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Pratique avancée : l’heure d’une clarification

dernière modification le 24 octobre 2025

L’heure d’une clarification

Par le bureau de la SOFIA

On ne construit pas une reconnaissance durable sur une base floue.”

Depuis la parution de l’arrêté reconnaissant les infirmiers anesthésistes (IADE) comme professionnels pouvant exercer en pratique avancée, une forme de soulagement a pu se faire sentir. Enfin, notre spécialité est citée dans un texte réglementaire censé traduire la reconnaissance d’un haut niveau d’expertise clinique, de formation et de responsabilité.

Mais très rapidement des questions s’imposent :

  • Sur quelle base cette reconnaissance a-t-elle réellement été construite ?
  • Et surtout, pour quelle finalité professionnelle ?

Une reconnaissance acquise par la seule valeur du diplôme IADE

Contrairement à ce qui a parfois été suggéré dans certains cercles de décision ou de communication, rien dans l’arrêté n’indique que cette reconnaissance s’est appuyée sur une quelconque affiliation au modèle “ICS” (Infirmier Clinicien spécialisé).

Voici ce que l’arrêté stipule :

Peuvent exercer en pratique avancée les infirmiers anesthésistes titulaires des diplômes ou certificats suivants :

  • Diplôme d’État d’infirmier anesthésiste ;
  • Certificat d’aptitude aux fonctions d’infirmier spécialisé en anesthésie-réanimation ;
  • Certificat d’aptitude aux fonctions d’aide-anesthésiste.

Aucune mention d’ICS. Aucune condition d’exercice dans ce cadre. La seule base exigée est le diplôme IADE.

ICS : un référentiel plaqué, ni discuté ni démontré

L’IADE, dans la réalité quotidienne des blocs opératoires, des services de réanimation ou de soins critiques, exerce un rôle qui dépasse largement les frontières des modèles théoriques.
Le rapport IGAS Debeaupuis-Blémont le reconnaît : l’exercice IADE est pluridimensionnel, transversal et non cloisonné.

  • Il cumule des compétences cliniques, techniques, décisionnelles et de coordination.
  • Il intervient dans des environnements de haute technicité, en autonomie, avec une responsabilité immédiate.
  • Il agit dans une logique de collaboration et de coopération interprofessionnelle, non de substitution.

Réduire cet exercice à un modèle unique, sous prétexte d’un alignement réglementaire, reviendrait à déformer la réalité du métier et à affaiblir sa reconnaissance spécifique.

Or, depuis plusieurs mois, certains acteurs avancent que le choix “stratégique” de l’ICS aurait été le point d’entrée nécessaire à cette reconnaissance. Il s’agirait, selon eux, du “moindre mal”, du “premier pas”, du “compromis acceptable”.

Nous affirmons ici, avec lucidité et responsabilité, que cet argument ne repose sur aucun fondement vérifiable :

  • Aucun rapport, aucune étude, aucune analyse de terrain n’a montré que l’exercice IADE se limite au référentiel ICS.
  • Aucun retour d’expérience, aucun bénéfice métier, aucune revalorisation réelle n’a été observé en lien avec ce rattachement.

Il s’agit donc d’un choix possiblement tactique, mais certainement non concerté avec la profession.

Un exercice objectivement mixte, transversal, non compartimental

Notre réalité professionnelle dépasse très largement le prisme de l’ICS :

  • L’IADE est à la fois clinicien, technicien, praticien, coordinateur, et expert dans quatre domaines de compétences.
  • Il intervient dans des milieux de haute technicité, en lien direct avec des équipes médicales, en autonomie.
  • Il engage sa responsabilité à chaque geste, chaque décision, chaque situation critique.

Réduire cet exercice à une seule dimension, sous prétexte d’une reconnaissance partielle, représente une distorsion de notre identité professionnelle.

Une refonte annoncée… mais sur quelles bases ?

Le rapport IGAS Debeaupuis-Blémont appelle explicitement à une refonte des référentiels de formation et d’exercice des IADE pour intégrer la pratique avancée dans un cadre propre, cohérent avec la nature du métier.
Mais à ce jour :

  • Aucun calendrier n’a été rendu public ;
  • Aucun groupe de travail formel n’a été installé ;
  • Aucune méthode de co-construction avec les représentants IADE n’a été actée.

Cette absence de concertation alimente une incertitude préjudiciable, alors même que les conclusions IGAS plaidaient pour une reconnaissance construite avec et non pour les IADE.

Conclusion : pas de reconnaissance sans cohérence

La reconnaissance de notre métier ne peut se construire sur une logique floue, ni sur des compromis silencieux. Elle doit être fondée sur la réalité du terrain, sur la richesse de nos compétences et sur le respect de notre profession qui se doit d’être concertée.

Nous ne demandons pas de faveur. Nous demandons la cohérence entre le droit et la pratique, entre le décret et l’exercice, entre la reconnaissance affichée et la réalité vécue.

Il est temps que la parole IADE soit non seulement entendue, mais prise en compte dans toutes les dimensions de la réforme en cours.

Le bureau

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