais tout à fait pu ne pas intervenir, mais la situation actuelle heurte mes valeurs. Vous ne verrez dans mes propos aucune diffamation car c’est la justice qui les confirmera ou non.

JIM.fr - Qu’est-ce qui vous a poussé à agir justement ?

Pr Thierry Piche - Je voyais des agents pleurer dans le service et pour moi c’était le signe clair que quelque chose n’allait pas. Petit à petit, j’ai eu la conviction qu’effectivement, des choses anormales avaient lieu au sein de l’établissement. En août 2025 j’ai donc décidé de consulter des avocats, qui m’ont indiqué qu’il était nécessaire de pouvoir s’appuyer sur des preuves. Et c’est ainsi que je me suis transformé en véritable enquêteur. Au début, ce fut très difficile parce qu’il règne une véritable omerta : les agents hospitaliers ont inévitablement peur de perdre leur travail, et c’est encore le cas.

Révolution complète dans l’équipe de direction

Ainsi, le climat délétère qui s’est installé s’observe notamment quand on essaie de rentrer en contact avec des personnes qui travaillent au sein de la direction, qui hésitent à parler au téléphone en s’inquiétant que « les murs aient des oreilles ». Cette réaction est évidement anormale.

JIM.fr - A quand remonte ce harcèlement selon vous et comment se manifeste-t-il ?

Pr Thierry Piche - Le développement de ce qui pourrait constituer un harcèlement institutionnel a débuté très tôt après l’arrivée du Directeur Général Rodolphe Bourret et a visé, non pas seulement quelques cas individuels (comme semble le considérer le Centre national de gestion), mais un corps directorial dans son ensemble. Ils ont été véritablement maltraités par la politique du Directeur Général et de son adjoint. Il est logique quand un nouveau directeur arrive au sein d’une organisation qu’il s’entoure de collègues qu’il connaît. Cependant, une révolution complète dans l’équipe de direction avec une telle violence est inepte. Ces directeurs ont été volontairement mis de côté : autour d’une quinzaine sont partis et huit ont écrit une lettre à l’Agence Régionale de Santé et au CNG, missive édifiante. Une solution « à l’amiable » a été mise en place : le directeur de l’ARS leur a accordé une protection fonctionnelle et de nouveaux postes ont été attribués. Mais les conséquences sont réelles, avec des divorces, des dépressions, des délocalisations forcées, etc... C’est un collectif, un corps administratif de la fonction publique qui n’a pas été défendu.

Cela me semble typique d’un management toxique qui s’est installé assez rapidement à la direction.

JIM.fr - Qui selon vous est responsable de cette situation ?

Pr Thierry Piche - Cela s’est fait avec la complicité de deux autres personnes que j’ai citées dans mon alerte, le Directeur général adjoint et la Directrice des Ressources Humaines. Cependant, le véritable responsable, c’est bien Rodolphe Bourret, le directeur général du CHU de Nice, ainsi que toutes les tutelles en santé qui ont été alertées (l’ex Président du Conseil de Surveillance du CHU, le DG d’ARS, l’ex Directrice du CNG) qui savaient et n’ont rien fait…. et vont devoir s’expliquer car « non il ne s’agit pas d’un petit groupe d’individus qui cherche à raconter une histoire erronée ».

Les organisations harcelantes

JIM.fr - Outre le harcèlement subi par le corps directorial, quelle autre situation de harcèlement dénoncez-vous ?

Pr Thierry Piche - Nous constatons au sein du CHU le déploiement de ce que j'appelle des organisations harcelantes. Il s’agit notamment de créer des situations de surcharge de travail, qui concernent initialement des petits corps de métier, l’air de ne pas y toucher, comme l’économat, les postes de sécurité incendie ou les vaguemestres. Des postes sont supprimés ou des périmètres d’action élargis. Quand les agents ne parviennent pas à s’adapter, on assiste à des départs. Tel est le but recherché : réduire la masse salariale. Cela peut être considéré comme du harcèlement institutionnel : les conditions de travail des agents sont volontairement dégradées pour les forcer à démissionner.

D’autres métiers ont ensuite été concernés. Ainsi, toujours au cours de l’année 2025, le passage aux journées de 10 heures a été imposé aux infirmièr(e)s de bloc opératoire. Et là encore, comme certaines personnes ne peuvent pas s’adapter, en raison notamment de contraintes familiales, des titulaires décident de partir. A chaque fois, se joue le même scénario. Cependant, un collectif (IBODE et IADE) ont déposé plainte devant le tribunal administratif (TA) toujours en cours. D’autres plaintes au pénal ou au TA ont été déposées ainsi que des signalements pour harcèlement. Des pétitions de plusieurs corps de métiers rassemblant plusieurs centaines de signatures ont été déposées dans le bureau du DG par les syndicats CGT et CFDT et envoyées à l’ARS…sans mesure corrective. Il ne s’agit nullement de l’observation unique d’un lanceur d’alerte (en l’occurrence moi-même).

Autre exemple de cette mécanique dite des organisations harcelantes, la mise en place à marche forcée d’un projet destiné à supprimer le bureau des admissions, pour s’orienter vers ce que l’on appelle « l’hôpital magnétique ». Ainsi, la préadmission se fait-elle directement à une borne, avec un QR code et un téléphone. Cela suppose bien sûr de ne pas être trop souffrant et à l’aise avec les nouvelles technologies. Dans le cas d’espèce, les secrétaires ont été conduites à changer de poste, avec des promesses qui n’ont pas été tenues et à ce jour le projet est tellement bien mené que de nombreux malades reçoivent des factures du Trésor Public pour des examens qu’ils ont passé pendant…une hospitalisation !

JIM.fr - Existe-t-il des conséquences de ces nouvelles organisations sur les patients ?

Pr Thierry Piche - Nous pouvons en effet voir les conséquences de ces évolutions à marche forcée sur le fonctionnement de l’hôpital et le rapport avec les patients. Par exemple, le service de facturation a connu des ratés, notamment parce que les personnels qui y ont été nouvellement affectés n’ont pas été suffisamment formés, toujours dans cette même logique de nouvelles organisations, la suppression du bureau des admissions crée maintenant des files d’attentes dans certaines consultations dont les malades se plaignent. La fonction du bionettoyage n’est pas non plus optimale dans l’hôpital (A propos des conséquences potentielles sur les patients, lire le témoignage d’une infirmière anesthésiste, ci-dessous).

Signalement de la médecine du travail

JIM.fr - Quelles autres alertes ont été lancées ?

Pr Thierry Piche - Je ne suis en effet pas le seul à avoir essayé de lancer l’alerte. Le service de la médecine du travail a ainsi envoyé un courrier virulent en 2024 et récemment encore en ce début du mois de mars 2026 un mail encore plus explosif au collectif des directeurs : il dénonce la façon dont des salariés, à l’issue d’un arrêt de travail ou d’un congé maladie, ayant une aptitude à la reprise du travail prescrite par des collègues de ville, des médecins du travail ou des médecins experts, sous conditions d’aménagements, se retrouvent placés en situation d’attente prolongée sans proposition de poste ! Or, c’est évidemment une faute de l’employeur, c’est contraire au code du travail. Les syndicats CGT et CFDT ont saisi l’Inspection du Travail qui va prochainement intervenir pour clarifier cette situation alarmante (entre-autre) qui place des agents en grande précarité financière et familiale.

JIM.fr - La médecine du travail vous semble empêchée d’effectuer son travail ?

Pr Thierry Piche - Au CHU de Nice, on compte 2,5 équivalents temps plein pour 9000 agents, un taux qui est totalement incompatible avec un véritable suivi. Bien sûr, la médecine du travail est en crise partout, mais il est des CHU où la situation n’est pas aussi dégradée. Par ailleurs, les collègues de la médecine du travail perçoivent bien une volonté de ne pas faire avancer les dossiers. Ainsi, une psychologue qui avait postulé a été saisie d’une demande pour le moins singulière des ressources humaines, qui lui ont demandé de pouvoir accéder à son agenda professionnel, ce qui s’oppose rigoureusement à la déontologie. Evidemment, la psychologue a refusé de rester dans ces conditions. D’autres psychologues qui ont candidaté ont connu la même déconvenue. Ainsi peut-on se demander si le CHU souhaite réellement recruter un psychologue pour soutenir la médecine du travail.

JIM.fr - Vous êtes en lien avec l’Observatoire de la répression des personnels hospitaliers fondé il y a quelques mois par le Professeur Granger. En quoi la situation du CHU de Nice entre-t-elle en résonance avec le combat mené par cet Observatoire ?

Pr Thierry Piche - En effet, je suis rentré en contact avec eux. Je n’avais pas conscience que ces questions de harcèlement (soupçonné à Nice) dépassent le seul cas du CHU de Nice, qui reste néanmoins le plus préoccupant en intensité comme l’a rappelé le président du SMPS. Le Syndicat des Médecins National Hospitalier / FO (SNMH/FO) a d’ailleurs révélé dans un communiqué de Presse récent que les Chefs de Pôles à Valenciennes (ancien poste de Rodolphe Bourret) percevaient des primes d’objectifs substantielles dont la légalité doit être vérifiée avec le Ministère de la Santé, dispositif également déployé à Nice.

JIM.fr - Cette situation vous semble-t-elle favorisée par le silence et l’inaction des autorités et aussi par les pressions d’ordre économique ?

Pr Thierry Piche - Je pense qu’il est important de ne pas diaboliser les préoccupations économiques. Et il faut bien distinguer ce qui relève de la politique de réduction des dépenses en santé, des méthodes présumées de harcèlement que je dénonce pour y parvenir. Car au fond, la situation du CHU de NICE, 3ème CHU le plus endetté de France, dévoile finalement l’urgence de refondre le système de santé Français qui est à bout de souffle, avec une part de la santé dans le PIB de 11.5% qui ne cessera d’augmenter avec l’explosion démographique, du vieillissement et des maladies chroniques. Un récent rapport de l’IGAS a une nouvelle fois lancé une alerte sur les dépenses des établissements publics de santé, mais ces déficits sont structurels et cela fait 20 ans que les conclusions de ce rapport sont connues ! Personnellement, je m’intéresse évidemment à ces questions, à travers plusieurs think tanks indépendants et apolitiques comme l’Institut santé (dirigé par l’économiste Frédéric Bizard). Cette refonte est indispensable maintenant pour les patients et les contribuables et n'a rien à voir avec de petites économies réalisées à marche forcée par des directions hospitalières, ou les « success story » régulièrement annoncées par chaque ministre de la santé dans l’espoir de sauver un système figé qui ne pourra plus jamais répondre aux besoins populationnels futurs.

Rupture avec le GHT

A mon sens, la multiplication de strates, la décentralisation de compétences vers des collectivités territoriales qui sont parfois politiquement opposées, l’absence de questionnement sur le fonctionnement du cœur du réacteur de l’assurance maladie participent tous à la sclérose du système. Nous avons créé des agences, des couches dans tous les sens, qui ne contrôlent rien. Et vous finissez par aboutir à un système public et privé qui s'est organisé tant bien que mal, qui n'est plus capable de répondre à un accès aux soins équitable, avec des offres qui sont parfois disproportionnées par rapport aux besoins. Car comment expliquer que la démographie médicale en région PACA soit l’une des plus élevée en France et que l’on décrive des zones dites de « déserts médicaux ». Pourquoi un tel manque d’anticipation ? La première question à poser : quels sont en 2026 les besoins populationnels en santé dans le médico-social et en matière de prévention.

JIM.fr - Parallèlement aux situations de harcèlement, vous dénoncez également des dérives dans l’organisation globale du CHU qui semblent participer à une même logique. Pouvez-vous par exemple nous parler des liens de la nouvelle direction du CHU avec les autres établissements de la région ?

Pr Thierry Piche - Il est éclairant de rappeler qu’une des premières actions de Rodolphe Bourret au moment de son arrivée fut de rompre avec le Groupe Hospitalier de Territoire (GHT), c’est-à-dire toute la galaxie d’établissements de santé de la région, dont des structures de premier plan, et notamment les hôpitaux de Cannes, Grasse, Antibes, Menton ou encore le Centre de lutte contre le cancer Antoine Lacassagne, la Fondation Lenval, l’Institut Arnault Tzank ou l’hôpital les Sources. Les responsables de toutes les structures impliquées dans le GHT ont écrit à l'ARS et au directeur général des lettres un peu cinglantes pour désapprouver l’abandon par Rodolphe Bourret du pilotage du GHT. Ils ont signalé comment ce défaut mettait en difficulté leurs institutions et la qualité des prises en charge sur le territoire.

C’est évidemment regrettable car à travers ce GHT, les parcours de soins coordonnés prévus pour bien orienter les malades n’ont pas été développé, le CHU considérant ses partenaires comme….des concurrents pour absorber leurs activités.

JIM.fr - A-t-il donné des raisons de sa rupture avec le GHT ?

Pr Thierry Piche - Je l’ignore ! Une médiation a été initiée par la médiatrice nationale en 2023. Cette médiation vient seulement de s’achever en décembre 2025, avec à ma connaissance une seule rencontre physique des directeurs généraux. Il y a un texte qui confirme que l’on est loin de la coopération idéale. De son côté, sur les réseaux sociaux, Rodolphe Bourret a continué à affirmer que le réseau était très actif.

JIM.fr - Quel autre changement la nouvelle direction a-t-elle choisi d’impulser dans l’organisation de l’établissement ?

Pr Thierry Piche - Quand il a pris ses fonctions, Rodolphe Bourret a mis en place la délégation polaire, dans le cadre de ce qu’il appelle « l’hôpital magnétique ». La délégation polaire est un outil utilisé depuis 20 ans, notamment dans les centres hospitaliers généraux. Cela consiste à déléguer par principe de subsidiarité des fonctions directoriales par délégation de signature à des médecins, qui sont des chefs de pôle, de façon à ce qu’ils soient responsabilisés. J’y suis plutôt favorable, en effet les médecins se plaignent souvent de ne pas être suffisamment impliqués.

Conduire une voiture sans essence

Cependant, jusqu’alors cela n’avait jamais été expérimenté dans un CHU avec cette dimension de délégation de signature qui impose des formations managériales aux chefs de pôles (RH, financier, gestion des conflits, éthique managériale, posture managériale, etc.). On ne devient pas directeur en 15 jours et vice versa pour un directeur qui souhaiterait faire de l’art médical ! Et, la façon dont cela a été déployé au CHU de Nice n’a nullement permis une installation sereine. Les choses ont été faites à la hussarde, bien trop précipitamment. Des experts de cette délégation polaire, comme le président du Syndicat des Managers Publics en Santé (SMPS), affirment qu’il n’est pas possible d’installer ce dispositif aussi vite, en seulement quelques mois.

Ainsi, si cette bonne intention a d’abord été accueillie positivement par le corps hospitalier, les retours aujourd’hui sont beaucoup moins favorables, en raison de la façon dont le déploiement a eu lieu. En allant trop vite, on désorganise l’hôpital. Le transfert de fonctions vers les pôles crée un engorgement au sein des directions des pôles. Par ailleurs, compte tenu des problèmes de déficit, les managers se retrouvent à devoir manager des services comme on « manage » une voiture sans essence.

*Cet article dispose que « Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur ».

Propos recueillis par Aurélie Haroche
Témoignage d’une infirmière anesthésiste en poste au CHU de Nice depuis 2014,

« Je souhaite alerter sur les conséquences particulièrement préoccupantes de la réorganisation récente du temps de travail, avec le passage imposé de journées de 12h à 10h, sans concertation préalable des équipes et du harcèlement de nos supérieurs hiérarchiques.

(…) J’ai toujours été fière de travailler pour ce service public : j’ai toujours été volontaire
(…). Mais au vu de l’état actuel, je ne sais pas si je vais rester.

Sur le plan professionnel, la situation est préoccupante. La réduction du temps de travail impacte la qualité et la sécurité des soins : le temps accordé aux patients est fortement diminué (il faut faire vite car les plages opératoires du bloc sont raccourcies), ce qui entraîne une baisse notable de l’attention qui leur est portée. Certains patients sont sacrifiés : annulés au dernier moment, passés sur d’autres salles ou sur les temps d’astreinte.

(..) Les tâches essentielles ; telles que la préparation, le rangement, les commandes, la vérification du matériel et des médicaments ne peuvent plus être réalisées dans des conditions satisfaisantes, exposant à des risques d’erreurs et à une dégradation des pratiques.

Nous n’avons plus le temps de former correctement les étudiants ni les nouveaux arrivants.
Par ailleurs, plusieurs dysfonctionnements majeurs sont à souligner. (…) En l’espace de 6 mois, j’ai perdu toute interaction sociale personnelle, les week-ends de repos étant des week-ends de récupération tant de sommeil que de moral et le seul jour off en semaine étant pour les rendez-vous professionnels pour ma maman ou mon enfant.
J’ai l’impression de vivre le mythe de Sisyphe, condamné à pousser le rocher en haut d’une montagne
.
Que l'on y prenne garde. Le démantèlement de l'hôpital public ne se fera pas sans une catastrophe sanitaire en corollaire. Le privé ne pourra pas absorber les patients excédentaires. Il y a des centres privés qui sont en capacité de gérer des patients aux pathologies lourdes, mais l'afflux de ces patients, risque un manque de prise en charge de qualité, voire un manque de prise en charge tout court.
Les soignants vont se transformer en mercenaires du soin. Au mieux offrant, au mieux payant, au mieux qualitatif. A quoi bon chercher à se détruire la santé, quand l'intérim permet et offre la souplesse des missions. Certes, en IDF il est plus facile de trouver des missions qu'en province et la distance est certainement moins grande pour le faire. Mais les directions qui multiplient les postes de directeurs ou directrices adjointes, chargés de faire des économies à la Patton, sans aucune considération humaine, avec un management sauvage et brutal devront bien rendre des comptes un jour. Il est à craindre un empilement de plaintes et surtout de suicide sur le lieux du travail, pour dénoncer les mises en danger des professionnels. Et un jour, quand l'hôpital aura viré son dernier médecin et sa dernière infirmière, que cet hôpital, racheté par un fond de pension étranger sera amené à rendre des comptes à l'assemblée des actionnaires, il est probable que le directeur se fasse à son tour virer. Il est dommage que ceci n'en soit que la conclusion. Il aurait été certainement plus pertinent qu'il en fut le commencement.

Ce n'est pas une uchronie, mais une vision Orwelesque de l'hôpital et de ce que nous serions amenés à être si...ça date du 23 mars 2011. Puissé-je me tromper.