Société Française des Infirmier(e)s Anesthésistes
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Préambule

Dans cette dimension, postures, omniprésence et omnipotence ne sont plus que la retranscription de l’investissement de l’aisance cognitive (1)

Il paraît alors plus serein et profitable d’être en retrait, de porter une analyse dialogique (2), pour interagir au bon au bon moment et au bon endroit, dans la finalité de promulguer attentions et intentions, dans le respect des valeurs d’une profession.

La défusion cognitive (3) prend alors tout son sens et son intérêt.

Observations

Cette interpellation intervient après la lecture du communiqué des Conseils Nationaux Professionnels (CNP) intitulé : « Que devient la pratique avancée des spécialités » sur la reconnaissance de l’exercice des IADE en pratique avancée. »

Que devient la pratique avancée des spécialités ? (CNPIA 20 avril 2024)

En matière de communication, il est de rigueur de questionner la forme et les contenus.

  • La forme :

Un simple regard permet d’observer un renforcement de l’effet de masse, par la multiplication des étendards. Les constituantes sont associées aux CNP plus que d’être fusionnées en l’absence d’opposition.
Il convient alors de questionner l’absence d’acteurs reconnus dans un exercice de pratique avancée à savoir le CNPIPA.
Ce biais de favoritisme intragroupe (4) a tendance à favoriser les gens qui appartiennent à un même groupe que nous, comparativement aux personnes qui n’en font pas partie, pour favoriser un biais d’ancrage (5) en tendant à utiliser indument une information comme référence.

Le biais de confirmation (6) sous-jacent agit comme un simple écran de fumées. Cette double validation met simplement en perspective, le jeu des chaises musicales institué par certaines organisations.
S’ensuivent un effet de vérité illusoire (7) et une illusion de savoirs (8) qui s’entrechoquent.
Si l’on y associe une simple rétrospective des comptes rendus des réunions de concertations, dans le cadre des missions IGAS et de Webinaires proposés par certaines entités, le biais de faux consensus (9) devient patent pour faire place à l’ignorance pluraliste (10) par un biais de cadrage (11) .

Si en plus, nous nous attachons à observer dans le détail, nous pouvons relever une certaine inégalité de diversité qualitative et quantitative des constituantes de chaque CNP.
Nous pouvons remarquer une prédominance de composantes syndicales, qui viennent teinter ce document d’une tonalité revendicative ce qui interroge directement les missions des CNP.

Sans trop forcer le trait, le premier élément émergent semble être le biais.

  • Le contenu

L’attente exprimée est : « la reprise rapide et effective des travaux visant à instaurer une pratique avancée de spécialité dans nos domaines spécifiques  ».

Nous nous contenterons d’analyser le domaine d’expertise qui nous concerne, afin de ne pas faire d’ingérence auprès de nos collègues et veiller sur les conclusions concertées lors du cycle de réunions, menées par Mr Debeaupuis en représentation de l’IGAS.

Le premier élément concerne l’appellation « Anesthésie/soins critiques » retenue pour évoquer notre profession.
Nous nous réjouissons que cette dénomination, portée à l’occasion de nos travaux présentés lors du Ségur de la santé, soit devenue usuelle.
Il ne s’agit nullement d’un point de détail puisqu’à elle seule, elle définit le périmètre de développement de nos compétences et de fait, nos interactions avec nos collaborateurs.

Nous serons cependant plus ouverts et moins limitatifs sur la notion suivante : « les spécialités ont investi des champs de pratique assimilables à un exercice infirmier en pratique avancée. »

La Sofia avait apporté une nuance en qualifiant l’exercice de la profession comme compatible à un exercice de pratique avancée.

Il convenait alors possiblement de le reclasser dans un statut en adéquation à concerter, à savoir celui d’Auxiliaire (ou assistant) Médical en Pratique Avancée ou un statut de médical à compétence définie.
Nous avions également évoqué la nécessité de développer la dimension praticienne et d’intégrer des modalités de primo-prescription et de premiers recours dans un exercice de PA. Notions aujourd’hui actées par décret.
Une juste réingénierie adaptée et la création de parcours doctoraux nous semblaient nécessaires, pour acter l’autonomie de nos parcours et de nos pratiques jusque-là soumises plus que concertées au corps médical.
Ces évolutions sont aujourd’hui soit effectives, soit retenues.

Second point de questionnement qui souffre d’un manque de clarté

« Dans le contexte évolutif que Monsieur le Ministre Valletoux appelle de ses vœux, il est impératif que nous puissions faire enfin reconnaître nos responsabilités actuelles et étendre nos compétences pour répondre de manière adaptée et efficiente aux besoins croissants de la population dans le futur. La pratique avancée propre aux spécialités infirmières représente une évolution naturelle de nos professions, permettant aux infirmiers spécialistes d’apporter une contribution élargie et d’être dotés d’une autonomie clinique plus importante dans la prestation des soins. Nous sommes convaincus que cette approche renforcera l’accès aux soins et la qualité des services de santé tout en contribuant à l’optimisation des ressources disponibles. »

Cette formulation jette l’ambiguïté sur les compétences actuelles des IADE et sur le champ défini de l’autonomie, alors réduit à une dimension purement clinique.

Selon les conclusions du rapport IGAS : Concertation sur la pratique avancée infirmière Août 2022, les IADE exercent déjà des délégations de tâches de façon non officielles. Elles ne se réduisent nullement à une dimension clinicienne, qui pourrait justifier d’une orientation vers une valence spécifique de pratique avancée nommée Infirmiers Cliniciens Spécialisés.
Ce schéma était proposé par Mme Chapelier et investi par les mêmes entités nommées, au prétexte que cela représentait un premier pas stratégique vis à vis de la réticence avérée, mais peu avouable et exprimée des acteurs médicaux de spécialités.
Cette orientation a par ailleurs été présentée à Mr Véran, lors de la réunion organisée avec les collectifs et les organisations syndicales.
Face au rejet porté par les tutelles, les intervenants qualifieront cette présentation de « blague  » sans pour autant donner une lecture autre de ce qui fut avancé.

Au-delà du côté non assumé, cette orientation ne permis nullement d’éviter l’opposition farouche, d’une reconnaissance de l’exercice IADE comme un exercice de pratique avancée, exprimée et réitérée par le CNPARMPO.
Elle ne fit qu’animer la défiance des acteurs afférés à promulguer le développement de la PA infirmière, envers les spécialités.
Il faut reconnaître que le modèle de PA d’implantation française, à la fois clinicien et praticien permet d’investir l’ensemble de ces deux dimensions, sans les opposer.
Comme exprimé précédemment, la dimension praticienne méritait quelques ajustements aujourd’hui effectifs car travaillés.

Si à cela, on ajoute l’absence de définition précise permettant d’appréhender les contours de cette PA de « spécialité  » afin d’entretenir un flou volontaire pour requérir l’approbation, à la manière d’un chèque en bois, tout en ménageant les susceptibilités syndicales corporatistes et médicales, plus que d’assumer un positionnement éclairé, l’éventualité d’une issue conclusive paraît plus qu’incertaine.

Nous l’avons relevé depuis des années et sommes toujours dans l’expectative d’un énoncé clair et précis de ce modèle par les entités dites représentatives de la profession.

Comment alors mesurer les écarts avec les attendus pour les concerter ?

Que ce soit à l‘international ou dans le modèle français la PA est définie par ces compétences :

(Cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Certaines relatives aux activités de consultation et de prescription ont été purement rejetées par certaines organisations IADE, dans le fond et la forme. La légitimation viendrait d’oppositions avérées du corps médical qu’il conviendrait de satisfaire au détriment de l’efficience avérée du modèle.
Un député avait qualifié le modèle de PA IADE édulcorée de certaines compétences de « PA Canada dry ®  » …

Il faut admettre que la représentativité portée par une de ces OS, associe les cadres qui ne font plus partie prenante de la PA et les médecins opposés à cette reconnaissance de pratique.
Faut-il pour autant restreindre le contenu de la PA dans un jeu de négociation conféré par un mandat restrictif ?
Si l’on considère aujourd’hui, les orientations retenues pour la profession infirmière, nous pouvons même parler d’absence de vision globale de ces acteurs.

Nous avons évoqué le leadership et la place des cadres.
La place de l’université prend alors toute sa mesure.

Les mêmes protagonistes expliquaient jadis, que les cadres seraient intégrés à la pratique avancée IADE. Il est vrai que cela rend plus populaire que l’inverse.
Personne n’occultera la tendance de cette dernière décennie, qui consiste à ne plus imposer la prérogative d’être IADE pour devenir manager d’une équipe IADE.
Investir le leadership de la PA, devient au final la seule garantie de cette exigence sous couvert d’activités de coordination. Cela peut malgré tout, sous-entendre que les autres activités délaissées par ces professionnels, devront être réinvesties.

Autre annonce hasardeuse proposée par certains représentants IADE, « la diplomation universitaire ne serait que le fruit de la volonté d’une minorité de la profession avide de titres. Cette intégration ne pourrait prendre qu’une forme intégrative, dans laquelle les modalités professionnalisantes seraient purement balayées et l’autorité soumise au doyen de chaque faculté, ce qui par conséquent remettrait en cause l’uniformité de formation au niveau national.
Seul un DE, délivré par des écoles IADE préserverait les modalités d’enseignement et leurs contenus de l’ingérence médicale.
 »

Utopie lorsque l’on sait que les conseillers scientifiques sont essentiellement médicaux et qu’ils valident de façon unilatérale les référentiels.

Parler de recherche, sans proposer de parcours doctoraux semble également peu convaincant.
Si l’on raisonne à l’inverse, le diplôme de MASTER en PA est actuellement un DE. Il relève de chaque université qui est responsable des modalités de sa formation.
Au final, il n’y a aucune causalité entre université, DE…comme cela semble affirmé tel un biais d’ancrage, d’omission, de statu quo et de normalité.

Si l’on s’attache alors à veiller sur les modalités d’uniformité des enseignements, de maintien des prérogatives de professionnalisation, de se préserver de toute ingérence, de promulguer la recherche…la proposition satisfaisant tous ces impératifs était celle retenue et proposée par Mr Debeaupuis, à savoir de maintenir la convention tripartite établie, en y associant un renforcement des modalités universitaires.

Le développement des parcours doctoraux, via le Conseil National Universitaire (CNU) et la création d’universités de recherche en Sciences Infirmières pourraient ainsi acter l’autonomie des parcours d’enseignement.

Conclusion

L’heure est au bilan.
Le train est passé et notre profession essaie de raccrocher des wagons, après avoir délaissé les contenus pour préférer investir les postures.
L’absence de débat et de concertation apparait aujourd’hui bien peu contributive.
Pire, ceci a démotivé toute une profession désormais désillusionnée, qui s’enferme dans une certaine atonie et ne fait plus que subir les réformes, plutôt que d’en être un acteur de prédilection.

À chacun d’en tirer les enseignements inhérents, en évitant le biais d’auto complaisance (12) par Effet Dunnig-Kruger (13), en invoquant un biais rétrospectif (14) .

Damien Brault
IADE
Secrétaire de la SOFIA

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Relire les documents sur la pratique avancée


Bibliographie-Lexique

1 L’aisance cognitive est l’aisance avec laquelle notre cerveau traite l’information. Ce niveau d’aisance influence notre sentiment plus ou moins positif à propos de cette information. Plus l’aisance cognitive associée à une activité est élevée, plus nous serons enclins à fournir des efforts et à investir de l’énergie dans cette activité. Au contraire, lorsque notre aisance cognitive diminue, parce que l’on trouve l’activité mentale demandée difficile ou incertaine, nous changeons de système de pensée et produisons un effort cérébral selon le psychologue Daniel Kahneman. Le principe psychologique de Cognitive Ease suppose que les individus deviennent plus vigilants et suspicieux lorsqu’ils ont à activer ce second système de pensée : cela produit une diminution de la confiance et du plaisir ressentis pour cette activité mentale. En d’autres termes, les individus préfèrent les choses faciles à comprendre ou avec lesquelles ils sont familiers, qu’ils ressentent comme plus sûres et intelligibles ;

2 Edgar Morin définit le principe dialogique comme « l’association complexe (complémentaire/concurrente/antagoniste) d’instances, nécessaires ensemble à l’existence, au fonctionnement et au développement d’un phénomène organisé. » (Morin et al., 2003, p. 46 Morin, E. (2003). Éduquer pour l’ère planétaire, la pensée complexe comme méthode d’apprentissage dans l’erreur et l’incertitude humaine (avec Raul Motta et Émilio-Roger Ciurana). Paris : Balland).

3 Son but est de vous permettre d’être conscient du processus réel de votre réflexion afin que vous puissiez mieux réfléchir objectivement et résoudre efficacement les problèmes avant d’agir) prend alors tout son sens et son intérêt.

4 Le biais de favoritisme intragroupe (ou endogroupe) est la tendance à favoriser les gens qui appartiennent à un même groupe que nous comparativement aux personnes qui n’en font pas partie.

5 Le biais d’ancrage est la tendance à utiliser indument une information comme référence. Il s’agit généralement du premier élément d’information acquis sur le sujet.

6 Le biais de confirmation est la tendance, très commune, à ne rechercher et ne prendre en considération que les informations qui confirment les croyances et à ignorer ou discréditer celles qui les contredisent.

7 L’effet de vérité illusoire (ou effet d’illusion de vérité) est la tendance à croire qu’une information est vraie après une exposition répétée.)

8 L’illusion de savoir consiste à se fier à des croyances erronées pour appréhender une réalité et à ne pas chercher à recueillir d’autres informations. La situation est jugée à tort comme étant similaire à d’autres situations connues et la personne réagit de la façon habituelle.

9 Le biais de faux consensus est la tendance à croire que les autres sont d’accord avec nous plus qu’ils ne le sont réellement. Ce biais peut être particulièrement présent dans des groupes fermés dans lesquels les membres rencontrent rarement des gens qui divergent d’opinions et qui ont des préférences et des valeurs différentes.

10 L’ignorance pluraliste, un concept introduit en 1930 par les psychologues Floyd Allport et Daniel Katz, désigne un phénomène dans lequel une majorité de membres d’un groupe rejettent en privé une norme, mais supposent à tort que la plupart des autres l’acceptent, et donc s’y conforment.)

11 Le biais de cadrage est la tendance à être influencé par la manière dont un problème est présenté. Par ex. la décision d’aller de l’avant ou pas avec une chirurgie peut être affectée par le fait que cette chirurgie soit décrite en termes de taux de succès ou en terme de taux d’échec, même si les deux chiffres fournissent la même information).

12 Le biais d’autocomplaisance est la tendance à s’attribuer le mérite de ses réussites et à attribuer ses échecs à des facteurs extérieurs défavorables.

13 L’effet Dunning-Kruger est le résultat de biais cognitifs qui amènent les personnes les moins compétentes à surestimer leurs compétences et les plus compétentes à les sous-estimer.

14 Le biais rétrospectif est la tendance à surestimer, une fois un événement survenu, comment on le jugeait prévisible ou probable.

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