SOFIA : 2006–2026, vingt ans d’engagement pour bâtir l’avenir du métier IADE

Il y a tout juste vingt ans, le 1er novembre 2006, le site de la Société Française des Infirmiers Anesthésistes (SOFIA) voyait le jour avec une ambition claire : penser, accompagner et structurer l’évolution de notre profession. La démarche a toujours consisté à placer la réflexion clinique, la recherche et la reconnaissance de notre autonomie décisionnelle au centre du débat.
En deux décennies, le paysage de l’anesthésie, des soins d’urgence et de la réanimation a profondément bougé. Nos pratiques se sont enrichies, nos compétences se sont affinées, portées par des besoins de santé de plus en plus complexes. Face à ces transformations, la SOFIA a choisi de faire de l’écrit et de la recherche, les moteurs de notre existence professionnelle. Comme le dit si bien l’adage, « Écrire, c’est exister » : documenter nos pratiques, c’est donner corps à nos analyses et porter haut la voix des IADE dans le débat de santé publique.
Dès ses origines, via son site, la SOFIA s’est pensée et voulue comme un espace de liberté et de rigueur scientifique, agissant en complémentarité des instances de représentation syndicale ou ordinale. Une profession ne peut progresser durablement si elle se prive de la capacité d’analyser ses propres actes, d’interroger ses référentiels et de bâtir une culture commune.
Au fil des ans, les ambitions ont toujours été de mette en avant la plus-value des IADE dans leur exercice professionnel à focales multiples et la réalité du terrain. Qu’il s’agisse des accès vasculaires, de l’anesthésie locorégionale (ALR) dont il est rappelé que le décret de compétence donne la possibilité de les réaliser, des unités mobiles d’hospitalisation (UMH) ou de la prise en charge de la douleur, chaque sujet a été abordé avec la même exigence : évaluer comment nos compétences s’articulent au quotidien dans les services et identifier les conditions indispensables pour les sécuriser.

Dès 2015, bien avant que ces sujets ne s’imposent dans l’agenda politique, la SOFIA posait sur la table des questions cruciales liées à nos responsabilités. Si certains débats persistent aujourd’hui, cela prouve à quel point l’anticipation de long terme est vitale pour notre spécialité.
L’un des fils rouges de notre histoire reste sans conteste la réflexion menée autour de la pratique avancée. Ne nous y trompons pas : il n’a jamais été question de faire du copier-coller d’autres modèles infirmiers, ni de transposer des grilles de lecture inadaptées à notre réalité. La question légitime que nous posons depuis l’origine est la suivante : que signifie concrètement la pratique avancée pour un professionnel qui possède déjà une formation spécialisée de haut niveau, une expertise clinique pointue et une capacité de décision immédiate dans des environnements critiques ?
Pour la SOFIA, la réponse va de soi : on ne peut pas dissocier le clinicien du praticien. C’est d’ailleurs pour cela, que la SOFIA a toujours professé que l’IADE n’est pas en pratique avancée mais de pratique avancée, allant de pair avec son diplôme d’État. L’expertise clinique : évaluer, surveiller, soigner, ne prend tout son sens que si elle s’accompagne d’une réelle capacité d’action, de décision et de prise de responsabilité dans un champ bien défini. L’autonomie n’est ni l’isolement ni la rupture : elle désigne simplement la capacité à mobiliser nos compétences en toute sécurité, en parfaite intelligence avec nos collègues médecins.
La collaboration interprofessionnelle repose sur la confiance : elle s’appuie sur la complémentarité, la clarté des rôles et le respect de la subsidiarité, loin des carcans d’une supervision médicale permanente déconnectée de la réalité du terrain.

Le chemin parcouru en vingt ans s’est construit étape par étape, jalonné de moments clés qui ont structuré l’identité de la SOFIA.
Les premières années (2006-2018) ont permis de poser les bases d’une veille rigoureuse et d’une analyse indépendante. C’est le temps de la structuration et de l’affirmation d’une voix prospective. Mais avec évidemment de la défiance, notamment dans le camp des IADE via quelque organisme prompt à se vouloir hégémonique.
L’officialisation consultative (21 juin 2018 coïncidant avec le jour le plus long de l’année) avec le dépôt des statuts en association loi 1901 le 17 août 2018, marque un tournant. La SOFIA devient un interlocuteur officiel, consulté par les tutelles et invité à participer à de nombreuses missions institutionnelles (rapports de l’IGAS, travaux de la DGOS ou de l’HAS, propositions de loi Rist, protocoles de coopération).
Le Ségur de la santé et ses suites (2020–2022) ont permis de porter haut et fort notre vision d’un exercice articulant expertise clinique, autonomie décisionnelle et coordination médicale. Les discussions menées durant ces années ont prouvé la justesse de nos analyses de fond.

Vingt ans après comme aurait dit Alexandre Dumas, les questions de fond restent intactes. Quel niveau d’autonomie pour notre expertise ? Comment faire évoluer le cadre réglementaire pour qu’il colle enfin à la réalité de nos compétences ?
L’histoire de la SOFIA démontre que les idées neuves mettent parfois du temps à irriguer les textes et les esprits, mais qu’elles finissent toujours par baigner le débat lorsque les réalités du terrain l’exigent.
Pour les années à venir, le cap reste inchangé, s’appuyant sur quatre piliers essentiels :
- Veille et recherche.
Soutenir activement la recherche infirmière en anesthésie et développer notre propre culture scientifique. Ce n’est pas en vain que le site de la SOFIA a su constituer au fil des ans, une bibliothèque unique pour le bénéfice des IADE et étudiants à travers la rubrique « le savoir ».
- Expertise clinique.
Continuer à documenter l’évolution de nos compétences en anesthésie-réanimation, en urgence, en algologie et le domaine émergent des techniques de soutien, dans l’enseignement et la transmission des savoirs. Si publier c’est exister, transmettre est une nécessité. C’est à cela que la rubrique « les experts » est destinée. Valoriser son travail et le transmettre. Car qui oserait dire que les IADE ne sont pas experts dans leur pratique ?
- Pratique et autonomie.
Défendre un modèle d’IADE praticien pleinement reconnu dans ses décisions. La rubrique « législation » et ses plus de 4000 références, est également une pierre angulaire du site.
- Prospective
Anticiper les mutations du système de santé pour que la formation et les organisations gardent toujours un temps d’avance. La rubrique « histoire » est à pour rappeler les étapes de notre évolution et de ne pas oublier des étapes que certains seraient enclins à faire.
Avec ses vingt ans écoulés, la SOFIA reste fidèle à son premier jour : penser l’avenir de la profession avant qu’il ne soit écrit par d’autres. C’est cela l’autonomie.
Et l’appel à l’implication de tous, pour une relève des forces nouvelles.
Le bureau de la SOFIA.
Le film des vingt ans de la SOFIA