
« Les anesthésistes libéraux demandent des clarifications sur un acte infirmier »
Une incohérence qui mérite d’être clarifiée, ou plutôt une clarification qui mérite d’être entretenue.
Dans ces habituels raccourcis, l’AAL, également autrice du pamphlet « Anesthésie : pas d’évolution des métiers au détriment de la sécurité des patients », s’indigne de ne pas pouvoir déléguer l’extubation aux IDE de SSPI alors qu’il s’agit, selon elle, d’une pratique communément admise au sein de certaines institutions.
La question est posée : l’IDE est-il désormais compétent ; au sens d’une aptitude sanctionnée par son diplôme et son cadre réglementaire ; depuis la révision de son décret de compétences par ledécret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025, pour réaliser une extubation ?
Si l’on s’attache réellement à la sécurité anesthésique, il est difficile de réduire l’extubation au seul retrait mécanique d’une sonde, car « intuber est une compétence, extuber est un art » selon la formule consacrée.
Avant ce geste, il faut apprécier la récupération anesthésique, la réversibilité des effets de l’anesthésie et les conditions permettant une extubation sécurisée. Cette appréciation mobilise un raisonnement clinique anesthésique et ne saurait être confondue avec la seule surveillance des paramètres du patient.
Les recommandations de la SFAR ont d’ailleurs toujours distingué la réalisation matérielle de l’extubation de l’évaluation clinique qui la précède et accordé une place centrale au MAR dans cette décision, avec une exigence de présence médicale qui peut être appréciée en fonction de la situation du patient.
Dès lors, une question simple se pose :
qui apprécie ces critères lorsque l’IDE est présenté comme n’ayant pas la compétence anesthésique nécessaire à cette appréciation et que le MAR n’est pas physiquement présent au moment du réveil ?
Nous excluons bien évidemment les situations particulières dans lesquelles le MAR assure effectivement cette évaluation dans le cadre de son activité, notamment lorsque son organisation lui permet d’être auprès du patient au moment déterminant, immédiatement disponible depuis le bloc opératoire, depuis la consultation voire dans certains cas depuis les deux…
Mais dans l’organisation couramment défendue, il ne suffit pas de répondre :
« Le MAR peut intervenir immédiatement en cas de problème. »
Cette réponse ne règle pas la question de l’évaluation préalable.
La disponibilité du MAR permet de prendre en charge une complication éventuelle. Elle ne remplace pas, à elle seule, l’appréciation clinique préalable permettant de déterminer que ce patient précis est effectivement extubable.
Il faut donc distinguer trois choses :
- apprécier les conditions du réveil et de l’extubation ;
- décider que l’extubation peut être réalisée ;
- réaliser matériellement le retrait de la sonde.
Confondre ces trois étapes revient précisément à présenter l’extubation comme un simple geste technique.
Et c’est là que se trouve l’incohérence.
Si les MAR considèrent eux-mêmes que la période de réveil nécessite une présence et une surveillance médicales adaptées, comment peut-on parallèlement soutenir que l’IDE pourrait extuber au seul motif que le MAR reste disponible pour intervenir en cas de complication ?
La question n’est donc pas seulement :
« Pourquoi l’IDE ne pourrait-il pas retirer la sonde puisque le MAR peut intervenir ? »
La vraie question est :
qui réalise l’évaluation anesthésique préalable à l’extubation, qui prend la décision d’extuber et sur quel fondement réglementaire le professionnel réalise ensuite le geste ?
C’est cette distinction qu’il faut avoir le courage de poser clairement.
La sécurité du patient ne peut pas reposer sur une confusion entre surveillance, raisonnement anesthésique, décision clinique et réalisation matérielle d’un acte.
Nous nous réjouissons cependant de constater que la présence d’un IADE est désormais évoquée comme un élément de sécurité. Même si l’intérêt porté à cette question semble quelque peu opportun.
Car si l’on reconnaît que l’extubation nécessite une expertise spécifique, une appréciation clinique et une capacité à prendre une décision dans le champ de l’anesthésie, il devient également difficile de continuer à réduire l’IADE au rôle d’exécutant technique purement clinicien.
Ainsi, afin de ne pas laisser l’AAL dans l’inquiétude et dans l’expectative, la SOFIA propose de porter une demande claire : la reconnaissance des IADE dans un exercice de pratique avancée permettant enfin de clarifier les contours de leur activité clinique, de leur expertise en anesthésie et de leur autonomie décisionnelle.
Parce qu’à force de vouloir clarifier les actes des uns, il serait peut-être temps de clarifier les compétences de ceux qui les maîtrisent réellement.
Damien BRAULT
Secrétaire de la SOFIA
IADE, IPA-PCS
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Évidemment l’union sacrée devait arriver. En filigrane on peut lire sur Linkedin, que si ça se fait depuis des années, alors c’est justifié voire « légal » ou à tout le moins le rendre légal.
Quand les choses arrangent le corps médical, il valide, quand c’est le contraire, il est prompt à sortir et exhiber les textes législatifs, voire à les interpréter à sa façon, car il est bien admis que le mar est toutologue, compétent en interprétation des textes. Compétence réservée à l’homme et femme de loi. Mais on ne va pas s’arrêter à ce détail.
Arnaud BASSEZ
Président fondateur de la SOFIA
IADE