Articles sur la santé
-
Arnaud BASSEZ
- Administrateur - Site Admin
- Messages : 2629
- Enregistré le : sam. nov. 04, 2006 4:43 pm
- Localisation : Paris
- Contact :
Re: Articles sur la santé
Et le meilleur hôpital du monde est…
Quentin Haroche
12 mars 2026
jim.fr
Si le monde du cinéma a ses Oscars (qui auront lieu lundi prochain), celui des hôpitaux a également sa propre cérémonie des prix : le classement annuel des meilleurs centres hospitaliers du monde réalisé par le magazine Newsweek. Chaque année, l’hebdomadaire américain dresse, en partenariat avec le site de statistiques Statista, la liste des meilleurs établissements de santé de la planète. Ce sont au total plus de 2 500 hôpitaux répartis dans 32 pays du monde (la Turquie et les Philippines font cette année leur entrée dans le classement) qui ont été évalués et comparés pour aboutir à cette liste des 250 « meilleurs » établissements de santé de la planète, publiée le 25 février dernier.
« Chaque hôpital a été examiné et s’est vu attribuer un score basé sur quatre sources de données : les recommandations d’experts médicaux (y compris des médecins, des directeurs d’hôpitaux et d’autres professionnels de la santé), les indicateurs de qualité des hôpitaux, les données existantes sur l’expérience des patients et l’enquête de Statista sur la mise en œuvre des Patient-Reported Outcome Measures (PROMs) » explique Newsweek. « Les PROMs sont définis comme des questionnaires standardisés et validés, remplis par les patients afin de mesurer leur perception de leur bien-être fonctionnel et de leur qualité de vie ». Cette méthode d’évaluation complexe et relativement opaque mélangeant critères objectifs et subjectifs (influencés par des facteurs culturels) est bien sûr critiquable et a été critiquée. Ce palmarès a cependant le mérite d’exister ce qui justifie pleinement cette analyse succincte.
La Mayo Clinic de Rochester conserve son titre
Comme chaque année, les hôpitaux américains dominent le classement. La Mayo Clinic de Rochester, dans l’Etat américain du Minnesota, conserve ainsi son titre de meilleur hôpital de la planète. Elle est suivie par le Toronto General Hospital du Canada, qui gagne une place par rapport à l’an dernier et par la Cleveland Clinic dans l’Ohio, qui complète le podium. En quatrième position (un rang gagné par rapport à 2025), l’Institut Karolinska de Stockholm décroche le titre de meilleur hôpital d’Europe. Le célèbre Massachusetts General Hospital de Boston (+ 1 place) ferme ce top 5. On compte quatre hôpitaux américains dans le top 10 du classement de Newsweek et seulement trois hôpitaux européens (l’Institut Karolinska, l’hôpital de la Charité à Berlin et l’hôpital universitaire de Zurich).
Quinze établissements de santé français figurent dans les 250 premiers du magazine Newsweek, dont six dans le top 100. Figurant à la 11e place du classement général (stable par rapport à 2025), l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière conserve son rang de meilleur hôpital français. Il est suivi par l’hôpital européen Georges Pompidou (32e du classement général, - 3 places par rapport à 2025), l’hôpital Claude Huriez de Lille (34e, - 8 places) et l’hôpital Pellegrin de Bordeaux (69e, + 6 places). Le secteur privé est bien représenté avec la clinique Santé Atlantique du groupe ELSAN, près de Nantes, considérée comme le cinquième meilleur établissement de santé français (78e au classement général, - 7 places). Sur les dix meilleurs hôpitaux français, cinq se trouvent à Paris.
L’hôpital Gustave Roussy, meilleur centre d’oncologie d’Europe
Le magazine Newsweek a également réalisé un classement des « meilleurs hôpitaux » de la planète pour 12 spécialités : chirurgie cardiaque, cardiologie, endocrinologie, gastro-entérologie, neurologie, neurochirurgie, gynécologie obstétrique, oncologie, orthopédie, pédiatrie, pneumologie, urologie.
Dans certaines d’entre elles, les hôpitaux français parviennent à tirer leur épingle du jeu. A en croire l’hebdomadaire américain, l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière possède ainsi les 8e meilleurs services de chirurgie cardiaque et de neurochirurgie de la planète et les 7e en cardiologie et en neurologie. En Europe, seul l’hôpital de la Charité à Berlin fait mieux dans ces domaines.
La France pourrait également s’enorgueillir de posséder le 6e meilleur centre de traitement du cancer de la planète et le meilleur d’Europe à l’hôpital Gustave Roussy de Villejuif. L’hôpital Necker à Paris s’offre lui une belle 7e place mondiale en pédiatrie, juste derrière le bien nommé hôpital pédiatrique de l’Enfant Jésus de Rome, meilleur hôpital pédiatrique d’Europe. Il est des secteurs en revanche où la médecine française obtient des résultats relativement médiocres. On ne retrouve ainsi pas un seul hôpital français dans le top 15 des meilleurs établissements de la planète en endocrinologie, gastro-entérologie et gynécologie obstétrique.
Le magazine Newsweek déclare réaliser ce classement pour aider ses lecteurs à faire le choix entre les milliers d’hôpitaux existants sur la planète. Il est cependant assez rare d’avoir les moyens (ou même le temps) de se rendre dans n’importe quel endroit de la planète pour se faire soigner. Si vous faites partie de ces quelques happy few, n’hésitez pas à consulter un cardiologue à Cleveland et un neurologue à Boston, à accoucher à Rome, à faire suivre votre cancer à Séoul ou à emmener votre fils chez un pédiatre de Toronto. Pour les autres, on se contentera de suivre les recommandations de son médecin traitant.
________________
Les hôpitaux publics paient de plus en plus mal
Quentin Haroche
30 mars 2026
Les hôpitaux publics mettent en moyenne 73 jours pour régler leurs factures, soit bien plus que le délai légal de 50 jours.
Le 18 février dernier, l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) publiait un rapport particulièrement alarmant sur l’état des finances des hôpitaux en France. Le déficit des établissements publics de santé (EPS) a ainsi atteint le niveau record de 2,9 milliards d’euros en 2024, avec une hausse de 1 milliard d’euros par an sur les deux dernières années. Une situation budgétaire obérée qui a une conséquence indirecte : les hôpitaux publics mettent de plus en plus de temps à payer leurs factures.
Selon l’observatoire des délais de paiement de la Banque de France, le délai moyen de paiement par les hôpitaux publics s’élève, en 2025, à 73,1 jours, contre seulement 63,4 jours en 2024 et 55,1 jours à l’époque de la crise sanitaire. C’est bien au-delà du délai légal laissé aux hôpitaux pour régler leurs factures, fixé à 50 jours. Selon Olivier Rietmann, sénateur et auteur d’une proposition de loi pour lutter contre les retards de paiement actuellement débattue au Parlement, sur les 17 milliards d’euros que représentent les factures en retard en France, « plus de 5 milliards viennent du secteur public et la très grande majorité est directement imputable aux hôpitaux ».
Des conséquences négatives pour les prestataires
Ces retards de paiement ont évidemment des conséquences délétères pour les prestataires des hôpitaux publics, qui se retrouvent pris en étau entre la nécessité de réaliser leurs prestations (et de payer chaque mois leurs employés) et le non-paiement de leurs factures. Ces dernières semaines, la presse s’est fait l’écho de ces difficultés : une société d’ambulances qui réclame 200 000 euros aux hôpitaux de Chaumont et de Langres, une entreprise d’intérim à qui un hôpital du Val-de-Marne doit 980 000 euros, une société de nettoyage qui cumule plus d’1,4 million d’euros de créance auprès de divers hôpitaux…
Dans le secteur de la restauration collective, où la commande publique représente 32 % du marché, ou dans ceux de la propreté et de la sécurité (25 % de commandes publiques), ces retards de paiement peuvent entrainer des faillites en chaine. En théorie, ces entreprises peuvent bien sûr entamer des procédures judiciaires pour réclamer leur dû plus rapidement. Mais en pratique, ils y rechignent, pour ne pas se mettre à dos leurs principaux clients. « Les hôpitaux nous font comprendre que si on insiste, ils s’en souviendront au renouvellement de l’appel d’offres » témoigne auprès du Point le chef d’une entreprise de sécurité qui attend ses paiements depuis six mois. « Même ceux placés en liquidation n’osent pas parler, parce qu’ils espèrent se relancer et ne veulent pas se griller auprès des collectivités » confirme un administrateur judiciaire.
Au vu de la gravité de la situation des entreprises commencent tout de même à se rebeller. Ces derniers mois, les fédérations des entreprises de la propreté, de la sécurité et de la restauration collective ont ainsi adressé des courriers à la ministre de la Santé et au Premier Ministre pour les alerter de la situation. « Sur un échantillon de seulement 35 dossiers, le montant des impayés s’élève à plus de 25 millions d’euros, avec un délai moyen de retard de 250 jours » indiquait par exemple la Fédération des entreprises de la propreté (FEP) dans un courrier à Sébastien Lecornu en date du 5 mars dernier. Seule timide réponse du gouvernement : la promesse d’une hausse du budget des hôpitaux en 2027, alors que le déficit de la Sécurité Sociale est déjà de plus de 21 milliards d’euros.
Une « culture du non-paiement » au sein des hôpitaux
Du côté des hôpitaux, on rejette d’ailleurs essentiellement la faute sur l’Etat et le manque de financement des établissements de santé. « La dégradation est essentiellement due à l’inflation, qui n’a pas été compensée, et aux revalorisations salariales du Ségur de la Santé qui ne l’ont pas été intégralement : 1,7 milliard n’était pas couvert » explique ainsi au Point la Fédération hospitalière de France (FHF). Un constat d’ailleurs déjà fait par l’IGAS dans son rapport du mois dernier.
Si, en juillet 2025, une circulaire ministérielle a été adressée aux hôpitaux publics pour les « sensibiliser au respect de la réglementation » en matière de délai de paiement, certains chefs d’entreprise estiment qu’une véritable « culture du non-paiement » s’est installée à l’hôpital. « Certains de mes clients trouvent tous les stratagèmes pour ne pas payer » explique ainsi la cheffe d’une entreprise de propreté qui réclame depuis huit mois son dû auprès d’hôpitaux bretons.
Les hôpitaux se servent notamment allégrement d’un tour de passe-passe juridique. La loi prévoit en effet, en matière de commande publique, que le délai de paiement ne court pas au moment de la réception de la facture mais lorsque l’administration ordonne au trésorier public de la payer. « Il suffit de laisser traîner le délai entre la réception de la facture et le contrôle que doit en faire le service dédié » explique Olivier Rietmann. Le sénateur souhaite d’ailleurs profiter de sa proposition de loi pour supprimer ce mécanisme qu’il juge trop avantageux pour l’administration. « Bercy s’est roulé par terre, ils ne voulaient pas qu’on en parle » relate-t-il. « L’objectif premier de Bercy est de freiner au maximum le déficit budgétaire. Il préfère donc ne pas décaisser les sommes dues et augmenter le déficit ».
Les hôpitaux publics se sont en réalité enfermés dans un cercle vicieux. Face à ces délais de paiement, les prestataires n’ont en effet pas d’autre choix que d’augmenter leurs prix. « En audition privée, plusieurs gestionnaires d’hôpitaux m’ont avoué qu’ils conseillaient à leurs prestataires d’augmenter leurs factures de 20 %, pour compenser les retards de paiement » révèle ainsi au Point Olivier Rietmann. Entre 2015 et 2023, la dette des hôpitaux vis-à-vis de leurs prestataires a ainsi doublé, passant de 3,8 à 7,5 milliards d’euros. « Cette mauvaise gestion finit par coûter une fortune à tous » conclut l’économiste de la santé Jean de Kervasdoué.
______________________
Jour de carence dans la fonction publique : effets attendus et moins attendus
Juliette Seblon
30 mars 2026
Réintroduit en 2018, le jour de carence dans la fonction publique territoriale constitue un levier classique de régulation des arrêts maladie de courte durée. L’analyse menée à partir des données de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales met en évidence un effet significatif dès les premières années d’application, dans un contexte marqué par une hausse continue des arrêts maladie dans le secteur public.
Une diminution nette des arrêts maladie, concentrée sur les épisodes courts
Ainsi, l’étude confirme une réduction mesurable de l’absentéisme pour maladie ordinaire après la mise en œuvre du dispositif. La probabilité pour un agent de prendre au moins un arrêt diminue d’environ 11 %, tandis que le nombre total de jours d’arrêt recule de 13 %. Cette évolution ne relève pas d’un effet ponctuel mais traduit un ajustement durable des comportements.
L’impact se concentre essentiellement sur les arrêts de courte durée, en particulier ceux de deux à trois jours, directement affectés par la perte de rémunération. À l’inverse, les arrêts longs restent globalement inchangés, suggérant que la mesure agit davantage sur les décisions marginales d’arrêt que sur les situations médicales avérées. Ce résultat confirme que le jour de carence constitue un outil ciblé sur le micro-absentéisme, sans modification apparente des pathologies nécessitant des arrêts prolongés.
Un levier budgétaire immédiat mais partiel
La baisse des arrêts se traduit par une économie estimée à 86 millions d’euros par an, soit environ 4,5 % du coût total des congés maladie ordinaires dans la fonction publique territoriale. Cette économie repose sur une diminution moyenne d’environ 1,25 jour d’arrêt par agent et par an.
Toutefois, cette estimation reste strictement comptable et de court terme. Elle ne prend pas en compte d’éventuels effets indirects, comme une multiplication potentielle des accidents du travail, ni les conséquences éventuelles sur la santé des agents ou la qualité du service rendu. La littérature suggère en effet que la réduction des arrêts courts peut s’accompagner d’un présentéisme accru, avec un risque de dégradation secondaire de l’état de santé et un coût finalement augmenté pour les entreprises.
Un impact hétérogène en fonction des profils sociologiques
L’un des résultats les plus marquants de cette étude concerne la distribution inégale des effets selon les profils d’agents. La réduction des arrêts est significativement plus importante chez les agents jeunes, peu qualifiés et faiblement rémunérés. Chez ces derniers, la perte d’une journée de salaire représente un coût relatif plus élevé, renforçant l’effet dissuasif de la mesure.
À l’inverse, les agents appartenant aux catégories les plus qualifiées ou les mieux rémunérées apparaissent peu sensibles au dispositif, avec des effets non significatifs sur leurs comportements.
Les auteurs notent que si la mesure démontre son efficacité sur les indicateurs d’absentéisme, elle agit principalement sur les conséquences financières des arrêts plutôt que sur leurs causes. Or, l’augmentation des arrêts maladie dans la fonction publique est largement associée à des facteurs structurels tels que les conditions de travail, la pénibilité ou les contraintes organisationnelles.
Dans ce contexte, le jour de carence s’inscrit davantage comme un instrument de régulation budgétaire que comme une réponse globale aux enjeux de santé au travail. Son efficacité doit donc être interprétée à l’aune de ses effets secondaires potentiels.
___________________________
Traiter l'anaphylaxie sans aiguille grâce à l’adrénaline intranasale
Pr Guy Dutau
30 mars 2026
L'adrénaline intranasale pourrait bientôt concurrencer l'injection intramusculaire dans le traitement de l'anaphylaxie, avec un avantage décisif : plus besoin d'aiguille.
La gestion de l'anaphylaxie chez l'enfant se heurte à des obstacles importants liés à la peur des aiguilles et aux difficultés techniques associées à l'utilisation des dispositifs auto-injecteurs d'adrénaline intramusculaire, ce qui peut limiter leur utilisation. Les formulations d'adrénaline intranasale pourraient représenter un changement de paradigme en apportant des solutions à ces difficultés cliniques persistantes.
Une revue de la littérature internationale
Une revue de la littérature synthétise les données actuelles sur les formulations intranasales d'adrénaline, en analysant les études publiées qui abordent leur efficacité clinique, leurs technologies et leurs profils de sécurité (1). Trois produits font l'objet des publications recensées : neffy® (ARS Pharmaceuticals), qui utilise la technologie Intravail® et représente le premier produit commercialisé approuvé par la FDA ; UTULY™ (Bryn Pharma), qui emploie une stratégie à dose élevée (13,2 mg) pour surmonter les obstacles liés à l'absorption ; et FMXIN002 (Nasus Pharma), qui repose sur une technologie à base de poudre de microsphères offrant une stabilité de 5 ans à température ambiante.
Les études pharmacocinétiques montrent systématiquement que les concentrations plasmatiques d'adrénaline obtenues par voie intranasale sont comparables, voire supérieures à celles obtenues par injection intramusculaire manuelle, avec une cinétique d'absorption plus rapide. Une étude clinique de phase 3 menée auprès de 15 enfants présentant une anaphylaxie lors de tests de provocation alimentaire a montré une résolution des symptômes en 16 minutes (valeur médiane), sans événement indésirable grave.
De plus, contrairement à ce que l'on pourrait penser, la congestion nasale et les infections des voies respiratoires supérieures semblent favoriser l'absorption de l'adrénaline plutôt que la diminuer, une observation contre-intuitive qui lève les inquiétudes sur la fiabilité de l'administration intranasale en cas de congestion. Ces formulations sans aiguille offrent également des avantages notables tels que la suppression des obstacles liés à l'injection, la simplification des techniques d'administration, une meilleure stabilité thermique et un maintien de l'efficacité thérapeutique.
L'adrénaline intranasale représente une avancée importante dans la prise en charge de l'anaphylaxie, particulièrement chez l'enfant, où l'anxiété liée aux injections freine souvent le recours à l'adrénaline intramusculaire et compromet son efficacité. Ces résultats, obtenus chez l'enfant, pourraient bien valoir aussi pour les adolescents et les adultes, qu'ils redoutent ou non les aiguilles.
Où en est-on en France ?
À ce jour, aucune étude française ne semble avoir été publiée sur ce sujet. Une recherche dans PubMed avec la formulation « Intranasal epinephrine for anaphylaxis » permet d'identifier 38 articles, tous issus d'équipes étrangères. Rosenblum et coll. ont publié la première série de cas d’anaphylaxie à l'immunothérapie allergénique traités par neffy® (2). Les publications sur l'adrénaline intranasale dans l'anaphylaxie restent récentes et leur nombre croît rapidement, témoignant d'un intérêt scientifique grandissant pour cette approche.
EURneffy, spray nasal d'adrénaline indiqué en urgence dans l'anaphylaxie, a obtenu une autorisation de mise sur le marché européenne le 22 août 2024. Il s’agit du premier traitement de ce type, sans injection, disponible dans l'UE, pour les adultes et les enfants de 30 kg ou plus. En France, comme dans la plupart des pays européens, la disponibilité effective dépend encore des étapes nationales d'évaluation, de fixation du prix et de remboursement, ce qui explique le délai habituel après une approbation européenne.
La question de savoir si cette voie d'administration finira par s'imposer face au traitement de référence actuel - l'injection intramusculaire profonde à la face antéro-latérale de la cuisse - reste ouverte. Les données disponibles sont encourageantes, mais ce dossier mérite d'être suivi de près.
Quentin Haroche
12 mars 2026
jim.fr
Si le monde du cinéma a ses Oscars (qui auront lieu lundi prochain), celui des hôpitaux a également sa propre cérémonie des prix : le classement annuel des meilleurs centres hospitaliers du monde réalisé par le magazine Newsweek. Chaque année, l’hebdomadaire américain dresse, en partenariat avec le site de statistiques Statista, la liste des meilleurs établissements de santé de la planète. Ce sont au total plus de 2 500 hôpitaux répartis dans 32 pays du monde (la Turquie et les Philippines font cette année leur entrée dans le classement) qui ont été évalués et comparés pour aboutir à cette liste des 250 « meilleurs » établissements de santé de la planète, publiée le 25 février dernier.
« Chaque hôpital a été examiné et s’est vu attribuer un score basé sur quatre sources de données : les recommandations d’experts médicaux (y compris des médecins, des directeurs d’hôpitaux et d’autres professionnels de la santé), les indicateurs de qualité des hôpitaux, les données existantes sur l’expérience des patients et l’enquête de Statista sur la mise en œuvre des Patient-Reported Outcome Measures (PROMs) » explique Newsweek. « Les PROMs sont définis comme des questionnaires standardisés et validés, remplis par les patients afin de mesurer leur perception de leur bien-être fonctionnel et de leur qualité de vie ». Cette méthode d’évaluation complexe et relativement opaque mélangeant critères objectifs et subjectifs (influencés par des facteurs culturels) est bien sûr critiquable et a été critiquée. Ce palmarès a cependant le mérite d’exister ce qui justifie pleinement cette analyse succincte.
La Mayo Clinic de Rochester conserve son titre
Comme chaque année, les hôpitaux américains dominent le classement. La Mayo Clinic de Rochester, dans l’Etat américain du Minnesota, conserve ainsi son titre de meilleur hôpital de la planète. Elle est suivie par le Toronto General Hospital du Canada, qui gagne une place par rapport à l’an dernier et par la Cleveland Clinic dans l’Ohio, qui complète le podium. En quatrième position (un rang gagné par rapport à 2025), l’Institut Karolinska de Stockholm décroche le titre de meilleur hôpital d’Europe. Le célèbre Massachusetts General Hospital de Boston (+ 1 place) ferme ce top 5. On compte quatre hôpitaux américains dans le top 10 du classement de Newsweek et seulement trois hôpitaux européens (l’Institut Karolinska, l’hôpital de la Charité à Berlin et l’hôpital universitaire de Zurich).
Quinze établissements de santé français figurent dans les 250 premiers du magazine Newsweek, dont six dans le top 100. Figurant à la 11e place du classement général (stable par rapport à 2025), l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière conserve son rang de meilleur hôpital français. Il est suivi par l’hôpital européen Georges Pompidou (32e du classement général, - 3 places par rapport à 2025), l’hôpital Claude Huriez de Lille (34e, - 8 places) et l’hôpital Pellegrin de Bordeaux (69e, + 6 places). Le secteur privé est bien représenté avec la clinique Santé Atlantique du groupe ELSAN, près de Nantes, considérée comme le cinquième meilleur établissement de santé français (78e au classement général, - 7 places). Sur les dix meilleurs hôpitaux français, cinq se trouvent à Paris.
L’hôpital Gustave Roussy, meilleur centre d’oncologie d’Europe
Le magazine Newsweek a également réalisé un classement des « meilleurs hôpitaux » de la planète pour 12 spécialités : chirurgie cardiaque, cardiologie, endocrinologie, gastro-entérologie, neurologie, neurochirurgie, gynécologie obstétrique, oncologie, orthopédie, pédiatrie, pneumologie, urologie.
Dans certaines d’entre elles, les hôpitaux français parviennent à tirer leur épingle du jeu. A en croire l’hebdomadaire américain, l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière possède ainsi les 8e meilleurs services de chirurgie cardiaque et de neurochirurgie de la planète et les 7e en cardiologie et en neurologie. En Europe, seul l’hôpital de la Charité à Berlin fait mieux dans ces domaines.
La France pourrait également s’enorgueillir de posséder le 6e meilleur centre de traitement du cancer de la planète et le meilleur d’Europe à l’hôpital Gustave Roussy de Villejuif. L’hôpital Necker à Paris s’offre lui une belle 7e place mondiale en pédiatrie, juste derrière le bien nommé hôpital pédiatrique de l’Enfant Jésus de Rome, meilleur hôpital pédiatrique d’Europe. Il est des secteurs en revanche où la médecine française obtient des résultats relativement médiocres. On ne retrouve ainsi pas un seul hôpital français dans le top 15 des meilleurs établissements de la planète en endocrinologie, gastro-entérologie et gynécologie obstétrique.
Le magazine Newsweek déclare réaliser ce classement pour aider ses lecteurs à faire le choix entre les milliers d’hôpitaux existants sur la planète. Il est cependant assez rare d’avoir les moyens (ou même le temps) de se rendre dans n’importe quel endroit de la planète pour se faire soigner. Si vous faites partie de ces quelques happy few, n’hésitez pas à consulter un cardiologue à Cleveland et un neurologue à Boston, à accoucher à Rome, à faire suivre votre cancer à Séoul ou à emmener votre fils chez un pédiatre de Toronto. Pour les autres, on se contentera de suivre les recommandations de son médecin traitant.
________________
Les hôpitaux publics paient de plus en plus mal
Quentin Haroche
30 mars 2026
Les hôpitaux publics mettent en moyenne 73 jours pour régler leurs factures, soit bien plus que le délai légal de 50 jours.
Le 18 février dernier, l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) publiait un rapport particulièrement alarmant sur l’état des finances des hôpitaux en France. Le déficit des établissements publics de santé (EPS) a ainsi atteint le niveau record de 2,9 milliards d’euros en 2024, avec une hausse de 1 milliard d’euros par an sur les deux dernières années. Une situation budgétaire obérée qui a une conséquence indirecte : les hôpitaux publics mettent de plus en plus de temps à payer leurs factures.
Selon l’observatoire des délais de paiement de la Banque de France, le délai moyen de paiement par les hôpitaux publics s’élève, en 2025, à 73,1 jours, contre seulement 63,4 jours en 2024 et 55,1 jours à l’époque de la crise sanitaire. C’est bien au-delà du délai légal laissé aux hôpitaux pour régler leurs factures, fixé à 50 jours. Selon Olivier Rietmann, sénateur et auteur d’une proposition de loi pour lutter contre les retards de paiement actuellement débattue au Parlement, sur les 17 milliards d’euros que représentent les factures en retard en France, « plus de 5 milliards viennent du secteur public et la très grande majorité est directement imputable aux hôpitaux ».
Des conséquences négatives pour les prestataires
Ces retards de paiement ont évidemment des conséquences délétères pour les prestataires des hôpitaux publics, qui se retrouvent pris en étau entre la nécessité de réaliser leurs prestations (et de payer chaque mois leurs employés) et le non-paiement de leurs factures. Ces dernières semaines, la presse s’est fait l’écho de ces difficultés : une société d’ambulances qui réclame 200 000 euros aux hôpitaux de Chaumont et de Langres, une entreprise d’intérim à qui un hôpital du Val-de-Marne doit 980 000 euros, une société de nettoyage qui cumule plus d’1,4 million d’euros de créance auprès de divers hôpitaux…
Dans le secteur de la restauration collective, où la commande publique représente 32 % du marché, ou dans ceux de la propreté et de la sécurité (25 % de commandes publiques), ces retards de paiement peuvent entrainer des faillites en chaine. En théorie, ces entreprises peuvent bien sûr entamer des procédures judiciaires pour réclamer leur dû plus rapidement. Mais en pratique, ils y rechignent, pour ne pas se mettre à dos leurs principaux clients. « Les hôpitaux nous font comprendre que si on insiste, ils s’en souviendront au renouvellement de l’appel d’offres » témoigne auprès du Point le chef d’une entreprise de sécurité qui attend ses paiements depuis six mois. « Même ceux placés en liquidation n’osent pas parler, parce qu’ils espèrent se relancer et ne veulent pas se griller auprès des collectivités » confirme un administrateur judiciaire.
Au vu de la gravité de la situation des entreprises commencent tout de même à se rebeller. Ces derniers mois, les fédérations des entreprises de la propreté, de la sécurité et de la restauration collective ont ainsi adressé des courriers à la ministre de la Santé et au Premier Ministre pour les alerter de la situation. « Sur un échantillon de seulement 35 dossiers, le montant des impayés s’élève à plus de 25 millions d’euros, avec un délai moyen de retard de 250 jours » indiquait par exemple la Fédération des entreprises de la propreté (FEP) dans un courrier à Sébastien Lecornu en date du 5 mars dernier. Seule timide réponse du gouvernement : la promesse d’une hausse du budget des hôpitaux en 2027, alors que le déficit de la Sécurité Sociale est déjà de plus de 21 milliards d’euros.
Une « culture du non-paiement » au sein des hôpitaux
Du côté des hôpitaux, on rejette d’ailleurs essentiellement la faute sur l’Etat et le manque de financement des établissements de santé. « La dégradation est essentiellement due à l’inflation, qui n’a pas été compensée, et aux revalorisations salariales du Ségur de la Santé qui ne l’ont pas été intégralement : 1,7 milliard n’était pas couvert » explique ainsi au Point la Fédération hospitalière de France (FHF). Un constat d’ailleurs déjà fait par l’IGAS dans son rapport du mois dernier.
Si, en juillet 2025, une circulaire ministérielle a été adressée aux hôpitaux publics pour les « sensibiliser au respect de la réglementation » en matière de délai de paiement, certains chefs d’entreprise estiment qu’une véritable « culture du non-paiement » s’est installée à l’hôpital. « Certains de mes clients trouvent tous les stratagèmes pour ne pas payer » explique ainsi la cheffe d’une entreprise de propreté qui réclame depuis huit mois son dû auprès d’hôpitaux bretons.
Les hôpitaux se servent notamment allégrement d’un tour de passe-passe juridique. La loi prévoit en effet, en matière de commande publique, que le délai de paiement ne court pas au moment de la réception de la facture mais lorsque l’administration ordonne au trésorier public de la payer. « Il suffit de laisser traîner le délai entre la réception de la facture et le contrôle que doit en faire le service dédié » explique Olivier Rietmann. Le sénateur souhaite d’ailleurs profiter de sa proposition de loi pour supprimer ce mécanisme qu’il juge trop avantageux pour l’administration. « Bercy s’est roulé par terre, ils ne voulaient pas qu’on en parle » relate-t-il. « L’objectif premier de Bercy est de freiner au maximum le déficit budgétaire. Il préfère donc ne pas décaisser les sommes dues et augmenter le déficit ».
Les hôpitaux publics se sont en réalité enfermés dans un cercle vicieux. Face à ces délais de paiement, les prestataires n’ont en effet pas d’autre choix que d’augmenter leurs prix. « En audition privée, plusieurs gestionnaires d’hôpitaux m’ont avoué qu’ils conseillaient à leurs prestataires d’augmenter leurs factures de 20 %, pour compenser les retards de paiement » révèle ainsi au Point Olivier Rietmann. Entre 2015 et 2023, la dette des hôpitaux vis-à-vis de leurs prestataires a ainsi doublé, passant de 3,8 à 7,5 milliards d’euros. « Cette mauvaise gestion finit par coûter une fortune à tous » conclut l’économiste de la santé Jean de Kervasdoué.
______________________
Jour de carence dans la fonction publique : effets attendus et moins attendus
Juliette Seblon
30 mars 2026
Réintroduit en 2018, le jour de carence dans la fonction publique territoriale constitue un levier classique de régulation des arrêts maladie de courte durée. L’analyse menée à partir des données de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales met en évidence un effet significatif dès les premières années d’application, dans un contexte marqué par une hausse continue des arrêts maladie dans le secteur public.
Une diminution nette des arrêts maladie, concentrée sur les épisodes courts
Ainsi, l’étude confirme une réduction mesurable de l’absentéisme pour maladie ordinaire après la mise en œuvre du dispositif. La probabilité pour un agent de prendre au moins un arrêt diminue d’environ 11 %, tandis que le nombre total de jours d’arrêt recule de 13 %. Cette évolution ne relève pas d’un effet ponctuel mais traduit un ajustement durable des comportements.
L’impact se concentre essentiellement sur les arrêts de courte durée, en particulier ceux de deux à trois jours, directement affectés par la perte de rémunération. À l’inverse, les arrêts longs restent globalement inchangés, suggérant que la mesure agit davantage sur les décisions marginales d’arrêt que sur les situations médicales avérées. Ce résultat confirme que le jour de carence constitue un outil ciblé sur le micro-absentéisme, sans modification apparente des pathologies nécessitant des arrêts prolongés.
Un levier budgétaire immédiat mais partiel
La baisse des arrêts se traduit par une économie estimée à 86 millions d’euros par an, soit environ 4,5 % du coût total des congés maladie ordinaires dans la fonction publique territoriale. Cette économie repose sur une diminution moyenne d’environ 1,25 jour d’arrêt par agent et par an.
Toutefois, cette estimation reste strictement comptable et de court terme. Elle ne prend pas en compte d’éventuels effets indirects, comme une multiplication potentielle des accidents du travail, ni les conséquences éventuelles sur la santé des agents ou la qualité du service rendu. La littérature suggère en effet que la réduction des arrêts courts peut s’accompagner d’un présentéisme accru, avec un risque de dégradation secondaire de l’état de santé et un coût finalement augmenté pour les entreprises.
Un impact hétérogène en fonction des profils sociologiques
L’un des résultats les plus marquants de cette étude concerne la distribution inégale des effets selon les profils d’agents. La réduction des arrêts est significativement plus importante chez les agents jeunes, peu qualifiés et faiblement rémunérés. Chez ces derniers, la perte d’une journée de salaire représente un coût relatif plus élevé, renforçant l’effet dissuasif de la mesure.
À l’inverse, les agents appartenant aux catégories les plus qualifiées ou les mieux rémunérées apparaissent peu sensibles au dispositif, avec des effets non significatifs sur leurs comportements.
Les auteurs notent que si la mesure démontre son efficacité sur les indicateurs d’absentéisme, elle agit principalement sur les conséquences financières des arrêts plutôt que sur leurs causes. Or, l’augmentation des arrêts maladie dans la fonction publique est largement associée à des facteurs structurels tels que les conditions de travail, la pénibilité ou les contraintes organisationnelles.
Dans ce contexte, le jour de carence s’inscrit davantage comme un instrument de régulation budgétaire que comme une réponse globale aux enjeux de santé au travail. Son efficacité doit donc être interprétée à l’aune de ses effets secondaires potentiels.
___________________________
Traiter l'anaphylaxie sans aiguille grâce à l’adrénaline intranasale
Pr Guy Dutau
30 mars 2026
L'adrénaline intranasale pourrait bientôt concurrencer l'injection intramusculaire dans le traitement de l'anaphylaxie, avec un avantage décisif : plus besoin d'aiguille.
La gestion de l'anaphylaxie chez l'enfant se heurte à des obstacles importants liés à la peur des aiguilles et aux difficultés techniques associées à l'utilisation des dispositifs auto-injecteurs d'adrénaline intramusculaire, ce qui peut limiter leur utilisation. Les formulations d'adrénaline intranasale pourraient représenter un changement de paradigme en apportant des solutions à ces difficultés cliniques persistantes.
Une revue de la littérature internationale
Une revue de la littérature synthétise les données actuelles sur les formulations intranasales d'adrénaline, en analysant les études publiées qui abordent leur efficacité clinique, leurs technologies et leurs profils de sécurité (1). Trois produits font l'objet des publications recensées : neffy® (ARS Pharmaceuticals), qui utilise la technologie Intravail® et représente le premier produit commercialisé approuvé par la FDA ; UTULY™ (Bryn Pharma), qui emploie une stratégie à dose élevée (13,2 mg) pour surmonter les obstacles liés à l'absorption ; et FMXIN002 (Nasus Pharma), qui repose sur une technologie à base de poudre de microsphères offrant une stabilité de 5 ans à température ambiante.
Les études pharmacocinétiques montrent systématiquement que les concentrations plasmatiques d'adrénaline obtenues par voie intranasale sont comparables, voire supérieures à celles obtenues par injection intramusculaire manuelle, avec une cinétique d'absorption plus rapide. Une étude clinique de phase 3 menée auprès de 15 enfants présentant une anaphylaxie lors de tests de provocation alimentaire a montré une résolution des symptômes en 16 minutes (valeur médiane), sans événement indésirable grave.
De plus, contrairement à ce que l'on pourrait penser, la congestion nasale et les infections des voies respiratoires supérieures semblent favoriser l'absorption de l'adrénaline plutôt que la diminuer, une observation contre-intuitive qui lève les inquiétudes sur la fiabilité de l'administration intranasale en cas de congestion. Ces formulations sans aiguille offrent également des avantages notables tels que la suppression des obstacles liés à l'injection, la simplification des techniques d'administration, une meilleure stabilité thermique et un maintien de l'efficacité thérapeutique.
L'adrénaline intranasale représente une avancée importante dans la prise en charge de l'anaphylaxie, particulièrement chez l'enfant, où l'anxiété liée aux injections freine souvent le recours à l'adrénaline intramusculaire et compromet son efficacité. Ces résultats, obtenus chez l'enfant, pourraient bien valoir aussi pour les adolescents et les adultes, qu'ils redoutent ou non les aiguilles.
Où en est-on en France ?
À ce jour, aucune étude française ne semble avoir été publiée sur ce sujet. Une recherche dans PubMed avec la formulation « Intranasal epinephrine for anaphylaxis » permet d'identifier 38 articles, tous issus d'équipes étrangères. Rosenblum et coll. ont publié la première série de cas d’anaphylaxie à l'immunothérapie allergénique traités par neffy® (2). Les publications sur l'adrénaline intranasale dans l'anaphylaxie restent récentes et leur nombre croît rapidement, témoignant d'un intérêt scientifique grandissant pour cette approche.
EURneffy, spray nasal d'adrénaline indiqué en urgence dans l'anaphylaxie, a obtenu une autorisation de mise sur le marché européenne le 22 août 2024. Il s’agit du premier traitement de ce type, sans injection, disponible dans l'UE, pour les adultes et les enfants de 30 kg ou plus. En France, comme dans la plupart des pays européens, la disponibilité effective dépend encore des étapes nationales d'évaluation, de fixation du prix et de remboursement, ce qui explique le délai habituel après une approbation européenne.
La question de savoir si cette voie d'administration finira par s'imposer face au traitement de référence actuel - l'injection intramusculaire profonde à la face antéro-latérale de la cuisse - reste ouverte. Les données disponibles sont encourageantes, mais ce dossier mérite d'être suivi de près.
La santé est un état précaire qui ne laisse augurer rien de bon.
https://www.facebook.com/SOFIA-soci%C3% ... _todo_tour
https://mobile.twitter.com/SOFIA_iade
https://www.facebook.com/SOFIA-soci%C3% ... _todo_tour
https://mobile.twitter.com/SOFIA_iade
-
Arnaud BASSEZ
- Administrateur - Site Admin
- Messages : 2629
- Enregistré le : sam. nov. 04, 2006 4:43 pm
- Localisation : Paris
- Contact :
Re: Articles sur la santé
Comme un malheureux air de déjà vu.
« Je voyais des gens pleurer dans les couloirs » : un professeur hospitalier dénonce un climat toxique au CHU de Nice (Interview)
Aurélie Haroche
01 avril 2026
jim.fr
Les situations de harcèlement au sein des hôpitaux tendent à être de plus en plus régulièrement dénoncées. Sur ce sujet sensible, nous avions ouvert nos colonnes au Professeur Bernard Granger qui a fondé, avec le Dr Mathieu Belhasen, un Observatoire de la répression des personnels hospitaliers, qui était notamment revenu sur la complexité et la longueur des procédures tant pour les victimes que pour les lanceurs d’alerte. Cet état de fait n’a pas dissuadé le professeur Thierry Piche de signaler au procureur de la République des faits de harcèlement, perpétués selon lui par la direction du CHU de Nice. Nous revenons avec lui sur les éléments qu’il dénonce.
Sollicitée, la direction du CHU de Nice n’a pas donné suite.
JIM.fr - Pouvez-vous rapidement vous présenter ?
Pr Thierry Piche - Je suis PUPH en gastro-entérologie et ancien président de la Commission médicale d’établissement. J’ai 58 ans et j’aurais pu achever sereinement ma carrière. J'ai beaucoup réfléchi avant de lancer cette alerte, sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale*.
Cependant, ce que j’ai constaté au sein du CHU m’a profondément touché. J’ai beaucoup discuté avec ma famille qui m’a encouragé à agir. Mon action n’est dirigée par aucun conflit d’intérêt. J’aurais tout à fait pu ne pas intervenir, mais la situation actuelle heurte mes valeurs. Vous ne verrez dans mes propos aucune diffamation car c’est la justice qui les confirmera ou non.
JIM.fr - Qu’est-ce qui vous a poussé à agir justement ?
Pr Thierry Piche - Je voyais des agents pleurer dans le service et pour moi c’était le signe clair que quelque chose n’allait pas. Petit à petit, j’ai eu la conviction qu’effectivement, des choses anormales avaient lieu au sein de l’établissement. En août 2025 j’ai donc décidé de consulter des avocats, qui m’ont indiqué qu’il était nécessaire de pouvoir s’appuyer sur des preuves. Et c’est ainsi que je me suis transformé en véritable enquêteur. Au début, ce fut très difficile parce qu’il règne une véritable omerta : les agents hospitaliers ont inévitablement peur de perdre leur travail, et c’est encore le cas.
Révolution complète dans l’équipe de direction
Ainsi, le climat délétère qui s’est installé s’observe notamment quand on essaie de rentrer en contact avec des personnes qui travaillent au sein de la direction, qui hésitent à parler au téléphone en s’inquiétant que « les murs aient des oreilles ». Cette réaction est évidement anormale.
JIM.fr - A quand remonte ce harcèlement selon vous et comment se manifeste-t-il ?
Pr Thierry Piche - Le développement de ce qui pourrait constituer un harcèlement institutionnel a débuté très tôt après l’arrivée du Directeur Général Rodolphe Bourret et a visé, non pas seulement quelques cas individuels (comme semble le considérer le Centre national de gestion), mais un corps directorial dans son ensemble. Ils ont été véritablement maltraités par la politique du Directeur Général et de son adjoint. Il est logique quand un nouveau directeur arrive au sein d’une organisation qu’il s’entoure de collègues qu’il connaît. Cependant, une révolution complète dans l’équipe de direction avec une telle violence est inepte. Ces directeurs ont été volontairement mis de côté : autour d’une quinzaine sont partis et huit ont écrit une lettre à l’Agence Régionale de Santé et au CNG, missive édifiante. Une solution « à l’amiable » a été mise en place : le directeur de l’ARS leur a accordé une protection fonctionnelle et de nouveaux postes ont été attribués. Mais les conséquences sont réelles, avec des divorces, des dépressions, des délocalisations forcées, etc... C’est un collectif, un corps administratif de la fonction publique qui n’a pas été défendu.
Cela me semble typique d’un management toxique qui s’est installé assez rapidement à la direction.
JIM.fr - Qui selon vous est responsable de cette situation ?
Pr Thierry Piche - Cela s’est fait avec la complicité de deux autres personnes que j’ai citées dans mon alerte, le Directeur général adjoint et la Directrice des Ressources Humaines. Cependant, le véritable responsable, c’est bien Rodolphe Bourret, le directeur général du CHU de Nice, ainsi que toutes les tutelles en santé qui ont été alertées (l’ex Président du Conseil de Surveillance du CHU, le DG d’ARS, l’ex Directrice du CNG) qui savaient et n’ont rien fait…. et vont devoir s’expliquer car « non il ne s’agit pas d’un petit groupe d’individus qui cherche à raconter une histoire erronée ».
Les organisations harcelantes
JIM.fr - Outre le harcèlement subi par le corps directorial, quelle autre situation de harcèlement dénoncez-vous ?
Pr Thierry Piche - Nous constatons au sein du CHU le déploiement de ce que j'appelle des organisations harcelantes. Il s’agit notamment de créer des situations de surcharge de travail, qui concernent initialement des petits corps de métier, l’air de ne pas y toucher, comme l’économat, les postes de sécurité incendie ou les vaguemestres. Des postes sont supprimés ou des périmètres d’action élargis. Quand les agents ne parviennent pas à s’adapter, on assiste à des départs. Tel est le but recherché : réduire la masse salariale. Cela peut être considéré comme du harcèlement institutionnel : les conditions de travail des agents sont volontairement dégradées pour les forcer à démissionner.
D’autres métiers ont ensuite été concernés. Ainsi, toujours au cours de l’année 2025, le passage aux journées de 10 heures a été imposé aux infirmièr(e)s de bloc opératoire. Et là encore, comme certaines personnes ne peuvent pas s’adapter, en raison notamment de contraintes familiales, des titulaires décident de partir. A chaque fois, se joue le même scénario. Cependant, un collectif (IBODE et IADE) ont déposé plainte devant le tribunal administratif (TA) toujours en cours. D’autres plaintes au pénal ou au TA ont été déposées ainsi que des signalements pour harcèlement. Des pétitions de plusieurs corps de métiers rassemblant plusieurs centaines de signatures ont été déposées dans le bureau du DG par les syndicats CGT et CFDT et envoyées à l’ARS…sans mesure corrective. Il ne s’agit nullement de l’observation unique d’un lanceur d’alerte (en l’occurrence moi-même).
Autre exemple de cette mécanique dite des organisations harcelantes, la mise en place à marche forcée d’un projet destiné à supprimer le bureau des admissions, pour s’orienter vers ce que l’on appelle « l’hôpital magnétique ». Ainsi, la préadmission se fait-elle directement à une borne, avec un QR code et un téléphone. Cela suppose bien sûr de ne pas être trop souffrant et à l’aise avec les nouvelles technologies. Dans le cas d’espèce, les secrétaires ont été conduites à changer de poste, avec des promesses qui n’ont pas été tenues et à ce jour le projet est tellement bien mené que de nombreux malades reçoivent des factures du Trésor Public pour des examens qu’ils ont passé pendant…une hospitalisation !
JIM.fr - Existe-t-il des conséquences de ces nouvelles organisations sur les patients ?
Pr Thierry Piche - Nous pouvons en effet voir les conséquences de ces évolutions à marche forcée sur le fonctionnement de l’hôpital et le rapport avec les patients. Par exemple, le service de facturation a connu des ratés, notamment parce que les personnels qui y ont été nouvellement affectés n’ont pas été suffisamment formés, toujours dans cette même logique de nouvelles organisations, la suppression du bureau des admissions crée maintenant des files d’attentes dans certaines consultations dont les malades se plaignent. La fonction du bionettoyage n’est pas non plus optimale dans l’hôpital (A propos des conséquences potentielles sur les patients, lire le témoignage d’une infirmière anesthésiste, ci-dessous).
Signalement de la médecine du travail
JIM.fr - Quelles autres alertes ont été lancées ?
Pr Thierry Piche - Je ne suis en effet pas le seul à avoir essayé de lancer l’alerte. Le service de la médecine du travail a ainsi envoyé un courrier virulent en 2024 et récemment encore en ce début du mois de mars 2026 un mail encore plus explosif au collectif des directeurs : il dénonce la façon dont des salariés, à l’issue d’un arrêt de travail ou d’un congé maladie, ayant une aptitude à la reprise du travail prescrite par des collègues de ville, des médecins du travail ou des médecins experts, sous conditions d’aménagements, se retrouvent placés en situation d’attente prolongée sans proposition de poste ! Or, c’est évidemment une faute de l’employeur, c’est contraire au code du travail. Les syndicats CGT et CFDT ont saisi l’Inspection du Travail qui va prochainement intervenir pour clarifier cette situation alarmante (entre-autre) qui place des agents en grande précarité financière et familiale.
JIM.fr - La médecine du travail vous semble empêchée d’effectuer son travail ?
Pr Thierry Piche - Au CHU de Nice, on compte 2,5 équivalents temps plein pour 9000 agents, un taux qui est totalement incompatible avec un véritable suivi. Bien sûr, la médecine du travail est en crise partout, mais il est des CHU où la situation n’est pas aussi dégradée. Par ailleurs, les collègues de la médecine du travail perçoivent bien une volonté de ne pas faire avancer les dossiers. Ainsi, une psychologue qui avait postulé a été saisie d’une demande pour le moins singulière des ressources humaines, qui lui ont demandé de pouvoir accéder à son agenda professionnel, ce qui s’oppose rigoureusement à la déontologie. Evidemment, la psychologue a refusé de rester dans ces conditions. D’autres psychologues qui ont candidaté ont connu la même déconvenue. Ainsi peut-on se demander si le CHU souhaite réellement recruter un psychologue pour soutenir la médecine du travail.
JIM.fr - Vous êtes en lien avec l’Observatoire de la répression des personnels hospitaliers fondé il y a quelques mois par le Professeur Granger. En quoi la situation du CHU de Nice entre-t-elle en résonance avec le combat mené par cet Observatoire ?
Pr Thierry Piche - En effet, je suis rentré en contact avec eux. Je n’avais pas conscience que ces questions de harcèlement (soupçonné à Nice) dépassent le seul cas du CHU de Nice, qui reste néanmoins le plus préoccupant en intensité comme l’a rappelé le président du SMPS. Le Syndicat des Médecins National Hospitalier / FO (SNMH/FO) a d’ailleurs révélé dans un communiqué de Presse récent que les Chefs de Pôles à Valenciennes (ancien poste de Rodolphe Bourret) percevaient des primes d’objectifs substantielles dont la légalité doit être vérifiée avec le Ministère de la Santé, dispositif également déployé à Nice.
JIM.fr - Cette situation vous semble-t-elle favorisée par le silence et l’inaction des autorités et aussi par les pressions d’ordre économique ?
Pr Thierry Piche - Je pense qu’il est important de ne pas diaboliser les préoccupations économiques. Et il faut bien distinguer ce qui relève de la politique de réduction des dépenses en santé, des méthodes présumées de harcèlement que je dénonce pour y parvenir. Car au fond, la situation du CHU de NICE, 3ème CHU le plus endetté de France, dévoile finalement l’urgence de refondre le système de santé Français qui est à bout de souffle, avec une part de la santé dans le PIB de 11.5% qui ne cessera d’augmenter avec l’explosion démographique, du vieillissement et des maladies chroniques. Un récent rapport de l’IGAS a une nouvelle fois lancé une alerte sur les dépenses des établissements publics de santé, mais ces déficits sont structurels et cela fait 20 ans que les conclusions de ce rapport sont connues ! Personnellement, je m’intéresse évidemment à ces questions, à travers plusieurs think tanks indépendants et apolitiques comme l’Institut santé (dirigé par l’économiste Frédéric Bizard). Cette refonte est indispensable maintenant pour les patients et les contribuables et n'a rien à voir avec de petites économies réalisées à marche forcée par des directions hospitalières, ou les « success story » régulièrement annoncées par chaque ministre de la santé dans l’espoir de sauver un système figé qui ne pourra plus jamais répondre aux besoins populationnels futurs.
Rupture avec le GHT
A mon sens, la multiplication de strates, la décentralisation de compétences vers des collectivités territoriales qui sont parfois politiquement opposées, l’absence de questionnement sur le fonctionnement du cœur du réacteur de l’assurance maladie participent tous à la sclérose du système. Nous avons créé des agences, des couches dans tous les sens, qui ne contrôlent rien. Et vous finissez par aboutir à un système public et privé qui s'est organisé tant bien que mal, qui n'est plus capable de répondre à un accès aux soins équitable, avec des offres qui sont parfois disproportionnées par rapport aux besoins. Car comment expliquer que la démographie médicale en région PACA soit l’une des plus élevée en France et que l’on décrive des zones dites de « déserts médicaux ». Pourquoi un tel manque d’anticipation ? La première question à poser : quels sont en 2026 les besoins populationnels en santé dans le médico-social et en matière de prévention.
JIM.fr - Parallèlement aux situations de harcèlement, vous dénoncez également des dérives dans l’organisation globale du CHU qui semblent participer à une même logique. Pouvez-vous par exemple nous parler des liens de la nouvelle direction du CHU avec les autres établissements de la région ?
Pr Thierry Piche - Il est éclairant de rappeler qu’une des premières actions de Rodolphe Bourret au moment de son arrivée fut de rompre avec le Groupe Hospitalier de Territoire (GHT), c’est-à-dire toute la galaxie d’établissements de santé de la région, dont des structures de premier plan, et notamment les hôpitaux de Cannes, Grasse, Antibes, Menton ou encore le Centre de lutte contre le cancer Antoine Lacassagne, la Fondation Lenval, l’Institut Arnault Tzank ou l’hôpital les Sources. Les responsables de toutes les structures impliquées dans le GHT ont écrit à l'ARS et au directeur général des lettres un peu cinglantes pour désapprouver l’abandon par Rodolphe Bourret du pilotage du GHT. Ils ont signalé comment ce défaut mettait en difficulté leurs institutions et la qualité des prises en charge sur le territoire.
C’est évidemment regrettable car à travers ce GHT, les parcours de soins coordonnés prévus pour bien orienter les malades n’ont pas été développé, le CHU considérant ses partenaires comme….des concurrents pour absorber leurs activités.
JIM.fr - A-t-il donné des raisons de sa rupture avec le GHT ?
Pr Thierry Piche - Je l’ignore ! Une médiation a été initiée par la médiatrice nationale en 2023. Cette médiation vient seulement de s’achever en décembre 2025, avec à ma connaissance une seule rencontre physique des directeurs généraux. Il y a un texte qui confirme que l’on est loin de la coopération idéale. De son côté, sur les réseaux sociaux, Rodolphe Bourret a continué à affirmer que le réseau était très actif.
JIM.fr - Quel autre changement la nouvelle direction a-t-elle choisi d’impulser dans l’organisation de l’établissement ?
Pr Thierry Piche - Quand il a pris ses fonctions, Rodolphe Bourret a mis en place la délégation polaire, dans le cadre de ce qu’il appelle « l’hôpital magnétique ». La délégation polaire est un outil utilisé depuis 20 ans, notamment dans les centres hospitaliers généraux. Cela consiste à déléguer par principe de subsidiarité des fonctions directoriales par délégation de signature à des médecins, qui sont des chefs de pôle, de façon à ce qu’ils soient responsabilisés. J’y suis plutôt favorable, en effet les médecins se plaignent souvent de ne pas être suffisamment impliqués.
Conduire une voiture sans essence
Cependant, jusqu’alors cela n’avait jamais été expérimenté dans un CHU avec cette dimension de délégation de signature qui impose des formations managériales aux chefs de pôles (RH, financier, gestion des conflits, éthique managériale, posture managériale, etc.). On ne devient pas directeur en 15 jours et vice versa pour un directeur qui souhaiterait faire de l’art médical ! Et, la façon dont cela a été déployé au CHU de Nice n’a nullement permis une installation sereine. Les choses ont été faites à la hussarde, bien trop précipitamment. Des experts de cette délégation polaire, comme le président du Syndicat des Managers Publics en Santé (SMPS), affirment qu’il n’est pas possible d’installer ce dispositif aussi vite, en seulement quelques mois.
Ainsi, si cette bonne intention a d’abord été accueillie positivement par le corps hospitalier, les retours aujourd’hui sont beaucoup moins favorables, en raison de la façon dont le déploiement a eu lieu. En allant trop vite, on désorganise l’hôpital. Le transfert de fonctions vers les pôles crée un engorgement au sein des directions des pôles. Par ailleurs, compte tenu des problèmes de déficit, les managers se retrouvent à devoir manager des services comme on « manage » une voiture sans essence.
*Cet article dispose que « Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur ».
Propos recueillis par Aurélie Haroche
Les soignants vont se transformer en mercenaires du soin. Au mieux offrant, au mieux payant, au mieux qualitatif. A quoi bon chercher à se détruire la santé, quand l'intérim permet et offre la souplesse des missions. Certes, en IDF il est plus facile de trouver des missions qu'en province et la distance est certainement moins grande pour le faire. Mais les directions qui multiplient les postes de directeurs ou directrices adjointes, chargés de faire des économies à la Patton, sans aucune considération humaine, avec un management sauvage et brutal devront bien rendre des comptes un jour. Il est à craindre un empilement de plaintes et surtout de suicide sur le lieux du travail, pour dénoncer les mises en danger des professionnels. Et un jour, quand l'hôpital aura viré son dernier médecin et sa dernière infirmière, que cet hôpital, racheté par un fond de pension étranger sera amené à rendre des comptes à l'assemblée des actionnaires, il est probable que le directeur se fasse à son tour virer. Il est dommage que ceci n'en soit que la conclusion. Il aurait été certainement plus pertinent qu'il en fut le commencement.
Ce n'est pas une uchronie, mais une vision Orwelesque de l'hôpital et de ce que nous serions amenés à être si...ça date du 23 mars 2011. Puissé-je me tromper.
« Je voyais des gens pleurer dans les couloirs » : un professeur hospitalier dénonce un climat toxique au CHU de Nice (Interview)
Aurélie Haroche
01 avril 2026
jim.fr
Les situations de harcèlement au sein des hôpitaux tendent à être de plus en plus régulièrement dénoncées. Sur ce sujet sensible, nous avions ouvert nos colonnes au Professeur Bernard Granger qui a fondé, avec le Dr Mathieu Belhasen, un Observatoire de la répression des personnels hospitaliers, qui était notamment revenu sur la complexité et la longueur des procédures tant pour les victimes que pour les lanceurs d’alerte. Cet état de fait n’a pas dissuadé le professeur Thierry Piche de signaler au procureur de la République des faits de harcèlement, perpétués selon lui par la direction du CHU de Nice. Nous revenons avec lui sur les éléments qu’il dénonce.
Sollicitée, la direction du CHU de Nice n’a pas donné suite.
JIM.fr - Pouvez-vous rapidement vous présenter ?
Pr Thierry Piche - Je suis PUPH en gastro-entérologie et ancien président de la Commission médicale d’établissement. J’ai 58 ans et j’aurais pu achever sereinement ma carrière. J'ai beaucoup réfléchi avant de lancer cette alerte, sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale*.
Cependant, ce que j’ai constaté au sein du CHU m’a profondément touché. J’ai beaucoup discuté avec ma famille qui m’a encouragé à agir. Mon action n’est dirigée par aucun conflit d’intérêt. J’aurais tout à fait pu ne pas intervenir, mais la situation actuelle heurte mes valeurs. Vous ne verrez dans mes propos aucune diffamation car c’est la justice qui les confirmera ou non.
JIM.fr - Qu’est-ce qui vous a poussé à agir justement ?
Pr Thierry Piche - Je voyais des agents pleurer dans le service et pour moi c’était le signe clair que quelque chose n’allait pas. Petit à petit, j’ai eu la conviction qu’effectivement, des choses anormales avaient lieu au sein de l’établissement. En août 2025 j’ai donc décidé de consulter des avocats, qui m’ont indiqué qu’il était nécessaire de pouvoir s’appuyer sur des preuves. Et c’est ainsi que je me suis transformé en véritable enquêteur. Au début, ce fut très difficile parce qu’il règne une véritable omerta : les agents hospitaliers ont inévitablement peur de perdre leur travail, et c’est encore le cas.
Révolution complète dans l’équipe de direction
Ainsi, le climat délétère qui s’est installé s’observe notamment quand on essaie de rentrer en contact avec des personnes qui travaillent au sein de la direction, qui hésitent à parler au téléphone en s’inquiétant que « les murs aient des oreilles ». Cette réaction est évidement anormale.
JIM.fr - A quand remonte ce harcèlement selon vous et comment se manifeste-t-il ?
Pr Thierry Piche - Le développement de ce qui pourrait constituer un harcèlement institutionnel a débuté très tôt après l’arrivée du Directeur Général Rodolphe Bourret et a visé, non pas seulement quelques cas individuels (comme semble le considérer le Centre national de gestion), mais un corps directorial dans son ensemble. Ils ont été véritablement maltraités par la politique du Directeur Général et de son adjoint. Il est logique quand un nouveau directeur arrive au sein d’une organisation qu’il s’entoure de collègues qu’il connaît. Cependant, une révolution complète dans l’équipe de direction avec une telle violence est inepte. Ces directeurs ont été volontairement mis de côté : autour d’une quinzaine sont partis et huit ont écrit une lettre à l’Agence Régionale de Santé et au CNG, missive édifiante. Une solution « à l’amiable » a été mise en place : le directeur de l’ARS leur a accordé une protection fonctionnelle et de nouveaux postes ont été attribués. Mais les conséquences sont réelles, avec des divorces, des dépressions, des délocalisations forcées, etc... C’est un collectif, un corps administratif de la fonction publique qui n’a pas été défendu.
Cela me semble typique d’un management toxique qui s’est installé assez rapidement à la direction.
JIM.fr - Qui selon vous est responsable de cette situation ?
Pr Thierry Piche - Cela s’est fait avec la complicité de deux autres personnes que j’ai citées dans mon alerte, le Directeur général adjoint et la Directrice des Ressources Humaines. Cependant, le véritable responsable, c’est bien Rodolphe Bourret, le directeur général du CHU de Nice, ainsi que toutes les tutelles en santé qui ont été alertées (l’ex Président du Conseil de Surveillance du CHU, le DG d’ARS, l’ex Directrice du CNG) qui savaient et n’ont rien fait…. et vont devoir s’expliquer car « non il ne s’agit pas d’un petit groupe d’individus qui cherche à raconter une histoire erronée ».
Les organisations harcelantes
JIM.fr - Outre le harcèlement subi par le corps directorial, quelle autre situation de harcèlement dénoncez-vous ?
Pr Thierry Piche - Nous constatons au sein du CHU le déploiement de ce que j'appelle des organisations harcelantes. Il s’agit notamment de créer des situations de surcharge de travail, qui concernent initialement des petits corps de métier, l’air de ne pas y toucher, comme l’économat, les postes de sécurité incendie ou les vaguemestres. Des postes sont supprimés ou des périmètres d’action élargis. Quand les agents ne parviennent pas à s’adapter, on assiste à des départs. Tel est le but recherché : réduire la masse salariale. Cela peut être considéré comme du harcèlement institutionnel : les conditions de travail des agents sont volontairement dégradées pour les forcer à démissionner.
D’autres métiers ont ensuite été concernés. Ainsi, toujours au cours de l’année 2025, le passage aux journées de 10 heures a été imposé aux infirmièr(e)s de bloc opératoire. Et là encore, comme certaines personnes ne peuvent pas s’adapter, en raison notamment de contraintes familiales, des titulaires décident de partir. A chaque fois, se joue le même scénario. Cependant, un collectif (IBODE et IADE) ont déposé plainte devant le tribunal administratif (TA) toujours en cours. D’autres plaintes au pénal ou au TA ont été déposées ainsi que des signalements pour harcèlement. Des pétitions de plusieurs corps de métiers rassemblant plusieurs centaines de signatures ont été déposées dans le bureau du DG par les syndicats CGT et CFDT et envoyées à l’ARS…sans mesure corrective. Il ne s’agit nullement de l’observation unique d’un lanceur d’alerte (en l’occurrence moi-même).
Autre exemple de cette mécanique dite des organisations harcelantes, la mise en place à marche forcée d’un projet destiné à supprimer le bureau des admissions, pour s’orienter vers ce que l’on appelle « l’hôpital magnétique ». Ainsi, la préadmission se fait-elle directement à une borne, avec un QR code et un téléphone. Cela suppose bien sûr de ne pas être trop souffrant et à l’aise avec les nouvelles technologies. Dans le cas d’espèce, les secrétaires ont été conduites à changer de poste, avec des promesses qui n’ont pas été tenues et à ce jour le projet est tellement bien mené que de nombreux malades reçoivent des factures du Trésor Public pour des examens qu’ils ont passé pendant…une hospitalisation !
JIM.fr - Existe-t-il des conséquences de ces nouvelles organisations sur les patients ?
Pr Thierry Piche - Nous pouvons en effet voir les conséquences de ces évolutions à marche forcée sur le fonctionnement de l’hôpital et le rapport avec les patients. Par exemple, le service de facturation a connu des ratés, notamment parce que les personnels qui y ont été nouvellement affectés n’ont pas été suffisamment formés, toujours dans cette même logique de nouvelles organisations, la suppression du bureau des admissions crée maintenant des files d’attentes dans certaines consultations dont les malades se plaignent. La fonction du bionettoyage n’est pas non plus optimale dans l’hôpital (A propos des conséquences potentielles sur les patients, lire le témoignage d’une infirmière anesthésiste, ci-dessous).
Signalement de la médecine du travail
JIM.fr - Quelles autres alertes ont été lancées ?
Pr Thierry Piche - Je ne suis en effet pas le seul à avoir essayé de lancer l’alerte. Le service de la médecine du travail a ainsi envoyé un courrier virulent en 2024 et récemment encore en ce début du mois de mars 2026 un mail encore plus explosif au collectif des directeurs : il dénonce la façon dont des salariés, à l’issue d’un arrêt de travail ou d’un congé maladie, ayant une aptitude à la reprise du travail prescrite par des collègues de ville, des médecins du travail ou des médecins experts, sous conditions d’aménagements, se retrouvent placés en situation d’attente prolongée sans proposition de poste ! Or, c’est évidemment une faute de l’employeur, c’est contraire au code du travail. Les syndicats CGT et CFDT ont saisi l’Inspection du Travail qui va prochainement intervenir pour clarifier cette situation alarmante (entre-autre) qui place des agents en grande précarité financière et familiale.
JIM.fr - La médecine du travail vous semble empêchée d’effectuer son travail ?
Pr Thierry Piche - Au CHU de Nice, on compte 2,5 équivalents temps plein pour 9000 agents, un taux qui est totalement incompatible avec un véritable suivi. Bien sûr, la médecine du travail est en crise partout, mais il est des CHU où la situation n’est pas aussi dégradée. Par ailleurs, les collègues de la médecine du travail perçoivent bien une volonté de ne pas faire avancer les dossiers. Ainsi, une psychologue qui avait postulé a été saisie d’une demande pour le moins singulière des ressources humaines, qui lui ont demandé de pouvoir accéder à son agenda professionnel, ce qui s’oppose rigoureusement à la déontologie. Evidemment, la psychologue a refusé de rester dans ces conditions. D’autres psychologues qui ont candidaté ont connu la même déconvenue. Ainsi peut-on se demander si le CHU souhaite réellement recruter un psychologue pour soutenir la médecine du travail.
JIM.fr - Vous êtes en lien avec l’Observatoire de la répression des personnels hospitaliers fondé il y a quelques mois par le Professeur Granger. En quoi la situation du CHU de Nice entre-t-elle en résonance avec le combat mené par cet Observatoire ?
Pr Thierry Piche - En effet, je suis rentré en contact avec eux. Je n’avais pas conscience que ces questions de harcèlement (soupçonné à Nice) dépassent le seul cas du CHU de Nice, qui reste néanmoins le plus préoccupant en intensité comme l’a rappelé le président du SMPS. Le Syndicat des Médecins National Hospitalier / FO (SNMH/FO) a d’ailleurs révélé dans un communiqué de Presse récent que les Chefs de Pôles à Valenciennes (ancien poste de Rodolphe Bourret) percevaient des primes d’objectifs substantielles dont la légalité doit être vérifiée avec le Ministère de la Santé, dispositif également déployé à Nice.
JIM.fr - Cette situation vous semble-t-elle favorisée par le silence et l’inaction des autorités et aussi par les pressions d’ordre économique ?
Pr Thierry Piche - Je pense qu’il est important de ne pas diaboliser les préoccupations économiques. Et il faut bien distinguer ce qui relève de la politique de réduction des dépenses en santé, des méthodes présumées de harcèlement que je dénonce pour y parvenir. Car au fond, la situation du CHU de NICE, 3ème CHU le plus endetté de France, dévoile finalement l’urgence de refondre le système de santé Français qui est à bout de souffle, avec une part de la santé dans le PIB de 11.5% qui ne cessera d’augmenter avec l’explosion démographique, du vieillissement et des maladies chroniques. Un récent rapport de l’IGAS a une nouvelle fois lancé une alerte sur les dépenses des établissements publics de santé, mais ces déficits sont structurels et cela fait 20 ans que les conclusions de ce rapport sont connues ! Personnellement, je m’intéresse évidemment à ces questions, à travers plusieurs think tanks indépendants et apolitiques comme l’Institut santé (dirigé par l’économiste Frédéric Bizard). Cette refonte est indispensable maintenant pour les patients et les contribuables et n'a rien à voir avec de petites économies réalisées à marche forcée par des directions hospitalières, ou les « success story » régulièrement annoncées par chaque ministre de la santé dans l’espoir de sauver un système figé qui ne pourra plus jamais répondre aux besoins populationnels futurs.
Rupture avec le GHT
A mon sens, la multiplication de strates, la décentralisation de compétences vers des collectivités territoriales qui sont parfois politiquement opposées, l’absence de questionnement sur le fonctionnement du cœur du réacteur de l’assurance maladie participent tous à la sclérose du système. Nous avons créé des agences, des couches dans tous les sens, qui ne contrôlent rien. Et vous finissez par aboutir à un système public et privé qui s'est organisé tant bien que mal, qui n'est plus capable de répondre à un accès aux soins équitable, avec des offres qui sont parfois disproportionnées par rapport aux besoins. Car comment expliquer que la démographie médicale en région PACA soit l’une des plus élevée en France et que l’on décrive des zones dites de « déserts médicaux ». Pourquoi un tel manque d’anticipation ? La première question à poser : quels sont en 2026 les besoins populationnels en santé dans le médico-social et en matière de prévention.
JIM.fr - Parallèlement aux situations de harcèlement, vous dénoncez également des dérives dans l’organisation globale du CHU qui semblent participer à une même logique. Pouvez-vous par exemple nous parler des liens de la nouvelle direction du CHU avec les autres établissements de la région ?
Pr Thierry Piche - Il est éclairant de rappeler qu’une des premières actions de Rodolphe Bourret au moment de son arrivée fut de rompre avec le Groupe Hospitalier de Territoire (GHT), c’est-à-dire toute la galaxie d’établissements de santé de la région, dont des structures de premier plan, et notamment les hôpitaux de Cannes, Grasse, Antibes, Menton ou encore le Centre de lutte contre le cancer Antoine Lacassagne, la Fondation Lenval, l’Institut Arnault Tzank ou l’hôpital les Sources. Les responsables de toutes les structures impliquées dans le GHT ont écrit à l'ARS et au directeur général des lettres un peu cinglantes pour désapprouver l’abandon par Rodolphe Bourret du pilotage du GHT. Ils ont signalé comment ce défaut mettait en difficulté leurs institutions et la qualité des prises en charge sur le territoire.
C’est évidemment regrettable car à travers ce GHT, les parcours de soins coordonnés prévus pour bien orienter les malades n’ont pas été développé, le CHU considérant ses partenaires comme….des concurrents pour absorber leurs activités.
JIM.fr - A-t-il donné des raisons de sa rupture avec le GHT ?
Pr Thierry Piche - Je l’ignore ! Une médiation a été initiée par la médiatrice nationale en 2023. Cette médiation vient seulement de s’achever en décembre 2025, avec à ma connaissance une seule rencontre physique des directeurs généraux. Il y a un texte qui confirme que l’on est loin de la coopération idéale. De son côté, sur les réseaux sociaux, Rodolphe Bourret a continué à affirmer que le réseau était très actif.
JIM.fr - Quel autre changement la nouvelle direction a-t-elle choisi d’impulser dans l’organisation de l’établissement ?
Pr Thierry Piche - Quand il a pris ses fonctions, Rodolphe Bourret a mis en place la délégation polaire, dans le cadre de ce qu’il appelle « l’hôpital magnétique ». La délégation polaire est un outil utilisé depuis 20 ans, notamment dans les centres hospitaliers généraux. Cela consiste à déléguer par principe de subsidiarité des fonctions directoriales par délégation de signature à des médecins, qui sont des chefs de pôle, de façon à ce qu’ils soient responsabilisés. J’y suis plutôt favorable, en effet les médecins se plaignent souvent de ne pas être suffisamment impliqués.
Conduire une voiture sans essence
Cependant, jusqu’alors cela n’avait jamais été expérimenté dans un CHU avec cette dimension de délégation de signature qui impose des formations managériales aux chefs de pôles (RH, financier, gestion des conflits, éthique managériale, posture managériale, etc.). On ne devient pas directeur en 15 jours et vice versa pour un directeur qui souhaiterait faire de l’art médical ! Et, la façon dont cela a été déployé au CHU de Nice n’a nullement permis une installation sereine. Les choses ont été faites à la hussarde, bien trop précipitamment. Des experts de cette délégation polaire, comme le président du Syndicat des Managers Publics en Santé (SMPS), affirment qu’il n’est pas possible d’installer ce dispositif aussi vite, en seulement quelques mois.
Ainsi, si cette bonne intention a d’abord été accueillie positivement par le corps hospitalier, les retours aujourd’hui sont beaucoup moins favorables, en raison de la façon dont le déploiement a eu lieu. En allant trop vite, on désorganise l’hôpital. Le transfert de fonctions vers les pôles crée un engorgement au sein des directions des pôles. Par ailleurs, compte tenu des problèmes de déficit, les managers se retrouvent à devoir manager des services comme on « manage » une voiture sans essence.
*Cet article dispose que « Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur ».
Propos recueillis par Aurélie Haroche
Que l'on y prenne garde. Le démantèlement de l'hôpital public ne se fera pas sans une catastrophe sanitaire en corollaire. Le privé ne pourra pas absorber les patients excédentaires. Il y a des centres privés qui sont en capacité de gérer des patients aux pathologies lourdes, mais l'afflux de ces patients, risque un manque de prise en charge de qualité, voire un manque de prise en charge tout court.Témoignage d’une infirmière anesthésiste en poste au CHU de Nice depuis 2014,
« Je souhaite alerter sur les conséquences particulièrement préoccupantes de la réorganisation récente du temps de travail, avec le passage imposé de journées de 12h à 10h, sans concertation préalable des équipes et du harcèlement de nos supérieurs hiérarchiques.
(…) J’ai toujours été fière de travailler pour ce service public : j’ai toujours été volontaire
(…). Mais au vu de l’état actuel, je ne sais pas si je vais rester.
Sur le plan professionnel, la situation est préoccupante. La réduction du temps de travail impacte la qualité et la sécurité des soins : le temps accordé aux patients est fortement diminué (il faut faire vite car les plages opératoires du bloc sont raccourcies), ce qui entraîne une baisse notable de l’attention qui leur est portée. Certains patients sont sacrifiés : annulés au dernier moment, passés sur d’autres salles ou sur les temps d’astreinte.
(..) Les tâches essentielles ; telles que la préparation, le rangement, les commandes, la vérification du matériel et des médicaments ne peuvent plus être réalisées dans des conditions satisfaisantes, exposant à des risques d’erreurs et à une dégradation des pratiques.
Nous n’avons plus le temps de former correctement les étudiants ni les nouveaux arrivants.
Par ailleurs, plusieurs dysfonctionnements majeurs sont à souligner. (…) En l’espace de 6 mois, j’ai perdu toute interaction sociale personnelle, les week-ends de repos étant des week-ends de récupération tant de sommeil que de moral et le seul jour off en semaine étant pour les rendez-vous professionnels pour ma maman ou mon enfant.
J’ai l’impression de vivre le mythe de Sisyphe, condamné à pousser le rocher en haut d’une montagne.
Les soignants vont se transformer en mercenaires du soin. Au mieux offrant, au mieux payant, au mieux qualitatif. A quoi bon chercher à se détruire la santé, quand l'intérim permet et offre la souplesse des missions. Certes, en IDF il est plus facile de trouver des missions qu'en province et la distance est certainement moins grande pour le faire. Mais les directions qui multiplient les postes de directeurs ou directrices adjointes, chargés de faire des économies à la Patton, sans aucune considération humaine, avec un management sauvage et brutal devront bien rendre des comptes un jour. Il est à craindre un empilement de plaintes et surtout de suicide sur le lieux du travail, pour dénoncer les mises en danger des professionnels. Et un jour, quand l'hôpital aura viré son dernier médecin et sa dernière infirmière, que cet hôpital, racheté par un fond de pension étranger sera amené à rendre des comptes à l'assemblée des actionnaires, il est probable que le directeur se fasse à son tour virer. Il est dommage que ceci n'en soit que la conclusion. Il aurait été certainement plus pertinent qu'il en fut le commencement.
Ce n'est pas une uchronie, mais une vision Orwelesque de l'hôpital et de ce que nous serions amenés à être si...ça date du 23 mars 2011. Puissé-je me tromper.
La santé est un état précaire qui ne laisse augurer rien de bon.
https://www.facebook.com/SOFIA-soci%C3% ... _todo_tour
https://mobile.twitter.com/SOFIA_iade
https://www.facebook.com/SOFIA-soci%C3% ... _todo_tour
https://mobile.twitter.com/SOFIA_iade
-
Arnaud BASSEZ
- Administrateur - Site Admin
- Messages : 2629
- Enregistré le : sam. nov. 04, 2006 4:43 pm
- Localisation : Paris
- Contact :
Re: Articles sur la santé
L’IA émerge comme un outil puissant de sécurité des patients en anesthésie pédiatrique
19 FÉVRIER 2026
SAN ANTONIO — L’intelligence artificielle pourrait bientôt aider les anesthésiologistes à garder les enfants plus en sécurité au bloc opératoire et à améliorer leur récupération grâce à une meilleure gestion de la douleur, selon une revue systématique présentée lors de la réunion annuelle 2025 de l’ASA (résumé A2056).
Fournir des soins anesthésiques aux enfants est particulièrement difficile, car leur anatomie peut varier considérablement, même chez les patients du même âge. Les chercheurs ont constaté que l’IA fonctionnait mieux que les méthodes standard pour déterminer la taille et l’emplacement appropriés des tubes respiratoires, surveiller les niveaux d’oxygène et évaluer la douleur postopératoire. L’IA a constamment amélioré la prédiction, l’atténuation et la gestion des complications; une précision clinique et une prise de décision accrues; et a permis aux anesthésistes d’intervenir plus tôt en cas de complications.
« Pensez à l’IA comme au copilote, pendant que l’anesthésiste prend toutes les décisions finales », a déclaré Aditya Shah, BS, auteur principal de l’étude et étudiant en médecine à la Central Michigan University College of Medicine, à Saginaw. « L’IA peut analyser en continu des milliers de points de données en temps réel et apprendre les schémas issus des cas passés, repérant les changements subtils plus rapidement et aidant à adapter les décisions à l’anatomie unique de chaque enfant. Cependant, cela ne remplace pas la formation et l’expertise de l’anesthésiste; ça ajoute simplement une couche supplémentaire de sécurité et de soutien. »
Les chercheurs ont analysé 10 études et ont constaté que les outils d’IA étaient plus efficaces que les méthodes actuelles de dépistage/analyse. Bien que les outils d’IA pour l’anesthésie pédiatrique soient encore en phase de recherche, leurs avantages importants rendent probable qu’ils seront intégrés à la pratique dans un avenir proche, a déclaré Shah.
Les études montrent que l’IA peut s’améliorer :
Surveillance du taux d’oxygène : Les anesthésistes utilisent des moniteurs pour surveiller le taux d’oxygène sanguin de l’enfant, mais les alarmes ne se déclenchent que lorsque les niveaux sont déjà dangereusement bas. Les chercheurs ont entraîné des systèmes d’IA à analyser en continu les données seconde par seconde des niveaux d’oxygène provenant des machines d’anesthésie, basées sur plus de 13 000 chirurgies. Le modèle d’IA analyse en temps réel la respiration, l’oxygène et les données cardiaques de l’enfant, détectant de petits changements que les humains ne peuvent pas détecter. Il peut avertir les anesthésistes jusqu’à 60 secondes avant que le système d’alarme standard ne sonne. Cela donne aux anesthésistes une minute supplémentaire pour ajuster le ventilateur, éliminer les sécrétions ou régler le problème des voies respiratoires avant que le taux d’oxygène de l’enfant ne devienne dangereusement bas, ce qui pourrait prévenir des blessures cardiaques ou cérébrales.
Évaluation de la douleur postopératoire : La douleur est difficile à évaluer chez les enfants, qui ne peuvent souvent pas communiquer ce qu’ils ressentent. Les méthodes actuelles sont précises d’environ 85% à 88%, incluant l’échelle FLACC (Face, Jambes, Activité, Pleur, Consolabilité), un outil de 0 à 10 points que les professionnels de la santé utilisent pour évaluer la douleur chez les enfants en fonction de ce qu’ils observent, et l’échelle FACES de Wong-Baker, qui montre une série de visages allant du sourire aux pleurs que l’enfant doit choisir. Les chercheurs ont enregistré plus de 1 000 évaluations de la douleur chez 149 tout-petits — telles que les pleurs, l’agitation, la protection de la gorge et les expressions faciales — et ont entraîné un système d’IA pour reconnaître quels indices étaient les plus importants pour détecter la douleur. L’outil d’IA mesurait la douleur des enfants avec une précision de 95%.
Précision de la taille et du placement des tubes respiratoires : La taille des tubes respiratoires et la profondeur de placement dans la gorge sont essentielles pour éviter des complications graves, notamment des dommages à la paroi des voies respiratoires et des niveaux d’oxygène insuffisants. Les formules actuelles utilisent l’âge ou la taille de l’enfant, mais l’anatomie de l’enfant peut varier. Diverses études montrent que l’IA peut rendre ce processus plus précis. Dans une étude menée auprès de 37 000 enfants, des modèles d’apprentissage automatique (un type d’IA) ont utilisé les caractéristiques des patients pour prédire la taille et la profondeur du tube respiratoire beaucoup plus précisément, réduisant les erreurs de 40% à 50%.
« L’IA peut offrir un soutien décisionnel personnalisé et en temps réel aux anesthésistes, réduisant potentiellement les complications et les résultats chez les enfants, où la précision est particulièrement cruciale », a déclaré Patrick Fakhoury, BS, coauteur et étudiant en médecine à la Central Michigan University College of Medicine. « Pour les parents, la vraie valeur de l’IA, c’est la tranquillité d’esprit. »
Par Paul Bufano
Article original en anglais, source : anesthesiologynews.com
19 FÉVRIER 2026
SAN ANTONIO — L’intelligence artificielle pourrait bientôt aider les anesthésiologistes à garder les enfants plus en sécurité au bloc opératoire et à améliorer leur récupération grâce à une meilleure gestion de la douleur, selon une revue systématique présentée lors de la réunion annuelle 2025 de l’ASA (résumé A2056).
Fournir des soins anesthésiques aux enfants est particulièrement difficile, car leur anatomie peut varier considérablement, même chez les patients du même âge. Les chercheurs ont constaté que l’IA fonctionnait mieux que les méthodes standard pour déterminer la taille et l’emplacement appropriés des tubes respiratoires, surveiller les niveaux d’oxygène et évaluer la douleur postopératoire. L’IA a constamment amélioré la prédiction, l’atténuation et la gestion des complications; une précision clinique et une prise de décision accrues; et a permis aux anesthésistes d’intervenir plus tôt en cas de complications.
« Pensez à l’IA comme au copilote, pendant que l’anesthésiste prend toutes les décisions finales », a déclaré Aditya Shah, BS, auteur principal de l’étude et étudiant en médecine à la Central Michigan University College of Medicine, à Saginaw. « L’IA peut analyser en continu des milliers de points de données en temps réel et apprendre les schémas issus des cas passés, repérant les changements subtils plus rapidement et aidant à adapter les décisions à l’anatomie unique de chaque enfant. Cependant, cela ne remplace pas la formation et l’expertise de l’anesthésiste; ça ajoute simplement une couche supplémentaire de sécurité et de soutien. »
Les chercheurs ont analysé 10 études et ont constaté que les outils d’IA étaient plus efficaces que les méthodes actuelles de dépistage/analyse. Bien que les outils d’IA pour l’anesthésie pédiatrique soient encore en phase de recherche, leurs avantages importants rendent probable qu’ils seront intégrés à la pratique dans un avenir proche, a déclaré Shah.
Les études montrent que l’IA peut s’améliorer :
Surveillance du taux d’oxygène : Les anesthésistes utilisent des moniteurs pour surveiller le taux d’oxygène sanguin de l’enfant, mais les alarmes ne se déclenchent que lorsque les niveaux sont déjà dangereusement bas. Les chercheurs ont entraîné des systèmes d’IA à analyser en continu les données seconde par seconde des niveaux d’oxygène provenant des machines d’anesthésie, basées sur plus de 13 000 chirurgies. Le modèle d’IA analyse en temps réel la respiration, l’oxygène et les données cardiaques de l’enfant, détectant de petits changements que les humains ne peuvent pas détecter. Il peut avertir les anesthésistes jusqu’à 60 secondes avant que le système d’alarme standard ne sonne. Cela donne aux anesthésistes une minute supplémentaire pour ajuster le ventilateur, éliminer les sécrétions ou régler le problème des voies respiratoires avant que le taux d’oxygène de l’enfant ne devienne dangereusement bas, ce qui pourrait prévenir des blessures cardiaques ou cérébrales.
Évaluation de la douleur postopératoire : La douleur est difficile à évaluer chez les enfants, qui ne peuvent souvent pas communiquer ce qu’ils ressentent. Les méthodes actuelles sont précises d’environ 85% à 88%, incluant l’échelle FLACC (Face, Jambes, Activité, Pleur, Consolabilité), un outil de 0 à 10 points que les professionnels de la santé utilisent pour évaluer la douleur chez les enfants en fonction de ce qu’ils observent, et l’échelle FACES de Wong-Baker, qui montre une série de visages allant du sourire aux pleurs que l’enfant doit choisir. Les chercheurs ont enregistré plus de 1 000 évaluations de la douleur chez 149 tout-petits — telles que les pleurs, l’agitation, la protection de la gorge et les expressions faciales — et ont entraîné un système d’IA pour reconnaître quels indices étaient les plus importants pour détecter la douleur. L’outil d’IA mesurait la douleur des enfants avec une précision de 95%.
Précision de la taille et du placement des tubes respiratoires : La taille des tubes respiratoires et la profondeur de placement dans la gorge sont essentielles pour éviter des complications graves, notamment des dommages à la paroi des voies respiratoires et des niveaux d’oxygène insuffisants. Les formules actuelles utilisent l’âge ou la taille de l’enfant, mais l’anatomie de l’enfant peut varier. Diverses études montrent que l’IA peut rendre ce processus plus précis. Dans une étude menée auprès de 37 000 enfants, des modèles d’apprentissage automatique (un type d’IA) ont utilisé les caractéristiques des patients pour prédire la taille et la profondeur du tube respiratoire beaucoup plus précisément, réduisant les erreurs de 40% à 50%.
« L’IA peut offrir un soutien décisionnel personnalisé et en temps réel aux anesthésistes, réduisant potentiellement les complications et les résultats chez les enfants, où la précision est particulièrement cruciale », a déclaré Patrick Fakhoury, BS, coauteur et étudiant en médecine à la Central Michigan University College of Medicine. « Pour les parents, la vraie valeur de l’IA, c’est la tranquillité d’esprit. »
Par Paul Bufano
Article original en anglais, source : anesthesiologynews.com
La santé est un état précaire qui ne laisse augurer rien de bon.
https://www.facebook.com/SOFIA-soci%C3% ... _todo_tour
https://mobile.twitter.com/SOFIA_iade
https://www.facebook.com/SOFIA-soci%C3% ... _todo_tour
https://mobile.twitter.com/SOFIA_iade
-
Arnaud BASSEZ
- Administrateur - Site Admin
- Messages : 2629
- Enregistré le : sam. nov. 04, 2006 4:43 pm
- Localisation : Paris
- Contact :
Re: Articles sur la santé
Quand les médecins radiés en France vont exercer à l’étranger (et vice-et-versa)
Aurélie Haroche
07 mai 2026
jim.fr
Ce n’est malheureusement pas si rare. Régulièrement, à l’occasion de mises en cause de médecins dans différents types d’affaires et notamment pour des agressions sexuelles, l’absence de prise en considération d’éventuelles condamnations pénales par les instances ordinales est signalée. L’affaire de l’ancien chirurgien Joël Le Scouarnec condamné pour détention d’images pédopornographiques avant de l’être pour des dizaines de viols et qui avait pourtant pu continuer à exercer en avait été un exemple marquant, compte tenu de la gravité des actes du praticien, mais il ne s’agit pas d’un cas isolé. Au-delà même de la prise en compte des condamnations pénales par les instances ordinales, les radiations ordinales elles-mêmes peuvent parfois être ignorées. On se souvient ainsi qu’’il avait été découvert il y a quelques années comment un médecin généraliste radié en 2018 après une condamnation pour abus de faiblesse concernant deux patientes dans un établissement hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD) avait pu continuer à pratiquer la médecine pendant cinq ans dans plusieurs établissements hospitaliers.
Passer la frontière pour abolir son passé
Dès lors puisque les contrôles sont si défaillants en France, comment espérer qu’ils puissent être efficace quand il s’agit de médecins étrangers objets d’une radiation dans leur pays ou de médecins français radiés tentant de travailler au-delà de nos frontières. L’enquête menée par un consortium de médias, dont Le Monde et France Télévisions ne révèle malheureusement aucune bonne surprise : oui, il est possible pour un médecin interdit d’exercer dans son pays de travailler ailleurs en Europe. C’est le cas par exemple du docteur A. cardiologue, condamné à quatre ans de prison en mars 2024 (dont trente mois avec sursis) après les plaintes de 11 patientes pour agressions sexuelles et qui a été retrouvé dans un hôpital belge. Ou a contrario, celui du docteur O. anesthésiste radié en Belgique mais qui aujourd’hui travaille dans un hôpital du nord de la France. Et ces échanges de ce que la presse italienne a appelé « les médecins zombies » ne se limitent pas au Quiévrain. Partout, des praticiens persona non grata dans leur pays d’origine soignent des patients qui ne se doutent pas que leur exil cache un passé peu avouable.
Il est des pays où les médecins ne sont jamais condamnés
Pourtant, il existe un dispositif de signalement. Le système d’information du marché intérieur (IMI) permet aux instances de régulation concernées dans chaque pays de transmettre des alertes. Les fiches sont très détaillées, reprenant notamment les motifs d’interdiction et renseignant plus de 53 items. Mais ce dispositif souffre de nombreuses failles. D’abord, tous les pays ne l’utilisent pas avec la même diligence. Selon l’Union européenne entre 2016 et 2025, 17 000 alertes anonymisées concernant des médecins ont été transmises via ce dispositif. Mais quand le Royaume-Uni a émis 7 100 alertes, la France et sa population similaire n’en a adressé que 900. Sauf à croire que les praticiens britanniques sont particulièrement peu scrupuleux, il apparaît que le souci de la transmission d’information n’étreint pas tous les pays avec la même acuité (et les politiques de sanction varient peut-être également). Et que dire de ceux qui n’ont jamais transmis aucune information concernant des médecins radiés comme la Grèce, Malte ou encore l’Estonie : heureux sont les patients de ces pays qui connaissent des praticiens irréprochables.
Des notifications ignorées
Loin d’être exhaustif, le dispositif souffre également d’une autre faille majeure : il n’est que rarement consulté ! Le Monde s’est ainsi penché sur les notifications d’ouverture par les agents concernés des alertes de l’IMI. Les personnels roumains, polonais, italiens, espagnols, maltais, portugais s’attèlent consciencieusement à la lecture des informations transmises. En France, les notifications ne notifient personne, ignorées dans le grand silence de la toile. Explication de l’Ordre : jusqu’à janvier 2026, il n’avait pas accès au système. La Direction générale de l’organisation des soins (DGOS) quant à elle n’a pas souhaité répondre, mais remarque néanmoins que le système mériterait d’être amélioré ! Son utilisation peut en effet être complexe puisque les notifications ne concernent pas uniquement les médecins, mais aussi d’autres professions. Par ailleurs, quand bien même les transmissions seraient faites correctement et les notifications lues, contourner le système n’est pas impossible : dans le cas du praticien français exerçant en Belgique évoqué plus haut, la notification à l’IMI est intervenue après son inscription sur les listes de l’Ordre belge. Il n’en reste pas moins que les manquements révélés par ce consortium de journalistes signalent une bien piètre attention accordée à la sécurité des patients européens. Au Royaume-Uni, les radiations sont rendues publiques.
Aurélie Haroche
07 mai 2026
jim.fr
Ce n’est malheureusement pas si rare. Régulièrement, à l’occasion de mises en cause de médecins dans différents types d’affaires et notamment pour des agressions sexuelles, l’absence de prise en considération d’éventuelles condamnations pénales par les instances ordinales est signalée. L’affaire de l’ancien chirurgien Joël Le Scouarnec condamné pour détention d’images pédopornographiques avant de l’être pour des dizaines de viols et qui avait pourtant pu continuer à exercer en avait été un exemple marquant, compte tenu de la gravité des actes du praticien, mais il ne s’agit pas d’un cas isolé. Au-delà même de la prise en compte des condamnations pénales par les instances ordinales, les radiations ordinales elles-mêmes peuvent parfois être ignorées. On se souvient ainsi qu’’il avait été découvert il y a quelques années comment un médecin généraliste radié en 2018 après une condamnation pour abus de faiblesse concernant deux patientes dans un établissement hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD) avait pu continuer à pratiquer la médecine pendant cinq ans dans plusieurs établissements hospitaliers.
Passer la frontière pour abolir son passé
Dès lors puisque les contrôles sont si défaillants en France, comment espérer qu’ils puissent être efficace quand il s’agit de médecins étrangers objets d’une radiation dans leur pays ou de médecins français radiés tentant de travailler au-delà de nos frontières. L’enquête menée par un consortium de médias, dont Le Monde et France Télévisions ne révèle malheureusement aucune bonne surprise : oui, il est possible pour un médecin interdit d’exercer dans son pays de travailler ailleurs en Europe. C’est le cas par exemple du docteur A. cardiologue, condamné à quatre ans de prison en mars 2024 (dont trente mois avec sursis) après les plaintes de 11 patientes pour agressions sexuelles et qui a été retrouvé dans un hôpital belge. Ou a contrario, celui du docteur O. anesthésiste radié en Belgique mais qui aujourd’hui travaille dans un hôpital du nord de la France. Et ces échanges de ce que la presse italienne a appelé « les médecins zombies » ne se limitent pas au Quiévrain. Partout, des praticiens persona non grata dans leur pays d’origine soignent des patients qui ne se doutent pas que leur exil cache un passé peu avouable.
Il est des pays où les médecins ne sont jamais condamnés
Pourtant, il existe un dispositif de signalement. Le système d’information du marché intérieur (IMI) permet aux instances de régulation concernées dans chaque pays de transmettre des alertes. Les fiches sont très détaillées, reprenant notamment les motifs d’interdiction et renseignant plus de 53 items. Mais ce dispositif souffre de nombreuses failles. D’abord, tous les pays ne l’utilisent pas avec la même diligence. Selon l’Union européenne entre 2016 et 2025, 17 000 alertes anonymisées concernant des médecins ont été transmises via ce dispositif. Mais quand le Royaume-Uni a émis 7 100 alertes, la France et sa population similaire n’en a adressé que 900. Sauf à croire que les praticiens britanniques sont particulièrement peu scrupuleux, il apparaît que le souci de la transmission d’information n’étreint pas tous les pays avec la même acuité (et les politiques de sanction varient peut-être également). Et que dire de ceux qui n’ont jamais transmis aucune information concernant des médecins radiés comme la Grèce, Malte ou encore l’Estonie : heureux sont les patients de ces pays qui connaissent des praticiens irréprochables.
Des notifications ignorées
Loin d’être exhaustif, le dispositif souffre également d’une autre faille majeure : il n’est que rarement consulté ! Le Monde s’est ainsi penché sur les notifications d’ouverture par les agents concernés des alertes de l’IMI. Les personnels roumains, polonais, italiens, espagnols, maltais, portugais s’attèlent consciencieusement à la lecture des informations transmises. En France, les notifications ne notifient personne, ignorées dans le grand silence de la toile. Explication de l’Ordre : jusqu’à janvier 2026, il n’avait pas accès au système. La Direction générale de l’organisation des soins (DGOS) quant à elle n’a pas souhaité répondre, mais remarque néanmoins que le système mériterait d’être amélioré ! Son utilisation peut en effet être complexe puisque les notifications ne concernent pas uniquement les médecins, mais aussi d’autres professions. Par ailleurs, quand bien même les transmissions seraient faites correctement et les notifications lues, contourner le système n’est pas impossible : dans le cas du praticien français exerçant en Belgique évoqué plus haut, la notification à l’IMI est intervenue après son inscription sur les listes de l’Ordre belge. Il n’en reste pas moins que les manquements révélés par ce consortium de journalistes signalent une bien piètre attention accordée à la sécurité des patients européens. Au Royaume-Uni, les radiations sont rendues publiques.
La santé est un état précaire qui ne laisse augurer rien de bon.
https://www.facebook.com/SOFIA-soci%C3% ... _todo_tour
https://mobile.twitter.com/SOFIA_iade
https://www.facebook.com/SOFIA-soci%C3% ... _todo_tour
https://mobile.twitter.com/SOFIA_iade
-
Arnaud BASSEZ
- Administrateur - Site Admin
- Messages : 2629
- Enregistré le : sam. nov. 04, 2006 4:43 pm
- Localisation : Paris
- Contact :
Re: Articles sur la santé
Le cerveau inconscient est plus actif qu’on ne le pensait
Par Nicolas Gutierrez C. le 06.05.2026 à 17h00
source science et vie
Une étude avec des personnes sous anesthésie montre que le cerveau continue à traiter ce que l’on entend, même quand nous ne sommes pas conscients.
Le cerveau entendrait tout ce que l’on dit autour de nous même lorsque nous sommes sous anesthésie générale.
À quel point le cerveau est-il conscient lorsque nous sommes inconscients ? Sous anesthésie, les neurones dédiés à l’audition s’activent lorsqu’il y a un son, mais nous ne nous en apercevons pas. Comme si cette information n’atteignait pas le reste du cerveau à cause de la perte de connexions neuronales provoquée par l'anesthésiant. Or, ces messages auditifs parviennent bien à pénétrer au plus profond du cerveau !
Une étude publiée le 6 mai 2026 dans Nature par des chercheurs du Baylor College of Medicine au Texas montre en effet que l’information auditive voyage jusqu’à l’hippocampe, localisé à la base du cerveau, et que cette structure traite cette information, malgré l’état d’inconscience. “Cela nous pousse à repenser ce que ça veut dire d’être inconscient, affirme le neurochirurgien Sameer Sheth, directeur de l’étude, dans un communiqué. En coulisse, le cerveau fait beaucoup plus que ce qu’on pensait.”
Par Nicolas Gutierrez C. le 06.05.2026 à 17h00
source science et vie
Une étude avec des personnes sous anesthésie montre que le cerveau continue à traiter ce que l’on entend, même quand nous ne sommes pas conscients.
Le cerveau entendrait tout ce que l’on dit autour de nous même lorsque nous sommes sous anesthésie générale.
À quel point le cerveau est-il conscient lorsque nous sommes inconscients ? Sous anesthésie, les neurones dédiés à l’audition s’activent lorsqu’il y a un son, mais nous ne nous en apercevons pas. Comme si cette information n’atteignait pas le reste du cerveau à cause de la perte de connexions neuronales provoquée par l'anesthésiant. Or, ces messages auditifs parviennent bien à pénétrer au plus profond du cerveau !
Une étude publiée le 6 mai 2026 dans Nature par des chercheurs du Baylor College of Medicine au Texas montre en effet que l’information auditive voyage jusqu’à l’hippocampe, localisé à la base du cerveau, et que cette structure traite cette information, malgré l’état d’inconscience. “Cela nous pousse à repenser ce que ça veut dire d’être inconscient, affirme le neurochirurgien Sameer Sheth, directeur de l’étude, dans un communiqué. En coulisse, le cerveau fait beaucoup plus que ce qu’on pensait.”
La santé est un état précaire qui ne laisse augurer rien de bon.
https://www.facebook.com/SOFIA-soci%C3% ... _todo_tour
https://mobile.twitter.com/SOFIA_iade
https://www.facebook.com/SOFIA-soci%C3% ... _todo_tour
https://mobile.twitter.com/SOFIA_iade
-
Arnaud BASSEZ
- Administrateur - Site Admin
- Messages : 2629
- Enregistré le : sam. nov. 04, 2006 4:43 pm
- Localisation : Paris
- Contact :
Re: Articles sur la santé
Tous les articles sont issus du jim.fr
Douleur thoracique chez la femme : mieux connaître les biais de prise en charge
Laurence Salmon
18 mai 2026
Le risque cardiovasculaire féminin reste sous-estimé, notamment chez les femmes jeunes. Symptômes atypiques, outils diagnostiques inadaptés et causes spécifiques d'infarctus contribuent aux retards de prise en charge.
La douleur thoracique constitue l’un des motifs les plus fréquents de consultation en urgence et en médecine ambulatoire. Si elle évoque en priorité un syndrome coronarien aigu, son évaluation chez la femme présente des particularités liées à des différences de présentation clinique, de facteurs de risque, de physiopathologie et de performances des examens diagnostiques. Ces spécificités contribuent à ce jour à un pronostic cardiovasculaire moins favorable chez les femmes.
Un risque cardiovasculaire trop souvent sous-estimé
Les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de mortalité chez les femmes. Malgré cela, le risque cardiovasculaire féminin reste souvent sous-estimé, notamment chez les femmes jeunes, ce qui conduit à une moindre suspicion diagnostique en cas de douleur thoracique, contribuant à des erreurs diagnostiques ou à des retards de prise en charge.
Les femmes présentent des spécificités diagnostiques. Les syndromes coronariens aigus ne sont pas toujours liés à l’athérosclérose, comme c’est le cas chez l’homme. La dissection coronaire spontanée, le spasme coronaire, l’embolie coronaire ou l’infarctus du myocarde sans obstruction coronarienne sont notamment plus fréquents chez la femme (jusqu’à 65 % de l’ensemble des cas surviennent chez des femmes).
Il faut noter que la dissection coronaire spontanée concerne majoritairement des femmes, souvent jeunes (jusqu’à 45 % de femmes de moins de 50 ans), notamment pendant la grossesse ou le post-partum.
Le syndrome de Takotsubo, caractérisé par une dysfonction ventriculaire gauche transitoire souvent déclenchée par un stress émotionnel ou physique, survient principalement chez les femmes ménopausées.
Enfin, certaines pathologies, comme la dissection aortique, les myocardites, les péricardites ou les valvulopathies présentent également des différences de présentation et de pronostic selon le sexe.
Certains facteurs de risque ont un impact plus marqué chez les femmes, notamment le tabagisme, le diabète de type 2 et les facteurs psychologiques, tels que l’anxiété et la dépression. Une étude a montré une contribution au risque d’infarctus plus élevée chez les femmes que chez les hommes, pour le diabète (26,8 % versus 9,9 %), la dépression (25,5 % versus 8,7 %) et le tabagisme (38,9 % versus 35,1 %).
Par ailleurs, des facteurs de risque spécifiques aux femmes restent insuffisamment pris en compte, notamment les complications liées à la grossesse, le syndrome des ovaires polykystiques ou les variations hormonales au cours de la vie.
Des symptômes encore souvent mal interprétés
Chez la femme, la douleur thoracique reste le symptôme principal du syndrome coronarien aigu, mais la fréquence plus élevée chez la femme de symptômes associés, tels que dyspnée, fatigue, douleurs épigastriques, nausées, douleurs dorsales ou cervicales, peut faire évoquer à tort une cause non cardiaque.
Le biais ne tient pas uniquement à une présentation différente, mais aussi à l’interprétation des symptômes. Les douleurs thoraciques chez les femmes sont plus souvent attribuées à l’anxiété, à des troubles digestifs ou à des douleurs musculosquelettiques, ce qui peut retarder la prise en charge.
Des outils diagnostiques qui présentent des limites
À l’électrocardiogramme, les femmes ont un QTc plus long, des seuils de sus-décalage du segment ST différents et des anomalies parfois moins marquées, ce qui peut compliquer le diagnostic.
Les concentrations de troponine sont généralement plus faibles chez les femmes, pouvant conduire à sous-diagnostiquer certains infarctus si des seuils non adaptés sont utilisés. À titre d’exemple, la limite supérieure de référence (99e centile), mesurée dans un échantillon représentatif, était d’environ 16 ng/L chez les femmes et 34 ng/L chez les hommes.
Les tests d’effort sont également moins sensibles et moins spécifiques chez la femme, ce qui peut entraîner de faux positifs ou des faux négatifs et retarder le diagnostic de maladie coronarienne.
L’utilisation d’outils diagnostiques conçus principalement à partir de populations masculines contribue à ces biais diagnostiques.
Des inégalités dans la prise en charge
Concernant la revascularisation, les femmes bénéficient moins souvent d’une angioplastie coronaire et, lorsque celle-ci est réalisée, elles atteignent moins souvent les délais optimaux de prise en charge. Les femmes présentent davantage de complications précoces, notamment hémorragiques. Néanmoins, elles tirent un bénéfice clinique des traitements de revascularisation, en particulier dans la maladie coronarienne stable.
Chez les femmes, le risque hémorragique est plus élevé sous bithérapie antiplaquettaire et anticoagulants. Un traitement plus court peut réduire ce risque sans majorer les événements cardiovasculaires.
Elles reçoivent moins fréquemment certains traitements en prévention secondaire, notamment des bêtabloquants et des inhibiteurs de l’enzyme de conversion, ainsi que des prescriptions pour participer aux programmes de réadaptation cardiaque.
La faible représentation des femmes dans les essais (10 à 20 % des participants) limite les données sur les adaptations de traitement et les recommandations spécifiques selon le sexe, contribuant aux différences de prise en charge observées.
Ce que disent les recommandations
Les guidelines de la société européenne de cardiologie (ESC) de 2023 sur les syndromes coronariens aigus n’incluent pas de recommandations thérapeutiques différentes selon le sexe, mais consacrent toutefois des sections spécifiques à la dissection coronarienne spontanée et à l’infarctus du myocarde sans obstruction coronarienne, ainsi qu’à la prise en charge pendant la grossesse. Elles insistent également sur la sous-représentation des femmes dans les essais randomisés, la nécessité d’augmenter le recours à la réadaptation cardiaque et l’importance de rester attentif aux biais de prise en charge.
L’Association américaine de cardiologie (AHA) a publié en 2026 un document consacré aux syndromes coronariens aigus chez les femmes préménopausées, soulignant notamment la nécessité d’améliorer la sensibilisation de l’ensemble des professionnels de santé afin de réduire les retards diagnostiques et thérapeutiques chez ces patientes.
Cet article a d’abord été publié sur univadis.fr qui, comme JIM, fait partie du réseau professionnel Medscape.
Citer cet article: Douleur thoracique chez la femme : mieux connaître les biais de prise en charge - JIM - 18 mai 2026.
Commenter
Lectures recommandées
photo of Close up of a young unhealthy Caucasian woman having severe chest pain while sitting alone on the sofa. Close up of
La dissection coronaire, une cause rare de SCA chez la femme jeune
photo of Hands of a man and a woman tearing apart a red paper heart against a blue background.
Takotsubo : le paradoxe des hommes
photo of Male and female hands collect puzzle heart on pink and blue background
Maladies cardiovasculaires précoces : les hommes devancent encore les femmes
______________
La pollution atmosphérique s’invite au bloc
Dr Bernard-Alex Gauzere
18 mai 2026
Une étude menée sur près de 50 000 patients opérés en Utah montre qu'une exposition élevée aux PM2,5 dans les sept jours précédant la chirurgie est associée à une augmentation du risque de complications postopératoires.
L'exposition à court terme aux particules fines d'une taille inférieure à 2,5 µm (PM2,5) est un facteur de risque de morbidité et de mortalité cardiovasculaires, respiratoires et neurologiques.Les patients en période périopératoire pourraient être particulièrement sensibles aux PM2,5. En effet, le stress lié à la chirurgie engendre un traumatisme pulmonaire, un stress hémodynamique et une inflammation systémique, des réponses physiopathologiques qui recoupent étroitement celles déclenchées par l'exposition à la pollution atmosphérique. Cette convergence mécanistique pourrait aggraver les complications postopératoires.
Les études portant sur ce sujet demeurent rares et se limitent souvent à des populations spécifiques, tout en reposant sur des approches fréquentistes. L'approche fréquentiste s'appuie sur les données observées pour estimer le paramètre le plus vraisemblable, assorti d'un intervalle de confiance : si l'on répétait l'expérience un grand nombre de fois, 95 % des intervalles ainsi construits contiendraient la vraie valeur du paramètre. Ces méthodes peinent toutefois à produire des estimations probabilistes cliniquement interprétables. Les méthodes bayésiennes hiérarchiques constituent une alternative intéressante : elles permettent l'intégration de connaissances a priori et s'adaptent naturellement à la modélisation de structures de données complexes et hétérogènes.
En tenant compte de ces considérations physiopathologiques, le contexte périopératoire constitue un cadre d'étude particulièrement favorable à l'analyse des effets aigus de la pollution atmosphérique. Les pics épisodiques de PM2,5 (liés aux feux de forêt ou aux inversions thermiques hivernales) surviennent indépendamment du calendrier opératoire, les interventions programmées étant fixées indépendamment des conditions atmosphériques.
L'objectif de cette étude était double : épidémiologique et méthodologique. D'une part, explorer la relation entre l'exposition préopératoire aux PM2,5 et la survenue de complications postopératoires au sein d'une cohorte monocentrique ; d'autre part, démontrer la faisabilité et les atouts d'une modélisation bayésienne en épidémiologie environnementale périopératoire. Les auteurs ont analysé un critère de jugement combiné, en recourant à l'inférence bayésienne pour privilégier l'interprétabilité clinique, la sensibilité aux hypothèses a priori et la communication transparente de l'incertitude.
Près de 50 000 patients opérés en Utah
Il s'agit d'une étude de cohorte rétrospective monocentrique portant sur 49 615 patients ayant subi une intervention chirurgicale élective entre 2016 et 2018, bénéficiant d'une anesthésie générale programmée à l’University of Utah Health. Étaient exclus les patients classés ASA 5-6, les interventions sans anesthésie générale, les actes obstétricaux, les traitements par électroconvulsivothérapie et les bronchoscopies.
L'analyse se limitait aux patients résidant dans la zone urbaine de Wasatch Front (Salt Lake, Utah, Davis, Weber, Cache et Box Elder). Les adresses ont été géocodées et reliées aux estimations quotidiennes de PM2,5 à l'échelle des secteurs de recensement. La variable d'exposition correspondait à la concentration maximale enregistrée sur 24 heures dans les 7 jours précédant l'intervention. Le critère de jugement combinait : pneumonie, infection du site opératoire, infection urinaire, septicémie, accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde et thromboembolie. Un modèle de régression logistique bayésienne hiérarchique à a priori faiblement informatifs a été ajusté pour l'âge, le sexe, la saison, la précarité socio-économique du quartier et l'indice de comorbidités d'Elixhauser, avec le secteur de recensement comme effet aléatoire de groupe.
Plus l'air est pollué la semaine précédant la chirurgie, plus le risque de complications augmente
L'âge médian était de 53,2 ans (écart-type = 17,7), 52,2 % des patients étaient des femmes et l'indice d'Elixhauser moyen s'élevait à 0,89 (écart-type = 1,95). Le nombre annuel de procédures a progressé de 15 375 en 2016 à 16 704 en 2018.
Le taux global de complications atteignait 4,85 % (2 411 patients) : pneumonie (n = 509), infection du site opératoire (n = 589), infection urinaire (n = 739), septicémie (n = 1 353), accident vasculaire cérébral (n = 1), infarctus du myocarde (n = 184) et thromboembolie (n = 431). Les hommes étaient plus souvent touchés que les femmes (5,94 % contre 3,86 %). Le risque de complications augmentait avec l'indice de comorbidité d'Elixhauser : les patients sans complications présentaient un indice moyen de 0,6 (écart-type = 1,52) contre 5,15 (écart-type = 3,72) chez ceux présentant des complications. La fréquence des complications était stable selon la saison.
La survenue de complications progressait de façon dose-dépendante avec la concentration de PM2,5. Chaque hausse de 10 µg/m³ dans les 7 jours précédant la chirurgie était associée à une augmentation relative de 8,2 % du risque (OR = 1,082) ; pour une élévation de 1 à 30 µg/m³, ce risque progressait de plus de 27 % (IC à 95 % : 4 %–55 %). Au seuil de 35 µg/m³, le taux de complications passait de 4,8 % à 6,2 % ; la probabilité a posteriori d'un risque accru au-delà de ce seuil atteignait 93,2 %. Ces dépassements étaient répartis de façon homogène entre les comtés et les saisons.
Les résultats se sont révélés stables selon les choix d'hypothèses a priori et les spécifications du modèle. L'effet était le plus marqué chez les patients à forte charge de comorbidités, évoquant une vulnérabilité accrue en période de stress physiologique aigu. Les distributions a posteriori complètes offrent une régularisation naturelle et une quantification de l'incertitude inaccessibles aux méthodes fréquentistes classiques.
Les limites et apports de cette étude
L'exposition aux PM2,5 a été estimée à partir du secteur de recensement, sans tenir compte des variations individuelles liées aux activités quotidiennes, aux sources industrielles de proximité, au lieu de travail ou aux expositions en milieu clos. La composition chimique des particules, susceptible d'en moduler la toxicité, n'a pas été caractérisée. La taille de l'échantillon restreint les analyses en sous-groupes, en particulier par spécialité chirurgicale. En tant qu'étude observationnelle, elle ne permet pas d'établir un lien de causalité : les PM2,5 doivent être interprétées comme des marqueurs de mélanges complexes de polluants plutôt que comme un agent causal isolé. Une validation sur une cohorte multicentrique de plus grande envergure reste nécessaire.
La principale contribution de cette étude est d'ordre méthodologique en montrant comment la modélisation bayésienne hiérarchique peut être appliquée à l'épidémiologie environnementale périopératoire, offrant ainsi une interprétabilité probabiliste, une régularisation et une quantification de l'incertitude qui ne sont pas directement accessibles dans les approches fréquentistes classiques
______________
Rist et Robinet s’opposent sur le financement de l’hôpital
Quentin Haroche
19 mai 2026
La ministre de la Santé et le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) ne sont pas sur la même longueur d’onde concernant la question des besoins financiers de l’hôpital.
La ministre de la Santé Stéphanie Rist et le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) et maire de Reims Arnaud Robinet sont du même bord politique et devraient, a priori, soutenir le même candidat lors de la prochaine élection présidentielle. Ils n’étaient pourtant pas totalement raccord ce mardi en ouverture de l’édition anniversaire du salon Santexpo à Paris (qui fête ses 60 années d’existence) au moment d’évoquer les défis qui attendent l’hôpital public et les solutions à y apporter.
Dans un contexte budgétaire très difficile et alors que l’élaboration des prochains budgets de la Sécurité Sociale et de l’Etat s’annonce ardue, la ministre a ainsi tenu à indiquer que les cordons de la bourse allaient rester assez serrés cette année. « Il y a certes un besoin de financement, mais l’Ondam (le budget de l’Assurance maladie) a déjà augmenté de 44 % depuis le début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron » a ainsi commencé la ministre.
Le ton de l’intervention ministérielle était pleinement donné lorsque Stéphanie Rist a dénoncé la « facilité démagogique » consistant à « tout attendre de l’Etat ». « Je crois que la situation de l'hôpital appelle à un partage collectif de la contrainte » entre l’Etat et les hôpitaux a-t-elle poursuivi. Paraphrasant le président américain John Kennedy (rien que cela), elle a demandé aux soignants « de ne pas simplement attendre ce que l’Etat peut faire pour vous, mais de réfléchir aux solutions que vous pouvez apporter à l’intérêt général ».
Stéphanie Rist promet d’ «accélérer » la réforme de la certification périodique
Malgré ce discours rigoriste, la ministre n’est pas venue complètement les mains vides. Elle a ainsi annoncé qu’elle prendrait « dans les prochains jours » une instruction pour débloquer environ 6 milliards d’euros d’investissements, visant à financer des projets hospitaliers en région. Mais la rhumatologue a cependant prévenu. « Les déficits des établissements, publics comme privés, ne sont pas à conjuguer au passé : pour être soutenable, les investissements devront être conditionnés à la mise en œuvre de mesures d'efficience pour que chaque euro d'argent public soit bien utilisé » a-t-elle précisé.
Pour le reste, la ministre aura procédé à peu d’annonces concrètes lors de son discours et aura surtout annoncé le lancement de chantiers de réflexion dans divers domaines. Des comités vont ainsi se réunir pour plancher sur des sujets aussi variés que le développement des alternatives à l’hospitalisation, le renforcement de la coopération entre la ville et l’hôpital et entre le public et le privé, le développement des compétences des infirmières en pratique avancée (IPA), la prévention des troubles mentaux chez les soignants, la lutte contre les violences à l’hôpital etc.
La ministre a également annoncé le lancement prochain d’un « cadre politique pour l’attractivité des métiers du soin et du bien ». Là encore, le Dr Rist a préféré éviter d’aborder les questions salariales, pour plutôt évoquer la question de la « validation des acquis d’expérience » et de la formation continue, promettant d’ «accélérer » la réforme de la certification périodique et de l’agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC), sans plus de précision.
Arnaud Robinet dénonce le coût « exorbitant » des retraites
Ces annonces quelque peu formatées répondaient à un discours bien plus offensif du président de la FHF Arnaud Robinet. Le maire de Reims n’a pas hésité à parler de « coupes budgétaires aveugles » et à demander clairement un effort budgétaire de la part de l’Etat. Nul doute pour lui que les sources de difficultés de l’hôpital public sont financières et non organisationnelles. Il a ainsi expliqué que les dotations financières des dernières années issues du Ségur ne sont pas suffisantes pour compenser la hausse des charges.
Dans un discours encore relativement rare chez les hommes politiques, l’ancien député a également dénoncé le coût « exorbitant » et de plus en plus difficile à supporter des retraites pour l’hôpital public, rappelant que le gouvernement prévoyait de faire augmenter le taux de cotisation de retraite des employeurs à l’hôpital de 12 points entre 2025 et 2028.
« Procéder à des économies aveugles seraient une erreur historique » a lancé le maire de Reims, dans un appel clair au gouvernement mais également aux futurs candidats à l’élection présidentielle, tout en reconnaissant que « des marges d’efficience existent, notamment dans l’organisation des parcours de soins ». Le maire de Reims a également appelé à faire de la « transition démographique » la grande cause de l’année 2027, considérant que la prise en charge du vieillissement de la population constituerait le principal défi du système de santé dans les prochaines années.
Enfin, Arnaud Robinet a de nouveau appelé une loi de programmation pluriannuelle du système de santé, un leitmotiv de la FHF depuis plusieurs années. Une fois les discours terminés, le maire de Reims a d’ailleurs remis à la ministre une proposition de loi élaborée par la FHF. Mais au vu du discours de Stéphanie Rist et des marges de manœuvre du gouvernement dans les 12 prochains mois, difficile à croire qu’elle en fera grand-chose.
_________________________
Ebola : un patient américain internationalise la crise
Frédéric Haroche
19 mai 2026
L’épidémie d’Ebola qui frappe actuellement la République démocratique du Congo (RDC) prend une nouvelle dimension après la contamination d’un ressortissant américain. Alors que les autorités sanitaires internationales s’alarment de la progression rapide de la maladie, Washington renforce ses mesures de protection.
Une épidémie à haut risque dans un contexte explosif
L’épidémie actuelle en RDC serait déjà à l’origine de 131 décès et 513 cas, selon le ministre congolais de la Santé, Samuel Roger Kamba, qui n’affirme pas, cependant, que tous ces cas sont biologiquement confirmés. La majorité des patients sont des adultes jeunes âgés de 20 à 39 ans et près des deux tiers sont des femmes. Il s’agit de la 17ᵉ épidémie d’Ebola recensée en RDC depuis 1976, la précédente s’étant achevée en décembre 2025. Mais cette flambée suscite une inquiétude particulière en raison de la souche impliquée, Bundibugyo, nettement moins étudiée que la souche Zaïre. Identifiée en 2007, cette souche n’a provoqué jusqu’à présent que deux épisodes épidémiques: en Ouganda en 2007 puis en RDC en 2012, et, à la différence de la souche Zaïre, aucun vaccin ou traitement spécifique n’a démontré d’efficacité contre elle.
L’épicentre de l’épidémie se situe dans la province de l’Ituri, région aurifère du nord-est de la RDC située à proximité immédiate de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Les importants mouvements quotidiens de population liés à l’activité minière augmentent considérablement les risques de diffusion régionale et plusieurs cas suspects ont déjà été identifiés hors de la zone initiale, notamment à Butembo et à Goma. À ces difficultés logistiques s’ajoute un défi désormais classique des crises Ebola : la méfiance des populations et la circulation de rumeurs.
Le codécouvreur du virus Ebola, Jean-Jacques Muyembe, rappelle dans Le Point : « Chaque épidémie d’Ebola s’accompagne de rumeurs. À Kikwit, nous avions même mis en place des “bureaux de rumeurs” chargés de collecter et d’analyser les fausses informations ». Il souligne également : « aujourd’hui encore, certaines populations pensent qu’Ebola est une invention du gouvernement destinée à obtenir de l’argent ». Pour lui, la réponse ne peut être uniquement médicale : « Il faut convaincre les populations qu’Ebola existe réellement et que les mesures sanitaires peuvent sauver des vies. »
Une contamination qui change l’échelle de la crise
Le 17 mai, un ressortissant américain ayant travaillé auprès de patients en RDC a été testé positif au virus Ebola de souche Bundibugyo après avoir développé des symptômes durant le week-end. Rapidement, les autorités américaines ont activé une coordination impliquant les CDC et le Département d’État afin d’organiser son transfert vers l’Allemagne. Plusieurs facteurs ont motivé ce choix : une durée de vol réduite depuis l’Afrique centrale, mais aussi l’expérience allemande acquise lors de précédentes prises en charge de patients atteints d’Ebola. Les sujets considérés comme contacts à haut risque doivent également être transférées en Allemagne.
Cette contamination a donc immédiatement provoqué une réaction de Washington. Dès le lendemain, les autorités sanitaires américaines ont annoncé une série de décisions destinées à limiter tout risque d’importation du virus. Parmi ces mesures figurent notamment le renforcement du dépistage des voyageurs arrivant de RDC, d’Ouganda et du Soudan du Sud, des restrictions temporaires pour certains voyageurs étrangers, une coopération accrue avec les compagnies aériennes et le renforcement des capacités nationales de diagnostic et de préparation hospitalière.
Le CDC a également diffusé des avis sanitaires destinés aux voyageurs américains projetant de se rendre dans les zones concernées.
Sur le plan politique, le président américain Donald Trump a cherché à tempérer les inquiétudes : « Je pense que ça a été confiné pour le moment à l’Afrique », a-t-il déclaré à la Maison-Blanche. Dans le même temps, l’ambassade américaine à Kampala a suspendu temporairement ses services de visas. Washington a également annoncé le déblocage de 13 millions de dollars destinés à financer des actions d’urgence.
Au-delà du cas individuel de ce patient américain, cette contamination met en lumière une épidémie locale devenue ainsi une préoccupation internationale majeure, dans un contexte où l’absence de vaccin validé contre la souche Bundibugyo pourrait compliquer la réponse sanitaire.
____________________
IA : panique à l’hôpital ?
Frédéric Haroche
15 mai 2026
Le CHU de Montpellier va servir de laboratoire pour développer « une IA hospitalière souveraine, encadrée et réplicable » partout en France. C’est, en tout cas, le vœu formulé par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, le 9 avril dernier, lors de l’annonce du financement exceptionnel par l’État du projet « Alliance Santé IA » à hauteur de 14,9 millions d’euros.
En pratique, Alliance Santé IA est un programme destiné à déployer l’intelligence artificielle dans les soins, l’organisation hospitalière et la recherche. Derrière l’affichage technologique (infrastructures certifiées pour l’hébergement des données de santé (HDS), intégration au dossier patient informatisé (DPI) et agent conversationnel « souverain ») l’établissement avance un objectif immédiatement compréhensible : restituer du temps aux équipes tout en documentant la sécurité et l’efficacité des outils.
Pour Anne Ferrer, directrice du CHU, s’exprimant sur France 3, il s’agit d’« une véritable opportunité de simplification du travail administratif »
Quand la CGT s’oppose à la révolution
Cependant, certains agents s’inquiètent d’hypothétiques suppressions de postes parmi les salariés non fonctionnaires. La CGT appelait ainsi à la mobilisation ce mardi 12 mai 2026. « L’établissement nous dit que l’IA va aider les professionnels à mieux travailler, que ça va être formidable, mais ce qui nous inquiète fortement, ce sont les répercussions sociales », rapporte Philippe Peretti, secrétaire adjoint du syndicat au CHU de Montpellier. Le syndicaliste avance même un chiffre qui viendrait, selon lui, « de la direction générale » : 10 à 12 % d’emplois supprimés à terme.
Force Ouvrière se montre plus nuancé sur le sujet. Le syndicat estime que si l’intelligence artificielle risque effectivement de supprimer certains emplois, elle en créera nécessairement d’autres. « Ce ne seront peut-être pas les mêmes métiers, ni les mêmes qualifications, mais cela peut s’accompagner. D’autant qu’il s’agit ici d’une IA qui nous est propre, élaborée chez nous. »
______________
Accès aux soins : derrière des délais stables, une fracture silencieuse s’aggrave
Frédéric Haroche
19 mai 2026
L’accès aux soins reste l’une des principales préoccupations des Français, mais sa mesure demeure souvent approximative. Densité médicale, distance au praticien (en km et/ou en minutes) ou nombre de professionnels disponibles n’offrent qu’une photographie indirecte du problème. L’étude « Cartes de France 2026 de l’accès aux soins » adopte une approche différente : analyser les délais réels d’obtention des rendez-vous à partir de 234 millions de consultations réalisées en 2025 auprès de plus de 80 000 professionnels de santé utilisateurs de Doctolib.
Enseignement n°1: le premier recours tient encore. Les médecins généralistes affichent un délai médian de trois jours, les kinésithérapeutes six jours, les pédiatres huit jours et les chirurgiens-dentistes dix jours. Mais derrière cette stabilité apparente, les auteurs mettent en garde contre des équilibres précaires.
La médecine générale tient… sous tension
Concernant la médecine générale les indicateurs se dégradent discrètement. Si le délai médian reste stable à trois jours, la part des rendez-vous obtenus au-delà d’une semaine est passée de 32 % à 35 % entre 2023 et 2025. Plus préoccupant : près de la moitié des départements (47 %) enregistrent une hausse des délais. Cette évolution survient dans un contexte démographique tendu. La France compte désormais 55 790 généralistes libéraux, soit une baisse de près de 8 % en dix ans. Même si le nombre de jeunes médecins progresse, les projections laissent envisager des tensions persistantes jusqu’au milieu des années 2030.
Cardiologues et dermatologues : les spécialités les plus saturées
L’étude confirme l’écart majeur entre premier recours et spécialités. La cardiologie affiche le délai médian le plus élevé : 42 jours (malgré l’urgence de moultes situations). Vient ensuite la dermatologie avec 32 jours. Plus de 70 % des rendez-vous dans ces disciplines sont obtenus au-delà d’une semaine.
Les écarts territoriaux atteignent des proportions considérables : en cardiologie, les délais varient de 16 jours à Paris à 164 jours dans le Gers ; en ophtalmologie, de 5 jours à 153 jours selon les départements.
Cependant, les signataires de l’étude invitent à abandonner une vision simpliste opposant zones urbaines et déserts médicaux ruraux. Chaque spécialité possède ainsi sa propre géographie : tensions en cardiologie entre l’Occitanie et la vallée du Rhône, difficultés en ophtalmologie dans l’Ouest, problèmes spécifiques en dermatologie dans le Nord et le Centre-Est.
Plus de médecins ne suffit pas
L’un des résultats les plus contre-intuitifs de ce travail concerne la relation entre densité médicale et délais d’accès. L’étude suggère que l’organisation pèse autant, voire davantage, que les effectifs. L’exemple emblématique est l’ophtalmologie : malgré des effectifs relativement stables, le délai médian a été divisé par deux en huit ans, passant de 43 à 21 jours grâce au travail aidé et à la réorganisation des parcours avec l’apport d’orthoptistes et d’opticiens.
Pour les auteurs, télé-expertise, assistants médicaux, CPTS et coopération interprofessionnelle pourraient, à l’avenir, constituer des leviers majeurs pour fluidifier l’accès aux soins.
Un phénomène invisible : le renoncement massif
Le chiffre le plus marquant du rapport n’est peut-être pas le délai. Près de 63 % des patients déclarent avoir déjà renoncé à chercher un rendez-vous.
Plus surprenant : ce renoncement ne touche pas prioritairement les populations précaires. Les cadres et les jeunes actifs de 25 à 34 ans renoncent davantage que les ouvriers ou les personnes sans activité. Les contraintes d’organisation semblent donc désormais peser autant que les contraintes économiques (limitées pour une large part de la population qui bénéficie d’une mutuelle).
L’intelligence artificielle déjà intégrée dans le parcours de soins
Ce rapport constate également l’irruption de l’intelligence artificielle dans les rapports patients-soignants. Ainsi, près d’un patient sur deux utilise désormais une intelligence artificielle conversationnelle pour des questions de santé. Chez les 18-24 ans, ce chiffre atteint 75 %. Et l’impact de l’IA paraît réel : plus de 60 % des utilisateurs déclarent que cette technologie modifie leur comportement de recours aux soins et un quart affirme consulter plus rapidement après l’avoir utilisée. Mais l’effet n’est pas univoque : chez certains profils, notamment les étudiants, l’IA semble aussi conduire à différer ou abandonner la recherche d’une consultation (ce qui parfois salutaire lorsque les symptômes présentés sont spontanément résolutifs).
Douleur thoracique chez la femme : mieux connaître les biais de prise en charge
Laurence Salmon
18 mai 2026
Le risque cardiovasculaire féminin reste sous-estimé, notamment chez les femmes jeunes. Symptômes atypiques, outils diagnostiques inadaptés et causes spécifiques d'infarctus contribuent aux retards de prise en charge.
La douleur thoracique constitue l’un des motifs les plus fréquents de consultation en urgence et en médecine ambulatoire. Si elle évoque en priorité un syndrome coronarien aigu, son évaluation chez la femme présente des particularités liées à des différences de présentation clinique, de facteurs de risque, de physiopathologie et de performances des examens diagnostiques. Ces spécificités contribuent à ce jour à un pronostic cardiovasculaire moins favorable chez les femmes.
Un risque cardiovasculaire trop souvent sous-estimé
Les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de mortalité chez les femmes. Malgré cela, le risque cardiovasculaire féminin reste souvent sous-estimé, notamment chez les femmes jeunes, ce qui conduit à une moindre suspicion diagnostique en cas de douleur thoracique, contribuant à des erreurs diagnostiques ou à des retards de prise en charge.
Les femmes présentent des spécificités diagnostiques. Les syndromes coronariens aigus ne sont pas toujours liés à l’athérosclérose, comme c’est le cas chez l’homme. La dissection coronaire spontanée, le spasme coronaire, l’embolie coronaire ou l’infarctus du myocarde sans obstruction coronarienne sont notamment plus fréquents chez la femme (jusqu’à 65 % de l’ensemble des cas surviennent chez des femmes).
Il faut noter que la dissection coronaire spontanée concerne majoritairement des femmes, souvent jeunes (jusqu’à 45 % de femmes de moins de 50 ans), notamment pendant la grossesse ou le post-partum.
Le syndrome de Takotsubo, caractérisé par une dysfonction ventriculaire gauche transitoire souvent déclenchée par un stress émotionnel ou physique, survient principalement chez les femmes ménopausées.
Enfin, certaines pathologies, comme la dissection aortique, les myocardites, les péricardites ou les valvulopathies présentent également des différences de présentation et de pronostic selon le sexe.
Certains facteurs de risque ont un impact plus marqué chez les femmes, notamment le tabagisme, le diabète de type 2 et les facteurs psychologiques, tels que l’anxiété et la dépression. Une étude a montré une contribution au risque d’infarctus plus élevée chez les femmes que chez les hommes, pour le diabète (26,8 % versus 9,9 %), la dépression (25,5 % versus 8,7 %) et le tabagisme (38,9 % versus 35,1 %).
Par ailleurs, des facteurs de risque spécifiques aux femmes restent insuffisamment pris en compte, notamment les complications liées à la grossesse, le syndrome des ovaires polykystiques ou les variations hormonales au cours de la vie.
Des symptômes encore souvent mal interprétés
Chez la femme, la douleur thoracique reste le symptôme principal du syndrome coronarien aigu, mais la fréquence plus élevée chez la femme de symptômes associés, tels que dyspnée, fatigue, douleurs épigastriques, nausées, douleurs dorsales ou cervicales, peut faire évoquer à tort une cause non cardiaque.
Le biais ne tient pas uniquement à une présentation différente, mais aussi à l’interprétation des symptômes. Les douleurs thoraciques chez les femmes sont plus souvent attribuées à l’anxiété, à des troubles digestifs ou à des douleurs musculosquelettiques, ce qui peut retarder la prise en charge.
Des outils diagnostiques qui présentent des limites
À l’électrocardiogramme, les femmes ont un QTc plus long, des seuils de sus-décalage du segment ST différents et des anomalies parfois moins marquées, ce qui peut compliquer le diagnostic.
Les concentrations de troponine sont généralement plus faibles chez les femmes, pouvant conduire à sous-diagnostiquer certains infarctus si des seuils non adaptés sont utilisés. À titre d’exemple, la limite supérieure de référence (99e centile), mesurée dans un échantillon représentatif, était d’environ 16 ng/L chez les femmes et 34 ng/L chez les hommes.
Les tests d’effort sont également moins sensibles et moins spécifiques chez la femme, ce qui peut entraîner de faux positifs ou des faux négatifs et retarder le diagnostic de maladie coronarienne.
L’utilisation d’outils diagnostiques conçus principalement à partir de populations masculines contribue à ces biais diagnostiques.
Des inégalités dans la prise en charge
Concernant la revascularisation, les femmes bénéficient moins souvent d’une angioplastie coronaire et, lorsque celle-ci est réalisée, elles atteignent moins souvent les délais optimaux de prise en charge. Les femmes présentent davantage de complications précoces, notamment hémorragiques. Néanmoins, elles tirent un bénéfice clinique des traitements de revascularisation, en particulier dans la maladie coronarienne stable.
Chez les femmes, le risque hémorragique est plus élevé sous bithérapie antiplaquettaire et anticoagulants. Un traitement plus court peut réduire ce risque sans majorer les événements cardiovasculaires.
Elles reçoivent moins fréquemment certains traitements en prévention secondaire, notamment des bêtabloquants et des inhibiteurs de l’enzyme de conversion, ainsi que des prescriptions pour participer aux programmes de réadaptation cardiaque.
La faible représentation des femmes dans les essais (10 à 20 % des participants) limite les données sur les adaptations de traitement et les recommandations spécifiques selon le sexe, contribuant aux différences de prise en charge observées.
Ce que disent les recommandations
Les guidelines de la société européenne de cardiologie (ESC) de 2023 sur les syndromes coronariens aigus n’incluent pas de recommandations thérapeutiques différentes selon le sexe, mais consacrent toutefois des sections spécifiques à la dissection coronarienne spontanée et à l’infarctus du myocarde sans obstruction coronarienne, ainsi qu’à la prise en charge pendant la grossesse. Elles insistent également sur la sous-représentation des femmes dans les essais randomisés, la nécessité d’augmenter le recours à la réadaptation cardiaque et l’importance de rester attentif aux biais de prise en charge.
L’Association américaine de cardiologie (AHA) a publié en 2026 un document consacré aux syndromes coronariens aigus chez les femmes préménopausées, soulignant notamment la nécessité d’améliorer la sensibilisation de l’ensemble des professionnels de santé afin de réduire les retards diagnostiques et thérapeutiques chez ces patientes.
Cet article a d’abord été publié sur univadis.fr qui, comme JIM, fait partie du réseau professionnel Medscape.
Citer cet article: Douleur thoracique chez la femme : mieux connaître les biais de prise en charge - JIM - 18 mai 2026.
Commenter
Lectures recommandées
photo of Close up of a young unhealthy Caucasian woman having severe chest pain while sitting alone on the sofa. Close up of
La dissection coronaire, une cause rare de SCA chez la femme jeune
photo of Hands of a man and a woman tearing apart a red paper heart against a blue background.
Takotsubo : le paradoxe des hommes
photo of Male and female hands collect puzzle heart on pink and blue background
Maladies cardiovasculaires précoces : les hommes devancent encore les femmes
______________
La pollution atmosphérique s’invite au bloc
Dr Bernard-Alex Gauzere
18 mai 2026
Une étude menée sur près de 50 000 patients opérés en Utah montre qu'une exposition élevée aux PM2,5 dans les sept jours précédant la chirurgie est associée à une augmentation du risque de complications postopératoires.
L'exposition à court terme aux particules fines d'une taille inférieure à 2,5 µm (PM2,5) est un facteur de risque de morbidité et de mortalité cardiovasculaires, respiratoires et neurologiques.Les patients en période périopératoire pourraient être particulièrement sensibles aux PM2,5. En effet, le stress lié à la chirurgie engendre un traumatisme pulmonaire, un stress hémodynamique et une inflammation systémique, des réponses physiopathologiques qui recoupent étroitement celles déclenchées par l'exposition à la pollution atmosphérique. Cette convergence mécanistique pourrait aggraver les complications postopératoires.
Les études portant sur ce sujet demeurent rares et se limitent souvent à des populations spécifiques, tout en reposant sur des approches fréquentistes. L'approche fréquentiste s'appuie sur les données observées pour estimer le paramètre le plus vraisemblable, assorti d'un intervalle de confiance : si l'on répétait l'expérience un grand nombre de fois, 95 % des intervalles ainsi construits contiendraient la vraie valeur du paramètre. Ces méthodes peinent toutefois à produire des estimations probabilistes cliniquement interprétables. Les méthodes bayésiennes hiérarchiques constituent une alternative intéressante : elles permettent l'intégration de connaissances a priori et s'adaptent naturellement à la modélisation de structures de données complexes et hétérogènes.
En tenant compte de ces considérations physiopathologiques, le contexte périopératoire constitue un cadre d'étude particulièrement favorable à l'analyse des effets aigus de la pollution atmosphérique. Les pics épisodiques de PM2,5 (liés aux feux de forêt ou aux inversions thermiques hivernales) surviennent indépendamment du calendrier opératoire, les interventions programmées étant fixées indépendamment des conditions atmosphériques.
L'objectif de cette étude était double : épidémiologique et méthodologique. D'une part, explorer la relation entre l'exposition préopératoire aux PM2,5 et la survenue de complications postopératoires au sein d'une cohorte monocentrique ; d'autre part, démontrer la faisabilité et les atouts d'une modélisation bayésienne en épidémiologie environnementale périopératoire. Les auteurs ont analysé un critère de jugement combiné, en recourant à l'inférence bayésienne pour privilégier l'interprétabilité clinique, la sensibilité aux hypothèses a priori et la communication transparente de l'incertitude.
Près de 50 000 patients opérés en Utah
Il s'agit d'une étude de cohorte rétrospective monocentrique portant sur 49 615 patients ayant subi une intervention chirurgicale élective entre 2016 et 2018, bénéficiant d'une anesthésie générale programmée à l’University of Utah Health. Étaient exclus les patients classés ASA 5-6, les interventions sans anesthésie générale, les actes obstétricaux, les traitements par électroconvulsivothérapie et les bronchoscopies.
L'analyse se limitait aux patients résidant dans la zone urbaine de Wasatch Front (Salt Lake, Utah, Davis, Weber, Cache et Box Elder). Les adresses ont été géocodées et reliées aux estimations quotidiennes de PM2,5 à l'échelle des secteurs de recensement. La variable d'exposition correspondait à la concentration maximale enregistrée sur 24 heures dans les 7 jours précédant l'intervention. Le critère de jugement combinait : pneumonie, infection du site opératoire, infection urinaire, septicémie, accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde et thromboembolie. Un modèle de régression logistique bayésienne hiérarchique à a priori faiblement informatifs a été ajusté pour l'âge, le sexe, la saison, la précarité socio-économique du quartier et l'indice de comorbidités d'Elixhauser, avec le secteur de recensement comme effet aléatoire de groupe.
Plus l'air est pollué la semaine précédant la chirurgie, plus le risque de complications augmente
L'âge médian était de 53,2 ans (écart-type = 17,7), 52,2 % des patients étaient des femmes et l'indice d'Elixhauser moyen s'élevait à 0,89 (écart-type = 1,95). Le nombre annuel de procédures a progressé de 15 375 en 2016 à 16 704 en 2018.
Le taux global de complications atteignait 4,85 % (2 411 patients) : pneumonie (n = 509), infection du site opératoire (n = 589), infection urinaire (n = 739), septicémie (n = 1 353), accident vasculaire cérébral (n = 1), infarctus du myocarde (n = 184) et thromboembolie (n = 431). Les hommes étaient plus souvent touchés que les femmes (5,94 % contre 3,86 %). Le risque de complications augmentait avec l'indice de comorbidité d'Elixhauser : les patients sans complications présentaient un indice moyen de 0,6 (écart-type = 1,52) contre 5,15 (écart-type = 3,72) chez ceux présentant des complications. La fréquence des complications était stable selon la saison.
La survenue de complications progressait de façon dose-dépendante avec la concentration de PM2,5. Chaque hausse de 10 µg/m³ dans les 7 jours précédant la chirurgie était associée à une augmentation relative de 8,2 % du risque (OR = 1,082) ; pour une élévation de 1 à 30 µg/m³, ce risque progressait de plus de 27 % (IC à 95 % : 4 %–55 %). Au seuil de 35 µg/m³, le taux de complications passait de 4,8 % à 6,2 % ; la probabilité a posteriori d'un risque accru au-delà de ce seuil atteignait 93,2 %. Ces dépassements étaient répartis de façon homogène entre les comtés et les saisons.
Les résultats se sont révélés stables selon les choix d'hypothèses a priori et les spécifications du modèle. L'effet était le plus marqué chez les patients à forte charge de comorbidités, évoquant une vulnérabilité accrue en période de stress physiologique aigu. Les distributions a posteriori complètes offrent une régularisation naturelle et une quantification de l'incertitude inaccessibles aux méthodes fréquentistes classiques.
Les limites et apports de cette étude
L'exposition aux PM2,5 a été estimée à partir du secteur de recensement, sans tenir compte des variations individuelles liées aux activités quotidiennes, aux sources industrielles de proximité, au lieu de travail ou aux expositions en milieu clos. La composition chimique des particules, susceptible d'en moduler la toxicité, n'a pas été caractérisée. La taille de l'échantillon restreint les analyses en sous-groupes, en particulier par spécialité chirurgicale. En tant qu'étude observationnelle, elle ne permet pas d'établir un lien de causalité : les PM2,5 doivent être interprétées comme des marqueurs de mélanges complexes de polluants plutôt que comme un agent causal isolé. Une validation sur une cohorte multicentrique de plus grande envergure reste nécessaire.
La principale contribution de cette étude est d'ordre méthodologique en montrant comment la modélisation bayésienne hiérarchique peut être appliquée à l'épidémiologie environnementale périopératoire, offrant ainsi une interprétabilité probabiliste, une régularisation et une quantification de l'incertitude qui ne sont pas directement accessibles dans les approches fréquentistes classiques
______________
Rist et Robinet s’opposent sur le financement de l’hôpital
Quentin Haroche
19 mai 2026
La ministre de la Santé et le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) ne sont pas sur la même longueur d’onde concernant la question des besoins financiers de l’hôpital.
La ministre de la Santé Stéphanie Rist et le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) et maire de Reims Arnaud Robinet sont du même bord politique et devraient, a priori, soutenir le même candidat lors de la prochaine élection présidentielle. Ils n’étaient pourtant pas totalement raccord ce mardi en ouverture de l’édition anniversaire du salon Santexpo à Paris (qui fête ses 60 années d’existence) au moment d’évoquer les défis qui attendent l’hôpital public et les solutions à y apporter.
Dans un contexte budgétaire très difficile et alors que l’élaboration des prochains budgets de la Sécurité Sociale et de l’Etat s’annonce ardue, la ministre a ainsi tenu à indiquer que les cordons de la bourse allaient rester assez serrés cette année. « Il y a certes un besoin de financement, mais l’Ondam (le budget de l’Assurance maladie) a déjà augmenté de 44 % depuis le début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron » a ainsi commencé la ministre.
Le ton de l’intervention ministérielle était pleinement donné lorsque Stéphanie Rist a dénoncé la « facilité démagogique » consistant à « tout attendre de l’Etat ». « Je crois que la situation de l'hôpital appelle à un partage collectif de la contrainte » entre l’Etat et les hôpitaux a-t-elle poursuivi. Paraphrasant le président américain John Kennedy (rien que cela), elle a demandé aux soignants « de ne pas simplement attendre ce que l’Etat peut faire pour vous, mais de réfléchir aux solutions que vous pouvez apporter à l’intérêt général ».
Stéphanie Rist promet d’ «accélérer » la réforme de la certification périodique
Malgré ce discours rigoriste, la ministre n’est pas venue complètement les mains vides. Elle a ainsi annoncé qu’elle prendrait « dans les prochains jours » une instruction pour débloquer environ 6 milliards d’euros d’investissements, visant à financer des projets hospitaliers en région. Mais la rhumatologue a cependant prévenu. « Les déficits des établissements, publics comme privés, ne sont pas à conjuguer au passé : pour être soutenable, les investissements devront être conditionnés à la mise en œuvre de mesures d'efficience pour que chaque euro d'argent public soit bien utilisé » a-t-elle précisé.
Pour le reste, la ministre aura procédé à peu d’annonces concrètes lors de son discours et aura surtout annoncé le lancement de chantiers de réflexion dans divers domaines. Des comités vont ainsi se réunir pour plancher sur des sujets aussi variés que le développement des alternatives à l’hospitalisation, le renforcement de la coopération entre la ville et l’hôpital et entre le public et le privé, le développement des compétences des infirmières en pratique avancée (IPA), la prévention des troubles mentaux chez les soignants, la lutte contre les violences à l’hôpital etc.
La ministre a également annoncé le lancement prochain d’un « cadre politique pour l’attractivité des métiers du soin et du bien ». Là encore, le Dr Rist a préféré éviter d’aborder les questions salariales, pour plutôt évoquer la question de la « validation des acquis d’expérience » et de la formation continue, promettant d’ «accélérer » la réforme de la certification périodique et de l’agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC), sans plus de précision.
Arnaud Robinet dénonce le coût « exorbitant » des retraites
Ces annonces quelque peu formatées répondaient à un discours bien plus offensif du président de la FHF Arnaud Robinet. Le maire de Reims n’a pas hésité à parler de « coupes budgétaires aveugles » et à demander clairement un effort budgétaire de la part de l’Etat. Nul doute pour lui que les sources de difficultés de l’hôpital public sont financières et non organisationnelles. Il a ainsi expliqué que les dotations financières des dernières années issues du Ségur ne sont pas suffisantes pour compenser la hausse des charges.
Dans un discours encore relativement rare chez les hommes politiques, l’ancien député a également dénoncé le coût « exorbitant » et de plus en plus difficile à supporter des retraites pour l’hôpital public, rappelant que le gouvernement prévoyait de faire augmenter le taux de cotisation de retraite des employeurs à l’hôpital de 12 points entre 2025 et 2028.
« Procéder à des économies aveugles seraient une erreur historique » a lancé le maire de Reims, dans un appel clair au gouvernement mais également aux futurs candidats à l’élection présidentielle, tout en reconnaissant que « des marges d’efficience existent, notamment dans l’organisation des parcours de soins ». Le maire de Reims a également appelé à faire de la « transition démographique » la grande cause de l’année 2027, considérant que la prise en charge du vieillissement de la population constituerait le principal défi du système de santé dans les prochaines années.
Enfin, Arnaud Robinet a de nouveau appelé une loi de programmation pluriannuelle du système de santé, un leitmotiv de la FHF depuis plusieurs années. Une fois les discours terminés, le maire de Reims a d’ailleurs remis à la ministre une proposition de loi élaborée par la FHF. Mais au vu du discours de Stéphanie Rist et des marges de manœuvre du gouvernement dans les 12 prochains mois, difficile à croire qu’elle en fera grand-chose.
_________________________
Ebola : un patient américain internationalise la crise
Frédéric Haroche
19 mai 2026
L’épidémie d’Ebola qui frappe actuellement la République démocratique du Congo (RDC) prend une nouvelle dimension après la contamination d’un ressortissant américain. Alors que les autorités sanitaires internationales s’alarment de la progression rapide de la maladie, Washington renforce ses mesures de protection.
Une épidémie à haut risque dans un contexte explosif
L’épidémie actuelle en RDC serait déjà à l’origine de 131 décès et 513 cas, selon le ministre congolais de la Santé, Samuel Roger Kamba, qui n’affirme pas, cependant, que tous ces cas sont biologiquement confirmés. La majorité des patients sont des adultes jeunes âgés de 20 à 39 ans et près des deux tiers sont des femmes. Il s’agit de la 17ᵉ épidémie d’Ebola recensée en RDC depuis 1976, la précédente s’étant achevée en décembre 2025. Mais cette flambée suscite une inquiétude particulière en raison de la souche impliquée, Bundibugyo, nettement moins étudiée que la souche Zaïre. Identifiée en 2007, cette souche n’a provoqué jusqu’à présent que deux épisodes épidémiques: en Ouganda en 2007 puis en RDC en 2012, et, à la différence de la souche Zaïre, aucun vaccin ou traitement spécifique n’a démontré d’efficacité contre elle.
L’épicentre de l’épidémie se situe dans la province de l’Ituri, région aurifère du nord-est de la RDC située à proximité immédiate de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Les importants mouvements quotidiens de population liés à l’activité minière augmentent considérablement les risques de diffusion régionale et plusieurs cas suspects ont déjà été identifiés hors de la zone initiale, notamment à Butembo et à Goma. À ces difficultés logistiques s’ajoute un défi désormais classique des crises Ebola : la méfiance des populations et la circulation de rumeurs.
Le codécouvreur du virus Ebola, Jean-Jacques Muyembe, rappelle dans Le Point : « Chaque épidémie d’Ebola s’accompagne de rumeurs. À Kikwit, nous avions même mis en place des “bureaux de rumeurs” chargés de collecter et d’analyser les fausses informations ». Il souligne également : « aujourd’hui encore, certaines populations pensent qu’Ebola est une invention du gouvernement destinée à obtenir de l’argent ». Pour lui, la réponse ne peut être uniquement médicale : « Il faut convaincre les populations qu’Ebola existe réellement et que les mesures sanitaires peuvent sauver des vies. »
Une contamination qui change l’échelle de la crise
Le 17 mai, un ressortissant américain ayant travaillé auprès de patients en RDC a été testé positif au virus Ebola de souche Bundibugyo après avoir développé des symptômes durant le week-end. Rapidement, les autorités américaines ont activé une coordination impliquant les CDC et le Département d’État afin d’organiser son transfert vers l’Allemagne. Plusieurs facteurs ont motivé ce choix : une durée de vol réduite depuis l’Afrique centrale, mais aussi l’expérience allemande acquise lors de précédentes prises en charge de patients atteints d’Ebola. Les sujets considérés comme contacts à haut risque doivent également être transférées en Allemagne.
Cette contamination a donc immédiatement provoqué une réaction de Washington. Dès le lendemain, les autorités sanitaires américaines ont annoncé une série de décisions destinées à limiter tout risque d’importation du virus. Parmi ces mesures figurent notamment le renforcement du dépistage des voyageurs arrivant de RDC, d’Ouganda et du Soudan du Sud, des restrictions temporaires pour certains voyageurs étrangers, une coopération accrue avec les compagnies aériennes et le renforcement des capacités nationales de diagnostic et de préparation hospitalière.
Le CDC a également diffusé des avis sanitaires destinés aux voyageurs américains projetant de se rendre dans les zones concernées.
Sur le plan politique, le président américain Donald Trump a cherché à tempérer les inquiétudes : « Je pense que ça a été confiné pour le moment à l’Afrique », a-t-il déclaré à la Maison-Blanche. Dans le même temps, l’ambassade américaine à Kampala a suspendu temporairement ses services de visas. Washington a également annoncé le déblocage de 13 millions de dollars destinés à financer des actions d’urgence.
Au-delà du cas individuel de ce patient américain, cette contamination met en lumière une épidémie locale devenue ainsi une préoccupation internationale majeure, dans un contexte où l’absence de vaccin validé contre la souche Bundibugyo pourrait compliquer la réponse sanitaire.
____________________
IA : panique à l’hôpital ?
Frédéric Haroche
15 mai 2026
Le CHU de Montpellier va servir de laboratoire pour développer « une IA hospitalière souveraine, encadrée et réplicable » partout en France. C’est, en tout cas, le vœu formulé par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, le 9 avril dernier, lors de l’annonce du financement exceptionnel par l’État du projet « Alliance Santé IA » à hauteur de 14,9 millions d’euros.
En pratique, Alliance Santé IA est un programme destiné à déployer l’intelligence artificielle dans les soins, l’organisation hospitalière et la recherche. Derrière l’affichage technologique (infrastructures certifiées pour l’hébergement des données de santé (HDS), intégration au dossier patient informatisé (DPI) et agent conversationnel « souverain ») l’établissement avance un objectif immédiatement compréhensible : restituer du temps aux équipes tout en documentant la sécurité et l’efficacité des outils.
Pour Anne Ferrer, directrice du CHU, s’exprimant sur France 3, il s’agit d’« une véritable opportunité de simplification du travail administratif »
Quand la CGT s’oppose à la révolution
Cependant, certains agents s’inquiètent d’hypothétiques suppressions de postes parmi les salariés non fonctionnaires. La CGT appelait ainsi à la mobilisation ce mardi 12 mai 2026. « L’établissement nous dit que l’IA va aider les professionnels à mieux travailler, que ça va être formidable, mais ce qui nous inquiète fortement, ce sont les répercussions sociales », rapporte Philippe Peretti, secrétaire adjoint du syndicat au CHU de Montpellier. Le syndicaliste avance même un chiffre qui viendrait, selon lui, « de la direction générale » : 10 à 12 % d’emplois supprimés à terme.
Force Ouvrière se montre plus nuancé sur le sujet. Le syndicat estime que si l’intelligence artificielle risque effectivement de supprimer certains emplois, elle en créera nécessairement d’autres. « Ce ne seront peut-être pas les mêmes métiers, ni les mêmes qualifications, mais cela peut s’accompagner. D’autant qu’il s’agit ici d’une IA qui nous est propre, élaborée chez nous. »
______________
Accès aux soins : derrière des délais stables, une fracture silencieuse s’aggrave
Frédéric Haroche
19 mai 2026
L’accès aux soins reste l’une des principales préoccupations des Français, mais sa mesure demeure souvent approximative. Densité médicale, distance au praticien (en km et/ou en minutes) ou nombre de professionnels disponibles n’offrent qu’une photographie indirecte du problème. L’étude « Cartes de France 2026 de l’accès aux soins » adopte une approche différente : analyser les délais réels d’obtention des rendez-vous à partir de 234 millions de consultations réalisées en 2025 auprès de plus de 80 000 professionnels de santé utilisateurs de Doctolib.
Enseignement n°1: le premier recours tient encore. Les médecins généralistes affichent un délai médian de trois jours, les kinésithérapeutes six jours, les pédiatres huit jours et les chirurgiens-dentistes dix jours. Mais derrière cette stabilité apparente, les auteurs mettent en garde contre des équilibres précaires.
La médecine générale tient… sous tension
Concernant la médecine générale les indicateurs se dégradent discrètement. Si le délai médian reste stable à trois jours, la part des rendez-vous obtenus au-delà d’une semaine est passée de 32 % à 35 % entre 2023 et 2025. Plus préoccupant : près de la moitié des départements (47 %) enregistrent une hausse des délais. Cette évolution survient dans un contexte démographique tendu. La France compte désormais 55 790 généralistes libéraux, soit une baisse de près de 8 % en dix ans. Même si le nombre de jeunes médecins progresse, les projections laissent envisager des tensions persistantes jusqu’au milieu des années 2030.
Cardiologues et dermatologues : les spécialités les plus saturées
L’étude confirme l’écart majeur entre premier recours et spécialités. La cardiologie affiche le délai médian le plus élevé : 42 jours (malgré l’urgence de moultes situations). Vient ensuite la dermatologie avec 32 jours. Plus de 70 % des rendez-vous dans ces disciplines sont obtenus au-delà d’une semaine.
Les écarts territoriaux atteignent des proportions considérables : en cardiologie, les délais varient de 16 jours à Paris à 164 jours dans le Gers ; en ophtalmologie, de 5 jours à 153 jours selon les départements.
Cependant, les signataires de l’étude invitent à abandonner une vision simpliste opposant zones urbaines et déserts médicaux ruraux. Chaque spécialité possède ainsi sa propre géographie : tensions en cardiologie entre l’Occitanie et la vallée du Rhône, difficultés en ophtalmologie dans l’Ouest, problèmes spécifiques en dermatologie dans le Nord et le Centre-Est.
Plus de médecins ne suffit pas
L’un des résultats les plus contre-intuitifs de ce travail concerne la relation entre densité médicale et délais d’accès. L’étude suggère que l’organisation pèse autant, voire davantage, que les effectifs. L’exemple emblématique est l’ophtalmologie : malgré des effectifs relativement stables, le délai médian a été divisé par deux en huit ans, passant de 43 à 21 jours grâce au travail aidé et à la réorganisation des parcours avec l’apport d’orthoptistes et d’opticiens.
Pour les auteurs, télé-expertise, assistants médicaux, CPTS et coopération interprofessionnelle pourraient, à l’avenir, constituer des leviers majeurs pour fluidifier l’accès aux soins.
Un phénomène invisible : le renoncement massif
Le chiffre le plus marquant du rapport n’est peut-être pas le délai. Près de 63 % des patients déclarent avoir déjà renoncé à chercher un rendez-vous.
Plus surprenant : ce renoncement ne touche pas prioritairement les populations précaires. Les cadres et les jeunes actifs de 25 à 34 ans renoncent davantage que les ouvriers ou les personnes sans activité. Les contraintes d’organisation semblent donc désormais peser autant que les contraintes économiques (limitées pour une large part de la population qui bénéficie d’une mutuelle).
L’intelligence artificielle déjà intégrée dans le parcours de soins
Ce rapport constate également l’irruption de l’intelligence artificielle dans les rapports patients-soignants. Ainsi, près d’un patient sur deux utilise désormais une intelligence artificielle conversationnelle pour des questions de santé. Chez les 18-24 ans, ce chiffre atteint 75 %. Et l’impact de l’IA paraît réel : plus de 60 % des utilisateurs déclarent que cette technologie modifie leur comportement de recours aux soins et un quart affirme consulter plus rapidement après l’avoir utilisée. Mais l’effet n’est pas univoque : chez certains profils, notamment les étudiants, l’IA semble aussi conduire à différer ou abandonner la recherche d’une consultation (ce qui parfois salutaire lorsque les symptômes présentés sont spontanément résolutifs).
La santé est un état précaire qui ne laisse augurer rien de bon.
https://www.facebook.com/SOFIA-soci%C3% ... _todo_tour
https://mobile.twitter.com/SOFIA_iade
https://www.facebook.com/SOFIA-soci%C3% ... _todo_tour
https://mobile.twitter.com/SOFIA_iade
-
Arnaud BASSEZ
- Administrateur - Site Admin
- Messages : 2629
- Enregistré le : sam. nov. 04, 2006 4:43 pm
- Localisation : Paris
- Contact :
Re: Articles sur la santé
Burn-out infirmier : petits gestes ou grands programmes ?
Geneviève Perennou
20 mai 2026
jim.fr
Pleine conscience, gratitude, groupes Balint : une méta-analyse de 63 études fait le tri entre les interventions qui participent à réduire l'épuisement professionnel infirmier et celles qui sont sans effet.
L'épuisement professionnel chez les infirmières, reconnu par l' Organisation mondiale de la santé dans la onzième révision de la Classification internationale des maladies (CIM-11) comme un phénomène lié au travail, caractérisé par un sentiment d'épuisement ou de déplétion d'énergie, une distance mentale accrue vis-à-vis de son emploi et une diminution du sentiment d'efficacité professionnelle, représente un enjeu majeur de santé au travail. Il menace à la fois la fidélisation des personnels, la sécurité des patients et la qualité des soins, tout en fragilisant le bien-être psychologique et la qualité de vie des infirmières elles-mêmes. Une revue parapluie estimait en 2025 que 33 % d'entre elles présentent un épuisement émotionnel élevé, 25 % une dépersonnalisation marquée et 33 % un faible sentiment d'efficacité professionnelle, avec une prévalence globale oscillant entre 11 % et 56 %, qui a culminé à 39 % durant la pandémie de Covid-19. Face à ce constat, une revue systématique avec méta-analyse a cherché à quantifier et à comparer l'efficacité des stratégies visant à réduire ce phénomène, en s'appuyant sur le modèle tridimensionnel de Maslach et le cadre théorique « Exigences-Ressources au travail ».
Une méta-analyse de 63 études aux résultats contrastés
Six bases de données ont été interrogées depuis leur création jusqu'en octobre 2025. Les études retenues portaient sur des infirmières diplômées d'État, comportaient un groupe contrôle et recouraient à des instruments validés de mesure de l'épuisement professionnel.
Sur 9 833 articles identifiés, 63 ont satisfait aux critères d'inclusion (essais randomisés contrôlés, études quasi-expérimentales ou études contrôlées avant-après), dont 46 ont contribué à la synthèse quantitative. Le risque de biais a été évalué à l'aide de l'outil RoB 2 pour les essais randomisés et de ROBINS-I pour les études non randomisées. Les tailles d'effet ont été calculées selon la statistique de Hedges (g), sous un modèle à effets aléatoires ; le niveau de preuve a été évalué selon la méthode GRADE.
Les interventions ont été associées à une réduction significative de l'épuisement professionnel global, avec une taille d'effet modérée (g = −0,71 ; IC 95 % : −1,27 à −0,14 ; k = 11). Les effets les plus marqués concernaient l'épuisement émotionnel (g = −1,46 ; IC 95 % : −2,64 à −0,27) et la dépersonnalisation (g = −0,89 ; IC 95 % : −1,54 à −0,24), tandis que le sentiment d'accomplissement personnel n'évoluait que de façon minime, imprécise et inconstante. Les analyses de sensibilité restreintes aux seuls essais randomisés contrôlés confirmaient la direction des effets tout en atténuant les valeurs extrêmes. Aucun signe de biais de publication n'a été détecté.
La pleine conscience et la psychologie positive en tête, les approches passives sans effet
Parmi les approches évaluées, les programmes de pleine conscience et de yoga produisaient les améliorations les plus régulières sur l'épuisement émotionnel et la dépersonnalisation, y compris lorsqu'ils étaient délivrés via des plateformes numériques ou des applications mobiles.
Les interventions fondées sur la psychologie positive, notamment le protocole des « Trois bonnes choses » issu des travaux de Martin Seligman, offraient des effets comparables. Ce protocole invite les participants à consigner par écrit, chaque jour, trois événements positifs survenus dans leur journée, aussi modestes soient-ils, en réfléchissant brièvement aux raisons de leur survenue. Adapté au contexte infirmier chinois et délivré via une application de messagerie instantanée, ce journal de gratitude numérique ne requiert que quelques minutes quotidiennes, sans contrainte organisationnelle majeure. Ses effets bénéfiques sur l'épuisement émotionnel et l'intention de quitter la profession demeuraient perceptibles à six mois, résultat remarquable pour une intervention d'une telle légèreté.
Les approches en format atelier généraient quant à elles des effets moindres, mais globalement favorables. À l'inverse, les approches passives (modules en ligne non interactifs, brochures imprimées) n'étaient associées à aucune modification notable.
Du côté organisationnel, les formats favorisant la réflexivité collective, tels que les groupes de type Balint ou la supervision structurée, montraient des bénéfices dans six études sur douze, à condition d'être adossés à du temps protégé et à un soutien managérial explicite. La méta-régression révélait par ailleurs que les effets étaient systématiquement plus marqués dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, ce facteur contextuel expliquant environ 62 % de l'hétérogénéité observée pour la dépersonnalisation.
Plusieurs limites tempèrent ces conclusions. L'hétérogénéité statistique demeurait élevée dans la plupart des analyses. La majorité des études provenaient d'Asie de l'Est, du Moyen-Orient et des réseaux anglo-américains, ce qui restreint la généralisabilité des résultats. Les périodes de suivi étaient souvent brèves, ne permettant pas d'évaluer la durabilité des effets au-delà du moyen terme. Le risque de biais était jugé sérieux dans 30 % des études, essentiellement non randomisées, et les données sur la rentabilité économique des interventions restaient quasiment absentes.
Cette revue conclut que les programmes de pleine conscience et de psychologie positive constituent les approches les plus fiables et les plus déployables pour atténuer l'épuisement professionnel infirmier, en particulier l'épuisement émotionnel. Les formats relationnels hybrides (groupes Balint, supervision réflexive) offrent un potentiel complémentaire lorsqu'ils bénéficient de temps protégé et d'un portage institutionnel, tandis que les modules éducatifs passifs se révèlent insuffisants. Leur efficacité à long terme n'en demeure pas moins conditionnée à un soutien institutionnel solide et à des réformes structurelles portant sur les effectifs, la charge de travail et la culture organisationnelle. Les recherches futures devraient inclure des essais comparatifs en face à face, des analyses coût-efficacité et des études menées dans des contextes à ressources limitées, avec un suivi dépassant six mois.
______________
Coloscopie à l'hôpital : la préparation à faible volume pourrait s’imposer
Dr Sylvain Beorchia
20 mai 2026
jim.fr
L'essai INTERPRET montre qu'une préparation colique à 1 L permet un nettoyage de haute qualité, notamment du côlon droit, supérieur aux protocoles à 2 L et 4 L chez les patients hospitalisés, avec une meilleure tolérance.
En France, près de 1,5 million de coloscopies sont réalisées chaque année. Examen de référence pour l'exploration des pathologies coliques, la coloscopie offre à la fois des capacités diagnostiques et thérapeutiques. Cependant, la qualité de ses résultats dépend de nombreux facteurs : préparation du patient, nature de la pathologie explorée, conditions matérielles et expérience de l'opérateur.
La préparation intestinale est un élément clé, qui reste particulièrement difficile à optimiser chez les patients hospitalisés, souvent porteurs de comorbidités et polymédiqués. Les données comparant les différents types de préparation sont encore limitées, notamment entre le phosphate de sodium et les solutions à base de polyéthylène glycol (PEG).
Les préparations commerciales à base de PEG se distinguent les unes des autres par leur composition et leurs modalités d'utilisation : nature des additifs (acide ascorbique [ASC] ou siméthicone [SIM] en complément des électrolytes), volume à ingérer (2 ou 4 litres, auxquels s'ajoutent des liquides clairs), et fractionnement des prises. Leurs efficacités sont considérées comme équivalentes, mais leur tolérance diffère, goût, volume et fréquence des nausées étant moindres avec certaines formulations. Le PEG-ASC, mieux accepté par les patients, domine les publications récentes, mais la question d'une réduction du volume administré reste débattue.
Un essai italien multicentrique randomisé
Des patients hospitalisés dans sept établissements italiens (hôpitaux communautaires et universitaires) devant bénéficier d'une coloscopie programmée ont été randomisés sur quatre ans selon un schéma 1:1:1 pour recevoir, après une journée de régime sans résidus, une dose fractionnée de PEG-ASC à 1 L, de PEG-ASC à 2 L ou de PEG-SIM à 4 L (4). Étaient exclus les patients nécessitant une coloscopie en urgence pour hémorragie digestive active et ceux présentant des comorbidités sévères ou instables.
Le critère principal était une propreté intestinale adéquate, définie par un score ≥ 6 à l'échelle de Boston (BBPS) avec tous les segments ≥ 2. Les critères secondaires comprenaient une propreté de haute qualité (BBPS 8–9), une propreté de haute qualité du côlon droit (BBPS = 3) et l'acceptabilité, mesurée par la volonté de répéter la préparation.
Sur 665 patients randomisés (1 L : n = 228 ; 2 L : n = 218 ; 4 L : n = 219), une propreté globale adéquate a été obtenue dans des proportions comparables : 82,0 %, 78,0 % et 78,5 % respectivement (Δ1L–2L : +4,0 points [IC 95 % : −3,4 à +11,4] ; Δ1L–4L : +3,5 points [−3,9 à +10,9]). En revanche, le groupe 1 L se distinguait nettement sur la propreté de haute qualité : 46,9 % contre 35,3 % et 37,4 % (Δ1L–2L : +11,6 points [2,5 à 20,5] ; Δ1L–4L : +9,5 points [0,3 à 18,5]). Cet avantage se confirmait pour le côlon droit : 40,6 % contre 29,5 % et 31,6 % (Δ1L–2L : +11,2 points [2,1 à 20,0] ; Δ1L–4L : +9,0 points [0,0 à 17,9]). La tolérance était satisfaisante dans les trois groupes ; c'est néanmoins dans le groupe 1 L que la volonté de répéter la préparation était la plus élevée (84,2 %), malgré une fréquence plus importante de vomissements et de sensation de soif.
Place du protocole 1 L dans la littérature
Parmi les critères de qualité établis par les sociétés savantes, le score de propreté de Boston (BBPS) reste la référence. Or, 20 à 30 % des coloscopies sont précédées d'une préparation colique insuffisante, ce qui compromet directement la qualité de l'examen, sa tolérance, sa sécurité et, surtout, le taux de détection des adénomes (2, 3). Obtenir une préparation optimale passe par une explication adaptée au patient lors de la consultation préalable, étape d'éducation thérapeutique souvent écourtée en milieu hospitalier. Elle permettrait pourtant un choix personnalisé de la préparation, en tenant compte des contre-indications et facteurs de risque individuels : âge, état général, antécédents de chirurgie abdomino-pelvienne, constipation, traitements en cours (agonistes du GLP-1, neuroleptiques, antidépresseurs), comorbidités cardiaques, hépatiques, rénales ou diabète. Toutes les préparations coliques pouvant entraîner des troubles électrolytiques, le choix du produit doit résulter d'une évaluation rigoureuse de ces facteurs. Dans cet essai multicentrique randomisé, le protocole à base de 1 L fractionné de PEG-ASC a permis d'obtenir une efficacité globale de propreté intestinale non inférieure aux protocoles à 2 L de PEG-ASC et 4 L de PEG-SIM, avec des taux de nettoyage de haute qualité significativement plus élevés. Le bénéfice était particulièrement net au niveau du côlon droit, où une préparation insuffisante expose au risque de ne pas détecter des lésions proximales. L'acceptabilité était également meilleure avec 1 L et les événements indésirables restaient majoritairement bénins, à l'exception d'un décès rapporté.
Ces résultats s'inscrivent dans la continuité de l'essai de Frazzoni et coll. sur 1 004 patients hospitalisés, dans lequel le protocole 1 L de PEG-ASC montrait un profil de sécurité comparable au 4 L de PEG (5), et de celui de Vasallo et coll. sur 478 patients, qui rapportait 91 % de propreté colique avec 1 L de PEG-ASC contre 83 % avec le protocole de 4 L de PEG (6). Xiao et coll. (7) confirmaient sur 520 patients hospitalisés la non-infériorité du 2 L de PEG-ASC par rapport au 4 L de PEG standard, avec des profils comparables de troubles électrolytiques et d'insuffisance rénale aiguë, et une meilleure tolérance.
En milieu hospitalier, où la mobilité réduite, la constipation et les traitements concomitants altèrent fréquemment la préparation colique, un volume plus faible associé à une charge osmotique plus élevée pourrait favoriser un nettoyage plus homogène, même si le mécanisme exact n'a pas été élucidé. Malgré un régime pauvre en résidus et une meilleure acceptabilité, la proportion de préparations adéquates demeurait inférieure au seuil de 90 % recommandé actuellement, soulignant la difficulté persistante à atteindre cet objectif dans cette population (8).
Limites de l'étude, et pratiques françaises
Plusieurs limites méritent d'être soulignées. L'essai n'a pas été conçu pour évaluer le taux de détection des adénomes, qui reste le critère ultime de qualité d'une coloscopie. Il a été interrompu prématurément après quatre ans et n'incluait que peu de patients porteurs de comorbidités importantes, bien que celles-ci aient été jugées compatibles avec les deux préparations du groupe sponsor Norgine (diabète : 18,9 % ; maladie rénale chronique : 7,8 % ; insuffisance cardiaque légère : 6,0 % ; alitement ou déficience fonctionnelle sévère : 11,9 %). L'acceptabilité, par ailleurs, a été mesurée à l'aide d'un questionnaire non validé.
En pratique, certains cliniciens privilégient encore le PEG simple ou additionné de siméthicone (Ximipeg®) chez les patients âgés ou fragiles (insuffisance rénale chronique, insuffisance cardiaque avérée). Le PEG-ASC à 2 L reste la stratégie la mieux acceptée chez les patients standards, et la prise fractionnée en split-dose demeure optimale quel que soit le produit retenu. Une alternative émergente associe le PEG-ASC à de faibles doses de sulfate de sodium, malgré ses risques de troubles hydroélectrolytiques et d'insuffisance rénale aiguë (9). En France, la formulation minimaliste Plenvu® n'est pas remboursée.
En l'absence de modèles prédictifs ou d'algorithmes validés d'aide à la prescription, l'optimisation et la personnalisation de la préparation restent la règle, que le patient soit hospitalisé ou ambulatoire. Le recours aux habitudes de chacun, couplé à l'utilisation d'une pompe de lavage per-endoscopique pour atteindre un score de Boston supérieur à 7, demeure une option acceptable selon le profil du patient et l'indication de l'examen.
En conclusion, chez les adultes hospitalisés devant bénéficier d'une coloscopie programmée, 1 L de PEG-ascorbate a permis des taux de propreté de haute qualité, y compris du côlon droit, supérieurs à ceux du 2 L de PEG-ascorbate et du 4 L de PEG-siméthicone, avec une propreté globale adéquate comparable et une meilleure acceptabilité. Ces résultats, obtenus dans une population sans comorbidités majeures, devront être confirmés par des essais européens de plus grande ampleur, intégrant des critères de qualité consensuels. En attendant, le temps consacré à sensibiliser les patients hospitalisés à l'importance d'une bonne préparation colique reste un investissement essentiel pour améliorer à la fois l'acceptabilité et les résultats.
___________
Arrêt cardiaque extra-hospitalier : la compression thoracique suffit-elle ?
Dr Robert Haiat
20 mai 2026
jim.fr
Faut-il ventiler ou se contenter de comprimer le thorax ? Une revue systématique de 18 études et 230 000 patients apporte des éléments de réponse, sans totalement lever le doute.
Chaque année aux Etats-Unis, 3,8 millions de cas d’arrêt cardiaque surviennent en dehors de l’hôpital. Il possède une lourde mortalité. Les manœuvres de réanimation effectuées par les témoins de la scène améliorent le pronostic. Il s’agit d’une simple compression thoracique pour les témoins inexpérimentés ou d’une réanimation cardiovasculaire pour les réanimateurs. Les témoins peu expérimentés ont peur d’aggraver la situation et la ventilation bouche à bouche en rebute plus d’un.
Or, on ignore si la simple compression du thorax est plus efficace que les manœuvres de réanimation cardio-pulmonaires associées à la ventilation notamment en ce qui concerne l’état neurologique.
C’est cette incertitude qui a poussé les auteurs à tenter de le déterminer. Pour ce faire, ils ont recherché dans les données de PubMed, Scopus, Web of Science, Embase, Google Scholar et Cochrane les études randomisées, contrôlées et les études observationnelles qui avaient comparé ces deux techniques effectuées par un témoin.
Chaque année aux États-Unis, 3,8 millions d'arrêts cardiaques surviennent hors de l'hôpital, avec une mortalité très lourde. Lorsque les témoins interviennent avant l'arrivée des secours, le pronostic s'améliore, qu’ils entreprennent de simples compressions thoraciques, accessibles aux non-initiés, ou une réanimation cardio-pulmonaire (RCP) complète, associant compressions et ventilation, pour les personnes formées. Mais beaucoup hésitent à agir, craignant d'aggraver la situation, et le bouche-à-bouche reste un frein puissant.
La question reste pourtant ouverte : la compression seule est-elle aussi efficace que la RCP complète, notamment sur le plan du pronostic neurologique ? C'est pour répondre à cette incertitude que les auteurs ont mené une revue systématique, en interrogeant six bases de données (PubMed, Scopus, Web of Science, Embase, Google Scholar et Cochrane), afin d'identifier l'ensemble des essais randomisés contrôlés et études observationnelles ayant comparé ces deux approches réalisées par des témoins. Le critère principal d’évaluation le taux de survie jusqu’à la sortie de l’hôpital et l’évolution neurologique ; les critères secondaires comportaient : retour d’une circulation spontanée avant l’admission à l’hôpital ; survie jusqu’à l’hospitalisation ; survie 24 heures après l’admission ; mortalité à un mois.
Plus de 230 000 arrêts cardiaques
Au total, 18 études (dont 5 essais contrôlés randomisés et 13 cohortes observationnelles) ont été incluses, regroupant 232 655 patients. Parmi eux, 152 632 avaient bénéficié d’une simple compression thoracique et 80 023 d’une RCP.
La durée de la survie jusqu’à la sortie de l’hôpital était semblable avec les deux techniques (OR 0,85 ; IC 95 % : 0,61–1,19). Il en était de même pour l’état neurologique à la sortie de l’hôpital (OR 0,87 ; IC 95 % : 0,64–1,20). Le retour à une circulation spontanée (OR 1,06 ; IC 95 % : 0,89–1,27) et de survie avant l’admission (OR 1,12 ; IC 95 % : 0,79–1,49) étaient également semblables avec les deux techniques de réanimation.
Des résultats globalement rassurants
Concernant la mortalité à 24 heures (OR 0,92 ; IC 95 % 0,83-1,01), les analyses de sensibilité ont suggéré une survie plus faible avec la réanimation cardiopulmonaire standard (OR 0,87-0,90). La mortalité à un mois était globalement semblable sous les deux techniques (OR 1,26 ; IC 95 % : 0,98–1,62). Toutefois, les analyses de sensibilité nuancent ce résultat : elles suggèrent une mortalité à un mois plus élevée après compression seule (OR 1,32 ; IC 95 % : 1,02–1,71).
En conclusion, chez les adultes victimes d'un arrêt cardiaque extra-hospitalier, la survie à court terme et l'état neurologique sont globalement comparables après RCP complète et simple compression thoracique, ce qui confirme que la compression seule reste une stratégie efficace et accessible, susceptible de pousser davantage de témoins à intervenir. Toutefois, le signal observé sur la mortalité à un mois invite à la prudence avant de conclure à une équivalence absolue des deux techniques.
Geneviève Perennou
20 mai 2026
jim.fr
Pleine conscience, gratitude, groupes Balint : une méta-analyse de 63 études fait le tri entre les interventions qui participent à réduire l'épuisement professionnel infirmier et celles qui sont sans effet.
L'épuisement professionnel chez les infirmières, reconnu par l' Organisation mondiale de la santé dans la onzième révision de la Classification internationale des maladies (CIM-11) comme un phénomène lié au travail, caractérisé par un sentiment d'épuisement ou de déplétion d'énergie, une distance mentale accrue vis-à-vis de son emploi et une diminution du sentiment d'efficacité professionnelle, représente un enjeu majeur de santé au travail. Il menace à la fois la fidélisation des personnels, la sécurité des patients et la qualité des soins, tout en fragilisant le bien-être psychologique et la qualité de vie des infirmières elles-mêmes. Une revue parapluie estimait en 2025 que 33 % d'entre elles présentent un épuisement émotionnel élevé, 25 % une dépersonnalisation marquée et 33 % un faible sentiment d'efficacité professionnelle, avec une prévalence globale oscillant entre 11 % et 56 %, qui a culminé à 39 % durant la pandémie de Covid-19. Face à ce constat, une revue systématique avec méta-analyse a cherché à quantifier et à comparer l'efficacité des stratégies visant à réduire ce phénomène, en s'appuyant sur le modèle tridimensionnel de Maslach et le cadre théorique « Exigences-Ressources au travail ».
Une méta-analyse de 63 études aux résultats contrastés
Six bases de données ont été interrogées depuis leur création jusqu'en octobre 2025. Les études retenues portaient sur des infirmières diplômées d'État, comportaient un groupe contrôle et recouraient à des instruments validés de mesure de l'épuisement professionnel.
Sur 9 833 articles identifiés, 63 ont satisfait aux critères d'inclusion (essais randomisés contrôlés, études quasi-expérimentales ou études contrôlées avant-après), dont 46 ont contribué à la synthèse quantitative. Le risque de biais a été évalué à l'aide de l'outil RoB 2 pour les essais randomisés et de ROBINS-I pour les études non randomisées. Les tailles d'effet ont été calculées selon la statistique de Hedges (g), sous un modèle à effets aléatoires ; le niveau de preuve a été évalué selon la méthode GRADE.
Les interventions ont été associées à une réduction significative de l'épuisement professionnel global, avec une taille d'effet modérée (g = −0,71 ; IC 95 % : −1,27 à −0,14 ; k = 11). Les effets les plus marqués concernaient l'épuisement émotionnel (g = −1,46 ; IC 95 % : −2,64 à −0,27) et la dépersonnalisation (g = −0,89 ; IC 95 % : −1,54 à −0,24), tandis que le sentiment d'accomplissement personnel n'évoluait que de façon minime, imprécise et inconstante. Les analyses de sensibilité restreintes aux seuls essais randomisés contrôlés confirmaient la direction des effets tout en atténuant les valeurs extrêmes. Aucun signe de biais de publication n'a été détecté.
La pleine conscience et la psychologie positive en tête, les approches passives sans effet
Parmi les approches évaluées, les programmes de pleine conscience et de yoga produisaient les améliorations les plus régulières sur l'épuisement émotionnel et la dépersonnalisation, y compris lorsqu'ils étaient délivrés via des plateformes numériques ou des applications mobiles.
Les interventions fondées sur la psychologie positive, notamment le protocole des « Trois bonnes choses » issu des travaux de Martin Seligman, offraient des effets comparables. Ce protocole invite les participants à consigner par écrit, chaque jour, trois événements positifs survenus dans leur journée, aussi modestes soient-ils, en réfléchissant brièvement aux raisons de leur survenue. Adapté au contexte infirmier chinois et délivré via une application de messagerie instantanée, ce journal de gratitude numérique ne requiert que quelques minutes quotidiennes, sans contrainte organisationnelle majeure. Ses effets bénéfiques sur l'épuisement émotionnel et l'intention de quitter la profession demeuraient perceptibles à six mois, résultat remarquable pour une intervention d'une telle légèreté.
Les approches en format atelier généraient quant à elles des effets moindres, mais globalement favorables. À l'inverse, les approches passives (modules en ligne non interactifs, brochures imprimées) n'étaient associées à aucune modification notable.
Du côté organisationnel, les formats favorisant la réflexivité collective, tels que les groupes de type Balint ou la supervision structurée, montraient des bénéfices dans six études sur douze, à condition d'être adossés à du temps protégé et à un soutien managérial explicite. La méta-régression révélait par ailleurs que les effets étaient systématiquement plus marqués dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, ce facteur contextuel expliquant environ 62 % de l'hétérogénéité observée pour la dépersonnalisation.
Plusieurs limites tempèrent ces conclusions. L'hétérogénéité statistique demeurait élevée dans la plupart des analyses. La majorité des études provenaient d'Asie de l'Est, du Moyen-Orient et des réseaux anglo-américains, ce qui restreint la généralisabilité des résultats. Les périodes de suivi étaient souvent brèves, ne permettant pas d'évaluer la durabilité des effets au-delà du moyen terme. Le risque de biais était jugé sérieux dans 30 % des études, essentiellement non randomisées, et les données sur la rentabilité économique des interventions restaient quasiment absentes.
Cette revue conclut que les programmes de pleine conscience et de psychologie positive constituent les approches les plus fiables et les plus déployables pour atténuer l'épuisement professionnel infirmier, en particulier l'épuisement émotionnel. Les formats relationnels hybrides (groupes Balint, supervision réflexive) offrent un potentiel complémentaire lorsqu'ils bénéficient de temps protégé et d'un portage institutionnel, tandis que les modules éducatifs passifs se révèlent insuffisants. Leur efficacité à long terme n'en demeure pas moins conditionnée à un soutien institutionnel solide et à des réformes structurelles portant sur les effectifs, la charge de travail et la culture organisationnelle. Les recherches futures devraient inclure des essais comparatifs en face à face, des analyses coût-efficacité et des études menées dans des contextes à ressources limitées, avec un suivi dépassant six mois.
______________
Coloscopie à l'hôpital : la préparation à faible volume pourrait s’imposer
Dr Sylvain Beorchia
20 mai 2026
jim.fr
L'essai INTERPRET montre qu'une préparation colique à 1 L permet un nettoyage de haute qualité, notamment du côlon droit, supérieur aux protocoles à 2 L et 4 L chez les patients hospitalisés, avec une meilleure tolérance.
En France, près de 1,5 million de coloscopies sont réalisées chaque année. Examen de référence pour l'exploration des pathologies coliques, la coloscopie offre à la fois des capacités diagnostiques et thérapeutiques. Cependant, la qualité de ses résultats dépend de nombreux facteurs : préparation du patient, nature de la pathologie explorée, conditions matérielles et expérience de l'opérateur.
La préparation intestinale est un élément clé, qui reste particulièrement difficile à optimiser chez les patients hospitalisés, souvent porteurs de comorbidités et polymédiqués. Les données comparant les différents types de préparation sont encore limitées, notamment entre le phosphate de sodium et les solutions à base de polyéthylène glycol (PEG).
Les préparations commerciales à base de PEG se distinguent les unes des autres par leur composition et leurs modalités d'utilisation : nature des additifs (acide ascorbique [ASC] ou siméthicone [SIM] en complément des électrolytes), volume à ingérer (2 ou 4 litres, auxquels s'ajoutent des liquides clairs), et fractionnement des prises. Leurs efficacités sont considérées comme équivalentes, mais leur tolérance diffère, goût, volume et fréquence des nausées étant moindres avec certaines formulations. Le PEG-ASC, mieux accepté par les patients, domine les publications récentes, mais la question d'une réduction du volume administré reste débattue.
Un essai italien multicentrique randomisé
Des patients hospitalisés dans sept établissements italiens (hôpitaux communautaires et universitaires) devant bénéficier d'une coloscopie programmée ont été randomisés sur quatre ans selon un schéma 1:1:1 pour recevoir, après une journée de régime sans résidus, une dose fractionnée de PEG-ASC à 1 L, de PEG-ASC à 2 L ou de PEG-SIM à 4 L (4). Étaient exclus les patients nécessitant une coloscopie en urgence pour hémorragie digestive active et ceux présentant des comorbidités sévères ou instables.
Le critère principal était une propreté intestinale adéquate, définie par un score ≥ 6 à l'échelle de Boston (BBPS) avec tous les segments ≥ 2. Les critères secondaires comprenaient une propreté de haute qualité (BBPS 8–9), une propreté de haute qualité du côlon droit (BBPS = 3) et l'acceptabilité, mesurée par la volonté de répéter la préparation.
Sur 665 patients randomisés (1 L : n = 228 ; 2 L : n = 218 ; 4 L : n = 219), une propreté globale adéquate a été obtenue dans des proportions comparables : 82,0 %, 78,0 % et 78,5 % respectivement (Δ1L–2L : +4,0 points [IC 95 % : −3,4 à +11,4] ; Δ1L–4L : +3,5 points [−3,9 à +10,9]). En revanche, le groupe 1 L se distinguait nettement sur la propreté de haute qualité : 46,9 % contre 35,3 % et 37,4 % (Δ1L–2L : +11,6 points [2,5 à 20,5] ; Δ1L–4L : +9,5 points [0,3 à 18,5]). Cet avantage se confirmait pour le côlon droit : 40,6 % contre 29,5 % et 31,6 % (Δ1L–2L : +11,2 points [2,1 à 20,0] ; Δ1L–4L : +9,0 points [0,0 à 17,9]). La tolérance était satisfaisante dans les trois groupes ; c'est néanmoins dans le groupe 1 L que la volonté de répéter la préparation était la plus élevée (84,2 %), malgré une fréquence plus importante de vomissements et de sensation de soif.
Place du protocole 1 L dans la littérature
Parmi les critères de qualité établis par les sociétés savantes, le score de propreté de Boston (BBPS) reste la référence. Or, 20 à 30 % des coloscopies sont précédées d'une préparation colique insuffisante, ce qui compromet directement la qualité de l'examen, sa tolérance, sa sécurité et, surtout, le taux de détection des adénomes (2, 3). Obtenir une préparation optimale passe par une explication adaptée au patient lors de la consultation préalable, étape d'éducation thérapeutique souvent écourtée en milieu hospitalier. Elle permettrait pourtant un choix personnalisé de la préparation, en tenant compte des contre-indications et facteurs de risque individuels : âge, état général, antécédents de chirurgie abdomino-pelvienne, constipation, traitements en cours (agonistes du GLP-1, neuroleptiques, antidépresseurs), comorbidités cardiaques, hépatiques, rénales ou diabète. Toutes les préparations coliques pouvant entraîner des troubles électrolytiques, le choix du produit doit résulter d'une évaluation rigoureuse de ces facteurs. Dans cet essai multicentrique randomisé, le protocole à base de 1 L fractionné de PEG-ASC a permis d'obtenir une efficacité globale de propreté intestinale non inférieure aux protocoles à 2 L de PEG-ASC et 4 L de PEG-SIM, avec des taux de nettoyage de haute qualité significativement plus élevés. Le bénéfice était particulièrement net au niveau du côlon droit, où une préparation insuffisante expose au risque de ne pas détecter des lésions proximales. L'acceptabilité était également meilleure avec 1 L et les événements indésirables restaient majoritairement bénins, à l'exception d'un décès rapporté.
Ces résultats s'inscrivent dans la continuité de l'essai de Frazzoni et coll. sur 1 004 patients hospitalisés, dans lequel le protocole 1 L de PEG-ASC montrait un profil de sécurité comparable au 4 L de PEG (5), et de celui de Vasallo et coll. sur 478 patients, qui rapportait 91 % de propreté colique avec 1 L de PEG-ASC contre 83 % avec le protocole de 4 L de PEG (6). Xiao et coll. (7) confirmaient sur 520 patients hospitalisés la non-infériorité du 2 L de PEG-ASC par rapport au 4 L de PEG standard, avec des profils comparables de troubles électrolytiques et d'insuffisance rénale aiguë, et une meilleure tolérance.
En milieu hospitalier, où la mobilité réduite, la constipation et les traitements concomitants altèrent fréquemment la préparation colique, un volume plus faible associé à une charge osmotique plus élevée pourrait favoriser un nettoyage plus homogène, même si le mécanisme exact n'a pas été élucidé. Malgré un régime pauvre en résidus et une meilleure acceptabilité, la proportion de préparations adéquates demeurait inférieure au seuil de 90 % recommandé actuellement, soulignant la difficulté persistante à atteindre cet objectif dans cette population (8).
Limites de l'étude, et pratiques françaises
Plusieurs limites méritent d'être soulignées. L'essai n'a pas été conçu pour évaluer le taux de détection des adénomes, qui reste le critère ultime de qualité d'une coloscopie. Il a été interrompu prématurément après quatre ans et n'incluait que peu de patients porteurs de comorbidités importantes, bien que celles-ci aient été jugées compatibles avec les deux préparations du groupe sponsor Norgine (diabète : 18,9 % ; maladie rénale chronique : 7,8 % ; insuffisance cardiaque légère : 6,0 % ; alitement ou déficience fonctionnelle sévère : 11,9 %). L'acceptabilité, par ailleurs, a été mesurée à l'aide d'un questionnaire non validé.
En pratique, certains cliniciens privilégient encore le PEG simple ou additionné de siméthicone (Ximipeg®) chez les patients âgés ou fragiles (insuffisance rénale chronique, insuffisance cardiaque avérée). Le PEG-ASC à 2 L reste la stratégie la mieux acceptée chez les patients standards, et la prise fractionnée en split-dose demeure optimale quel que soit le produit retenu. Une alternative émergente associe le PEG-ASC à de faibles doses de sulfate de sodium, malgré ses risques de troubles hydroélectrolytiques et d'insuffisance rénale aiguë (9). En France, la formulation minimaliste Plenvu® n'est pas remboursée.
En l'absence de modèles prédictifs ou d'algorithmes validés d'aide à la prescription, l'optimisation et la personnalisation de la préparation restent la règle, que le patient soit hospitalisé ou ambulatoire. Le recours aux habitudes de chacun, couplé à l'utilisation d'une pompe de lavage per-endoscopique pour atteindre un score de Boston supérieur à 7, demeure une option acceptable selon le profil du patient et l'indication de l'examen.
En conclusion, chez les adultes hospitalisés devant bénéficier d'une coloscopie programmée, 1 L de PEG-ascorbate a permis des taux de propreté de haute qualité, y compris du côlon droit, supérieurs à ceux du 2 L de PEG-ascorbate et du 4 L de PEG-siméthicone, avec une propreté globale adéquate comparable et une meilleure acceptabilité. Ces résultats, obtenus dans une population sans comorbidités majeures, devront être confirmés par des essais européens de plus grande ampleur, intégrant des critères de qualité consensuels. En attendant, le temps consacré à sensibiliser les patients hospitalisés à l'importance d'une bonne préparation colique reste un investissement essentiel pour améliorer à la fois l'acceptabilité et les résultats.
___________
Arrêt cardiaque extra-hospitalier : la compression thoracique suffit-elle ?
Dr Robert Haiat
20 mai 2026
jim.fr
Faut-il ventiler ou se contenter de comprimer le thorax ? Une revue systématique de 18 études et 230 000 patients apporte des éléments de réponse, sans totalement lever le doute.
Chaque année aux Etats-Unis, 3,8 millions de cas d’arrêt cardiaque surviennent en dehors de l’hôpital. Il possède une lourde mortalité. Les manœuvres de réanimation effectuées par les témoins de la scène améliorent le pronostic. Il s’agit d’une simple compression thoracique pour les témoins inexpérimentés ou d’une réanimation cardiovasculaire pour les réanimateurs. Les témoins peu expérimentés ont peur d’aggraver la situation et la ventilation bouche à bouche en rebute plus d’un.
Or, on ignore si la simple compression du thorax est plus efficace que les manœuvres de réanimation cardio-pulmonaires associées à la ventilation notamment en ce qui concerne l’état neurologique.
C’est cette incertitude qui a poussé les auteurs à tenter de le déterminer. Pour ce faire, ils ont recherché dans les données de PubMed, Scopus, Web of Science, Embase, Google Scholar et Cochrane les études randomisées, contrôlées et les études observationnelles qui avaient comparé ces deux techniques effectuées par un témoin.
Chaque année aux États-Unis, 3,8 millions d'arrêts cardiaques surviennent hors de l'hôpital, avec une mortalité très lourde. Lorsque les témoins interviennent avant l'arrivée des secours, le pronostic s'améliore, qu’ils entreprennent de simples compressions thoraciques, accessibles aux non-initiés, ou une réanimation cardio-pulmonaire (RCP) complète, associant compressions et ventilation, pour les personnes formées. Mais beaucoup hésitent à agir, craignant d'aggraver la situation, et le bouche-à-bouche reste un frein puissant.
La question reste pourtant ouverte : la compression seule est-elle aussi efficace que la RCP complète, notamment sur le plan du pronostic neurologique ? C'est pour répondre à cette incertitude que les auteurs ont mené une revue systématique, en interrogeant six bases de données (PubMed, Scopus, Web of Science, Embase, Google Scholar et Cochrane), afin d'identifier l'ensemble des essais randomisés contrôlés et études observationnelles ayant comparé ces deux approches réalisées par des témoins. Le critère principal d’évaluation le taux de survie jusqu’à la sortie de l’hôpital et l’évolution neurologique ; les critères secondaires comportaient : retour d’une circulation spontanée avant l’admission à l’hôpital ; survie jusqu’à l’hospitalisation ; survie 24 heures après l’admission ; mortalité à un mois.
Plus de 230 000 arrêts cardiaques
Au total, 18 études (dont 5 essais contrôlés randomisés et 13 cohortes observationnelles) ont été incluses, regroupant 232 655 patients. Parmi eux, 152 632 avaient bénéficié d’une simple compression thoracique et 80 023 d’une RCP.
La durée de la survie jusqu’à la sortie de l’hôpital était semblable avec les deux techniques (OR 0,85 ; IC 95 % : 0,61–1,19). Il en était de même pour l’état neurologique à la sortie de l’hôpital (OR 0,87 ; IC 95 % : 0,64–1,20). Le retour à une circulation spontanée (OR 1,06 ; IC 95 % : 0,89–1,27) et de survie avant l’admission (OR 1,12 ; IC 95 % : 0,79–1,49) étaient également semblables avec les deux techniques de réanimation.
Des résultats globalement rassurants
Concernant la mortalité à 24 heures (OR 0,92 ; IC 95 % 0,83-1,01), les analyses de sensibilité ont suggéré une survie plus faible avec la réanimation cardiopulmonaire standard (OR 0,87-0,90). La mortalité à un mois était globalement semblable sous les deux techniques (OR 1,26 ; IC 95 % : 0,98–1,62). Toutefois, les analyses de sensibilité nuancent ce résultat : elles suggèrent une mortalité à un mois plus élevée après compression seule (OR 1,32 ; IC 95 % : 1,02–1,71).
En conclusion, chez les adultes victimes d'un arrêt cardiaque extra-hospitalier, la survie à court terme et l'état neurologique sont globalement comparables après RCP complète et simple compression thoracique, ce qui confirme que la compression seule reste une stratégie efficace et accessible, susceptible de pousser davantage de témoins à intervenir. Toutefois, le signal observé sur la mortalité à un mois invite à la prudence avant de conclure à une équivalence absolue des deux techniques.
La santé est un état précaire qui ne laisse augurer rien de bon.
https://www.facebook.com/SOFIA-soci%C3% ... _todo_tour
https://mobile.twitter.com/SOFIA_iade
https://www.facebook.com/SOFIA-soci%C3% ... _todo_tour
https://mobile.twitter.com/SOFIA_iade
