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dernière modification le 21 août 2026

Extubation par l’IDE en SSPI : après une clarification de l’AAL, une intervention « supervisée » du CNP ARMPO

CNPARMPO Extubation en salle de surveillance post-interventionnelle (18 08 2026)PDF · 166 ko

Notre précédente publication posait une question simple : qui évalue les conditions d’une extubation, qui décide qu’elle peut être réalisée et qui procède matériellement au retrait de la sonde ?

Car il convient de distinguer trois étapes :
1. apprécier les conditions du réveil et de l’extubation ;
2. décider que l’extubation peut être réalisée ;
3. réaliser matériellement le retrait de la sonde.

Les confondre revient à réduire l’extubation à un simple geste technique et à entretenir une confusion entre surveillance, raisonnement clinique anesthésique, décision et réalisation de l’acte.

Depuis, le CNP Anesthésie-Réanimation et Médecine Péri-Opératoire (CNP ARMPO) est intervenu pour demander une concertation sur les dispositions relatives à la période post-opératoire immédiate et rappeler le cadre de responsabilité médicale.

Une intervention qui appelle, elle aussi, quelques questions.
Le CNP ARMPO indique ne pas avoir été formellement saisi sur cette évolution, alors même que celle-ci concernerait directement l’organisation des soins péri-anesthésiques et la sécurité anesthésique.

Très bien. Concertons.

Mais alors, une première question mérite d’être posée : la réforme de la profession infirmière socle a-t-elle comporté, dans les travaux de réingénierie de son référentiel, une demande visant spécifiquement à inscrire l’extubation dans le champ des actes pouvant être réalisés par l’infirmier diplômé d’État ?

Si tel n’est pas le cas, il devient légitime de s’interroger sur le fait que cette évolution soit aujourd’hui portée par le corps médical de la spécialité.
Car il ne s’agit pas uniquement d’une question d’organisation médicale ou de répartition des tâches.

Il s’agit potentiellement d’une évolution du champ de compétences de la profession infirmière socle, dans un domaine qui concerne directement la spécialité infirmière historiquement formée à l’anesthésie : les IADE.
Le paradoxe est donc intéressant.

Le CNP ARMPO considère, à juste titre, qu’un texte ayant une incidence directe sur l’organisation des soins péri-anesthésiques justifie la consultation des représentants médicaux de la spécialité.

Mais si l’extubation relève d’un champ suffisamment spécifique pour nécessiter cette concertation, pourquoi l’expertise de la spécialité infirmière directement concernée ne devrait-elle pas, elle aussi, occuper une place centrale dans cette réflexion ?

Le communiqué rappelle ensuite que, quel que soit le professionnel réalisant un geste dans le cadre péri-anesthésique, celui-ci s’exerce sous la responsabilité du médecin anesthésiste-réanimateur.

Soit.
Mais responsabilité et compétence ne sont pas synonymes.
Le fait qu’un professionnel exerce sous la responsabilité d’un MAR ne détermine pas, à lui seul, son niveau de formation, son champ de compétences, sa capacité d’évaluation clinique ou son autonomie décisionnelle.
Et la disponibilité du MAR pour intervenir en cas de complication ne répond toujours pas à la question : qui a réalisé l’évaluation clinique préalable permettant de déterminer que ce patient précis peut être extubé ?

La question de l’extubation ne peut donc être réglée par la seule invocation de la responsabilité médicale, pas davantage qu’elle ne peut être réduite au seul retrait matériel de la sonde.
Le protocole de coopération peut naturellement constituer une réponse dans certaines organisations. Mais ses limites, notamment liées aux conditions d’intervention et aux responsabilités respectives des professionnels, ont également été relevées dans le cadre de la mission d’évaluation conduite par M. le député Isaac-Sibille.

Il ne peut donc, à lui seul, clore le débat sur l’évolution des pratiques.
De même, les travaux de l’IGAS ont conduit à interroger certaines oppositions au regard des pratiques observées sur le terrain et des clarifications juridiques intervenues.

Mais au fond, le débat actuel pose une question beaucoup plus simple.
Pourquoi chercher à régler isolément la question d’un acte en élargissant ponctuellement le champ de la profession infirmière socle, alors que l’évolution de la spécialité IADE et la reconnaissance de son exercice avancé sont elles-mêmes posées depuis plus de vingt ans ?

Et c’est ici qu’il est difficile de ne pas réagir à cette formule, pourtant présentée comme apaisante :
« Il appartient désormais aux tutelles d’adapter – avec les parties prenantes ! – la réglementation à une pratique courante depuis au moins vingt ans… »( A.Geffroy-Wernet pour le SNPHAR, 2026).

Justement.
Si cette pratique est courante depuis au moins vingt ans, pourquoi faudrait-il aujourd’hui principalement adapter le référentiel de la profession IDE socle pour la reconnaître ?

Pourquoi ne pas se demander, dans le même temps, ce que ces vingt années de pratiques disent de l’évolution nécessaire des compétences et de l’exercice de la spécialité infirmière d’anesthésie ?

Car l’IADE existe précisément pour répondre aux exigences particulières du champ anesthésique. Sa formation, son expertise clinique et son exercice dans ce domaine ne peuvent être réduits à une variable de sécurité que l’on convoque lorsque cela devient nécessaire.

L’IADE ne peut être considéré comme un élément supplémentaire de sécurité dans certaines organisations, tout en laissant inachevée la réflexion sur la reconnaissance de ses propres compétences, de son expertise clinique et de son autonomie décisionnelle.

Oui, une concertation est nécessaire. Et elle doit être respectueuse, ouverte et associer toutes les parties prenantes.
Mais peut-être faudrait-il éviter que la concertation ne consiste uniquement à demander comment adapter la profession infirmière socle à une pratique existante.
Elle pourrait aussi permettre de poser une autre question, sans doute plus dérangeante :
 pourquoi, depuis plus de vingt ans, sait-on adapter les organisations autour des compétences de l’IADE sans parvenir à finaliser la reconnaissance réglementaire de l’évolution de son exercice ?

Parce qu’au fond, l’enjeu n’est pas seulement de savoir qui peut retirer une sonde.
L’enjeu est de savoir qui évalue, qui décide, qui agit, avec quelles compétences, quelle formation et quelle reconnaissance de son autonomie professionnelle.

Et si vingt années de pratique justifient aujourd’hui une évolution réglementaire, alors peut-être est-il effectivement temps de regarder toutes les évolutions que ces vingt années auraient dû permettre de finaliser.

Le bureau de la SOFIA

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